C'est avec énormément de culpabilité que je me résouts à vous écrire, et aussi parce que ça me démangeait de ne pas pouvoir vous parler de l'Indonésie comme j'avais l'habitude de vous saouler avec. Ce sera bien l'Indonésie dont il sera l'objet dans ce message, mais plus précisément Bali, « îlot des dieux ». Comment résumer cette première semaine passée dans ce petit morceau de terre où se concentrent 3,9 millions de bridés et une bonne tripotée de touristes... et moi parmi tout ces gens ?
D'abord brûlé par le soleil, dégoulinant de transpiration, ensuite cogné par ma première cuite (à moitié fait exprès), intoxiqué par la pollution des gaz d'échappement, carrément anesthésié par les sauces pimentés dans tous les plats, enfin ruinés par les tenanciers sans scrupules, épuiser par la barrière de la langue, voici un peu dans quel état je suis. Mais laissez-moi vous raconter mes petites histoires balinaises.

Scène insolite : dans un parking de supermarché est installé un hotel pour prier
Tout commence dans un avion
Tout commence dans un avion, c'était un Boeing 747 de Koreair, mais ça on s'en fout. Dans l'avion, je rencontre Marie, une étudiante de Sciences po Grenoble qui va faire un stage aux îles Fidji, à la représentation de l'Union européenne. Puis en arrivant à Séoul nous faisons connaissance avec Anne, une jeune instit' qui a appris qu'elle était mutée à Bali, à l'école internationale. Elle est déjà restée un mois en Juillet. Woouhouh, première personne que je rencontre se rendant à Bali. A l'aéroport, nous avons encore 3 heures à attendre, avec nos têtes de zombies. Je décide d'aller trouver un petit take away coréen, histoire de goûter un peu du pays. Je trouve un Bibimbap, plat qui mélange riz, légumes (dont le liseron d'eau, sorte d'épinard en meilleur que l'on trouve aussi en Indonésie, un autre légume inconnu en fines lamelles blanches), sauce piquante (euphémisme), poulet. Ça me donne la gerbe et je plaints Caca qui va devoir manger ça pendant 10 mois, surtout la soupe à l'algue. Marie a appris 4 jours avant de partir qu'elle partait aux îles Fidji, elle s'attendait surtout à avoir un stage à Strasbourg (ça me rappelle quelqu'un aussi !!)
Scène surréaliste dans l'aéroport : nous entendons des tambours et casseroles, et tout à coup des hommes en costume de guerrier et des femmes à costume à faire envier les bigoudens forment une procession. C'est en fait la famille royale (au pouvoir avant la proclamation de la République de Coréen) qui défile dans les couloirs de l'aéroport, entre les boutiques duty free et les passagers zombis.

Le mont Agung au coucher du soleil
Rencontre avec Anggun
Je passe les premiers jours chez Irma, une amie d'Amanda qui m'héberge le temps que je m'installe. Elle fait jeune et pourtant elle a déjà 27 ans et une fille, Anggun, à peine un an et le privilège de porter le nom de la (célèbre ?) chanteuse pop franco-indonésienne. Irma parle bien anglais (contrairement à bon nombre d'indonésiens) et est vraiment drôle, mais ne reste pas le weekend, elle va en effet à Lombok, l'île voisinne voir sa famille. Je meurs de chaleur et je ne tiens pas le décalage horaire, j'enchaine les nuits blanches et dors la journée. Le matin, un coq chante juste devant ma fenêtre, j'ai une envie subite de manger du poulet grillé, ayam goreng. Irma habite dans un quartier 100% indonésien, où les maisons poussent entre les rizières et les éleveurs de bœufs. Chaque maison a son pura, temple hindou dédié aux ''dieux'' des pénates.
Je finis par louer un scooter car il n'y pas de transport en commun et je parts à l'aventure sur les routes et chemins indonésiens. Mes premières journées, je les passe en scooter à faire des allers-retours entre Sanur, où j'ai loué une chambre et Kuta/Seminyak à l'autre extrémité de la pointe Sud de l'île, endroit hypertouristique mais réputé le moins cher pour trouver des logements. Je fais vrombir mon engin sur la bypass (quatre voies) entre les énormes camions hors d'âges et surchargés et les amas de scooter qui roulent au touche à touche. Puis je me dirige vers Denpasar, la grande ville de Bali, je traverse en scooter d'énormes avenues où foncent des vans Toyota et des motocyclistes pressés. J'arrive ensuite dans le centre d'affaire, croyant l'Alliance française se trouver dans ce coin. Finalement je ne la trouve pas, et continue mon chemin (quasiment aucun panneau d'indication je dois faire avec ma carte et mon sens de l'orientation). Néanmoins le scooter est un excellent moyen de découvrir l'île et permet de prendre son temps et de s'arrêter facilement le long des routes encombrées. Pas de chichi, je m'arrête dans les petits bouibouis autrement appelés warung (en fait le type de nourriture servie dépend de l'origine du vendeur, on trouve ainsi de nombreux warung Jawa avec la mention Muslim).
Puis je me dirige vers Kerobokan, plus au Nord, qui est le lieu privilégié de villégiature des expat'. En arrivant sur place, je vois pourquoi : de belles villas au milieu des champs de riz bien conservés, un lieu paisible qui a réussi à garder son charme. Je croise de nombreux bule (se prononce ''boulet'', c'est le nom qu'utilisent les indonésiens pour nommer les ''blancs''). Je me rends à l'école internationale française où je rencontre la directrice, Christine, et son mari qui me proposent de poser une annonce soutien scolaire contre logement.
Bref ces quelques jours n'ont pas été palpitants, mais un premier contact avec les locaux. Je me rends compte qu'il est indispensable de savoir parler un minimum d'indonésien pour d'une part ne pas se laisser piéger par les différents subterfuges des indonésiens sans scrupules derrière leur grand sourire et pour pallier leur niveau en anglais. A mon grand étonnement, j'ai retenu une bonne partie de ce que j'avais appris avant de partir, et ça me sert. Par contre, impossible de se faire comprendre quand j'essaie de parler.

Ma bécane
Un crit à l'indonésienne
Le jeudi est enfin arrivé, et je rencontre mon maître de stage. La rédaction du journal se trouve dans le jardin de sa villa. Seuls deux indonésiens y travaillent à plein temps, un pour livrer les journaux et l'autre pour s'occuper de la comptabilité. Tout le reste est pris en main par Socrate, mon maître de stage. Nous partons ensemble pour Ubud à deux heures de route, en chemin nous avons le temps de faire connaissance. Moi je reste bouche bée, car c'est la première fois que je quitte le sud de l'île. On arrive à Ubud, centre touristique aussi, mais beaucoup plus calme que Kuta. Centre culturel et artistique, c'est aussi un endroit pour les riches et des ''blings blings'' que je ne cessent d'appercevoir. On va à la librairie d'un ami, Thierry, presque la soixantaine et on y rencontre d'autres français. Cela a l'allure d'une réunion d'anciens combattants, je me sens pas vraiment à l'aise. A midi, Socrate me ''lâche'' et je me promène à pied dans Ubud. J'avale un babi guling, spécialité de Bali : cochon grillé à la broche. Très gras (euphémisme) mais délicieux. Ici tout est bon aussi dans le cochon : ils mangent même la peau craquelée et font du boudin avec le sang (vraiment immonde). Pour cela, je m'assoie entre un vieux couple de hollandais et un cino-indonésien. Les premiers reviennent à Bali tous les ans depuis une dizaine d'année, le second est un amateur de plongée. Je continue mon chemin en discutant avec un touriste américain, danseur de balais retraité ayant passé une bonne partie de sa vie en Europe. Tout cela est assez surréaliste. Je m'arrête chez le coiffeur (une indonésienne sans aucun tact qui essaie à moitié de me draguer) et c'est finalement une erreur.
Finalement je rejoins Socrate vers trois heures de l'après-midi pour un événement assez imprévu. Ce qui au départ ne devait être qu'un footing est finalement devenu un Hash. Vous ne connaissez pas le Hash ? Eh bien c'est une sorte de course d'orientation par équipe (bien qu'il n'y ait qu'un seul parcours). Le but est d'arriver au bout avant la nuit tombé. Moi qui pensait faire un petit footing tranquille, est bien j'ai vite déchanté, c'était plus proche d'un entraînement militaire, avec l'ambiance beauf en plus. Mais par contre, question paysage, c'était vraiment magnifique : des rizières en terrasse, des forêts de fougères arborescentes, des cours d'eau à franchir et des petits villages de paysans qui nous accueillait avec un grand sourire à moitié en train de se payer notre tête. J'ai vu une autre facette de Bali et enfin pu profiter de la nature florissante. Au final, 80 min (à moitié à marcher, pas évident de courir sur les allées des rizières d'à peine 10 cm de large) qui m'en ont mis pleins les yeux (pas évident après avoir manger du babi guling bien épicé). A la fin, ambiance qui me fait penser au crit avec chansons très beaufs, partage d'un tonneau de bière avec des australiens. Mine de rien, derrière ça, c'est la première fois que je vois des indonésiens (en majorité) regroupés avec des occidentaux, auparavant je n'avais vu qu'une simple cohabitation entre les deux. Je finis à moitié saoule, puis qu'étant nouveau je dois m'acquitter d'une double ration de bière.
Une autre surprise fut un soir d'apercevoir un combat de coq, à proximité d'un temple. Je m'y arrête, ambiance 100% masculine. En fait, je n'ai pu voir que la fin, quand une des bêtes est tombées dans une mare de sang. A côté du ''ring'' se trouvait des cages entières remplies de coqs attendant d'être lâchés au milieu de la foule en délire, et un indonésien plumait le perdant de la partie précédente. Le combat de coq, adu ayam est une vieille tradition balinaise et bien qu'officiellement interdite chacun n'hésite à sortir ses économies pour les paris.
En fait, le rêve d'OSS 117 se serait-il réalisé ? Il paraît ces derniers temps qu'à Lombok, l'île voisine, un vieux touriste australien aurait débranché le haut-parleur du minaret à proximité de son hôtel, harassé par le bruit du champ de l'appel à la prière. Il serait maintenant en prison pour blasphème, et risquerait d'y passer les cinq prochaines années.
Voici mes amis mes petites aventures balinaises. J'ai maintenant hâte de pouvoir commencer mon stage.
Hey je te trouve un peu difficile pour les questions de bouffe. Pour le bibimbap jtrouve ça mega bon (et maintenant je peux difficilement manger un truc pas épicé, ça me paraît fade). Pour le boudin, le même boudin qu'on mange dans nos pays occidentaux est aussi fait de sang de cochon, jvois pas de souci !
RépondreSupprimerJpense à toi quand je trouve le temps de jouer Let it be !
J'adore !
RépondreSupprimerSurtout : "Je continue mon chemin en discutant avec un touriste américain, danseur de balais".
Très jolie comme image le "danseur de balais"... ;)