mardi 28 septembre 2010

La grande transhumance

Première escapade à Java pour le Eid Day, le dernier jour du Ramadan autrement appelé Idul Fitri en indonésien. C'est le grand rendez-vous pour tous les musulmans de l'archipel, le ''retour aux sources'', chacun rend visite à sa famille et ramenant tout un lot de cadeaux. Il manque plus que le père Noël ! A Bali, 90% de la population est hindoue, donc on regarde ça de loin, en revanche quelques jours avant, on sent l'île se vider de ses petits vendeurs de rue javanais, les tukang. Grand ruminant que je suis, j'ai suivi cette transhumance et me suis rendu d'abord à Surabaya pour monter à bord d'un mini-van avec la famille d'Amanda direction Yogyakarta pour le fief familial, à quelques kilomètres de la grande cité musulmane. Les deux villes ne sont qu'à 400 km mais il faudra plus de 10 heures pour le faire, en comptant les embouteillages sur des kilomètres dans la banlieue continue au départ et la route très chaotique ensuite. Certains doivent faire des trajets équivalents en scooter, parfois une famille entière se tasse sur un seul engin.

Candi Sambisari




Ganesha, déesse de la sagesse, de l'éducation, de l'intelligence et de la prudence



On s'arrête au lever du soleil à Solo, l'ancien royaume concurrent de Yogya. Les grands axes ont été interdits à la circulation pour laisser les gens prier au milieu de la route, les mosquées étant trop petites pour accueillir autant de fidèles à la fois. Les hommes en sarong et à la main leur tapis de prière se pressent avec leur femme derrière habillées comme des ninjas, voilées sauf au visage, et même les jeunes filles. Comme à la mosquée, les hommes prient devant et les femmes derrières. Je regarde ça de loin, le prêche de l'imam finit en discours politique et la plupart s'en vont, préssés de faire la fête ou de rejoindre la famille.






Prière collective


La famille d'Amanda se réunit et discute sur le tapis posé au centre de la maison en mangeant pleins de friandises. Ne parlant pas leur langue, je m'échappe un peu pour aller visiter les alentours, la maison se trouve au milieu des champs de riz, de tabac et à quelques minutes de là en scooter se trouve le candi (temple) Cambisari, construit entre le VII et IXème siècles du temps de l'empire de Mataram, rénové cependant dans les années 1980, vingt ans après sa découverte par hasard en labourant un champ de riz. Il rappelle que Java était le centre d'un empire hindou-bouddhiste avant l'établissement de l'empire musulman des Majapahit. D'ailleurs se trouve à quelques kilomètres de là le temple multiséculaire de Tabanan, mais que j'avais déjà visité l'an dernier. Au loin, des montagnes percent l'horizon dont le vénéré gunung api (volcan) Merapi. Puis l'après-midi nous filons à Yogyakarta, aller chiner dans l'artère principale où de part et d'autres se trouvent des vendeurs de batik, le tissu traditionnel javanais aux motifs colorés. D'autres vendent des contrefaçons de Ray Ban et Louis Vuitton. En Indonésie, tout est contrefait, du CD/DVD aux sacs, bijoux, lunettes de soleil, et même le parfum ! Puis il se met à pleuvoir et je me réfugie dans un grand mall au beau milieu de la foule, je prend quelques clichés. Une ambiance vraiment spéciale autours de ces petits vendeurs qui s'agitent, de la chaleur étouffante et de l'humidité permanente, des regards interrogateurs, des odeurs de sauce épicée et de riz frit. J'ai tout de suite sorti mon appareil pour imortaliser cette ambiance d'attente...





















Au retour, on passe par la plage de Parangtritis, à 30 km au Sud de Yogya, immense plage de sable noir sur laquelle viennent se fracasser les vagues de l'Océan Indien. Pas question de s'y baigner, dommage avec la fournaise et le sable qui brûle les pieds. On s'arrête siroter un jus de coco et on me raconte la légende de la Reine des mers du Sud très vénérée dans la région. Cette déesse qui hante les côtes de l'Océan Indien s'empresse dit-on de prendre comme amant n'importe quel homme qui porte du vert sur lui. Les indonésiens ont beau se dire musulmans mais une grande part de magie et de croyances pré-islamiques persistent notamment avec la cour de Yogya qui donne en spectacle de nombreux rites, sans compter toute la superstition populaire... Par exemple un homme dont la femme attend un enfant ne doit blesser aucun animal, au risque de voir son enfant naître handicapé. Toutes ces croyances sont encore vivaces même dans les grandes villes où la religion ne dicte pas autant la vie que dans les petits villages. Je suis le seul ''blanc" sur la plage et tous me regardent avec un regard interrogateur que j'ai depuis appris à ignorer ou contourner par quelques mots en indonésien, cela laisse l'impression d'être quand même un animal, même si parfois ce n'est pas une curiosité malsaine.

Retour à Surabaya, même trajet affreux durant lequel je ne peux pas fermer l'oeil de la nuit, plus je reprends l'avion pour Bali où à l'arrivée mon téléphone portable avait mystérieusement disparu de la poche de mon sac à dos en soute ! Aurais-je encore provoqué les dieux ?

5 commentaires:

  1. La photo sur la route, on dirait Abbey Road avec une foule de Beatles circoncis derrière !

    Tu ne devrais pas prendre autant de photos en noir et blanc je trouve, en particulier pour l'ambiance que tu décris, pour nous qui ne sommes pas avec toi c'est pas aussi évident de se rendre compte de ce que ça peut être.

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  2. Effectivement je trouve que le noir et blanc passe mal, mais je pense que c'est surtout à cause du support, le blog. Sur un fond noir, ce serait mieux. Le bruit, l'humidité, la chaleur, la misère et la fatigue sont le mieux représentés par le noir et blanc...

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  3. je trouve que ça rend bien les tof en noir et blanc...

    après je dis ça, je dis rien...

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  4. INCROYABLE ta photo ! J'allais dire la même chose que Cac' : ABBEY ROAD rocks ! ;)

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  5. mdr la Bonobio. Voilà, j'ai révélé le secret : les Beatles avaient pris la photo en Indonésie !!

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