jeudi 9 septembre 2010

Kaléidoscope

Après avoir eu le plaisir de tout réinstaller sur mon PC qui a décidé de se suicider cet après-midi en pleine rédaction de cet article, je peux enfin le publier. Tout d’abord, merci à Géraud et Louise d’écrire aussi, je me sens un peu moins seul à donner des nouvelles ici bas. Cet article va me servir de fourre-rien concernant les petits touts quotidiens, qui ne méritent pas un long développement, mais sont à signaler entre deux mots. Voici donc une liste désorganisée de différences qui n’engagent rien mais font sourire.

Delicious. Je ne sais pas d’où vient cette hystérie, mais quand j’ai mangé des plats culturellement marqués, la plupart des filles avec lesquelles je partageais le repas se sont intéressées à ma réception de ces produits de la façon suivante : « is it delicious ? ». Pas de « do you like it ? », pas de « is it good ? », non, direct cash dans ta tronche « is it delicious ? ». Ça doit être un truc d’Asiat’, parce que les Coréennes, les Japonaises et les Chinoises ont le même TOC. Pourquoi les filles ? Parce que les gars ils s’en foutent de si on aime ou pas, et ils ont bien raison, vu qu’il n’y a que ça à manger.

Savoir compter. « How old are you ? - I’m 20. - You’re so young ! » : quel est votre avis en lisant ça ? Que je ne fais pas mon âge ? Ou bien qu’il y a un trouble de la communication ? Si je vous disais que j’ai 22 ans, quel tête feriez-vous ? « You’re so old ! » ? Enfin, certains occidentaux m’ont bien donné 25 ans... La solution à cette énigme est simple. Règle numéro 0 : on commence à compter à partir de 1 et non de 0. Il n’y a donc pas de rez-de-chaussée, et les maïeuticiens offrent tous un gâteau aux bébés qui naissent pour leur 1 an. Qui plus est, tout le monde gagne un an au 1er Janvier de chaque année ! J’ai donc bien 22 ans coréens.


Le ferry qui nous a mené sur Nami island, où les gens croient être indépendants parce qu'ils ont leur propre monnaie

Superstition. On me demande mon groupe sanguin, que je ne connais pas, heureusement. Ça me permet d’éviter le crible de la sélection biologique des relations. Selon une croyance forte d’une population à la même consistance identitaire que les lecteurs d’horoscope des magazines télé, la compatibilité (professionnelle, amicale, amoureuse) entre deux personnes dépend de certaines combinaisons (ça en fait un tas de cons) de groupe sanguin. Selon notre prof d’économie, il y aurait même eu des études économétriques pour voir quel comportement d’investisseur est lié à quel groupe sanguin. Je me demande encore si le rhésus peut changer la donne.

René Descartes versus Kurt Cobain. Selon notre prof de politique comparée, les Occidentaux sont bien plus à cheval sur l’obéissance aux règles que les Coréens ou les Japonais, ce qui m’a surpris d’abord. Puis j’en ai fait l’expérience. Je vais donner des « cours » de Français à des étudiants coréens. J’ai cependant rencontré des difficultés pour les situer spatiotemporellement, et j’ai envoyé des e-mails aux responsables de ces cours donnés par des étudiants étrangers pour changer le lieu et la date (thèse), dans un souci de répondre aux attentes d’un maximum d’étudiants (argument), notamment dune étudiante qui veut venir en France l’an prochain et à qu’il me semble nécessaire de donner des bases (exemple). La réponse fut le statu quo, ni plus ni moins, garde ta réflexion pour toi. Que faire ? Simple ! Au lieu de réfléchir à organiser intelligemment un e-mail, se rendre sur place physiquement, se parer à l’abordage, dire que rien ne va plus, et qu’il faut changer absolument ce cours sinon pas de quartier. Et j’ai obtenu ce que je voulais. Prochaine fois, j’essaie de réclamer une augmentation de salaire.

Coréanisation des noms. En cours de Coréen, nous avons tenté d’écrire en Coréen notre prénom. C’est croustillant quand des sons n’existe pas, et on peut tartiner de ridicule les prénoms qui se finissent sur une consonne prononcée, ceux-ci se voyant affublés d’un -eu final. Exemples : Mehmet devient Meheumeteu, Santos devient Santosseu, Carlos devient Caleulosseu. La confusion entre l et r est embêtante pour tout comprendre, tandis que la confusion entre si et shi fait rire : « This subway station is the shitty hall ».


Séance karaoke

Aperçus du dorm. Tout d’abord, parlons des fontaines de Duchamp, car il est difficile de parler d’urinoir quand leur conception vous renvoie sous forme de pluie sur les pieds le rayon que vous tirez dedans. En effet, si par rapport aux urinoirs que nous connaissons dans nos bonnes vieilles sociétés européennes, le kärsher se situe en bas ou au milieu de l’urinoir selon la taille du pompier qui envoie le jus, ici, la zigounette arrive au sommet de l’urinoir, qui descend jusqu’au sol. De quoi obtenir un retour à l’envoyeur facile de ce dont on cherche à se débarrasser. Ensuite, parlons des douches. Imaginez ceci : il y a un miroir dans la douche, la porte de la douche est transparente à hauteur de la tête, et de l’autre côté il y a les lavabos avec un grand miroir. Calculons donc : si l’on regarde le miroir du lavabo avec un sinus de 270°, on verra donc à travers la porte de la douche le miroir de la douche avec un cosinus de 45°, et par conséquent on aura une vue lourde de conséquences sur la tangente qu’a entre les jambes celui qui se douche. Puis, abordons le sujet de ce qui manque dans ce dorm. Deux objets nécessaires sont absents à l’arrivée : le papier toilette et les couvertures pour le lit. Pour le premier, il vaut mieux être au courant en effet, même si sur un des WC il y avait plein de boutons incompréhensibles avec des images en tous genres, tentants, mais je ne me suis pas laissé tenter. Sans doute des toilettes pour handicapés. Autre fait amusant : il n’y a pas de brosse à chiottes, ce qui peut être gênant les jours de carnaval dans la cuvette. En ce qui concerne les couvertures, elles ne sont pas livrées avec, même pour les étudiants étrangers, on ne donne que le matelas ici. J’ai donc acheté une couverture qui est une sorte de grande feuille (pas de couette à mettre dans la housse de couette) qu’on pose sur soi simplement. Enfin, je n’ai pas abordé le sujet jusque-là, mais mon roommate est sympa, même si je dois parler au ralenti en Anglais pour établir la communication.

Scarface aurait dû être tourné en Corée. J’ai déjà abordé un peu la question des prix, pas celle des formes du Won. Si dans la zone euro, le plus gros billet est 500€, ici, le plus gros est l’équivalent de 33,33€. Le plus utilisé est sans doute celui de 6,66€. Quant à la plus faible pièce, son poids en euros est de 0,006€, mais comme la pièce de 1 centime chez nous, elle ne sert pas à grand-chose.


Une petite vieille qui se baladait comme ça au milieu du campus

밥 주세요. J’ai déjà pas mal abordé la question de l’alimentation, et je vais encore l’aborder, mais j’ai déjà changé depuis que je suis arrivé. Au début, tout arrache la tête (manger du kimchi, le chou coréen épicé, à tous les repas, ne réussit à personne au départ). Mais à force, je m’habitue (mon cas n’est pas une généralité), et je me rends même compte maintenant que si je mange du riz, comme à quasiment tous les repas, sans kimchi ou autre chose d’épicé à côté, ça me semble très fade. Un peu comme chez nous si on ne met pas de sauce, de crème ou autre avec le riz. Bah ici c’est juste une saveur pimentée.

Paris-Normandie. J’ai trouvé une bonne technique quand je me présente pour éviter les banalités sur mon pays d’origine. Si, lorsque mon interlocuteur apprend que je suis Français, je vois son visage s’illuminer, je lui adresse ce discours : tu vas me dire que tu es déjà allé en France, que tu aimes beaucoup Paris. Très bien. Maintenant je te dis que les Français hors de Paris n’aiment pas Paris et les parisiens, et je ne suis pas parisien. D’où je viens alors ? De Normandie. Oui, ça te dit quelque chose, mais tu ne sais pas où c’est. Tu en as entendu parler quand tu as appris ce qu’a été le débarquement de Normandie. À deux exceptions près (une personne qui ne s’est jamais rendue en France et une qui sait bien plus à propos de la géographie française), à chaque fois que j’ai tenu ce langage j’ai obtenu mon fromage.

Activité étudiante. Je critiquais un peu mon université dans le dernier article. Du côté étudiant, il y a souvent de bonnes initiatives (concerts dans le hall où l’on fait la queue pour acheter son ticket de resto u ; comédie musicale, concert organisé dans le grand amphi du campus...), d’autres qui partent d’une bonne volonté mais échouent (tentative de breakdance dans ce même hall, assez ridicule ; chorégraphies sur une affreuse pop coréenne...), et des saloperies corporatistes (les clubs sont très fermés sur eux-mêmes, on ne peut même pas entrer dans la salle de tennis de table si le club de tennis de table s’entraîne là ; certaines personnes des clubs de musique sont très accueillantes individuellement, mais le club ne veut pas qu’on utilise leurs locaux, réservés aux membres du clubs, logique impressionnante quand les inscriptions sont fermées pour nous...).

Human beatboxes. Quel est le cri du Coréen ? Oui je sais c’est mal de généraliser. Généralement, les Asiatiques avec qui j’ai mangé font un boucan du diable à table (heureusement, la plupart du temps on mange dans un environnement bruyant, à savoir le resto u). Par contre, je surprends si je veux me moucher parce que la soupe que je bois ne se contente de pas de m’arracher l’œsophage lambeau après lambeau mais me fait cadeau du supplément du nez qui coule. Dans les douches cependant, mes nombreux colocataires ne se gênent pas pour répéter leurs gammes de raclage de gorge et autres appétissants crachats !

Arbitrage salaires / chômage. J’ai remarqué que la plupart des petits boulots sur le campus, même administratifs, sont tenus par des étudiants. Sans doute un bon moyen de se faire un peu d’argent pour financer les études, enfin je suppose, car j’admets ne pas avoir abordé le sujet avec l’un d’entre eux. Cela va de la vaisselle ou de la cuisine au resto u, de l’accueil dans certains services comme la banque ou l’office international, de la caisse des différentes boutiques au nettoyage des bancs et tables... Il faudra que je me renseigne sur le niveau de salaire de ces différents emplois.

Conjuguer parc d’attraction et repos. S’il y a quelque chose que j’adore lors de mes séances de lecture solitaire dans le campus (profitant de ne pas avoir beaucoup de travail pour l’instant), ce sont ces bancs qui reprennent le principe des rocking chairs. Un banc que l’on peut faire se balancer ! Je ne suis pas le seul à apprécier, à en voir tous ces petits vieux sur le campus qui se reposent et discutent partout (je ne sais pas trop ce qu’ils font là, j’irai leur demander quand je saurai parler suffisamment Coréen).

Le stade du campus venant d'ouvrir, ça s'entraîne, aussi bien au soccer qu'au football américain en passant par le baseball

Ne pas puer quand il fait chaud. Lors de l’icebreaking trip, j’ai été dans une chambre avec des Coréens et des Chinois. Et j’ai mis du déodorant le soir. « HEY WHAT IS THAT ??? » : que répondre ? Que c’est un spray pour éviter de puer de sous les bras ? J’ai pas osé leur expliquer, ils croient encore que c’est un brumisateur.

Lectures. J’ai de quoi m’occuper ici. J’ai déjà fini L’automne à Pékin, que j’ai beaucoup aimé, mais je pense que l’intéressé qui me l’a offert recevra un e-mail pour en parler plus précisément. Ce qui me permet d’entamer Fin de partie (que j’ai ouvert pour la première fois dans mon lit, ce qui m’a fait sourire quand j’ai lu le message qui m’est destiné dedans : « Ce livre, tu ne le liras pas sur les toilettes, mais tu l’apprécieras à sa juste valeur allongé pépère dans ton lit »). En me baladant dans la bibliothèque, perdu entre les immenses murs chinois et coréens, tel Indiana Jones, je trouve deux livres en Français. Le premier : Introduction à une anthropologie de la surmodernité. Pour un Français, c’est déjà viser haut, alors je me demande qui dans cette université à oser commander ça. Le second : Histoire de l’Asie orientale. Un des cours disponibles pour les étudiants étrangers s’intitulait East Asian History. Je ne l’ai pas pris à cause de sa mauvaise réputation aux yeux de mes prédécesseurs. Avec ce livre en Français sous la main, je vais pouvoir me permettre de rattraper ça ! J’ai également trouvé un épais recueil de récits de voyage concernant la Corée sur différents aspects et de différentes époques (quelques auteurs : Jean-François de la Pérouse, Pierre Loti, Jean de Pange, Paul Claudel...). Enfin, petit clin d’œil au bovin qui va partir dans un pays où il faut tout marchander : les affaires continuent ! À un déstockage, j’ai trouvé A new history of Korea, ouvrage assez conséquent, pour 2€33, au lieu de 20€.

Réflexions. Pour conclure, je souligne que je continue de me réfléchir chez les autres, puisque c’est un des intérêts de partir à l’étranger, tout de même. J’ai eu un profond débat avec une Autrichienne sur le thème : la rationalité guide-t-elle toutes nos actions ? Tout le monde est-il toujours rationnel ? Y a-t-il un sens à la vie ? Pour ceux qui ont vu la vidéo d’Aubry-Louis, ça avait un petit côté « prepared to get schooled in my Austrian perspective ». Je pourrais rentrer dans les détails mais je doute d’avoir le temps, l’envie, et de susciter l’intérêt de mes lecteurs. Mais j’ai eu une autre discussion assez intéressante pour vous (qu’est-ce que je n’écrirais pas pour vous !) avec des Chinoises, qui a simplement débuté quand je leur posais quelques questions sur leur pays. Je me suis entendu répondre : tu sais, en Chine les filles ne s’intéressent pas vraiment à la politique. Le piment dans mon sang n’a fait qu’un tour dans ma bouche avant de parler. Là aussi il y aurait beaucoup à dire, mais c’est un exercice d’athlète que de retranscrire une discussion a posteriori, et je ne pense pas en avoir la capacité, de le faire clairement du moins. Je laisse donc votre imagination spéculer sur ce qui a pu se passer et s'échanger.

4 commentaires:

  1. Hello beau gosse !

    Merci pour cette description des urinoirs, des douches et de l'utilisation des déo. Je me sens bien en France quand même.

    Sinon, Camille, si ton ordi ne t'as pas trop abandonné, y a t-il possibilités que tu m'envoies quelques photos d'Articule ? (affiches, etc). On en a besoin pour la journée des assos jeudi prochain. Si t'as le temps, essaie d'en envoyer quelques unes sur elodiepichon@gmail.com

    Merchi
    Elodie118

    RépondreSupprimer
  2. Camille, tu te réfléchis beaucoup à l'étranger ? Nouvelle expression, intéressante, j'essaierai aussi de m'auto réfléchir dans un autre article.

    RépondreSupprimer
  3. Camille, je te réponds ce week-end dans un article. J'ai eu le temps de discuter un peu politique, école... avec la stagiaire chinoise qui est aussi à Sport et citoyenneté en ce moment. Tschüss gros !

    RépondreSupprimer
  4. Sympa la malédiction du groupe sanguin !

    RépondreSupprimer