Je dois des comptes à Mehdi qui nous a exprimé ce qu’il a ressenti à bord de l’avion. Ma dernière demi-journée en France a été l’occasion de nombreuses variations de mon attitude. Pendant le train, à cause de ma nuit peu ensommeillée, j’étais pressé d’arriver car je tombais de fatigue sans avoir le droit de m’endormir, au risque de rater la gare. Alors pour passer le temps, je me suis contenté de légers picotements à l’estomac qui me rappelaient quand même qu’un grand voyage m’attendait, que j’allais arriver à Séoul, tu te rends compte ? Séoul ! L’excitation était plus que présente en descendant du train, une banane entre les dents à observer le dédale qu’est Charles de Gaulle. L’aéroport porte bien son nom : il vous fait aller dans un sens puis dans l’autre, et quand vous comprenez enfin comment vous orienter par rapport à lui, c’est déjà trop tard, il vous a déjà baisé. Plus concrètement : je suis passé devant une queue monumentale de gens en souriant en me disant « ces gens n’ont-ils pas pensé à acheter leur ticket avant ? » puis je me suis rendu compte que c’était juste la queue dans laquelle je devais m’insérer. Ça va : j’arrive 3h en avance, la queue dure dans les 1h45. Un peu stressant. Je vous passe les problèmes de machine etc. Un peu (euphémisme) énervé par ce bordel, je m’assois devant ma porte d’embarquement, mâchant mon sandwich déjà plus très frais. Puis nous pouvons commencer à rentrer. Je suis dans les premiers de la file classe économique, mais la dame qui prend les billets nous dit d’attendre pour laisser passer ceux de la classe affaires ! Mon sang bouillonne face à l’injustice imposée par les rentiers, qui sont les vrais responsables des attentats du World Trade Center. Quand c’est mon tour de passer, mon billet ne passe pas. Chouette, encore une saloperie qui va m’arriver ! « Ha, Monsieur, il fallait qu’on complète la classe affaires, donc on vous a surclassé gratuitement ! ». Je sais ce que vous pensez : c’est comme la prise d’otage en Corse, Camille raconte des conneries, il nous fait sa crise. Regardez donc la photo ci-contre. Je ne regrette qu’une chose : ne pas avoir demandé à la dame des billets de cracher à la face des gueux de la file économique. Vous comprenez donc ma nouvelle perception des choses : si à 20 ans on a pas voyagé en classe affaires, c’est qu’on a raté sa vie. Sauvé ! Le moral est donc
Arrivé à minuit, 7h heure coréenne, accueilli par mon buddy, Kiwon, qui m’aide à partir de l’aéroport d’Incheon pour m’installer quelque temps chez lui, avant l’ouverture de ma cité u. Il a un bon niveau d’Anglais (après un an d’études en Australie), a la conversation facile, est très sympa (pour un Coréen me précisera Pauline, mais je suis d’accord : j’ai déjà eu pas mal de discussions sur des sujets très divers avec lui). Il m’emmène en bus chez lui et nous allons manger ensemble dans un restaurant... japonais, où j’ai mangé un plat épicé au point – et c’est un amateur de plats relevés qui parle – d’en avoir un mega mal de bide en sortant. La sieste de 5h qui a suivi n’a pu que m’être bénéfique. Mais trop courte. D’une part j’ai l’intention de me faire un gros choc pour prendre le rythme coréen directement, et d’autre part nous devons rejoindre Pauline et ses amis le soir. Les sujets de discussion ont été variés et je pense qu’ils méritent tous un article en particulier : prix de la vie, la bouffe, les Coréens et les Coréennes, les Coréens et les Japonais ou Chinois ou autres, leurs habitudes (je pense juste au cas du téléphone portable qui est indispensable selon Pauline, mais j’ai juste peur de me faire submerger par la technologie, j’ai déjà une carte de transport en commun, une carte de cité u, et je vais recevoir une carte d’étudiant et une autre carte de crédit...), etc. Fait notable : dans le bar où nous sommes allés, il y avait un anniversaire. Mince. Ça n’a rien à voir avec un anniversaire dans un restaurant libanais à Rennes, et ça mériterait un article à lui tout seul également. Le lendemain, après 14h de sommeil, l’intégration s’est poursuivie. En vrac : inscription au consulat de France, première recherche d’un portable coréen, visite du campus (qui n’a rien à voir avec l’IEP ou celui de Mont-Saint-Aignan : c’est une ville dans la ville, et une ville-parc même, qui nécessitera des images), rencontre d’Euhnwa (ma coordinatrice), entrée dans la cité u (le dorm qu'j’dirai maint’nant) plus tôt que prévu pour éviter la foule, et surtout, premiers repas coréens. Je vous écris donc depuis mon lit, mon roommate étant absent mais n’ayant pas hésité à foutre ses affaires partout, y compris sur mon lit, mon bureau, etc.
Je pense qu’il faut rajouter mes premières impressions sur la ville pour que vous ayez le sentiment d’immersion. J’ai quitté Rouen sous la pluie. Je suis passé à côté de Paris sous la pluie. J’arrive à Séoul sous la pluie. La chaleur est dingue, l’air humide, on se croirait dans un pays tropical : on peut être trempé en chemise et en short, on s’en fout. Les artères principales donnent à voir des immeubles assez impressionnants, avec des pubs et des néons lumineux pour indiquer les boutiques partout. Énergivore mais justifié par le fait que les boutiques restent ouvertes presque tout le temps. Bien sûr, tout est écrit en Coréen. Incompréhensible au début, en m’efforçant je commence à savoir lire, mais toujours aussi déstabilisant. Franchement, Lost in translation traduit bien ça, même si je suis rassuré par la présence de Kiwon. Bien sûr, il faut voir les petites ruelles grises derrière ces façades. Ce sont des passages qui semblent avoir été oubliés de la modernité, et pourtant il faut y passer pour trouver des habitations. Dans la simple ruelle qui mène à l’appartement de Kiwon, on trouve ici une minuscule boutique où l’on vend à manger pour emporter, ici un vieux assis par terre sur la pointe des pieds en train de fumer, ici une vieille et son fils qui vendent des fringues dans la rue même, avec un simple parapluie pour les protéger de la pluie... Je pense avoir encore beaucoup à voir de ce côté-là. Ce n'est pas de la fascination pour un exotisme, mais simplement une ambiance que je ne connais pas. Se promener sous la pluie en transpirant (bien qu’aujourd’hui la pluie ait légèrement rafraîchi le temps), en passant devant les boutiques qui sont pour la moitié des restaurants, en sentant des émanations partout, des odeurs qui jaillissent du sol lui-même et qui se mêlent, rendant sucrée la fumée des pots d’échappement ou bien écœurante ou réveillant l’estomac l’odeur de la friture selon que l’on passe devant avant ou après manger, et en ne pouvant contempler que des éons et des enseignes lumineuses lorsque l’on lève les yeux, cela a de quoi vous décourager le plus franchouillard de tous les messieurs avec une baguette sous le bras. En parlant de baguette (je conclus, avant d’aller me coucher) j’ai vu de nombreux magasins « Paris baguette ». J’ai dû accompagner Kiwon dans l’un d’entre eux pour qu’il puisse manger la confiture que je lui ai offerte. À voir le choix de pains et leur prix, je pense que je serai dans l’obligation morale et chauvine de me passer de pain cette année.
PS : je ne compte pas aller autant dans le détail à chaque fois, c’est juste histoire de dire ce que je vois car ça m’impressionne.
PPS : pour la suite, je prendrai des vidéos aussi et j’essaierai d’écrire moins détaillé mais il y a tellement de choses à dire...
Petite mise à jour de ce vendredi matin ! Nouvelles en vrac pour tout le monde : je vais bien, on a eu les premières réunions pour étudiants étrangers, il y a des trucs intéressants (week-end d’intégration) et des trucs chiants (devoir signer un formulaire en coréen car c’est obligatoire d’avoir un compte dans la banque installée à la fac, spéciale cacedédi à tous ceux qui se battent pour éviter le partenariat entre l’IEP et la BNP), je me suis fait bouffer par les moustiques (suffisamment gros pour crever un ballon), le temps alterne entre cuisson et douche, j’ai obtenu mon téléphone portable en trichant un peu avec la procédure pour les étrangers, je suis entré dans les horaires de vie coréenne (mais mon estomac pas encore, quand il a faim en sortant de table parce qu'il est 20h), et j’ai trouvé le thème de ma première vidéo.