mercredi 22 décembre 2010

Réflexions de collégienne

Cela devient difficile de garder le rythme d'écriture que j'avais au début de l'année, mais j'ai de bonnes excuses. Les partiels sont terminés, mais j'ai commencé le stage linguistique intensif de Coréen, et ça me rappelle à de nombreux égards la prépa, avec ses devoirs incessants tous les jours, des listes de vocabulaire quotidiennes à en faire tourner la tête... J'imagine que c'est le prix à payer pour accéder à un meilleur niveau en version accélérée. Résultat, le temps me manque pour tout : bouquiner les 50 000 livres que j'ai ici, mater des films, me refaire la totale de South Park, sortir, etc etc. Je comptais justement écrire un article sur le cinéma coréen, du moins sur les films que j'ai vus, il y a quelques choses à dire, mais comme j'ai perdu le fil de ma consommation régulière de films je vais écrire sur un autre sujet d'actualité : le départ des autres.

En effet, ces jours-ci, la majorité des étudiants étrangers ne restant qu'un semestre fait ses valises et quitte la péninsule. Pour ceux à qui l'on s'est le plus attaché, ça donne à réfléchir. Nous reverrons-nous un jour ? Quel est mon avenir dans la vie ? De nos jours, dois-je toujours avoir un domicile ou bien être flexible au point de voyager toujours partout dans le monde ? Y a-t-il une vie après la mort ? Si Ross et Rachel se séparent dans la saison 3, qu'en est-il de Joey dans la saison 6 ? Tant de questions auxquelles l'humanité n'aura jamais la réponse. C'est à cause de ces questions que la semaine reliant mon anniversaire à Noël se teint de nostalgie. À peine avons-nous quitté un de mes meilleurs amis faits ici que nous entrons dans un coffee shop pour entendre une chanson coréenne sooo sad. On se serait cru dans un drama où la musique vient toujours souligner à l'outrance le sentiment que doit avoir le spectateur à ce moment-là, à l'exception près que nous sommes de bien meilleurs acteurs. Heureusement, vu le boulot que l'on a pour le Coréen, on a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Alors que l'on devrait parfois. Je prends pour exemple notre plan de ce week-end pour Noël. Samedi et dimanche nous partons avec quelques autres étudiants étrangers (les Coréens étant pour la plupart occupés ce jour-là) pour un endroit mystérieux dont on sait seulement que c'est à 3 heures de bus en partant de Séoul, que c'est dans une maison que nous prête un Coréen par l'intermédiaire de sa tante. Ça sent le plan foireux à plein nez, mais nous y courons gaiement dans la joie et la bonne humeur parce que hé, quand même, c'est Noël. Il a été difficile de s'accorder sur qui viendrait, mais l'embargo potentiel sur la Chine a assez vite sauté.

Une chose est sûre c'est que l'on va avoir droit à un Noël cosmopolite. L'Anglais n'est pas une si jolie langue mais elle est sacrément pratique. On n'imagine jamais à quel point la communication partout dans le monde est rendue plus aisée avec une langue internationale, même si tout le monde ne la parle pas parfaitement. Mais c'est une expérience dont je me rends compte en vivant en Corée. La maîtrise à la perfection d'une langue n'a pas de sens. L'important, c'est de comprendre et d'être compris. Quand je repense avec le recul aux cours d'Anglais en prépa notamment, où l'obsession d'être parfait règne, je me demande au final à quoi ça servait. À s'élever l'esprit ? Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, car si l'on y réfléchit bien, personnellement je ne maîtrise même pas le Français à la perfection. D'où ma question : à quoi sert d'apprendre une langue ? Revenons à la base, au début, au point zéro de l'apprentissage d'une langue. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à apprendre une langue étrangère, comme ça représente un lourd investissement ? J'y vois deux raisons. La première : parler cette langue. La deuxième : avoir accès aux ressources culturelles disponibles uniquement si l'on maîtrise cette langue, comme la littérature, le cinéma... Si vous voyez d'autres raisons, n'hésitez pas à les partager. En tout cas, pour la première raison, la maîtrise parfaite d'une langue n'a pas de sens. Bien sûr, il faut bosser, tout le temps et tout le temps, mais à quoi sert de ne pas faire de fautes si l'on peut en faire tout en étant capable de parler avec un natif ? J'ai en tête l'Allemand où à l'oral on massacre les déclinaisons sans que cela gêne les Allemands. Qui plus est, quand je parle avec des Espagnols ou même des Tchèques, on cherche un mot en Anglais, on le dit en Français, et dans leur langue c'est quasiment le même mot... Il est parfois plus utile de contourner l'Anglais quand on parle Anglais pour être compris ! Pour la deuxième raison, une connaissance approfondie de la langue est nécessaire, notamment pour la littérature où c'est là qu'on va trouver les expressions les plus ardues. Mais là encore, ce n'est pas nécessaire de maîtriser à la perfection la langue, dans son intégralité : l'important est de comprendre ce qui se passe. C'est différent évidemment si l'on veut écrire de la littérature et non la lire, où là, bon, je reconnais qu'il faut savoir de quoi (et comment) on parle. Enfin, il suffit de parler avec des Chinois qui disent ne pas connaître l'intégralité des sinogrammes pour se rendre compte qu'il vaut mieux concentrer le temps limité dont on dispose sur quelque chose qui permettra d'établir une relation humaine. C'est pourquoi je tente de mondialiser mon Anglais pour être compris. Après avoir adopté l'horrible habitude de dire « dude » tout le temps, je commence à sortir le mot « bitch » sans m'en rendre compte. En parallèle, le peu de pratique du Français me met dans des situations inconfortables des fois. Je n'oublie pas mon Français, mais j'oublie les expressions imagées, les idiomes, enfin bref tout ce qui fait l'intérêt et la beauté d'une langue. Ça, c'est chiant.

En bref, je pense que ça ne sert à rien de chercher à maîtriser jusque dans ses moindres recoins une langue, mais il ne faut pas perdre de vue que c'est une lutte incessante. Toujours apprendre parce qu'il y a toujours à apprendre, jusqu'à ce qu'on en vomisse. Pourquoi apprendre au fond ? Apprendre pour apprendre ? Je pense plutôt que c'est apprendre parce que l'histoire d'un pays est aussi inscrite dans sa grammaire. Et apprendre ne se limite pas à la grammaire et au vocabulaire. Bien entendu c'est la tache qui prendra le plus de temps, mais j'ai l'impression que même si l'on connaît bien sa grammaire et qu'on a une quantité de vocabulaire conséquente, ça tourne toujours dans le vide si l'on a pas saisi le point de vue de ceux qui parlent cette langue. Exemple trivial : « qu'est-ce vous prendrez », au restaurant, donne en Coréen quelque chose qui se traduirait littéralement par « qu'est-ce que je vais vous donner ». Ça semble facile, au final il n'y a qu'à apprendre par cœur. En fait, même s'il est important de connaître la grammaire et le vocabulaire, si l'on a que ça, on ne peut pas deviner par soi-même comment dire « qu'est-ce que vous prendrez » en Coréen, il y a un petit quelque chose en plus à attraper. Et à comparer les langues européennes, je pensais que les différences entre les langues du monde n'étaient que des différences d'idiomes au final. Je me suis rendu compte qu'il y a aussi des différences de comportement dans la communication, des mimiques, des gestes, des expressions corporelles ou faciales... Les Japonais me font toujours sourire à ce propos. Quand on leur dit quelque chose, même si ça n'est pas extraordinaire, on a toujours le droit à des gros yeux et à un long « ooooh » d'étonnement. L'autre jour, j'ai simplement dit à un Japonais que je prenais ce cours de Coréen pendant les vacances d'hiver et que j'étais niveau 2, et j'ai eu droit à un « haaaaaaaaaaaaa (montant) hmmmmmmmmmmmm (montant) oooooooooooooooooh (montant légèrement puis descendant) ». Des montagnes russes verbales... Enfin, ça n'est pas le Chinois avec ses saloperies de tons qui rendent encore plus fou. Je serai curieux d'avoir le point de vue d'autres gens à l'étranger apprenant une nouvelle langue sur ces questions de communication et d'apprentissage...


Une maison coréenne louée par le club de taekwondo pour une soirée

No dude that's really gross

J'ai découvert récemment une libraire gigantesque, vraiment immense, où l'on trouve... de tout

Un spectacle de théâtre par des étudiants chinois en costumes traditionnels coréens

mercredi 8 décembre 2010

L'article précédent, c'était parce que, comme on se le disait en famille autour d'une bonne tisane au 97 rue d'Antrain il y a quelques mois, raconter le quotidien est la meilleure manière de se rendre compte de ce que sont devenues nos vies. Donc voilà c'est fait. Et maintenant, suivant l'example de Camille, petite série de nouvelles en vrac:

  • Le soleil est inlassablement bleu, les jours passent et le beau temps reste. Il fait bon et les gens sortent en tee-shirt en milieu de journée. L'Europe sous la neige me paraît bien bien loin...

  • Je n'ai pas encore essayé le surf.

  • Après plusieurs week-ends de voyages, j'ai décidé de me poser pour le moment et d'explorer ma ville. J'étais hier soir à Hollywood dans un petit, tout petit théâtre. Une installation qui ne paye pas de mine et une trentaine de personnes rassemblées pour prendre le micro le temps d'un slam, d'un poème, d'une chanson. Et ce dynamique papy qui vient raconter son adolescence avec son bon copain Jim Morrison. Parce qu'on a beau dire, LA c'est encore la Californie, l'ouverture d'esprit, la tolérance et les restes de l'époque Hippie.

  • Le quartier ou j'habite est en constante ébullition, les bâtiments se refont une beauté, des petits magasins ouvrent. Il y a beaucoup de clubs de yoga, ou de club de fitness, pas vraiment l'Amérique d'en-bas. Le dimanche matin, le quartier grouille autour du marché.

  • Je suis aussi impressionnée par le bouillonnement d'idées que je trouve ici en Californie. Les débats dans les rues, les nombreux étudiants qui prennent l'initiative de créer des entreprises ou des ONG (comme le dit Harrison qui a créé un business de matelas bios, « on crée des emplois, on n'attends pas d'en trouver »...).

  • Je crois que je suis bien habituée à l'anglais, et je ne me rends plus trop compte quand je passe d'une langue à l'autre.

  • Le stage se passe, même si d'une certaine manière je commence un peu à saturer de ces longues journée sérieuses.

  • La fin des partiels à UCLA est demain soir. Donc une grosse soirée en prévision pour fêter l'achèvement de semaines d'un labeur que je n'ai pas eu à endurer :). Une soirée est aussi prévue vendredi soir; Finalement je retrouve de plus en plus, et avec plaisir l'atmosphère rennaise/étudiante avec des choses prévues tous les soirs, et la recherche active de temps pour dormir.

  • Je suis partie à San Diego il y a quelques semaines, choc de la frontière avec le Mexique. Et le plaisir de retrouver Erika, qui etudiait a l'iep l'an dernier. Elle m'enmène en deux jours visiter plein de jolis petits coins. Rencontre aussi avec cette française de Phoenix en visite à San Diego qui prévoit de traverser le pays en voiture, de l'Arizona à Philadelphie en février. On partira surement ensemble et je filerai jusqu'à Boston.

  • Jai passé un week-end de Thanksgiving très atypique, en compagnie d'une cinquantaine de chinois. Pour résumer l'aventure, j'avais trouvé ce bus pour sillonner les routes de Los Angeles à El Paso, Texas, via les parcs naturels de l'Arizona et du Nouveau-Mexique.

    Jeudi 25 novembre, 7h00, et un lever à l'aube, bien fatiguée mais sourire au lèvres à l'idée de ces 4 jours de vadrouille. Je me présente au point de rendez-vous...pour me rendre compte après une heure d'attente en vain, qu'il faut en fait que j'aille à Chinatown. Et que le bus est déjà parti...La responsable au téléphone me conseille grandement d'attraper un taxi et de rattraper le bus si je veux vraiment participer au voyage. Pas le temps de me maudir, je grimpe dans le premier taxi qui passe, pour un trajet à fond les ballons sur les freeways. Quarante minutes plus tard, je monte finalement dans le bus, contente, mais fauchée puisque la course m'a couté...200dollars! Seconde surprise quand je me retourne pour voir qui est déjà là: jusqu'au bout du bout du bus, les rangs sont occupés par des familles asiatiques. Et le guide se lève, et se met à parler...en mandarin! A ce moment là, je me demande vaguement ce que je fais là...Et puis s'ensuivent 4 jours finalement cools...Le guide est sympa et décide de me faire rentrer dans tous les parcs naturels et les restaurants (chinois vous l'aurez compris) gratuitement. Ca console un peu...4 jours donc pendant lesquels on traverse, et s'arrête dans des parcs nationaux époustouflants. Pendant ce week-end j'ai vraiment compris pourquoi les américains ne prennent la plupart du temps pas la peine de voyager à l'étranger. Les paysages sont scéniques et magnifiques, entre les forêts de cactus géants, ce désert de sable tout blanc, et les montagnes à perte de vue. A chaque stop j'arrive à me détacher du groupe pour me perdre dans la nature, et c'est vraiment le pied. Et après un petit bilan, contente d'avoir pu m'échapper du bouillonnement de la ville, et de voir tout ça. Ce weekend confirme aussi grandement mon goût pour les voyages « à l'arrache », sans le sou, et sans grand groupe....

    Quelques photos du voyage, pour le plaisir des yeux!






lundi 6 décembre 2010

Flash news

Aujourd'hui j'ai envie de parler de tout et de rien, juste de quelques trucs qui me passent par la tête. Je n'écris pas beaucoup en ce moment, car je suis assez occupé. Jeudi, j'ai un test de niveau de Coréen car je vais suivre les cours d'un stage linguistique intensif à partir de lundi prochain pendant dix semaines, après lesquelles je me rendrai au Japon retrouver le fondateur de gynécologie sans frontières. Donc je bosse pas mal mon Coréen ces jours-ci, plutôt des révisions, parce que j'ai envie de me retrouver dans une bonne classe. Puis les partiels approchent aussi. Jeudi, notre prof de mass medias and popular culture nous demande d'exécuter une danse d'un groupe de pop coréenne, alors il faut bien préparer l'humiliation à venir. Et la semaine d'après j'ai le stage intensif qui commence avec en même temps des partiels, donc jusqu'à Noël mon emploi du temps va être blindé. Qui plus est, j'ai commencé à préparer mon article pour le second numéro de Décloîtrés, ce que je fais sur mon temps de rédaction pour le blog normalement. En bref, quelques news.

Ce week-end, je me suis rendu à Daelim, le quartier chinois de Séoul. Je m'y suis rendu avec un ami chinois. Bah figurez-vous, j'y ai mis tous mes moyens de communication les plus aboutis, mais il n'y a rien à faire : il n'a jamais entendu parler des nems et des nougats chinois. Je me demande quelles chinoiseries se cachent là-dessous... Nous nous sommes rendus à Sincheon après, un quartier animé pour un samedi soir, où j'ai vu un nombre impressionnant de jazz clubs, ce qui contraste vraiment avec d'autres endroits. C'est toujours aussi incroyable de se balader dans des rues avec des immeubles où des boutiques différentes se trouvent à tous les étages, avec des lumières partout, et en même des câbles qui pendent et vous narguent. Puis nous sommes tombés sur une salle d'arcade, la première que je vois ici, où le bruit est assourdissant, mais les prix ridicules. Je suis tombé sur une borne d'arcade sur laquelle je suis resté scotché, où le principe est de jouer de la batterie tout simplement, mais avec que des chansons japonaises, ça n'aide pas ! Puis, m'étant couché très tard vendredi et samedi, nous avons trouvé un jjimjilbang à 10 minutes à pied de l'université pour 4€ en plein tarif (de nuit) pour nous relaxer dimanche soir.

Les aveugles coréens ne sont pas en reste à Séoul. Quand on appuie sur le bouton sur le poteau du feu au passage piéton, ce n'est pas pour appeler le feu vert à prendre plus vite, c'est pour signaler aux aveugles quand ils peuvent traverser. Et comment ! En rythme, avec des petites musiques et des voix criardes pour les diriger sur les longs passages piétons ! De plus, sur beaucoup de trottoirs, il y a une sorte de pavé différent au milieu. Il est jaune et avec des lignes qui indiquent dans quel sens va le trottoir, à quel moment on peut tourner, quand il y a un passage piéton à traverser, quand il y a des marches qui descendent vers le métro, pour diriger la canne du non-voyant.

Je ne pense pas à prendre de photos. Je ne sais pas pourquoi, ça ne me vient jamais à l'idée de sortir mon appareil, alors même que je l'ai toujours sur moi, pour prendre des photos. Cela explique pourquoi le nombre de photos s'est réduit sur mes précédents articles...

Les films pornos ne sont pas universels. L'autre fois, dans la salle télé de la cité u, il était tard, nous étions quelques-uns à discuter. Puis, soudainement, on entend à l'autre bout de la pièce des Chinois et des Singapouriens éclater de rire. Je me retourne et découvre un film porno (où bien sûr ce ne sont pas des Asiatiques qui sont représentés) qui passe à la télé. Bon, d'accord, je veux bien que ce soit surprenant, mais de là à éclater de rire... J'ai alors appris que dans ces deux pays, ça n'existe pas les films pornos, que c'était la première fois qu'il voyait ça. Et bien, ça leur fait une belle (troisième) jambe !

Les Coréens et les Japonais, ça se passe bien ? J'avais l'intention de faire un article tout entier là-dessus, avec détails à l'appui et tout. Mais en fait, à chaque fois que j'ai pu en parler, j'ai souvent eu le même genre de discours, ce qui limite la possibilité de broder. Je fais parler mon roommate qui est assez représentatif de ceux avec qui j'en ai parlé. Ils en ont après le Japon, pas après les Japonais. Globalement il y a des échanges entre les deux pays, des étudiants qui vont dans l'autre et réciproquement, mais tout se passe bien entre eux. L'ennui, c'est sur le plan diplomatique. Déjà, commençons par la mer du Japon que les Coréens veulent renommer mer de l'Est. Puis, des contentieux territoriaux qui durent, à propos d'îles où il y a plus de poulpes que d'habitants. Cela me mène à ce second point :

Le regard nationaliste de la Corée du Sud sur son histoire. Je me suis rendu au musée de Seodaemun il y a quelques temps maintenant. C'est une ancienne prison que les Japonais utilisaient pour torturer les indépendantistes coréens avant parfois de les exécuter. Et là, on y voit des représentations de Mitsuhirato contre les équivalents coréens de Tchang. Tout ça c'est très bien, mais le problème c'est le message véhiculé derrière... Faire d'un musée un lieu où l'on dénonce les atrocités commises par les uns sur les autres, c'est important. Ne pas oublier que des gens sont morts à cause de l'oppression d'autres, c'est nécessaire. En revanche, maintenir l'hostilité sur le long terme à l'envahisseur japonais pour faire adhérer tout le monde à la nation coréenne, faire l'amalgame entre indépendantisme et nationalisme, c'est dangereux, car ça peut être utilisé à n'importe quelle fin. Se créer des martyres, tomber dans le pathos au lieu de restituer scientifiquement l'Histoire, ça revient à poursuivre l'aveuglement et quitter un oppresseur pour un autre... De même, je me suis rendu au War memorial museum. Je m'attendais un peu à trouver quelque chose comme le mémorial de Caen, un résumé d'histoire en somme. La première partie c'est un peu ça, quand on passe de l'Antiquité à la fin du XIXe siècle. Puis, tout dégénère de nouveau avec le XXe siècle. Le plus gros paradoxe qui se soit présenté à mes yeux est celui-ci : d'une part, on met en avant les horreurs de la guerre de Corée, les nombres de morts (à savoir que la Turquie et l'Éthiopie ont envoyé plus d'hommes que la France, et que le Luxembourg est un des pays qui a subi proportionnellement le plus de pertes avec deux morts), les armes qui ont eu le temps d'être perfectionnées après 1945... Et d'un autre côté, pour la fin du musée consacrée à l'armée aujourd'hui, c'est complètement pro-militaire, parce que faut pas déconner, la violence de la guerre c'est à cause de la Corée du Nord, pas à cause de nous, nous on est les gentils et si on construit des tanks et qu'on présente les modèles de soldats du futur qui ressemble à un mélange de CRS aujourd'hui et de stormtrooper de Star Wars, ça peut pas se retourner contre la population civile, c'est vraiment uniquement pour se défendre, oui oui... Bon, la partie intéressante de ce musée est en fait l'extérieur du musée, où sont entassés tout un ensemble de véhicules utilisés durant la guerre de Corée. On peut rentrer dans les avions, dans un bateau, dans quelques véhicules pour faire joujou et s'y croire.

Cela fait plus de trois mois que je suis ici. Mais clairement, je suis un peu plus inséré dans mon environnement. Évidemment, le fait que je parle un peu Coréen à présent, que j'ai des repères pour me déplacer en ville et que je me sois fait des amis coréens n'y est pour rien, car au fond, ce n'est pas moi qui ai changé, ce sont les Coréens. J'ai découvert que les règles ne sont pas en métal, elles sont bien plus souples quand on sait s'y prendre. Par exemple, à l'entrée de la cité u, il y a une borne magnétique où il faut passer une carte pour entrer, car l'accès est interdit aux non-résidents. Si vous y allez à la confiance, en poussant la barrière à la main comme si de rien n'était, tout va bien se passer. Si on n'exagère pas, les règles peuvent faire facilement dans l'exception si l'on s'y croit permis.

Après le café, le thé. J'ai vraiment été surpris par les différents parfums de thé auxquels j'ai pu goûter ici. Petit liste non exhaustive. Thé vert qui n'a pas le même goût que le thé vert super u dont on a été quelques-uns à abuser à Patton l'an dernier. Il y a un arrière-goût d'une plante que je n'arrive pas à saisir, mais après quelques discussions, je pense sans être certain qu'il s'agit d'aloès. Thé noir (ou thé rouge), où là, tout dépend, il y a plein de sortes différentes. Ujacha, thé au citron, qui est une sorte de marmelade dont on prend une cuillère au fond de la tasse et où l'on verse de l'eau chaude, qui est vraiment incomparable. Thé à la lavande : j'en ai pris dans un bar quand nous sommes allés à Sokcho, la ville près du parc national de Seoraksan dont j'ai parlé une fois précédente, j'ai cru au départ à de l'arnaque car ça avait simplement une couleur d'eau chaude, mais le goût devient plus fort après quelques secondes. Thé au riz, ou bien à une plante proche du riz, j'ai pas bien compris, enfin un truc bizarre supposé être traditionnel, assez bon, difficile à identifier. Et enfin, le must de l'indéfinissable : le thé au blé, très épais, qui a vraiment le goût de blé hein, mais qui est si fort qu'on ne dirait même plus du thé, et qui donne la nausée aux uns tandis qu'il donne l'impression aux autres de boire une potion concentrée en sucres.

Le temps est étrange. Alors qu'il fait rarement -6° en Normandie ou en Bretagne, du moins en fin de Novembre, j'ai appris que c'est le cas pile l'année où je ne suis pas là. Tandis qu'ici, nous avons eu de la neige il y a deux weekends, puis une recrudescence de chaleur. Même si l'on n'est pas encore en t-shirt dans la rue, hier soir il faisait vraiment bon même à minuit. Il paraît que de la neige est prévue pour la fin de semaine, et on nous annonce toujours que Janvier et Février vont être catastrophiques.

Avec le peu de temps que j'ai pour écrire, j'ai peu de temps pour me relire et corriger mes fautes !

PS : l'imam Beaudonnet annonce qu'une fatwa sera lancée à son retour pour ceux qui n'ont pas encore écrit sur le blog.


Le S Café ferme ses portes pour l'hiver, donc un sevrage temporaire d'échecs s'impose

Salauds de nazis !

Vendredi matin, 7h30, mon maitre de stage débarque devant l'immeuble, avec un grand sourire et deux cafés. Le grand sourire, c'est parce que le week-end approche; Et les cafés c'est pour se faire pardonner de la discussion animée qu'on a eu la veille au soir quand il a appris mon intention de visiter Compton (un des quartiers pas jolis jolis de la ville). Il m'a fait le coup du père de famille inquiet, qui ne peut pas dormir à chacun de mes voyages. Bref, nous voilà sur le chemin du boulot, à toute allure sur les freeways. Huit heures de boulot plus tard (et l'enchainement de chiffres et de tableaux de prévisions pour 2011), je le retrouve pour reprendre la route vers le Nord. 30 minutes de trajet, le temps de discuter. Et aujourd'hui au programme, séance culturelle à propos des gangs de Los Angeles, du conflit entre Tupac et Notorious BIG, chansons à l'appui. Intéressant.

17h37, j'arrive à l'appart. 17H39, je pars en vadrouille avec Matt et Auré. A une dizaine de blog est organisée ce soir là une marche de Noël; Tous les magasins sont ouverts tard et offrent des gateaux, du bon vin, du cidre chaud. On se donne pour seule règle de rentrer dans absolument tous les magasins, et de gouter au moins un verre de vin. Les trottoirs sont bondés, et par ci par-là des groupes de jeunes en belle tenue entament des chants de Noël. Bonne ambiance, et des rencontres intéressantes. Avec ce photographe pour le New York Times qui expose ses portraits, et qui se fait intarrissable sur ses rencontres avec Hendrix ou Cindy Lauper. Avec ce je-ne-sais quel policier « important » et Matt est aux anges. Avec ce groupes de marocains qui jouent des percus, on rejoint leur cercle pour un petit boeuf.

Quelques heures plus tard, ma bonne humeur retombe lorsque l'on croise ce groupe de créationnistes, des catholiques très extrémistes. Ils sont installés au beau milieu du trottoir, équipés d'une sono et d'une installation vidéo. Au sol, un cadavre recouvert d'un drap blanc. Et des panneaux expliquant en 10 points pourquoi il faut rejeter l'islam. Je vous laisse imaginer le niveau de pertinence des 10 points en question sachant que le premier est: « Muhamed was a pedophile ». Au milieu de tout ça, un prêtre est assis. Les gens, assemblés en demi-cercle l'écoutent lire des extraits de la Bible, puis démontrer en quoi être chrétien c'est suivre le bon chemin. Ou plutôt pourquoi toute autre conviction et absolument erronée, mène à l'enfer et la dégénérescence. Choquée, je donne mon point de vue à un des gars, et la discussion s'engage mais ce n'est pas très constructif car on es tous les deux à notre manière très campés sur nos positions. On passe finalement notre chemin, mais un peu retournés.

Samedi matin, 8h, après une courte nuit la maison est en ébullition. Auré se pomponne pour une nouvelle audition. Harrison et Grant s'en vont faire du bénévolat (ils ont créé un jardin ou les étudiants travaillent en coopération le week-end). De mon côté, je rejoins Sandra, une copine allemande rencontrée il y a quelques semaines. Destination le Runyon Canyon, au nord d'Hollywood. Une leçon de yoga dans l'herbe puis une jolie rando en companie d'un groupe de couchsurfers. Un nouveau beau panorama sur la ville; puis on enchaîne sur un petit restaurant indien.

Retour à Santa Monica pour la soirée, et on repart en fanfare pour une nouvelle marche de Noël.

Dimanche matin, 12h, surmontant le petit mal de tête et les attraits d'une bonne journée inutile, je pars cette fois avec Harrison visiter le Farmers Market, des allures de marché de la Place des Lices; Encore des rencontres intéressantes, des échanges d'idées, des initiatives qui bouillonent.

La journée s'enchaîne avec un concert, puis une autre leçon de yoga (c'est rigolo car les leçons sont données dans un immense sauna). Ce soir, la pluie tombe et on se réfugie dans un ciné.

Un weekend qui a filé à toute allure, comme il y a deux semaines à San Diego, comme le week-end dernier sur les routes de l'Arizona au Texas . Retour au boulot demain, pour reprendre les projets; Je bosse en ce moment avec une ONG de Stanford sur un projet étude qui ferait le lien entre la Californie et l'Ethiopie. Noël approche aussi, et une dizaine de jours de vacances avec Noemie, avec au programme une visite des Grands Canyons, de la Vallée de la Mort et puis un nouvel an à San Francisco. Et cette fois-ci pour sur, je ferai l'effort d'intercaler des photos entre le texte, ou bien du texte entre les photos.

Bien à vous,

Louise


mercredi 24 novembre 2010


Petite série de photos, je commence avec les baleines observées il y a quelques semaines


Quelques jours plus tard, Denver, un centre ville verticale bien à l'américaine, mais aussi des petites rues tranquilles, peintes avec des enfilades de petits cafés. L'occasion d'aller randonner dans les Rockies et observer les beaux paysages d'automne:









Et la maison de Nicole chez qui je couchsurfe


Viisite du Getty Center, superbe musée au nord de Los Angeles qui surplombe toute la ville:

Et quelques photos de l'appart:


Et celle-là...c'est juste pour la blague

mardi 23 novembre 2010

Corée du Nord, deuxième épisode

MISE À JOUR DE L'ARTICLE 25/11/2010 : Ajout du dernier paragraphe, portrait d'un réfugié nord-coréen (et corrigé l'âge du mur de Berlin, honte à moi)

Bon, vous avez vu les informations, à la télé ou dans les journaux, vous connaissez les détails. En gros, cet après-midi, je me rends comme tous les mardis après-midi à 16h au S Café, un endroit de la fac où je suis payé pour faire la conversation en Anglais avec des étudiants Coréens. En arrivant, on m'accueille chaleureusement : « Hi Camille! How are you? Oh, by the way, do you know we just avoided war with North Korea about one hour ago? ». Dans la précipitation, on ne sait jamais trop bien ce qui est vrai ou non, c'est toujours avec le recul qu'on peut mieux discerner la réalité, mais en gros de l'artillerie nord-coréenne a pissé sur une île à l'Ouest qui appartient à la Corée du Sud et il y a eu des morts parmi les soldats, donc la Corée du Sud a les nerfs, les Américains font la gueule depuis la découverte récente d'un truc qui sent l'uranium enrichi à plein nez en Corée du Nord, les Japonais flippent, la Chine tape du pied et les Russes tentent de dire que c'est pas bien. Voilà pour le résumé. Petite note avant d'oublier : je rappelle que le service militaire est de deux ans obligatoires ici, donc même si je blaire pas les militaires, il est possible que ce soient des jeunes de mon âge qui sont morts. J'en parle avec mon roommate et je lui demande : mais au final, il y a déjà eu d'autres accidents avec des morts, comme l'affaire du torpillage de la corvette qui a fait une quarantaine de morts ! Pourquoi tout un pataquès comme une réunion du conseil de sécurité maintenant alors qu'il n'y a « que » deux soldats tués ? Selon lui, c'est parce que la nouveauté cette fois, c'est qu'ils ne se sont pas attaqués à des bâtiments militaires mais qu'ils ont bombardé des installations civiles (des maisons ont été détruites). Cette nouvelle tombe à point comme je comptais faire un nouvel article sur la Corée du Nord prochainement, et bien l'occasion est toute trouvée. J'ai eu quelques discussions avec d'autres étudiants, d'horizons assez variés, à propos de la séparation de la péninsule, et c'est eux que je veux faire parler maintenant. Nous avons abordé trois sujets : la question de la réunification, de l'organisation interne de la Corée du Nord, et de la puissance militaire.

Tout d'abord, j'imaginais avant de venir par ce que j'avais entendu que les Coréens ne voulaient plus de réunification. Je n'ai pas parlé avec toute la population donc je ne peux pas me permettre d'extrapoler à partir des quelques personnes avec qui j'en ai parlé, mais j'ai eu des avis différents de ce à quoi je m'attendais. Bien sûr, la réunification n'est pas à l'ordre du jour, mais elle n'est pas oubliée. Ils (j'entendrai par ils dorénavant ceux avec qui j'ai discuté) se considèrent comme le seul pays coupé en deux de la planète, le pays où avoir un Nord et un Sud n'a pas de sens parce qu'il s'agit d'un seul et même pays. L'espoir d'être un jour de nouveau unifié est donc là, mais on parle bien d'espoir, « of course I hope so ». Mais les différences sont trop lourdes pour le faire maintenant, et la question, plus que comment, est quand. Les différences sont de plusieurs ordres : idéologique (un système totalitaire contre une démocratie libérale), économique (État contre marché), social (un pays où l'on meurt de faim si l'on n'est pas dans l'armée contre un pays préoccupé par sa croissance économique), historique (un ennemi des États-Unis contre un ami des États-Unis)... Sans oublier qu'il est complètement faux de dire que la guerre de Corée s'est achevée en 1953 puisqu'aucun traité de paix n'a été ratifié depuis : ces deux pays sont depuis 60 ans toujours en état de guerre. Donc ces deux pays ont vocation à être réunifié, mais il y a de nombreux obstacles à surmonter. Il apparaît alors qu'au lieu d'une fusion, seule une absorption d'un des deux belligérants par l'autre soit envisageable, et il leur semble plus probable que ce soit la Corée du Sud qui absorbe celle du Nord. Oui, fusion impossible, parce qu'essayez simplement d'imaginer à quoi ressemblerait l'État coréen ? Les deux parties sont diamétralement opposées, même avec la meilleure des volontés, il semble qu'il faille que l'un des deux tombe pour que l'autre arrive. Mais tomber, comment tomber ? Un ami a comparé le cas de la Corée et de l'Allemagne, et il m'a dit que ça n'avait strictement rien à voir, car l'Allemagne de l'Est était davantage occupée que profondément agressive contre l'Allemagne de l'Ouest. Aussi, la réunification a été difficile, et aujourd'hui encore ce n'est pas un problème réglé. De plus, le mur de Berlin a existé pendant 28 ans. La Corée est divisée depuis 1945, soit 65 ans, et a également connu un conflit qui sous un certain regard peut être considéré comme une guerre civile, puisque c'est une même population qui a combattu contre elle-même. Ça fait une sacrée différence. Alors à imaginer une réunification maintenant, il faut s'attendre à un sacré lot de surprise pour les années suivantes. D'autant plus que l'écart entre les deux pays n'est pas figé : il se creuse. Pour la génération des grand-parents, la réunification est une idée qui tenait à cœur. Pour celle des parents, c'est un sujet important. Pour celle des jeunes, c'est un sujet intéressant. Pour les plus jeunes, la future génération, c'est un sujet d'histoire. Cela signifie que, petit à petit, génération après génération, l'intérêt pour cette idée se perd. Cela ne signifie pas que les plus jeunes, la future génération est contre la réunification, à la limite ça mettrait les choses au point, c'est juste qu'elle s'en fout. C'est pourquoi ils m'ont dit que la question la plus importante est celle du quand et non du comment : à attendre trop longtemps, ce sera impossible de réunifier car ça ne parlera à personne, tout le monde s'en fichera bientôt. Mais faire ça maintenant, c'est impensable.

Enfin, la question du comment n'est pas à éluder. Car si réunification il y a, ils m'ont bien dit que ça doit passer par la chute d'un des deux pays. Aspirants plutôt à vivre sur le modèle sud-coréen que nord-coréen, je les ai invités à me dire comment la chute du régime nord-coréen est possible, car même l'impossible est possible. Quand on regarde l'histoire des totalitarismes, il y a deux façons de les faire chuter. Pour l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, ça a été la guerre, donc l'intervention extérieure (même s'il faut nuancer, toujours nuancer, rappeler le rôle de la résistance intérieure...). Pour l'URSS, la chute vient de l'intérieur (de même, il ne faut pas négliger les pressions extérieures réalisées par les pays occidentaux dans le cadre de la guerre froide...). Alors, qu'est-ce que ce sera pour la Corée du Nord ? La guerre ? Nous ne sommes plus dans les années 1940, maintenant un conflit entre deux États ça fait très mal, surtout quand l'un d'entre eux joue avec l'atome. La révolte de l'intérieur ? En effet, je pense que quand on est à l'extérieur d'une organisation, on a tendance à la simplifier, à la ramener entièrement à sa tête, à un personnage qui décide, en l'occurrence Kim Jong-il. En revanche, à l'intérieur, c'est un jeu de relations plus complexes, et ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait tout un tas de personnes qui aient intérêt à laisser les choses telles quelles, peut-être à manipuler un peu le dictateur très visible... Ces activités de lobbying au sommet existent dans plein d'organisations (ceci est un clin d'œil à ceux qui se rappellent le cours de politiques publiques le semestre dernier sur Kennedy et la crise de Cuba), aussi bien des États que des entreprises, associations, administrations en tout genre... Alors pourquoi pas en Corée du Nord ? Le fait est qu'on ne sait rien du tout. Et alors, ce même ami m'a dit alors que c'était sans doute vrai, que c'était sûrement complexe aussi à l'intérieur de la Corée du Nord. Mais il a ajouté, d'un ton très sobre, que je ne pouvais pas imaginer l'étendue du pouvoir de Kim Jong-il. Un frisson m'a parcouru le dos alors que je me rendais compte que je ne m'étais jamais arrêté deux secondes pour l'imaginer. En Corée du Nord, ce que Kim Jong-il dit, c'est la vérité. Ce qu'il fait, c'est le bien. Et s'il y a des fugitifs et sûrement des gens qui n'aiment pas le régime, à cause de sa violence, il me dit qu'il n'y aura pas de révolution intérieure. D'une part, parce que les gens ne peuvent pas, tout est trop bien ficelé, d'autre part, parce que mine de rien, la pression idéologique est si intense (juste pour information : le service militaire est de quinze ans en Corée du Nord, ça aide) que nombre de Coréens imaginent que Kim Jong-il est leur sauveur. Quand on en arrive à faire penser de la sorte la population, qui a envie d'une ouverture politique ? La question du comment reste donc bien sûr très lourde.

Les journalistes aiment reprendre des expressions redondantes quand ils parlent d'un endroit dans le monde, comme si chaque sujet avait son petit surnom. La Corée, quand ce n'est pas le romantique « pays du matin calme », a droit au hollywoodien « vestige de la guerre froide ». Et bien pour une fois ce n'est pas si mal choisi que ça. À vous qui vous inquiétez pour moi à cause de l'actualité en Corée, laissez-moi vous rappeler, si vous avez vécu dans les années 1980, qu'il y a eu la crise des missiles en Europe, l'Est pointant méchamment vers l'Ouest, l'Ouest pointant méchamment vers l'Est. C'est pareil ici. Et puis de nos jours ce qui a changé c'est que tout le monde pointe sur tout le monde, alors vous voyez, vous êtes autant dans la merde que moi. Depuis quelques semaines j'ai trouvé (au S Café) un plateau d'échecs et je m'y suis remis, j'y joue presque tous les jours. Je vais donc vous donner un petit aperçu stratégique et militaire de la Corée. J'en ai pas mal parlé aujourd'hui avec des Coréens à partir du moment où j'ai été mis au courant des dernières informations. Commençons joyeusement : si jamais la guerre est déclarée entre les deux pays (malgré le paradoxe juridique que j'ai déjà évoqué), en 10 secondes Séoul est rasée et nous sommes tous morts. En 5 minutes toutes les bases militaires sud-coréennes le long de la frontière sont détruites. L'explication est simple. Pour Séoul, quand on regarde une carte, la distance à la frontière est relativement faible. C'est pourquoi il n'y a pas besoin de missiles à longue portée pour atteindre la capitale (qui peuvent être contrés par des missiles de défense), mais simplement de l'artillerie. Des obus qui sont bombardés en somme, comme ceux qui ont bombardé l'île cet après-midi. Et ce qui fait très « guerre froide », c'est que l'artillerie nord-coréenne est massée à la frontière tout le temps, et n'en bouge pas, pour être parée à tirer à n'importe quel moment. Pour les bases militaires, l'information me vient d'un Coréen qui a fait son service militaire chez les Américains. Ils y faisaient des simulations de guerre. Alors, en 5 minutes le gros de l'armée sud-coréenne est décimée, et ils doivent faire appel à des renforts américains et japonais. En gros, le soldats sud-coréens ne servent pas à grand-chose, enfin si, ils ont une importance capitale en fait : essuyer la première salve, ce qui évite aux renforts d'être pris dans la boucherie eux aussi. En conclusion tout le monde est perdant s'il y a une guerre, mais vraiment perdant de chez perdant, c'est pas seulement un discours de hippie pacifiste, le potentiel de destruction réciproque est juste hallucinant.

En revanche, y a-t-il de quoi s'inquiéter ? Bien qu'à chaque fois que la Corée du Nord fasse parler d'elle il y ait en général peu d'enthousiasme, ils m'ont dit qu'il fallait s'y habituer, qu'il y avait tout le temps des évènements de ce genre, comme pour le torpillage de l'été dernier. Bien entendu, les jeunes hommes sont tous un peu à cran parce qu'avec leur fabuleux président va-t-en-guerre qui a mis l'armée en état d'alerte, ils sont en droit de redouter de se faire appeler aux casernes pour un entraînement surprise à tout moment. Bref si jamais Séoul se fait exploser dans les 10 secondes, ne vous inquiétez pas, je pense que le monde entier va avoir une grosse surprise dans les heures qui viennent, et je risque pas d'être le seul à brûler. Alors pourquoi la Corée du Nord fait ça s'ils se font péter en peu de temps eux aussi ? Par plaisir ? Parce que c'est un État voyou ? Parce que Kim Jong-il et Kim Jong-un sont fous à lier ? Ou bien, parce que la Corée du Nord est pauvre et que provoquer c'est le seul moyen qu'ils ont trouvé pour qu'on s'occupe enfin un peu d'eux (cf la fin de cet article, en Anglais : http://edition.cnn.com/2010/WORLD/asiapcf/11/23/nkorea.skorea.military.fire/index.html?hpt=T1).

J'avais parlé dans le précédent article sur ce sujet des réfugiés, dont on ne parle jamais. Jeudi, aujourd'hui, un étudiant de notre université est venu pour parler de lui. Ce qui le singularise des autres, c'est qu'il est né en Corée du Nord. Après un extrait de film reportage qui suit des Coréens qui fuient, il s'est brièvement présenté et nous a laissé lui poser les questions qu'on voulait. C'était à la fois inintéressant et impressionnant. Inintéressant parce que finalement, ça n'a été que la confirmation de tout ce dont on peut s'attendre sur les sujets abordés. Bien sûr, il est content de vivre en Corée du Sud, le voyage a été très dur, la vie en Corée du Nord craint du boudin (il s'est évadé trois jours avant le commencement de son service militaire), la famine, le pouvoir militaire, l'espoir de réunification un jour, les difficultés pour obtenir des nouvelles de son frère resté sur place (il doit passer par quatre intermédiaires), la compétition inattendue en arrivant en Corée du Sud (pris en charge pendant 6 mois pour se nourrir, après démerde-toi bonhomme), le manque d'information en Corée du Nord, les exécutions sur la place du marché pour les opposants (au sens large, étant considéré opposant celui qui fait une faute d'orthographe au nom du seul candidat lors des élections), la propagande qui dit dans les livres que c'est la Corée du Sud qui est pauvre et à laquelle la Corée du Nord doit envoyer des sacs de riz (depuis très récemment en revanche des vidéos de la vie au Sud passent au Nord et il y est légèrement plus possible d'avoir une idée du Sud), le fait que l'armée accapare les sacs de riz envoyés par le Sud et fasse payer à la population son accès... Mais impressionnant, parce que tout prend une dimension beaucoup plus réelle quand quelqu'un vient confirmer tout ça. En effet, dans son commentaire à cet article Terence parle de 1984, mais 1984 est une fiction, ici, c'est bien la réalité. Tout ce que j'ai dit, on le sait ou l'on peut s'en douter, parce qu'on l'a appris par diverses sources, école, journaux, associations, mais ça reste toujours lointain, comme l'occupation en France ou l'URSS. Avoir quelqu'un qui vient placidement confirmer en face de vous tout ça, même si ça paraît évident, ça cause toujours un choc. D'autant plus que j'ai fait le calcul, il devait avoir approximativement seize ans lorsqu'il est parti seul, de sa ville au Nord-Est de Corée du Nord, sans aucune idée de ce qui allait advenir de lui, sans personne pour l'accueillir s'il arrive à mener son voyage à terme en Corée du Sud. Sa mère est arrivée en Corée du Sud également après lui, son frère est resté sur place (avec certainement des pressions politiques pour avoir une famille pareille), et je n'ai pas osé le questionner sur son père dont il n'a pas parlé. L'auriez-vous fait à seize ans ? Il a également l'espoir d'une réunification un jour, il est chrétien, et exempté de service militaire en Corée du Sud, ce qui est le moins qui puisse lui être offert en bienvenu. Il est en faculté d'économie, mais il reconnaît être largué à cause des mathématiques, et avoue en souriant qu'il est sans doute trop tard pour rattraper le niveau. Mais au moins il est jeune, et il nous parle de la discrimination plus forte sur le marché du travail pour les réfugiés adultes, souvent très repérable à l'étrange accent chinois qu'ils ont quand ils parlent avec des gens du Sud. Voilà pour son portrait.

Pour ceux au courant de rien du tout : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/11/23/echange-de-tirs-d-artillerie-entre-les-deux-corees_1443699_3216.html#ens_id=1360285


jeudi 18 novembre 2010

Joged bumbung : le collé-serré à la balinaise

En lisant le Bali Post, un article m'a tout de suite frappé. Le joged bumbung, ou danse de séduction qui appartient au répertoire populaire des danses balinaises est jugé trop suggestif par les autorités culturelles, remettant en cause les gestes "érotiques" de la danse. Il faut dire que c'est une des seules danses qui n'a pas de caractère sacré, mais simplement pour divertir. En cause, la loi de 2006 dite « loi anti-pornograhie » qui condamne tous documents à caractère érotique. Bref, ce monument de la culture balinaise est frappé par cette loi. Les autorités culturelles ont donc mis en place des cours de « détox porno » pour les danseuses de joged bumbung afin de « retrouver le style d'avant à caractère religieux » (sic). Et pour voir si les danseuses ont bien compris ce qu'on leur demande, une compétition très officielle est organisée à Denpasar sur la grande scène. Lumière sur cette danse.

La nuit est déjà tombée depuis plusieurs heures quand je décide d'aller voir cette danse si intrigante. Sous une grande tente se trouve des invités prestigieux que j'imagine être des autorités culturelles. Je m'y rend un peu tard, la compétition est bien avancée. Néanmoins les compétitrices en costume traditionnel (mais sans la ceinture réservée aux cérémonies religieuses) se succèdent. Effectivement, le show n'est pas très sexy mais plaisant à voir, car chacune a sa manière pour amuser le public très masculin. D'ailleurs je suis le seul bule (blanc). Je m'avance prudemment, mon appareil à la main.

Et le spectacle me ravit... Sous un fond musical de gamelan en bambou, la danseuse arrive sur scène et entame une danse solo dans laquelle elle tente de montrer son agilité. La belle attend son homme, dans des postures qui ont l'air inconfortables. Les poignets tournent et ses doigts dansent en même temps, on dirait un crable, mais c'est vraiment ravissant. En même temps, son regard se balade de droit à gauche. Derrière elle, un énorme dragon. Et sur la tête se trouve un bâtonnet d'encens incandescent. Un moment magique. C'en est finit de l'attente et le beau monte sur la scène. Il s'agit en fait d'un danseur professionnel. Il tourne autour de la belle, essayant de mettre ses mains sur ses anches. Un collé serré qui n'est pas du goût de la danseuse qui refuse l'homme. La tension monte et l'homme insiste, jusqu'à finir et pleurer devant le refus à tout prix de la belle qui rit de voir son partenaire désespérer. La belle s'attache finalement à l'homme et propose de se réconcilier. L'homme l'emmène alors soit sur sa moto, son cheval ou sa barque. Le couple ne cesse de mimer leur aventure, toujours avec humour. C'est vraiment drôle et facile à comprendre, comparé aux autres danses à la symbolique plus religieuse et faisant référence à de grands mythes. Ici, toute l'histoire est inventée directement sur scène, le gamelan suit en effet le rythme imposé par les danseurs.

Le danseur professionnel s'en va, entre sur scène qui veut. Les hommes font la queue pour danser avec la belle. Dans la véritable version du joged bumbung pratiquée encore dans les villages, la belle choisit son partenaire par une tape sur l'épaule ou bien en enroulant un tissu autour de la taille, ce-dernier ne peut alors pas refusé. Ici, l'homme monte directement sur la scène. La plupart de ces danseurs amateurs ont au moins 50 ans et portent la moustache. Mais une chose est sûre, ils ne se prennent pas au sérieux. Un papy que j'estime avoir plus de 70 ans fait semblant de tomber et s'écroule finalement dans le décor. Ah, à un moment je vois quand même un danseur faire un geste d'avant en arrière près de la belle, très suggestif ! Mais pas de drame, tout le monde rit. Après quelques minutes, l'homme revient s'asseoir tranquillement. Un magnifique spectacle duquel j'ai pu tirer de belles photos. Extrait.










Le warung d'Ibu Dayu



Parmi toutes les petits bouibouis que j'ai pu expérimenter durant mes pauses déjeuner, le warung d'Ibu Dayu est de loin le plus atypique. A quelques rues des boutiques de luxe et des hôtels à standards internationaux, je n'y aurais jamais mis les pieds si Wardana, mon collègue de la rédaction et prof perso d'indonésien à ses heures perdues, m'y avait emmené. Il y règne un désordre pas possible et pourtant Ibu Dayu vous accueille à grand sourire. Elle ne parle pas un mot d'anglais et parle plus souvent en balinais qu'en indonésien aux clients, des employés de maison pour la plupart. Ibu Dayu sert deux plats traditionnels balinais : l'ayam betutu, poulet aux épices cuit dans une feuille de banane et le babi guling, cochon à la broche suintant la graisse et les épices, un vrai régale, noyé dans du riz et le sambel, la sauce ultra-épicée. A chaque fois, elle pioche à la main dans les plats dans la vitrine qui ne donne pas envie du tout, mais au final, c'est vraiment délicieux et j'en redemande à chaque fois.




Ce qui m'impressionne à chaque fois, c'est la rangée de bouteilles pleines, en ordre sur des étagères vétustes que jamais personne ne viendra prendre, attendant qu'un tremblement de terre vienne les faire tomber. La décoration mérite le détour : un jouet pour enfant est posé sur la sono qui laisse échapper un fond musical de pop indonésienne où je reconnais le mot cinta à chaque morceau - amour en indonésien. Sur le côté, un tas d'articles d'épicerie ainsi que des sandales et chaussures bon marchés s'amoncèlent dans la poussière, je ne sais pas si un jour quelqu'un lui en a déjà acheté. Il y a trois petits temples sur lesquels elle dépose des offrandes, de l'eau bénie et des corbeilles tressées et par mauvais goût, elle met des fleurs dans des bouteilles de Sprite.





Son warung n'a absolument aucune décoration, on est mal assis et la musique est vraiment assourdissante, et pourtant les clients défilent. Ibu Dayu est toujours souriante et rie à chaque fois que je fais une phrase en indonésien. J'y mange pour moins d'un euro et à chaque fois elle me propose un café. J'y reste plus d'une heure avec Wardana, le temps d'une leçon de français ou d'indonésien, de raconter notre week end, de fou rire. La dernière fois, ayant reçu des mangues, elle me propose de me faire un rujak, sorte de salade de fruit sucrée salée avec ce fruit. Malheureusement, elle y ajoute une espèce de sauce au poisson qui me donne la gerbe à la première bouchée. Elle rie et ne se vexe absolument pas...





Le warung est un excellent moyen de rencontrer les locaux qui ne se gênent pas pour vous poser des questions : d'où vous venez, qu'est-ce que vous faites à Bali, êtes-vous déjà marié sont des questions récurrentes. Il m'est même déjà arrivé de me faire offrir le repas. Le plus souvent, ils servent un plat unique, le même chaque jour. Les balinais fréquentent les warung balinais et les javanais ont les leur aussi. Le soir, chacun se rend au pasar malam (marché de nuit) où les échoppes sont installées les unes à côté des autres. Pour cela, je vous laisse lire l'article que j'avais écrit au début.

samedi 13 novembre 2010

Mon G20

Jeudi 11 Novembre, je me suis rendu à la manifestation anti G20 à Séoul. Première manifestation en Corée ainsi que première manifestation anti G20 pour moi, mon impression en est mitigée. Nous nous rendons en plein après-midi dans ce que nous croyions être les lieux de départ de toutes les manifestations à Séoul, et nous ne voyons rien. Enfin si, la gyeongchal (police) tous les 20 mètres, mais rien d'inhabituel. Sur la Seoul plaza, une affiche de propagande immense pour le G20, et plein de petits stands pour touristes qui vendent des produits prétendus traditionnels. Et des groupes de jeunes volontaires tous souriants avec le logo du G20 peint sur le visage qui nous saluent et nous remercient d'être venus soutenir le sommet. Nous leur demandons donc où se situe la manifestation, parce qu'il doit bien y en avoir une quand même, mais ils ne savent pas. Nous continuons vers l'hôtel de ville, où c'est le même décor. En descendant dans le métro, un autre volontaire nous dit qu'il n'y aura rien avant ce soir, des gens ayant prévus de se rassembler sur la Seoul plaza. Totalement déçu, je commence à me laisser convaincre de repartir, à cause de ce manque d'informations, quand soudain... L'un d'entre nous reçoit un coup de fil d'un autre étudiant étranger qui nous dit qu'il est dans une manifestation qui réclame la réunification de la Corée ! Et elle n'est qu'à une station de métro de là où l'on se trouve, à Seoul yeok (Seoul station). En sortant du métro, une vision assez dingue s'offre à nous, des robocops en ligne partout. On arrive vers une scène avec des enceintes où quelques Coréens font un discours. La scène nous tournant le dos, lorsque l'on s'approche, on découvre la place de la gare noyée par les drapeaux, les panneaux anti G20... Ce n'est donc pas vraiment une manifestation pour la réunification, sans doute ont-ils dû y faire référence dans le discours, mais l'objectif est donc bien de lutter contre la présence du G20.

Ce qui m'a frappé en premier, c'est l'ambiance dans ce genre de démonstration. En France, il y a une camionnette où un gros lard gueule dans un mégaphone. Ici, il y a de la musique à fond, et de la musique entraînante en plus, qui semble bien protestataire, et que tous les Coréens reprennent en chœur. On dirait un noraebang géant, en plein air. S'ensuivent toutes les habitudes des manifestations. Il y avait distribution de stickers de rat car G, prononcé à l'Anglaise, Ji, signifie rat en Anglais, en référence à un type qui s'est fait arrêter dimanche pour avoir tagé des rats sur des affiches de propagande du G20 et sur la tronche des présidents. J'ai rencontré un vieux Japonais avec un keffieh et un drapeau de la Palestine avec des inscriptions en Japonais dessus. Je lui ai demandé ce que c'était, et il m'a dit qu'il était membre d'une association japonaise qui militait pour la défense de la Palestine, il y a été et m'a dit « oh, French activists do a great job in Gaza ! ». Cette rencontre, ainsi que le contexte de la manifestation m'ont vraiment étonné. On a souvent une vision des Asiatiques comme disciplinés, respectueux de l'ordre, prêts au sacrifice individuel pour soutenir le groupe, et donc peu politisés, qui obéissent à leurs dirigeants... Ça m'a paru évident que c'était des conneries, que les Asiatiques sont des gens comme les autres, et que c'était une image stupide ! J'avais des doutes concernant les Coréens parce qu'à l'exception de quelques-uns, il est difficile d'avoir une discussion vraiment poussée dans cette université où je me trouve... J'ai aussi rencontré d'autres étudiants étrangers, venus d'autres facultés de Séoul (et le premier Français ici).

Puis, en prenant de la hauteur en me baladant, je me rencontre que la place est totalement cernée par les flics (vous trouverez sur n'importe quel site d'information le nombre de policiers dépêchés à Séoul pour l'évènement, l'armée et les brigades anti-émeutes étaient présentes également). L'ennui c'est que le discours s'achevant, les gens vont vouloir commencer à marcher. Face à la pression, la barrière de police qui bloquait le chemin vers le boulevard (où il y avait encore de la circulation) éclate, et la foule se déverse sur la route en courant comme un sac de sable qui crève. Mais à l'endroit où la ligne formée par la police est brisée, la tension est palpable, tout le monde court sur une centaine de mètres sur une largeur de deux mètres avec de chaque côté le mur des uniformes jaunes qui nous regarde passer, bouclier et matraque à la main. Finalement, pas de problème, tout le monde se retrouve sur la route. Soudain, une grande boîte portée par des Coréens en habits traditionnels est au milieu de la route et plein de manifestants l'encerclent pour la protéger tout le long de la manifestation. Arrivée à son terme, ils y mettront le feu. Toujours accompagnés de ces musiques entraînantes, la marche commence, tandis que sur le trottoir de l'autre côté de la route, nous voyons en continu des robocops courir dans le sens de la manifestation, tout le temps. On peut alors voir à quel point ils sont nombreux. Il commence à pleuvoir, mais les gens restent. Puis une étudiante étrangère qui était avec nous veut rentrer : elle s'ennuie, elle a pris les photos qu'elle voulait, et puis de toutes façons elle est pro G20. C'est le stéréotype du touriste que j'ai plusieurs fois évoqué à l'égard des expatriés européens avec moi. Au lieu de me prendre la tête, je me contente de profiter de cette occasion unique de déambuler au milieu des routes d'habitude encombrées de Séoul. Après quelques kilomètres, la nuit commence à tomber, et la manifestation s'arrête à un carrefour. Ne comprenant pas pourquoi, je m'avance, et en effet, la raison de la course des flics devient évidente : ils ont installé un mur en plein milieu de la route. Un truc sur roue sûrement, enfin un grand machin de 3 mètres de haut environ, qui bloque littéralement l'accès à la route, surtout avec les plusieurs lignes de policiers devant. J'ai alors appris que la manifestation se dirigeait vers l'hôtel où comptaient dîner et dormir les invités du sommet. Il ne faut surtout pas que les protestations soient vues et entendues, de peur de faire mauvaise impression. Il se met à grêler pendant quelques minutes.

N'étant plus que deux de notre groupe à être restés, nous prenons des photos, des vidéos, mais on poireaute, il n'y a pas grand chose à faire... Nous étions côte à côte, à attendre, quand soudain, un Coréen déboule en hurlant je ne sais quoi et tire et pousse des gens de la foule vers la police. Le mouvement de foule s'enclenche, et en quelques secondes, sous la poussée, mon ami se retrouve à plusieurs mètres de moi, puisque j'avais grimpé sur un camion pour avoir une meilleure vue. Et en parlant de vue, je n'ai pas été déçu. C'était un live du dernier album d'Astérix, les Gaulois en Corée. Ils ont poussé comme des gros lards et encore une fois, malgré la ligne des boucliers, une percée est faite. Je m'engouffre dans la foule qui s'approche encore plus du mur mobile (je me demande s'ils ont vraiment cru pouvoir le faire bouger), les policiers reculant. Puis, des renforts arrivent et coupent la foule juste deux mètres en retrait du front et là tout est fini, une barrière est installée et repousse très lentement les gens. Dans les deux mètres pris en sandwich, très curieusement, il y avait plus de journalistes que de manifestants. Les cameramen et photographes, de toutes nationalités, sont partout et on ne voit rien en l'air avec tout leur matériel qui cherche à saisir le bon angle. J'ai un peu l'impression que c'est à cause d'eux qu'il n'a pas été possible d'aller plus loin...

Concernant la violence, il n'y en a pas vraiment eu, à l'exception de ces provocations et ces charges sur la fin. J'ai parlé avec des journalistes à la fin qui m'ont dit qu'ils étaient déçus, car d'habitude les manifestations coréennes sont réputées pour être, le mot m'est resté dans la tête, « very wild »... Mais d'un autre côté, ce qui me fait comparer avec la France, c'est que je suis surpris du peu de violence policière. Il n'y a pas eu de matraquage, pas de gaz, mais ils ont quand même réussi à disperser la foule. Bon, j'ai appris par la suite qu'à d'autres endroits et moments ça ne s'était pas passé aussi paisiblement, donc ne généralisons pas, mais ce fut en tout cas mon expérience personnelle.

Indeed

On notera au milieu un Coréen en habit traditionnel aux côtés d'un homme en costar

Les journalistes combattent la police

lundi 8 novembre 2010

Parcs nationaux et jjimjilbang

Avant de commencer, j'invite tout le monde intéressé à lire mon article dans le magazine Décloîtrés (cf l'article précédent) à propos du système des retraites et des vieux en Corée, en parallèle avec la France, ça m'évite d'avoir à le publier ici aussi et la mise en page est meilleure que ce que je ferais de moi-même. Quant à cet article, il va me permettre de traiter de deux aspects de la vie coréenne qu'il me faut traiter tout en les racontant sur un fond d'excursion.

Je voulais sortir de Séoul récemment, car j'y passe beaucoup de temps. Même si j'apprécie le gigantisme de la ville, la Corée est plus grande encore. Ce n'est pas la superficie d'un pays qui fait sa grandeur mais le nombre des différents recoins qu'il offre. Et ils ne se réduisent pas à Séoul. Faire une petite escapade semblait alors nécessaire, et quelques autres étudiants étrangers partageaient l'envie de fuir l'ambiance de vie sans relâche qui sévit dans la capitale.

Nous sommes donc partis vendredi soir, avec nos sacs à dos, prendre un bus pour Sokcho (ce n'est pas la peine de connaître, je situe moi-même à peine où c'est, en tout cas c'est au Nord-Est du pays et c'est seulement en arrivant sur place que j'ai vu qu'il y avait la mer, enfin l'océan). Alors que sortir de Séoul était un jeu d'enfant, nous voyions par la fenêtre que, curieusement pour un vendredi soir, il y avait des kilomètres de voitures à la queue leu leu pour y entrer. En arrivant, nous prenons un taxi pour nous rendre à la maison que nous avions réservée pour une nuit (6€ la nuit). C'est typiquement le genre de maisons coréennes : un évier, une petite salle de bain (où la douche se trouve au même niveau que le sol, je veux dire qu'il n'y a pas de baignoire ni de porte ni de rideau de douche, on se douche à même le sol, à côté des toilettes et du lavabo), un petit meuble sur lequel sont posés couvertures et oreillers, et une entrée où l'on dépose se déchausse avant d'être dans la chambre elle-même. Nous étions onze pour une salle pas si grande que ça, et je pense que vous l'avez deviné à l'inventaire que j'ai dressé : on dort à même le sol. Lorsque j'ai passé une nuit à Busan, c'était le même genre de maison, on pose un matelas épais comme une feuille sur le sol et on dort dessus. Tous allongés, on remplissait tout l'espace disponible sur le sol, on ne pouvait pas tenir à un de plus. Nous n'avons trouvé à la télé qu'une émission de pêche en Coréen et une où des scientifiques masturbaient des bébés pandas, c'était donc l'heure d'aller au sol, à défaut de lit.

Le samedi matin, nous avons pu voir grâce au jour en sortant que la maison avait une vue au loin sur la montagne où nous nous rendions : Seoraksan. Et l'architecture des maisons nous avait également échappée lors de notre arrivée en pleine nuit : des toits triangulaires, des diagonales improbables, des tuiles, des murs collés qui laissent présager une construction chaotique, sans aucune notion d'urbanisme, et des câbles les reliant de façon si dangereuses que cela semble avoir été réalisé sans autorisation. Bref, on n'est pas à Manhattan. Nous sautâmes (premier passé simple employé de tout le blog) dans le bus qui se laissa rebondir – c'est le mot vue leur façon de conduire à fond les manettes sur des routes pas droites – vers Seoraksan avec à son bord nos quelques âmes. Là, une foule à l'entrée grouille et se répand autour de l'entrée du parc national. Vendeurs en tout genre, arnaque-touristes à gogo, groupes de petits vieux tous habillés uniformément, touristes américains trop visibles, Coréens qui sont en week-end ici en famille... Nous achetons notre ticket à 1.66€, passons le portail avec cet architecture très colorée et aux nombreux motifs que j'ai souvent eu l'occasion de voir lors de mes visites des restes historiques de la Corée, et nous rentrons dans un autre monde. L'automne est décidément la saison multicolore qui sied le plus à ces sorties. Des arbres aux feuilles dorées, orangées, pourpres, roses, vertes, les uns sur les autres, fond des tableaux impressionnistes de la rigolade pour peintre débutant qui n'a aucune idée. En fond de toile, la montagne qui s'élève, mais sans neige, ou trop loin pour la voir. La randonnée commence dans une forêt assez mystique pour y attirer tous les druides d'Astérix, où l'on suit ce qui doit être le cours d'un fleuve (à peine un ruisseau en cette saison) très large, comblé de rochers massifs. Puis vient un moment où il faut choisir entre continuer à suivre ce lit ou s'engager vers un chemin qui monte. Nous prenons à la grande ignorance de ce qui nous attend la seconde option. Tout commence doucement par le sol qui s'oblique à quelques degrés, puis quelques pierres et racines sur lesquelles on s'appuie pour continuer. Puis cela devient un véritable escalier de cailloux mis les uns sur les autres au fur et à mesure que nous prenons de l'altitude, et qui devient de plus en plus étroit alors que la distance au sol augmente si l'on chute. Comptez avec les gens qui font le chemin en sens inverse. C'est au début une partie de plaisir de bondir d'un bout à l'autre, puis on sent ses cuisses fléchir, sa respiration s'accélérer, et on se rend compte qu'il va falloir monter moins vite si l'on veut continuer. Et au lieu de regarder ses pieds, on lève le nez, on cligne des yeux, et on voit entre les nuages la destination, et à ce moment-là on n'est pas encore à la moitié du chemin. Cela continue dans la fatigue, dans l'exercice, dans la chaleur inattendue de ce jour de Novembre, dans le poids soudain du sac que l'on porte. Les rochers se suivent et se ressemblent, et on ignore les visages que l'on croise. À un moment donné, on se trouve à une autre bifurcation, qui offre le choix de s'élever ou de s'élever. Nous avons continué sur la voie que nous avions prévu de suivre, et j'ai appris par la suite que l'autre chemin allait plus haut encore. Mais nous sortons alors de la forêt, et bien que nous continuions à monter par la force des jambes, nous constatons que nous nous rapprochons de la montagne elle-même, de la pente qu'elle forme. Là, un pont métallique nous attend, et ses marches sourient aussi mesquinement que les marches en pierre que nous avons gravies jusque-là. Sortis des arbres, à une hauteur que l'on découvre soudainement, nous sentons un vent glacial qui contraste avec la chaleur que nous dégageons à force de marcher. Malgré la faible vision due à un lointain brouillard, le paysage qui se découvre sous nos pieds est prêt à nous faire basculer de la rambarde. Le pont a l'air plus sûr que l'ancien chemin que l'on voit à côté, qui devait être employé il y a encore une centaine d'années, mais il reste enfoncé sur une pente assez raide et j'ai le vertige à l'idée des conditions dans lesquelles ceux qui l'ont monté ont dû travailler. Le chemin suit en zigzag la pente de la montagne, et à mesure que nous nous approchons de ce trou, cette caverne dans la roche dans les hauteurs qui est notre destination, le chemin se fait toujours plus abrupt, avec des marches qui alternent entre métal d'escalier et roche taillée où il faut lever le genou à hauteur du nombril pour la surmonter. Quelques pas encore, et sans y croire, c'est la fin du chemin. Je gravis les dernières marches, et j'arrive, enfin dans la caverne. Ce qui fait d'Indiana Jones une production hollywoodienne est le trésor qui l'attend à la fin. Dans la vraie vie, ce qui nous attend est une minuscule caverne de quelques mètres carrés où un moine bouddhiste vend des bougies – pour aller les poser sur un minuscule autel autour d'un minuscule Bouddha – avec un vendeur d'alcool, et quelques autres randonneurs qui font une pause. Avec, sans oublier, un ridicule chant de quelques secondes enregistré sur une cassette audio qui passe en boucle. Même la vue pourrait être plus impressionnante sans ce brouillard qui entoure les autres montagnes du parc. La descente est certes plus rapide, mais pas de tout repos, comme il faut toujours faire attention où mettre les pieds, au poids de son corps, à son équilibre, et aux gens que l'on croise qui montent. D'autant plus que le vent glacial qui nous a fouetté au sommet de la randonnée nous a accompagné pendant la descente. En effet, les montagnes étant très hautes, le Soleil s'y couche plus tôt, et cette période mitoyenne entre le jour et la nuit dure beaucoup plus longtemps. Étant plus fatigués que prévu (d'autant plus qu'on n'a pas beaucoup dormi ni mangé), nous ne continuons pas la promenade dans le parc, et nous prévoyons de rentrer à Sokcho. Un petit passage sur la plage avec la nuit qui tombe, un restaurant de sushis sans le riz (les sushis étant apparemment la spécialité de la ville, ainsi que les prix exorbitants dus à son côté touristique), et voilà la journée qui s'achève.

Question : n'ayant réservé la maison que pour une nuit, où dormir ? Nous passons devant un jjimjilbang et la réponse est toute trouvée. Mais avant ça, balade en ville, où l'on prend un petit ferry au prix ridicule de 13 centimes ! La raison : il s'agit d'un ferry que l'on déplace à la main, il est transpercé d'un câble qui relie les deux rives, et il n'y a pas de moteur. Le marin, totalement Coréen, prend deux d'entre nous, étudiants étrangers, et leur crie de prendre une tige qui permet de tirer sur le câble pour faire avancer le ferry ! Cela explique le prix si l'on fait travailler les clients ! Puis, un bar à l'ambiance très sympa (ce qui est rare à Séoul mine de rien où s'entassent les uns sur les autres les pubs avec un gros boum boum sonore), avec un barman génial, avec pour seul défaut le prix assez élevé des boissons. Mais je pense que le prix n'est pas la seule variable à prendre en compte pour comprendre les choix des gens, l'identité et l'ambiance assez fortes de cet endroit sont suffisantes pour en compenser le prix. J'y ai pris un thé fait maison, parfum lavande (cela me fait penser que j'ai trouvé un nombre incalculable de parfums originaux de thés en Corée, c'est vraiment très bien de ce côté-là, j'y reviendrai). Le temps passant, il faut bien aller se reposer pour le lendemain, nous nous rendons donc au jjimjilbang, c'est-à-dire le sauna coréen, qui est vraiment une attraction immanquable pour quiconque visite la Corée. Les quelques jjimjilbang où je me suis rendus étaient complets et à un prix dérisoire. Voici le concept. Vous payez quelque chose comme 6€, vous déposez vos chaussures dans un coffre, puis vous vous rendez dans une salle différente selon que vous soyez un homme ou une femme. Vous y avez un autre coffre où déposer vos affaires, comme on vous a offert des vêtements légers à porter. Vous vous changez, puis vous passez à l'autre étage qui est mixte. Cet endroit est le rêve. Le sol est chauffé, on n'a pas froid aux pieds quand on se déplace pieds nus... On peut prendre une de ces feuilles pour y dormir à même le sol. Il y a des fauteuils qui pour 66 centimes font un massage pendant 10 minutes. Il y a un restaurant (je n'y suis cependant jamais allé à cause du prix peu attractif). Il y a une petite boutique qui vend à manger, notamment des glaces, des boissons et des œufs durs. Les Coréens mangent tout le temps des œufs durs en sortant du sauna, je ne sais pas pourquoi, peut-être que ça a une quelconque vertu... D'ailleurs les œufs durs ici ne sont pas blancs mais bruns, nous sommes quelques-uns à avoir émis l'hypothèse qu'ils sont bouillis dans du thé. Il y a même une salle pour fumer pour les toxicos, et une salle PC pour les geeks. Et évidemment, il y a les saunas. De 40° à 60° c'est le plus confortable, il fait juste un peu chaud, mais on ne vous demande que de vous asseoir par terre, pas de courir un marathon. À partir de 70°, la chaleur se fait sentir. 80° est le plus agréable si l'on veut bien transpirer, et les vêtements donnés par le jjimjilbang permettent de juger combien de litres on a perdu et ce qu'il faut boire au distributeur d'eau en sortant. 100° relève du challenge. Le plus chaud que j'ai testé était 120°, une véritable fournaise, même allongé sur le sol. J'y suis resté deux minutes, on sent le sang battre dans les tempes, mes bagues ont brûlé la peau de mes doigts. Et pourtant, nous étions avec une petite vieille coréenne, qui nous regardait crever de chaud sans ciller ! Et en sortant de là, tentez donc le sauna glacé à 15°. C'est un endroit de véritable sociabilité. Je me suis rendu une fois dans une salle de 70° où il n'y avait qu'une dame couchée sur le sol, et elle a tenu à me parler un peu en Coréen. J'ai compris toutes les questions et ai pu y répondre, mais ils parlent tellement vite sans articuler que c'est comme si c'était une autre langue que celle que j'apprends en cours ! Après avoir trempé de sueur ses vêtements, vous redescendez à l'étage non mixte où vous attend un carnaval de bites. Si vous êtes côté homme bien sûr, mais malgré les cheveux longs, ils m'ont repéré chez les femmes et m'ont dit de sortir. Bref, tout le monde à poil, et plus vite que ça. Vieux, adultes, jeunes, enfants (vraiment drôle de voir des petits courir au milieu de tout ça, c'est un rapport totalement différent à la pudeur dans lequel ils baignent dès cet âge, et pour nous autres occidentaux il faut y aller sans complexe si l'on veut que ça se passe bien, et pour ma part ça se passe bien jusque-là), gros, maigres, moches, beaux, tout le monde. Et évidemment quand on est un étranger, on se fait reluquer la bite par tous les petits vieux devant lesquels on passe. Je ne ferai pas de commentaires sur la taille des bites coréennes, je vous laisse continuer à vous demander si les noirs en ont des grosses et les jaunes des petites, et vous donne le conseil de passer à autre chose. Mais si l'on se met à poil, c'est d'abord pour se laver. Une petite douche, et ensuite on va aux bains. Bain chaud, jacuzzi, bain à massage par les bulles à forte pression, bain froid, et même saunas humides (où 80° en semble le double). Il y a aussi de vrais massages proposés, d'excellente qualité selon une amie qui a testé, mais au prix suffisamment élevé pour m'y avoir fait renoncer jusque-là. Des séchages sont également disponible, pour quelques euros quelqu'un prend une serviette et vous sèche professionnellement... Là, le prix est plus abordable, mais je n'ai pas testé car, si je dois vous le rappeler, tout le monde est intégralement à poil dans cette zone. Une petite douche pour sortir (attention à ne pas faire tomber le savon), la serviette est offerte pour se sécher, de même que le lavabo pour se brosser les dents, le sèche-cheveux, le déodorant, le parfum, des lotions que je n'ai pas réussies à analyser... Voilà le principe du jjimjilbang. Un véritable paradis, où il faut que je me rende plus souvent tellement c'est relaxant. Et celui où nous nous sommes rendus samedi soir proposait aussi une chambre pour dormir. Même si quelqu'un ronfle, même si dormir sur du bois ou sur le sol avec un oreiller dur comme une brique n'est pas confortable, la fatigue et la relaxation n'ont fait qu'une bouchée de moi.

Le lendemain, une dernière excursion avant de rentrer à Séoul. Le principe des parcs nationaux n'est pas le propre des États-Unis : dès lors qu'un pays porte une attention à son patrimoine naturel on en trouve. Ce n'est pas un parc comme ces trois arbres plantés au milieu d'un centre ville français, mais bien bien un espace de plusieurs kilomètres carrés où repos et promenade vont de pair. Je n'ai pas vu d'animaux ni de refuges, mais c'est un espace protégé où il est possible d'en voir (enfin je veux dire, des plus impressionnants que des écureuils). Toujours pas de tigre, malheureusement, il faut que j'en voie un cette année, c'est mon objectif ! Après les tigres, on pourra passer aux mantes religieuses, et ensuite aux dragons, et j'aurai fait le tour de l'imagerie extrême-orientale sur les animaux. Bien que le jjimjilbang soit très confortable et qu'il soit possible d'y rester 24 heures, nous revoila à Seoraksan. Cette fois-ci, comme je suis pris par le temps (nous sommes deux à repartir plus tôt que les autres), nous ne faisons qu'une courte randonnée, plus fatigante que je ne le pensais. Nous remontons le cours d'un ruisseau, ce qui implique de faire encore appel aux jambes alors que nous ne nous sommes nourris pendant deux jours quasiment que de sandwichs. À l'arrivée, une cascade. Je ne m'attendais pas à quelque chose de mémorable, mais ce n'est pas une véritable cascade. C'est juste le ruisseau qui tombe de très haut, mais l'atmosphère reposante de cet endroit, au fond d'une faille dans la montagne, où l'on s'assoit sur des roches entourant un lac, avec ces arbres de hippies, compense définitivement. Nous revenons à l'entrée du parc, nous prenons le bus pour Sokcho, et nous prenons notre bus pour Séoul, où le trajet double de durée par rapport à l'aller lorsque l'on approche de notre destination. La circulation intensive qui flotte autour de la ville, voilà la différence avec ce que j'ai vécu ce week-end.

Un peu de confiserie pour les yeux maintenant.


La fameuse architecture au pied de Soeraksan

Un Bouddha qui a de la gueule

Un aventurier qui montre où il compte aller

La photo touristique par excellence

Je n'ai jamais vu un arbre aux feuilles si rouges

Si des pierres tombent, essaie de les attraper !

Les chutes du Niagara