mardi 15 février 2011

La langue

En cette matinée avant un après-midi de partiels de Coréen, j'ai pensé rédiger un article consacré à cette langue, article qui sera sûrement le dernier avant notre voyage au Japon (je pars samedi). Ce sera l'occasion de faire le plein de photos pour ceux qui ont la couleur. Donc le Coréen, comment résumer ce que c'est en quelques mots ? Dans l'antiquité et le moyen-âge, les Coréens utilisaient les caractères chinois pour lire et écrire, mais les prononçaient déjà à leur façon. Ils parlaient Coréen, mais empruntaient leur système d'écriture au Chinois. La propagande nationale coréenne actuelle met toujours en valeur le roi Sejong qui, malgré les réticences de l'aristocratie éduquée, a convoqué une commission en 1446 chargée de créer un système d'écriture facile d'accès pour sa population illettrée. Bien qu'il y a encore eu des fluctuations depuis, ont ainsi été posées les fondations du hangeul, le système d'écriture actuel. Aujourd'hui, les caractères chinois, appelés hanja, sont toujours enseignés dans le secondaire, mais ils se sont de moins en moins utiles. Même si le Chinois a été simplifié avec le temps, le Coréen emploie toujours les anciens hanja. Cependant ne pas connaître un seul hanja n'est pas problématique. On en trouve dans des revues et livres scientifiques, on dit aussi qu'ils sont nécessaires pour lire les journaux mais je n'en ai pas vu dans les quelques journaux que j'ai regardés. Cette diminution de leur présence est l'effet d'une politique nationale (pour ne pas employer un mot en -iste) d'indépendance culturelle. Le rejet des hanja est une façon d'affirmer l'unicité du Coréen face au Chinois. Ce qui reste assez paradoxal, car à l'instar du Japonais, le Coréen tire son étymologie du Chinois. Nombre de mots sont très proches du Chinois, ce qui rend son apprentissage relativement facile pour les étudiants chinois. Il y a parfois deux racines possibles pour employer un mot en Coréen, mais qui ont une légère différence de sens selon l'étymologie. Ainsi, il, le mot pour jour d'origine chinoise, désigne plutôt le jour en lui-même, la date, tandis que nal, le mot pour jour d'origine coréenne, désigne plutôt la journée, c'est-à-dire la durée, le temps écoulé dans cette période.

J'ai maintenant une brochette d'exemples bien rôtis à vous livrer pour vous montrer qu'une fois la difficulté conquise l'apprentissage d'une langue sans rapport avec la sienne peut être passionnant.

  • Les expressions imagées. D'une part, il est très étonnant de découvrir des expressions idiomatiques qui sont exactement les mêmes qu'en Français ! Avoir le cœur léger, se traduit littéralement par maeumi gabyeopda, et a le même sens imagé. Ça c'est vraiment curieux. Mais avant de dire que c'est universel, faudrait se renseigner auprès des tas d'autres langues qui existent. D'autre part, c'est aussi intéressant de découvrir de nouvelles expressions. Maeume deulda, porter dans son cœur, signifie affectionner particulièrement ; maeumi ttatteutada, avoir le cœur chaud, renvoie à une personne gentille, intentionnée. Les expressions sur le cœur font foule, mais on peut aussi voir ipmashi opda, ne pas avoir de goût sur la bouche, qui signifie ne pas avoir d'appétit. Allez, un dernier exemple pour la route avec la bouche, ibi mougeopda, avoir la bouche lourde : je pensais la première fois que ça signifie que quelqu'un est lourd ou qu'il ne s'est pas lavé les dents, mais plus drôle encore, ça veut dire que cette personne est capable de garder un secret !

  • Monsieur, Madame. Il y a un équivalent qui s'utilise cependant plus souvent qu'en Français : sshi. C'est une façon polie d'adresser la parole. Bon, je m'y suis fait à entendre une prof appeler « Camille chie ».

  • Être et avoir. Le premier est assez peu usité, le deuxième n'existe pas. Ça, c'est assez déroutant au début. Mais au fur et à mesure qu'on rentre dans la langue et dans la logique, on se rend compte qu'on n'a pas vraiment besoin de ce est un auxiliaire en Français. En revanche en Coréen, ils ont d'autres verbes employés à tout bout de champs : hada (faire) et itta (exister, il y a). Le second n'est ni être ni avoir, mais il peut servir de traduction pour eux. « Où es-tu » se traduit par « où existes-tu », et « as-tu 10 francs » se traduit par « existe-t-il 10 francs pour toi ». Quant à hada, ça sert pour tout, et principalement pour les adjectifs. Alors qu'en Français on va dire « je suis fatigué », on dit littéralement en Coréen « je fais fatigué », mais le sens est bien « je suis fatigué ».

  • Mots étranges. Il y a des mots que j'apprends et qui sont impossibles à traduire, ou alors très difficile car je n'ai pas d'équivalent. Alors dites-moi si pour chungon, qui désigne la fatigue qui traverse les gens au printemps, il y a un mot en Français. Déjà je ne suis pas au courant qu'on soit particulièrement fatigué en printemps... Évidemment les noms de plats il n'y a pas besoin de les traduire, les noms de station de métro, mais pilgidogu, qui renvoie à tous les objets qui permettent d'écrire (feutre, crayon, stylo...), comment on peut dire ça ? Là tout de suite ça calme les profs de prépa qui nous emmerdaient parce qu'en Anglais on ne faisait pas de traductions précises...

  • Traductions littérales invraisemblable. Vous commencez déjà à le voir, il faut oublier de passer par la traduction littérale pour comprendre le sens. Il faut juste baigner dans la logique de la langue et s'il y a vraiment besoin de traduire, alors faut inventer. Remarque, ça laisse une grande marge d'action. Mais on se rend compte que les préoccupations des peuples peuvent être différence au vu de la grammaire. Déjà, une langue qui fait des distinctions à un endroit où une autre ne fait pas cette même distinction montre que cette première langue y attache plus d'importance (et faire cette distinction complique les choses). Distinction de base en français : le locuteur. En Coréen, le verbe ne s'accorde pas avec le sujet, selon que ce soit je, tu, il... D'ailleurs ces mêmes pronoms sont assez peu usités en Coréen. Encore plus impressionnant : alors qu'en Français, dès qu'une phrase est complexe, avec une proposition, ça peut devenir un casse-tête de savoir quelle est la bonne conjonction de subordination à employer (qui, que, où, lequel, dont, etc). En Coréen, rien à foutre de tout ça ! En revanche je ne vois pas trop comment expliquer le fonctionnement, car comme je l'ai dit, les traductions littérales n'ont pas de sens... Je n'ai pas d'exemple sous la main là tout de suite, mais ne vous inquiétez pas, je ne fais pas que me rendre compte que ma propre langue maternelle est étrange, il y aussi des distinctions qui me brûlent les neurones en Coréen !

  • Vive les dictionnaires. Je suis assez lent à comprendre certains mots, et quand la prof me pose une question, ça peut faire bizarre. Prenons le mot biwon vu en cours récemment. Il désigne un jardin royal d'un palais qu'on peut visiter dans Séoul. Et quand la prof demande aux élèves de la classe « il y a bien un ou des biwon en Chine, n'est-ce pas ? Au Japon aussi ? Et en Mongolie ? En France, j'ai un doute, il y en a un ? », j'ai mis bien du temps à comprendre que le mot biwon ne désigne pas seulement un jardin royal précis mais est aussi le terme générique pour jardin royal ! Donc je lui ai répondu que non, alors qu'en fait on pourrait peut-être dire que Versailles fait office de biwon...

Bref, comme je conclue avec ce partiel qui approche 10 semaines d'apprentissage intensif de Coréen (et qui me permettent de ne pas bosser le semestre prochain si je veux car je finis ainsi mon contrat de 360 heures avec l'IEP), je peux affirmer qu'apprendre une langue étrangère, c'est bien, vous connaissez la rhétorique de hippie qui dit qu'on est tous amis sur la planète. Au lieu de vanter les mérites du Coréen, je vais finir cet article en parlant de l'Allemand. Même si mon niveau n'était déjà pas extraordinaire ces dernières années en Allemand, ne pas le parler pendant huit mois a fait des ravages. Bien entendu il y a des Allemands ici, mais l'Anglais est toujours préféré car c'est le langage que tout le monde parle (et c'est plus poli de parler Anglais quand il y a d'autres gens à côté). Du coup j'ai essayé de parler Allemand la dernière fois, et tout s'embrouillait avec le Coréen, je demandais toutes les dix secondes « comment on dit ce mot déjà »... Ça promet pour l'année prochaine ! Aussi, en cours de Coréen, j'ai eu une expérience assez psychédélique, je ne sais pas ce qui s'est passé. Pendant la pause de 10 minutes entre deux heures, je me mets à écouter de la musique, française, et en même temps je lisais ce qu'écrivait la prof au tableau, en Coréen. Ça a dû bouillonner dans ma cervelle, car j'ai commencé à me dire que la musique que j'entendais, en Français, ce n'était qu'une convention, et que si je voulais, ça pourrait très bien ne pas avoir de sens. Pas plus que les symboles bizarres écrits au tableau. Et que le type qui chante ne se rend pas compte que ce qu'il dit n'a pas de sens. J'ai chassé cette vilaine pensée nihiliste en me concentrant sur les nichons de la prof.


On voit ici l'alphabet hangeul original, qui a subi pas mal de modifications depuis

L'intitulé signifie "Le roi Sejong", sa statue en bronze est en plein centre ville

Unrelated : moi qui joue un instrument de percu traditionnel

dimanche 6 février 2011

Réflechissez-y deux fois avant d'être cons

Comme je fus seul à écrire sur le blog durant le mois de Janvier, j'ai trouvé la solution pour donner envie à tout le monde de revenir, le coup de pouce nécessaire, l'innovation marketing de 2011. J'ai compris que ce blog était un peu trop sérieux. Il faut peut-être trouver un discours plus accrocheur, une équipe rédactionnelle dynamique, en quête de nouveaux projets, et qui ose entreprendre. Peut-être aussi, au lieu de parler de cinéma ou de moines qui s'enferment dans des cercueils, parler d'objets plus près du consommateur, qu'il peut facilement comprendre. J'ai donc décidé de vous parler de mes merdes.

Je me souviens que lors de mon arrivée en Corée, avec cette nouvelle alimentation et ce nouveau climat, mon estomac était en pleine recherche identitaire. Puis, petit à petit, tout s'est stabilisé. L'action magique du riz et du piment m'a permis de progresser en tant qu'être humain. Manger du riz en grande quantité, comme on le sait, constipe facilement. Il donne aux crottes suffisamment de consistance pour éviter l'effet mitraillette une fois sur le trône. Quant à la nourriture épicée, nombre de gastronomes, de Mexicains et de pharmaciens la reconnaissent pour son efficacité en terme de nettoyage intestinal. Elle est la favorite des gourmets qui apprécient crotter de façon torrentielle, sans pouvoir contrôler son sphincter sur le débit de sortie. Et bien, avec une alimentation équilibrée, avec du riz tous les jours (si ce n'est à tous les repas), et du kimchi de temps en temps, remplaçable par toute autre nourriture épicée ou soupe arrosée de gochu (piment), j'ai découvert les bienfaits d'un petit passage aux toilettes. J'ai été le créateur de choses dont je ne soupçonnais même pas qu'un être humain puisse les produire. Quelque chose qui sort d'un coup, sans forcer, mais en même temps qui prend au moins cinq secondes pour le finir, il y a de quoi en être fier. Je crois qu'il s'agit bien là de la combinaison ultime pour viser la merde parfaite, objectif poursuivi par l'Homme depuis la nuit des temps. Attention toutefois si vous abusez de ramyeon (nouilles) et que vous n'ingurgitez pas assez de riz, il peut y avoir des conséquences inattendues, de même si vous faites une pause du côté des épices. J'ai même pris une photo ici de ce que j'estime être un chef-d'œuvre (je ne l'affiche pas d'emblée pour ne pas choquer ceux qui ne veulent pas voir), je me demande d'ailleurs comme ça a pu ne pas bloquer les toilettes : http://tinyurl.com/4pxhw6k !

Comme il serait vraiment malheureux de n'écrire que de la merde, autant vous faire part d'une conversation eue avec un pote chinois durant laquelle j'ai appris beaucoup de choses. On dit toujours à propos des pays d'Asie orientale deux choses : qu'il y a du respect pour les aînés et que le groupe y prime sur l'individu. Dans mon premier article pour Décloîtrés, j'ai déjà parlé du premier aspect et expliqué que bah, en fait, c'est peut-être pas si vrai que ça, quand on voit les vieux qui triment dans la rue. Maintenant j'aimerais parler du deuxième aspect, de ce préjugé et de cette ignorance tenace qui oppose le « groupe » et l'« individu ». On peut entendre ça de la bouche aussi bien d'Européens, de tous genres, toute nationalité, même de gens biens habillés et qui semble bien éduqués ; et aussi bien d'Asiatiques. J'ai déjà entendu un Chinois me l'affirmer : « mais vous les Occidentaux vous êtes individualistes, tout le monde le sait » (il me restait encore à déterminer si c'était à prendre comme un compliment ou une insulte). Pourtant, on peut multiplier les exemples où les sociétés occidentales font passer le groupe avant l'individu (imaginez si quelqu'un grille tout le monde sans se gêner dans la queue à la boulangerie), et d'un autre côté, mon pote m'a fait part de nombreux exemples de la vie de tous les jours où des Chinois agissent en plus purs égoïstes (premier arrivé, premier servi). Seulement, ça ne sert à rien non plus d'essayer de prouver que les Asiatiques sont individualistes et les Occidentaux collectivistes, ce serait tomber dans l'excès inverse. La connerie est de commencer une phrase par : « les Coréens sont », « les Asiatiques sont », « les Européens sont », « c'est dans la culture de machin de », etc etc. Même dans un pays à l'échelle de la Corée du Sud, ça n'a aucun sens. Quel rapport entre un habitant de Séoul ou de la campagne ? Quel rapport entre un Chrétien et un Bouddhiste ? Quel rapport entre les jeunes qui ont eu la possibilité de partir à l'étranger et ceux qui, enfermés dans leur cocon familial, sont à la limite de la capacité d'adresser la parole à un étranger ? Quel rapport entre un employé branché d'une entreprise à la pointe de l'innovation technologique et un ouvrier de cette même entreprise mais qui lui travaille dans l'usine ? Ce qui m'ennuie quand on parle de culture, c'est encore et toujours la même chose, que ça simplifie tout, que ça rend tout stupide et pire encore, ça cache les vraies explications (du moins les plus pertinentes). Les Asiatiques travaillent dur, c'est dans leur culture. Rien qu'entendre ça devrait donner des envies de meurtre à toute personne sensée. Le pire, c'est quand ça sort de la bouche d'éminentes personnes, de gens censés être intelligents. Au XIXe siècle, le racisme était une science. Personnellement, je ne vois pas de différence de fond entre « les jaunes sont travailleurs » et « la culture asiatique met en valeur le travail ». Et en plus c'est faux, c'est partout pareil. Tout ça pour en venir à une question : d'où naissent les préjugés et les stéréotypes ? Je me demande vraiment comment certains phénomènes, qui peuvent être vrais, comme travailler beaucoup, en viennent à être considérés comme une loi générale qui vaut pour tous les individus. Là, vraiment, je vois pas.

Encore à propos de la culture (mais bon, c'est important quand même), il y autre chose qui m'exaspère. C'est considérer que tout est génial, tout est bien, tout est parfait, tout regorge de qualités dans une culture. C'est exactement la même chose qu'en considérer le contraire, et ça n'a pas de sens. Ces gens sont pareils que nous dans leur diversité : même dire qu'ils sont tous cools d'un bloc est une insulte, car c'est méprendre ce qu'ils sont vraiment. C'est bien d'être tolérant, d'être ouvert à la différence, évidemment ! Mais il faut savoir pourquoi on est tolérant et pourquoi on n'est pas naïf ! Les gens tolérants sans savoir pourquoi ils sont tolérants sont aussi intolérants que les gens intolérants. Dans un mail avec Mehdi où l'on parlait à peu près de ce sujet, il me disait la même chose en utilisant le mot de « romantisme » de ces gens envers ces cultures étrangères. C'est tout à fait ça : un romantisme qui aveugle sur la réalité. La réalité c'est qu'on peut pas simplifier les choses, que dans une même culture il y a des vraies saloperies et des enseignements qui devraient être transmis aux autres cultures, et que dans une même population il y a des blaireaux, des salauds, des gens avec de l'humour et des imbéciles heureux. Il y a un truc qui m'ennuie profondément ces jours-ci lors des cours de Coréen. Dès qu'on apprend une nouvelle règle de grammaire, qu'il faut la pratiquer en créant de nous-mêmes des exemples, la seule chose qu'on peut entendre dans la classe c'est que les garçons sont tous élégants comme des princes charmants, que les filles sont toutes jolies, et que leur but dans la vie c'est de faire du shopping. Ce monde rose bonbon empêche de parler de quoi que ce soit d'autre, c'est à en avoir la nausée. Et il n'est pas que le fait des étudiantes chinoises majoritaire dans ma classe, la télé coréenne relaie cet imaginaire, même le bouquin de cours en dégouline parfois. Pour le caractère autant que pour le physique, il y a de la diversité, et il y a des baleines et des porcs ici aussi, et des gens normaux qui ne sont pas moches mais ne ressemblent pas à toutes les célébrités surfaites de la télé. Donc à partir du moment où l'on parle sérieusement, des cultures et des populations il ne faut ni en dire du bien ni en dire du mal, il faut juste les regarder pragmatiquement. Et surtout, réfléchir deux fois avant d'être con.

PS : ces jours-ci je fais pas grand chose d'extraordinaire, ce qui explique que je ne mette pas de photos en ligne. Je pars au Japon dans deux semaines avec l'ami Géraud, ça changera peut-être après.

dimanche 30 janvier 2011

Soyons fous

Alors que dans l'Europe médiévale tout ce qu'on avait trouvé en guise spiritualité était de s'enfermer dans des monastères pour rester entre chauves mal habillés pour mieux prier un Dieu de la santé capillaire, je me suis interrogé sur le sort des gens qui dédiaient leur vie à un destin plus grand de l'autre côté du monde. Je suis tombé sur trois expériences possibles qui peuvent radicalement changer votre vie, et que je vais présenter maintenant. De nos jours, si on veut tout plaquer, sortir du système pour vivre sa vie tranquille, il n'y a qu'une option : être un hippie qui part élever des chèvres dans les Alpes, ou, pour les plus fortunés, en Amérique latine. Quel manque d'originalité, franchement, pour des anticonformistes.

Marre du métro-boulot-dodo ? Marre de la lumière du jour, de la senteur des pommiers et des cris des petits oiseaux ? Essayez notre nouveau programme : 24h à la place d'un mort ! Dans un temple bouddhiste, un programme est offert à tous ceux qui sont tentés par l'expérience des gens enterrés vivants : passez une journée entière dans un cercueil ! Pour faire bien réaliste, ils y mettent les clous ! Quand j'ai entendu parler de ça, on m'en a vanté les exploits comme d'une super expérience d'introspection, pendant laquelle on réfléchit à plein de chose, et si on pète un plomb pendant les 10 premières minutes, on ne voit pas le temps passer après... Personnellement, ça me semble tellement taré que je n'essaierai pas même pour rire. Encore heureux qu'ils n'enterrent pas les gens non plus... Alors, si vous êtes en quête de spiritualité, d'introspection ou de recherche de soi (tous ces termes étant bien à la mode) et que vous n'avez pas de dealer dans votre ville, essayez donc la formule 24h dans un cercueil, il paraît que ça fait des miracles. Le temple n'est pas responsable pour les dégradations possibles de votre esprit à la sortie en revanche.

Ah, le périphérique, les rues populeuses et bruyantes de Séoul, les bruits de travaux dans les villes et le brouhaha continu des voitures... Besoin d'un peu d'air frais pour vos poumons et surtout pour vos oreilles ? Et bien vos gueules ! Continuons avec ces bouddhistes en lévitation et qui vont vous aider à votre bien-être et votre harmonie avec les 5 constellations, les 7 points cardinaux et les 13 éléments. Un monastère est ouvert à tout le monde sous deux conditions. La première, la plus évidente, est de travailler pour la communauté en échange du droit d'y vivre. Concrètement, je ne sais pas ce que ça donne (sans doute faire du jardinage et prier), mais le plus intéressant dans cette communauté-là est la seconde règle : il est interdit de parler, de faire le moindre son avec sa bouche. Du coup la barrière linguistique saute, c'est super ! Expérience relatée par un Américain qui y a vécu pendant un mois, durant lequel il dit avoir beaucoup changé. Ne pas pouvoir communiquer par la parole l'a rendu presque dingue la première semaine. Cependant, le reste du temps, une fois habitué, il affirme avoir vécu en harmonie avec son environnement, en paix avec lui-même. Le plus intéressant est d'affiner ses sens : il faisait attention aux petits bruits comme l'ouverture d'une porte, le bruissement d'une plante... Bref ça a l'air assez drôle, et pour un mois ce n'est pas un si gros investissement que ça. À garder dans un coin de ma tête pour la prochaine fois que je me rendrai en Corée.

J'ai envie de quitter le système moi aussi mais je n'aime ni les chèvres ni les moines. Et j'ai du temps devant moi. Et j'aime bien me battre. Et j'habite en Chine et non en Corée. Que faire ? Une des plus amusantes découvertes que j'ai faites ici ne concerne pas une expérience coréenne mais chinoise, racontée par mon meilleur pote chinois. Je parlais de taekwondo, que ces jours-ci il fait trop froid et que je n'ai pas pratiqué depuis deux mois, que j'ai hâte de reprendre quand ce sera le printemps... Puis, curieusement, pour rigoler, je lui demande s'il a déjà fait du kung-fu. Évidemment que non, me dit-il, ça demande beaucoup plus que le taekwondo. Un peu vexé, je lui demande des détails. Accrochez-vous bien. Si un jeune chinois veut apprendre le kung-fu, il doit quitter l'école, sans doute sa famille et son lieu de résidence (fait assez surprenant quand on sait que le gouvernement chinois attache toujours les individus à leur lieu de naissance), pour aller dans une école spécialisée et consacrer tout son temps à l'apprentissage du kung-fu. Quand c'est à la campagne, ça peut carrément prendre des airs de films de baston chinois avec le vieux maître dans la montagne... Et toujours vrai aujourd'hui. L'apprentissage requiert énormément de temps, il faudrait rester dans ce genre d'écoles pendant 3 ans au minimum (sinon quoi ? Sinon ils vous font la technique des cinq points et la paume qui font exploser le cœur), y consacrer réellement son temps. Contrairement à d'autres arts martiaux comme le taekwondo entre autres (qui est un art martial très récent, comme il date des années 50) qui, même s'ils nécessitent une pratique régulière voire quotidienne pour progresser (c'est comme tout), ne nécessitent sans doute pas qu'on y consacre sa vie pour être capable d'en pratiquer. En effet, le kung-fu semble ne pas se limiter à un art martial et inclue plein d'autres aspects de la vie de tous les jours. Bref, je ne sais pas si sur un CV ça fait classe ou non, mais en tout cas ça peut être une sacrée expérience ! En conclusion je tiens à souligner pour éviter toute confusion que non, même s'ils sont un milliard et demi, les Chinois qui font du kung-fu ne sont pas nombreux, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, on peut toujours les exploiter avec la conscience tranquille. Il faut aussi dire que ce que j'ai raconté ici est très simplificateur, et qu'en réalité de nos jours il est possible de pratiquer une forme de kungfu (qui n'est que l'appellation générale et qui a plein de ramifications) comme sport de combat uniquement (à la façon du karaté, du judo, du taekwondo...). Je voulais juste présenter ce dont j'ai entendu parler et que je compte faire une fois mes études achevées.

jeudi 13 janvier 2011

Pop coréenne

Encore une fois je me dois d'entamer un article par la présentation de mes plus humbles excuses de retard. Le rythme d'un article par semaine était relativement facile à tenir pendant le semestre des cours, mais c'est difficile avec ces cours de Coréen (je ressors aujourd'hui de mon mid-term exam). Ça, c'était pour la langue de bois. En même temps quand je constate le rythme de publication de certains autres sur ce blog censé être collectif, ouvert il y a six mois, et qui n'ont encore rien signé, mais dont je tairai le nom, je ne pense pas avoir beaucoup à me reprocher. Ça, c'était pour la langue de pute. Aujourd'hui, pour contraster et comparer avec le dernier article (vous vous souvenez, ça parlait de cinéma !), je vais présenter quelques clips de la bonne grosse soupe qu'est la Korean pop music. Accrochez-vous à vos chaises, vous allez être sidérés. Nous quittons le domaine de la culture pour entrer dans un nouveau monde. À votre gauche des arcs-en-ciel et des images colorées, sucrées, à en faire passer Picasso pour un impressionniste. À votre droite, des focus sur les jambes des chanteuses ou danseuses, sur leur visage d'imbéciles heureuses, et des travellings sur des jeunes hommes aux influences douteuses qui croisent Arlequin, des gangsta rappers américains, des punks au look futuristes et des boys bands plus effémines les uns que les autres. Là, je vous aurai prévenu, on touche du lourd. Pendant que les uns pleureront pour faire classer ces œuvres sacrilège mondial de l'UNESCO, d'autres affirmeront que ce genre musical (mais la vidéo a toute son importance aussi) sont le produit de génies tout simplement en avance sur leur temps. Attention à vous, branchez vos home cinemas, on est parti. Je vais vous donner seulement quelques exemples de cette mine sans fond qu'est la pop coréenne, quelques exemples que je connais particulièrement plus, ou qui sont assez célèbres (liens youtube à l'appui).

  • Commençons par le plus célèbre d'entre tous les groupes, la crème de la crème dont la notoriété dépasse les frontières de la péninsule, j'ai nommé 소녀시대 (Girls' Generation). Le nom annonce la couleur aux aveugles qui ne les ont jamais vues ou à ceux tellement éblouis qu'ils n'en reviennent toujours pas. J'en discutais avec un pote et on se disait que pour arriver à tel succès, ces filles doivent vraiment se haïr en privé... Et au final elles doivent bien se retrouver quand il faut vomir toutes ensemble pour garder leur poids et leur allure de mannequin. Bon, commençons avec Oh ! ( http://www.youtube.com/watch?v=TGbwL8kSpEk ), et je déconseille les féministes de base de regarder. Alors pour l'influence américaine, là, on est servi avec ce côté pom pom girls et ces joueurs de football américain qui sortent d'on ne sait où. Hoot ( http://www.youtube.com/watch?v=dB018Nj1WjM ) est un morceau assez récent donc c'est assez intéressant de voir qu'il y a un peu d'évolution dans le style. En revanche j'ai jeté un œil aux paroles, c'est du bon gnangnan comme on peut s'y attendre. J'ai essayé de chanter ce morceau dans un noraebang, bon bah j'ai encore des progrès à faire. Je m'arrête là, ce groupe est assez connu et a produit pas mal de morceaux donc si vous en voulez plus du groupe des plus grosses bonasses de Corée du Sud, vous trouverez facilement.

  • 남녀공학 (Namnyeogonghak) est un peu particulier parce qu'ils débutent. En fait, lors d'une sortie avec la classe à KBS, la plus grosse compagnie de télé, on a eu la « chance » de pouvoir les voir répéter sur un plateau télé. Ce tube, Bbiribbom Bberibbom ( http://www.youtube.com/watch?v=aIT09Z2hnV8 ) est leur premier. Apparemment ils montent, mais ils ne sont pas encore très connus aux dires d'une amie coréenne qui était avec nous et qui ne les connaissait pas. Curieusement, le même jour, je les ai entendus à la radio... Selon cette même amie, ils n'ont pas beaucoup d'avenir parce que les filles ne sont pas assez jolies. Ce n'est pas une remarque stupide, car ce genre de groupes fonctionnent vraiment sur le physique pour attirer des spectateurs. C'est la vie ! En tout cas c'est bien l'exemple de groupe multicolore avec des vêtements... je n'ai pas d'adjectifs pour les qualifier, sinon qu'ils sont originaux. Bref si je fais un paragraphe sur ce groupe c'est seulement parce que leur chanson m'est restée dans la tête pendant une semaine.

  • Je me dois de parler de 슈퍼주니어 (Super Junior) car pour cette même classe, en guise de partiels, on a dû choisir une danse d'un groupe de pop comme ça et la reproduire devant la classe. C'est ce clip, Sorry sorry ( http://www.youtube.com/watch?v=x6QA3m58DQw ) qu'on a dû faire (bon, une minute, pas plus, faut pas déconner). D'abord, spéciale cassedédi au fat boy du clip, qui apporte la touche humour qui manque à tous les autres groupes. Ensuite, ce qui m'a totalement étonné quand on a commencé à bosser la danse, c'est que ce groupe est très, très, très connu. Tout le monde, Chinois, Japonais, Coréens, même Mongols connaissent ça ! Tout le monde connaît la danse ! Je ne sais même pas si la Macarena a été aussi connue que ça.

  • Si vous voulez du beau gosse, protéiné à l'extérieur mais sensible à l'intérieur, alors je vous conseille de prendre un peu de 2PM. Les lovers européens peuvent en prendre de la graine lorsqu'ils regardent Without U ( http://www.youtube.com/watch?v=pB4920B2l5g ). Tiens c'est marrant c'est comme chez nous, s'ils alignent trois mots en Anglais dans leur chanson ça fait tout de suite classe. Attention, il ne faut pas confondre 2PM et leur jumeau maléfique 2AM. Ces derniers, de la culture pop américaine, ils tirent plutôt le côté James Dean ou sitcom pour lycéen, comme 잘못했어 ( http://www.youtube.com/watch?v=Yo0zsqa06ZE ) nous le montre. Les branleurs ont bon fond.

  • Avant de commencer ma crise de nerf, je vous présente 오렌지캬라멜 (Orange Caramel) et ses sons de synthé bien kitsch. Là je pense qu'on ne s'adresse plus à un public de lycéen mais d'écoliers. A-ing ( http://www.youtube.com/watch?v=WSolEVV0Ivg ) me le confirme avec ses thèmes de contes pour enfants et son univers si coloré qu'il en rendrait Gilles Montagnier daltonien. Autre clip dans le même genre, manichéen et parfait, où les filles sont des petites princesses, les garçons des princes charmants, et les joueurs de synthé sont sous acide, Magic girl est à voir ( http://www.youtube.com/watch?v=SojvsEJlvf0 ). Les lunettes en forme de petits cœurs verdâtres fallait y penser.

Bref, voilà un petit aperçu de ce qui se fait de mieux en terme de musique ici. Le plus marrant c'est qu'il n'y a pas de frontières pour le playback. On a ainsi regardé des lives où il y a des trous béants dans les couplets, on se demande s'il y a quelqu'un qui chante, puis soudainement quelqu'un chante, ça sonne totalement faux, puis tout le monde reprend le refrain parfaitement. Pour l'aspect visuel, qui, à mon sens est indissociable de la musique (comme ces groupes n'écrivent évidemment pas leurs textes ni leurs musiques ni leurs danses, tout est conçu dans un tout), au final, en ce qui concerne les groupes de filles, tout ceci se résume à une affaire de jambes. Enfin j'ai été pas mal sévère dans cet article avec ces groupes. Faut se dire que ces groupes sont assez populaires ici, qu'il passent souvent à la télé, la radio, et qu'ils sont acceptés comme tels. De plus, il n'y a pas que ça. Si on décroche de la télé et de la radio on peut trouver dans certains quartiers nombres de jazz bars, ou de boîtes qui mettent en valeur d'autres styles de musique, avec des lives assez impressionnants parfois. J'ai même découvert un reggae bar ici ! Enfin ne nous leurrons pas, Bob Marley reste un grand inconnu en Corée, ce bar fait plus office d'exception qu'autre chose. Bref, ne criminalisons pas les Coréens d'écouter ces musiques. À force de baigner dans un environnement qui les met en valeur, vous vous prendrez à siffloter ces airs de temps en temps (ils sont conçus pour ne pas quitter votre tête de toute façon), et à regarder un de ces clips de temps en temps. N'empêche que ça reste de la me

dimanche 2 janvier 2011

Cinéma coréen

여러분 새해 복 많이 받으세요!

J'entame cette nouvelle année sur un air culturel. Depuis que je suis arrivé ici, je me suis essayé à écouter de la musique coréenne et à regarder du cinéma coréen. J'ai beaucoup de boulot en ce moment mais je trouve un petit moment pour faire de la pub pour des œuvres assez méconnues.

Commençons par le sérieux avec le cinéma. Je n'ai pas regardé suffisamment de films pour faire de grandes généralités, et j'en ai encore un certain nombre sur ma liste. Je ne me suis pas fait non plus les blockbusters à l'Américaine, considérant qu'ils ne sont pas spécifiques au cinéma coréen. J'ai regardé des films connus et recommandés par un certain nombre de personnes, à partir du moment où ils ont l'air d'être autre chose que de la bataille de muscles ou qu'un prétexte à vendre des effets spéciaux. Petite liste :

  • 올드보이 (Old Boy). C'est sans doute le plus célèbre à l'étranger et notamment en France des films coréens pour avoir reçu le grand prix du jury à Cannes en 2004. Je suis désolé, mais il y a peu de choses qui puissent être dites au sujet de ce film sans prendre le risque d'en dévoiler un morceau crucial d'intrigue. En très très très gros, c'est l'histoire d'un type à la recherche d'un autre type qui l'a enfermé pendant des années. Même si on peut s'en douter tout le long du film, le final est assez incroyable. Et l'acteur principal a une tronche assez mythique. Le film semble être une référence car j'ai vu plusieurs fois à la télé des pubs ou des comiques qui imitent certaines scènes cultes du film. Bref, même si je peux pas en dire grand-chose, c'est le film à voir.

  • 왕의 남자 (The King and the Clown). Le deuxième film en terme de nombre de ventes au moment de sa sortie. Là on est en plein dans le gros drama coréen, sans être aussi ridicule que les séries télé qui se ressemblent toutes et avec des acteurs qui savent jouer. Donc ça vaut le coup d'œil. C'est l'histoire de quelques troubadours au tournant du XVe et XVIe siècles qui pour gagner leur vie se lancent dans la satyre de la cour. Au lieu de les faire exécuter, le roi, archétype du tyran, les apprécie et les fait entrer à la cour où ils provoquent l'ire des aristocrates. Et en parallèle, une histoire d'amour homosexuelle entre le roi et un troubadour (enfin, peut-on appeler aimer un eunuque être homosexuel ? Lourde question à laquelle je ne pense pas être capable de répondre). Bref, c'est à voir pour une simple raison : c'est surprenant. C'est plein de façon de jouer, de filmer, qui sont assez étrangères. Et le drama sur fond historique ces dernières années devient populaire en Corée, c'est donc intéressant de voir comment leur propre passé peut être traité. Et de se rendre compte que ces histoires de pouvoir ne nous sont pas si étrangères que ça...

  • 친구 (Friend). Là c'est le côté film de yakuza qui ressort pour montrer que les Coréens aussi savent y faire avec les mafieux. C'est l'histoire d'un groupe de potes qui prennent des chemins très différents après le lycée. L'un trouve un boulot, l'un va loin dans ses études, l'un va dans une famille de mafia et l'autre va dans une autre famille de mafia. Et quand ils se revoient plus tard, ça crée des étincelles. Les problèmes mis en avant dans ce film m'ont fait penser à Once Upon a Time in America à plusieurs reprises, car au final le thème de ce final est davantage l'amitié que la mafia (cf le titre du film). C'est un bon film mais sans plus, sympa à regarder si on trouve le temps, mais moins surprenant comparé aux autres.

  • 웰컴 투 동막골 (Welcome to Dongmakgol). Ce film est sympathique en soi, mais très intéressant pour ce qu'il symbolise. Il est sorti sous la présidence de 노무현 (No Mou-Hyeon), issu du parti qui se rapproche le plus de ce qu'en France on appelle la gauche, et il a mené une politique d'indépendance vis-à-vis de l'interventionnisme américain et d'ouverture à l'égard de la Corée du Nord (dans les discussions du moins). L'intrigue se déroule en pleine guerre de Corée, dans un endroit paumé. Il y a un village, Dongmakgol, où les gens ne sont même pas au courant qu'il y a une guerre. Par hasard, un soldat américain parachuté y est recueilli, des soldats sud-coréens perdus arrivent, puis des soldats nord-coréens. Et dans ce village de hippies il apprennent à vivre ensemble. L'histoire peut paraître gnangnan, mais pour c'est pour sa portée que je trouve qu'elle vaut la peine d'être vue (et le film en lui-même n'est pas gnangnan). Et c'est aussi un film où les Américains prennent cher.

  • 좋은 놈, 나쁜 놈, 이상한 놈 (The Good, the Bad and the Weird). Sur celui-ci je passe vite parce que je l'ai vu en France avant de partir. C'est une comédie qui parodie le western de Segio Leone dans la Corée occupée par le Japon. C'est marrant mais c'est pas culturellement surprenant ni symboliquement intéressant.

Il me reste encore à voir JSA, un film de guerre qui sort du lot et qui est absolument à voir apparemment (même réalisateur que Old Boy). Je compte aussi voir May 18th, à propos des répressions venues des militaires au pouvoir lors de la transition démocratique (ça semble alléchant au regard de l'article que j'ai écrit pour le prochain numéro de Décloîtrés...). De ce que j'ai vu, il y a quand même quelques éléments qui méritent d'être soulignés concernant ces films. Premièrement, c'est très émotionnel ! C'est l'esprit du drama, on ne fait pas dans la dentelle, pour que le spectateur pleure il faut y aller à l'outrance dans le tragique, et de même dans le comique. Les deux heures en moyenne de durée des films sont l'occasion d'être traversé violemment par différentes émotions. Avec des acteurs qui y vont franchement, on est loin de la retenue de Bertrand Tavernier. Deuxièmement, et ça c'est bien, ça change totalement des schémas bien établis par Hollywood. Même si Disney est aussi populaire en Corée, pour les réalisations coréennes, c'est autre chose. Tout n'est pas bien qui finit bien. Dans les stéréotypes hollywoodiens, les personnages vivent leur vie normalement, puis quelque chose survient, et il leur arrive des aventures, et une fois le problème réglé ils retournent à leur belle vie d'avant. Dans les films que j'ai pu voir, c'est bien le contraire, les personnages sont marqués à vie par l'histoire qui leur est arrivée. Les réalisateurs n'hésitent pas à mutiler et faire mourir leurs personnages contre toute attente ! Le meilleur exemple ici est Old boy (et vous comprendrez quand vous l'aurez vu !). Alors que dans South Park, la mort de Kenny fait partie du plan, ici, j'ai été choqué par certaines scènes, non à cause de leur violence, mais parce que je n'y étais absolument pas préparé. Troisièmement, les personnages principaux sont toujours assez ambigus. Ce ne sont pas des hérauts du bien luttant contre le mal, ils sont doubles mais sans que cette double personnalité soit nécessairement l'opposition entre bien et mal. Dans The King and the Clown, j'avoue ne pas trop savoir quoi penser du roi à la fin. C'est à la fois une pute finie, une enflure sortie des mains des plus immondes crapules, mais à la fois un personnage touchant et humain sur d'autres aspects... Un peu comme l'empereur Pu Yi dans The Last Emperor en quelque sorte.

Je voulais continuer sur la musique coréenne, en particulier la Korean Pop, et faire une petite liste comme pour le cinéma, mais le temps file et je suis désolé de devoir repousser ça à un autre article. Patience !

mercredi 22 décembre 2010

Réflexions de collégienne

Cela devient difficile de garder le rythme d'écriture que j'avais au début de l'année, mais j'ai de bonnes excuses. Les partiels sont terminés, mais j'ai commencé le stage linguistique intensif de Coréen, et ça me rappelle à de nombreux égards la prépa, avec ses devoirs incessants tous les jours, des listes de vocabulaire quotidiennes à en faire tourner la tête... J'imagine que c'est le prix à payer pour accéder à un meilleur niveau en version accélérée. Résultat, le temps me manque pour tout : bouquiner les 50 000 livres que j'ai ici, mater des films, me refaire la totale de South Park, sortir, etc etc. Je comptais justement écrire un article sur le cinéma coréen, du moins sur les films que j'ai vus, il y a quelques choses à dire, mais comme j'ai perdu le fil de ma consommation régulière de films je vais écrire sur un autre sujet d'actualité : le départ des autres.

En effet, ces jours-ci, la majorité des étudiants étrangers ne restant qu'un semestre fait ses valises et quitte la péninsule. Pour ceux à qui l'on s'est le plus attaché, ça donne à réfléchir. Nous reverrons-nous un jour ? Quel est mon avenir dans la vie ? De nos jours, dois-je toujours avoir un domicile ou bien être flexible au point de voyager toujours partout dans le monde ? Y a-t-il une vie après la mort ? Si Ross et Rachel se séparent dans la saison 3, qu'en est-il de Joey dans la saison 6 ? Tant de questions auxquelles l'humanité n'aura jamais la réponse. C'est à cause de ces questions que la semaine reliant mon anniversaire à Noël se teint de nostalgie. À peine avons-nous quitté un de mes meilleurs amis faits ici que nous entrons dans un coffee shop pour entendre une chanson coréenne sooo sad. On se serait cru dans un drama où la musique vient toujours souligner à l'outrance le sentiment que doit avoir le spectateur à ce moment-là, à l'exception près que nous sommes de bien meilleurs acteurs. Heureusement, vu le boulot que l'on a pour le Coréen, on a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Alors que l'on devrait parfois. Je prends pour exemple notre plan de ce week-end pour Noël. Samedi et dimanche nous partons avec quelques autres étudiants étrangers (les Coréens étant pour la plupart occupés ce jour-là) pour un endroit mystérieux dont on sait seulement que c'est à 3 heures de bus en partant de Séoul, que c'est dans une maison que nous prête un Coréen par l'intermédiaire de sa tante. Ça sent le plan foireux à plein nez, mais nous y courons gaiement dans la joie et la bonne humeur parce que hé, quand même, c'est Noël. Il a été difficile de s'accorder sur qui viendrait, mais l'embargo potentiel sur la Chine a assez vite sauté.

Une chose est sûre c'est que l'on va avoir droit à un Noël cosmopolite. L'Anglais n'est pas une si jolie langue mais elle est sacrément pratique. On n'imagine jamais à quel point la communication partout dans le monde est rendue plus aisée avec une langue internationale, même si tout le monde ne la parle pas parfaitement. Mais c'est une expérience dont je me rends compte en vivant en Corée. La maîtrise à la perfection d'une langue n'a pas de sens. L'important, c'est de comprendre et d'être compris. Quand je repense avec le recul aux cours d'Anglais en prépa notamment, où l'obsession d'être parfait règne, je me demande au final à quoi ça servait. À s'élever l'esprit ? Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, car si l'on y réfléchit bien, personnellement je ne maîtrise même pas le Français à la perfection. D'où ma question : à quoi sert d'apprendre une langue ? Revenons à la base, au début, au point zéro de l'apprentissage d'une langue. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à apprendre une langue étrangère, comme ça représente un lourd investissement ? J'y vois deux raisons. La première : parler cette langue. La deuxième : avoir accès aux ressources culturelles disponibles uniquement si l'on maîtrise cette langue, comme la littérature, le cinéma... Si vous voyez d'autres raisons, n'hésitez pas à les partager. En tout cas, pour la première raison, la maîtrise parfaite d'une langue n'a pas de sens. Bien sûr, il faut bosser, tout le temps et tout le temps, mais à quoi sert de ne pas faire de fautes si l'on peut en faire tout en étant capable de parler avec un natif ? J'ai en tête l'Allemand où à l'oral on massacre les déclinaisons sans que cela gêne les Allemands. Qui plus est, quand je parle avec des Espagnols ou même des Tchèques, on cherche un mot en Anglais, on le dit en Français, et dans leur langue c'est quasiment le même mot... Il est parfois plus utile de contourner l'Anglais quand on parle Anglais pour être compris ! Pour la deuxième raison, une connaissance approfondie de la langue est nécessaire, notamment pour la littérature où c'est là qu'on va trouver les expressions les plus ardues. Mais là encore, ce n'est pas nécessaire de maîtriser à la perfection la langue, dans son intégralité : l'important est de comprendre ce qui se passe. C'est différent évidemment si l'on veut écrire de la littérature et non la lire, où là, bon, je reconnais qu'il faut savoir de quoi (et comment) on parle. Enfin, il suffit de parler avec des Chinois qui disent ne pas connaître l'intégralité des sinogrammes pour se rendre compte qu'il vaut mieux concentrer le temps limité dont on dispose sur quelque chose qui permettra d'établir une relation humaine. C'est pourquoi je tente de mondialiser mon Anglais pour être compris. Après avoir adopté l'horrible habitude de dire « dude » tout le temps, je commence à sortir le mot « bitch » sans m'en rendre compte. En parallèle, le peu de pratique du Français me met dans des situations inconfortables des fois. Je n'oublie pas mon Français, mais j'oublie les expressions imagées, les idiomes, enfin bref tout ce qui fait l'intérêt et la beauté d'une langue. Ça, c'est chiant.

En bref, je pense que ça ne sert à rien de chercher à maîtriser jusque dans ses moindres recoins une langue, mais il ne faut pas perdre de vue que c'est une lutte incessante. Toujours apprendre parce qu'il y a toujours à apprendre, jusqu'à ce qu'on en vomisse. Pourquoi apprendre au fond ? Apprendre pour apprendre ? Je pense plutôt que c'est apprendre parce que l'histoire d'un pays est aussi inscrite dans sa grammaire. Et apprendre ne se limite pas à la grammaire et au vocabulaire. Bien entendu c'est la tache qui prendra le plus de temps, mais j'ai l'impression que même si l'on connaît bien sa grammaire et qu'on a une quantité de vocabulaire conséquente, ça tourne toujours dans le vide si l'on a pas saisi le point de vue de ceux qui parlent cette langue. Exemple trivial : « qu'est-ce vous prendrez », au restaurant, donne en Coréen quelque chose qui se traduirait littéralement par « qu'est-ce que je vais vous donner ». Ça semble facile, au final il n'y a qu'à apprendre par cœur. En fait, même s'il est important de connaître la grammaire et le vocabulaire, si l'on a que ça, on ne peut pas deviner par soi-même comment dire « qu'est-ce que vous prendrez » en Coréen, il y a un petit quelque chose en plus à attraper. Et à comparer les langues européennes, je pensais que les différences entre les langues du monde n'étaient que des différences d'idiomes au final. Je me suis rendu compte qu'il y a aussi des différences de comportement dans la communication, des mimiques, des gestes, des expressions corporelles ou faciales... Les Japonais me font toujours sourire à ce propos. Quand on leur dit quelque chose, même si ça n'est pas extraordinaire, on a toujours le droit à des gros yeux et à un long « ooooh » d'étonnement. L'autre jour, j'ai simplement dit à un Japonais que je prenais ce cours de Coréen pendant les vacances d'hiver et que j'étais niveau 2, et j'ai eu droit à un « haaaaaaaaaaaaa (montant) hmmmmmmmmmmmm (montant) oooooooooooooooooh (montant légèrement puis descendant) ». Des montagnes russes verbales... Enfin, ça n'est pas le Chinois avec ses saloperies de tons qui rendent encore plus fou. Je serai curieux d'avoir le point de vue d'autres gens à l'étranger apprenant une nouvelle langue sur ces questions de communication et d'apprentissage...


Une maison coréenne louée par le club de taekwondo pour une soirée

No dude that's really gross

J'ai découvert récemment une libraire gigantesque, vraiment immense, où l'on trouve... de tout

Un spectacle de théâtre par des étudiants chinois en costumes traditionnels coréens