dimanche 6 février 2011

Réflechissez-y deux fois avant d'être cons

Comme je fus seul à écrire sur le blog durant le mois de Janvier, j'ai trouvé la solution pour donner envie à tout le monde de revenir, le coup de pouce nécessaire, l'innovation marketing de 2011. J'ai compris que ce blog était un peu trop sérieux. Il faut peut-être trouver un discours plus accrocheur, une équipe rédactionnelle dynamique, en quête de nouveaux projets, et qui ose entreprendre. Peut-être aussi, au lieu de parler de cinéma ou de moines qui s'enferment dans des cercueils, parler d'objets plus près du consommateur, qu'il peut facilement comprendre. J'ai donc décidé de vous parler de mes merdes.

Je me souviens que lors de mon arrivée en Corée, avec cette nouvelle alimentation et ce nouveau climat, mon estomac était en pleine recherche identitaire. Puis, petit à petit, tout s'est stabilisé. L'action magique du riz et du piment m'a permis de progresser en tant qu'être humain. Manger du riz en grande quantité, comme on le sait, constipe facilement. Il donne aux crottes suffisamment de consistance pour éviter l'effet mitraillette une fois sur le trône. Quant à la nourriture épicée, nombre de gastronomes, de Mexicains et de pharmaciens la reconnaissent pour son efficacité en terme de nettoyage intestinal. Elle est la favorite des gourmets qui apprécient crotter de façon torrentielle, sans pouvoir contrôler son sphincter sur le débit de sortie. Et bien, avec une alimentation équilibrée, avec du riz tous les jours (si ce n'est à tous les repas), et du kimchi de temps en temps, remplaçable par toute autre nourriture épicée ou soupe arrosée de gochu (piment), j'ai découvert les bienfaits d'un petit passage aux toilettes. J'ai été le créateur de choses dont je ne soupçonnais même pas qu'un être humain puisse les produire. Quelque chose qui sort d'un coup, sans forcer, mais en même temps qui prend au moins cinq secondes pour le finir, il y a de quoi en être fier. Je crois qu'il s'agit bien là de la combinaison ultime pour viser la merde parfaite, objectif poursuivi par l'Homme depuis la nuit des temps. Attention toutefois si vous abusez de ramyeon (nouilles) et que vous n'ingurgitez pas assez de riz, il peut y avoir des conséquences inattendues, de même si vous faites une pause du côté des épices. J'ai même pris une photo ici de ce que j'estime être un chef-d'œuvre (je ne l'affiche pas d'emblée pour ne pas choquer ceux qui ne veulent pas voir), je me demande d'ailleurs comme ça a pu ne pas bloquer les toilettes : http://tinyurl.com/4pxhw6k !

Comme il serait vraiment malheureux de n'écrire que de la merde, autant vous faire part d'une conversation eue avec un pote chinois durant laquelle j'ai appris beaucoup de choses. On dit toujours à propos des pays d'Asie orientale deux choses : qu'il y a du respect pour les aînés et que le groupe y prime sur l'individu. Dans mon premier article pour Décloîtrés, j'ai déjà parlé du premier aspect et expliqué que bah, en fait, c'est peut-être pas si vrai que ça, quand on voit les vieux qui triment dans la rue. Maintenant j'aimerais parler du deuxième aspect, de ce préjugé et de cette ignorance tenace qui oppose le « groupe » et l'« individu ». On peut entendre ça de la bouche aussi bien d'Européens, de tous genres, toute nationalité, même de gens biens habillés et qui semble bien éduqués ; et aussi bien d'Asiatiques. J'ai déjà entendu un Chinois me l'affirmer : « mais vous les Occidentaux vous êtes individualistes, tout le monde le sait » (il me restait encore à déterminer si c'était à prendre comme un compliment ou une insulte). Pourtant, on peut multiplier les exemples où les sociétés occidentales font passer le groupe avant l'individu (imaginez si quelqu'un grille tout le monde sans se gêner dans la queue à la boulangerie), et d'un autre côté, mon pote m'a fait part de nombreux exemples de la vie de tous les jours où des Chinois agissent en plus purs égoïstes (premier arrivé, premier servi). Seulement, ça ne sert à rien non plus d'essayer de prouver que les Asiatiques sont individualistes et les Occidentaux collectivistes, ce serait tomber dans l'excès inverse. La connerie est de commencer une phrase par : « les Coréens sont », « les Asiatiques sont », « les Européens sont », « c'est dans la culture de machin de », etc etc. Même dans un pays à l'échelle de la Corée du Sud, ça n'a aucun sens. Quel rapport entre un habitant de Séoul ou de la campagne ? Quel rapport entre un Chrétien et un Bouddhiste ? Quel rapport entre les jeunes qui ont eu la possibilité de partir à l'étranger et ceux qui, enfermés dans leur cocon familial, sont à la limite de la capacité d'adresser la parole à un étranger ? Quel rapport entre un employé branché d'une entreprise à la pointe de l'innovation technologique et un ouvrier de cette même entreprise mais qui lui travaille dans l'usine ? Ce qui m'ennuie quand on parle de culture, c'est encore et toujours la même chose, que ça simplifie tout, que ça rend tout stupide et pire encore, ça cache les vraies explications (du moins les plus pertinentes). Les Asiatiques travaillent dur, c'est dans leur culture. Rien qu'entendre ça devrait donner des envies de meurtre à toute personne sensée. Le pire, c'est quand ça sort de la bouche d'éminentes personnes, de gens censés être intelligents. Au XIXe siècle, le racisme était une science. Personnellement, je ne vois pas de différence de fond entre « les jaunes sont travailleurs » et « la culture asiatique met en valeur le travail ». Et en plus c'est faux, c'est partout pareil. Tout ça pour en venir à une question : d'où naissent les préjugés et les stéréotypes ? Je me demande vraiment comment certains phénomènes, qui peuvent être vrais, comme travailler beaucoup, en viennent à être considérés comme une loi générale qui vaut pour tous les individus. Là, vraiment, je vois pas.

Encore à propos de la culture (mais bon, c'est important quand même), il y autre chose qui m'exaspère. C'est considérer que tout est génial, tout est bien, tout est parfait, tout regorge de qualités dans une culture. C'est exactement la même chose qu'en considérer le contraire, et ça n'a pas de sens. Ces gens sont pareils que nous dans leur diversité : même dire qu'ils sont tous cools d'un bloc est une insulte, car c'est méprendre ce qu'ils sont vraiment. C'est bien d'être tolérant, d'être ouvert à la différence, évidemment ! Mais il faut savoir pourquoi on est tolérant et pourquoi on n'est pas naïf ! Les gens tolérants sans savoir pourquoi ils sont tolérants sont aussi intolérants que les gens intolérants. Dans un mail avec Mehdi où l'on parlait à peu près de ce sujet, il me disait la même chose en utilisant le mot de « romantisme » de ces gens envers ces cultures étrangères. C'est tout à fait ça : un romantisme qui aveugle sur la réalité. La réalité c'est qu'on peut pas simplifier les choses, que dans une même culture il y a des vraies saloperies et des enseignements qui devraient être transmis aux autres cultures, et que dans une même population il y a des blaireaux, des salauds, des gens avec de l'humour et des imbéciles heureux. Il y a un truc qui m'ennuie profondément ces jours-ci lors des cours de Coréen. Dès qu'on apprend une nouvelle règle de grammaire, qu'il faut la pratiquer en créant de nous-mêmes des exemples, la seule chose qu'on peut entendre dans la classe c'est que les garçons sont tous élégants comme des princes charmants, que les filles sont toutes jolies, et que leur but dans la vie c'est de faire du shopping. Ce monde rose bonbon empêche de parler de quoi que ce soit d'autre, c'est à en avoir la nausée. Et il n'est pas que le fait des étudiantes chinoises majoritaire dans ma classe, la télé coréenne relaie cet imaginaire, même le bouquin de cours en dégouline parfois. Pour le caractère autant que pour le physique, il y a de la diversité, et il y a des baleines et des porcs ici aussi, et des gens normaux qui ne sont pas moches mais ne ressemblent pas à toutes les célébrités surfaites de la télé. Donc à partir du moment où l'on parle sérieusement, des cultures et des populations il ne faut ni en dire du bien ni en dire du mal, il faut juste les regarder pragmatiquement. Et surtout, réfléchir deux fois avant d'être con.

PS : ces jours-ci je fais pas grand chose d'extraordinaire, ce qui explique que je ne mette pas de photos en ligne. Je pars au Japon dans deux semaines avec l'ami Géraud, ça changera peut-être après.

2 commentaires:

  1. Joli article camarade. Je ne sais pas pourquoi, je sens par contre poindre un léger agacement. Mais peut-être n'est-ce qu'une impression surfaite. Je suis par contre "surpris" que tu n'aies pas osé chercher une photographie bien dégueulasse sur internet. Je m'attendais à une photographie non d'une des œuvres mais quelques choses de trash, je ne sais pas moi, un Russe massacrant cinq Turcs à la Kalachnikov, un bébé découpé, une chambre à gaz - très bon exemple en rapport, par le nom, avec tes aventures intestinales - ou une photographie de notre "cher" président(au premier sens du mot "cher", celui qu'on emploie en général pour la famille royale britannique), le tout étant tiré des conversations que l'on peut avoir en une soirée au restaurant ici, le tout accompagné de l'Internationale, de chants royalistes (sic!) et d'airs d'opéra.

    Tu sais, même si je ne commente pas souvent tes posts, j'apprécie de les lire et étais très déçu de ton silence relatif de ces derniers temps, même si, tes camarades abusant, je comprends que l'envie d'être le dindon de la farce te passe rapidement. C'est assez intéressant de voir qu'au fond, à des milliers de kilomètres les impressions culturelles se recoupent souvent. Il est stupide de dire que les Allemands sont tous organisés et disciplinés. Mais il est tout aussi stupide de dire comme certains le font ici qu'ils sont bordéliques et ne savent pas faire un foutu plan en cours. Ils sont tout aussi inorganisés et désorganisés que nous, selon les caractères personnelles et selon les domaines. Il est des domaines comme le salage des routes et des trottoirs où l'État et les individus sont beaucoup plus organisés et civiques que le Français moyen (disons que le Français qui sale devant chez lui est une exception un peu excentrique alors que l'Allemand qui ne le fait pas, ça existe, mais c'est un salaud de première sur lequel jase tout le village) mais il y a d'autres domaines où l'on se demande où les Allemands ont été éduqués. Disons avec ce bon vieux Raymond Aron - ce n'est pas tous les jours que je cite les auteurs de droite - que les différences culturelles sont moins au niveau des individus que sur les écarts permis et ceux qui choquent et surtout sur les groupes qui peuvent oser. Lui le disait à propos des Allemands qui dans les années 20 lui semblaient sympathiques et ouverts et qui le bousculaient après la prise de pouvoir d'Hitler. Ce n'est pas, dit-il que la culture a changé, ni même les individus, mais que ceux qui ose agir dans l'Offentlichkeit ne sont plus les mêmes et que ceux qui jadis se faisaient discrets se prenaient désormais pour les rois de la rue!

    Enfin, bonne continuation à toi et bonnes vacances au Japon, je retourne quant à moi à mes révisions. Ô joie...

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  2. Excellent article. Je ne crois pas qu'on puisse considérer que la culture est un élément négligeable mais il est certain qu'une fois dépassé les préjugés, on tombe dans soit dans la bêtise "romantique" soit dans des sens communs, qui, s'ils sont effectivement partagés par les "experts"" et les populations concernées elles mêmes, n'en restent pas moins superficiels et ne recouvrent pas la réalité.

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