Cela devient difficile de garder le rythme d'écriture que j'avais au début de l'année, mais j'ai de bonnes excuses. Les partiels sont terminés, mais j'ai commencé le stage linguistique intensif de Coréen, et ça me rappelle à de nombreux égards la prépa, avec ses devoirs incessants tous les jours, des listes de vocabulaire quotidiennes à en faire tourner la tête... J'imagine que c'est le prix à payer pour accéder à un meilleur niveau en version accélérée. Résultat, le temps me manque pour tout : bouquiner les 50 000 livres que j'ai ici, mater des films, me refaire la totale de South Park, sortir, etc etc. Je comptais justement écrire un article sur le cinéma coréen, du moins sur les films que j'ai vus, il y a quelques choses à dire, mais comme j'ai perdu le fil de ma consommation régulière de films je vais écrire sur un autre sujet d'actualité : le départ des autres.
En effet, ces jours-ci, la majorité des étudiants étrangers ne restant qu'un semestre fait ses valises et quitte la péninsule. Pour ceux à qui l'on s'est le plus attaché, ça donne à réfléchir. Nous reverrons-nous un jour ? Quel est mon avenir dans la vie ? De nos jours, dois-je toujours avoir un domicile ou bien être flexible au point de voyager toujours partout dans le monde ? Y a-t-il une vie après la mort ? Si Ross et Rachel se séparent dans la saison 3, qu'en est-il de Joey dans la saison 6 ? Tant de questions auxquelles l'humanité n'aura jamais la réponse. C'est à cause de ces questions que la semaine reliant mon anniversaire à Noël se teint de nostalgie. À peine avons-nous quitté un de mes meilleurs amis faits ici que nous entrons dans un coffee shop pour entendre une chanson coréenne sooo sad. On se serait cru dans un drama où la musique vient toujours souligner à l'outrance le sentiment que doit avoir le spectateur à ce moment-là, à l'exception près que nous sommes de bien meilleurs acteurs. Heureusement, vu le boulot que l'on a pour le Coréen, on a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Alors que l'on devrait parfois. Je prends pour exemple notre plan de ce week-end pour Noël. Samedi et dimanche nous partons avec quelques autres étudiants étrangers (les Coréens étant pour la plupart occupés ce jour-là) pour un endroit mystérieux dont on sait seulement que c'est à 3 heures de bus en partant de Séoul, que c'est dans une maison que nous prête un Coréen par l'intermédiaire de sa tante. Ça sent le plan foireux à plein nez, mais nous y courons gaiement dans la joie et la bonne humeur parce que hé, quand même, c'est Noël. Il a été difficile de s'accorder sur qui viendrait, mais l'embargo potentiel sur la Chine a assez vite sauté.
Une chose est sûre c'est que l'on va avoir droit à un Noël cosmopolite. L'Anglais n'est pas une si jolie langue mais elle est sacrément pratique. On n'imagine jamais à quel point la communication partout dans le monde est rendue plus aisée avec une langue internationale, même si tout le monde ne la parle pas parfaitement. Mais c'est une expérience dont je me rends compte en vivant en Corée. La maîtrise à la perfection d'une langue n'a pas de sens. L'important, c'est de comprendre et d'être compris. Quand je repense avec le recul aux cours d'Anglais en prépa notamment, où l'obsession d'être parfait règne, je me demande au final à quoi ça servait. À s'élever l'esprit ? Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, car si l'on y réfléchit bien, personnellement je ne maîtrise même pas le Français à la perfection. D'où ma question : à quoi sert d'apprendre une langue ? Revenons à la base, au début, au point zéro de l'apprentissage d'une langue. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à apprendre une langue étrangère, comme ça représente un lourd investissement ? J'y vois deux raisons. La première : parler cette langue. La deuxième : avoir accès aux ressources culturelles disponibles uniquement si l'on maîtrise cette langue, comme la littérature, le cinéma... Si vous voyez d'autres raisons, n'hésitez pas à les partager. En tout cas, pour la première raison, la maîtrise parfaite d'une langue n'a pas de sens. Bien sûr, il faut bosser, tout le temps et tout le temps, mais à quoi sert de ne pas faire de fautes si l'on peut en faire tout en étant capable de parler avec un natif ? J'ai en tête l'Allemand où à l'oral on massacre les déclinaisons sans que cela gêne les Allemands. Qui plus est, quand je parle avec des Espagnols ou même des Tchèques, on cherche un mot en Anglais, on le dit en Français, et dans leur langue c'est quasiment le même mot... Il est parfois plus utile de contourner l'Anglais quand on parle Anglais pour être compris ! Pour la deuxième raison, une connaissance approfondie de la langue est nécessaire, notamment pour la littérature où c'est là qu'on va trouver les expressions les plus ardues. Mais là encore, ce n'est pas nécessaire de maîtriser à la perfection la langue, dans son intégralité : l'important est de comprendre ce qui se passe. C'est différent évidemment si l'on veut écrire de la littérature et non la lire, où là, bon, je reconnais qu'il faut savoir de quoi (et comment) on parle. Enfin, il suffit de parler avec des Chinois qui disent ne pas connaître l'intégralité des sinogrammes pour se rendre compte qu'il vaut mieux concentrer le temps limité dont on dispose sur quelque chose qui permettra d'établir une relation humaine. C'est pourquoi je tente de mondialiser mon Anglais pour être compris. Après avoir adopté l'horrible habitude de dire « dude » tout le temps, je commence à sortir le mot « bitch » sans m'en rendre compte. En parallèle, le peu de pratique du Français me met dans des situations inconfortables des fois. Je n'oublie pas mon Français, mais j'oublie les expressions imagées, les idiomes, enfin bref tout ce qui fait l'intérêt et la beauté d'une langue. Ça, c'est chiant.
En bref, je pense que ça ne sert à rien de chercher à maîtriser jusque dans ses moindres recoins une langue, mais il ne faut pas perdre de vue que c'est une lutte incessante. Toujours apprendre parce qu'il y a toujours à apprendre, jusqu'à ce qu'on en vomisse. Pourquoi apprendre au fond ? Apprendre pour apprendre ? Je pense plutôt que c'est apprendre parce que l'histoire d'un pays est aussi inscrite dans sa grammaire. Et apprendre ne se limite pas à la grammaire et au vocabulaire. Bien entendu c'est la tache qui prendra le plus de temps, mais j'ai l'impression que même si l'on connaît bien sa grammaire et qu'on a une quantité de vocabulaire conséquente, ça tourne toujours dans le vide si l'on a pas saisi le point de vue de ceux qui parlent cette langue. Exemple trivial : « qu'est-ce vous prendrez », au restaurant, donne en Coréen quelque chose qui se traduirait littéralement par « qu'est-ce que je vais vous donner ». Ça semble facile, au final il n'y a qu'à apprendre par cœur. En fait, même s'il est important de connaître la grammaire et le vocabulaire, si l'on a que ça, on ne peut pas deviner par soi-même comment dire « qu'est-ce que vous prendrez » en Coréen, il y a un petit quelque chose en plus à attraper. Et à comparer les langues européennes, je pensais que les différences entre les langues du monde n'étaient que des différences d'idiomes au final. Je me suis rendu compte qu'il y a aussi des différences de comportement dans la communication, des mimiques, des gestes, des expressions corporelles ou faciales... Les Japonais me font toujours sourire à ce propos. Quand on leur dit quelque chose, même si ça n'est pas extraordinaire, on a toujours le droit à des gros yeux et à un long « ooooh » d'étonnement. L'autre jour, j'ai simplement dit à un Japonais que je prenais ce cours de Coréen pendant les vacances d'hiver et que j'étais niveau 2, et j'ai eu droit à un « haaaaaaaaaaaaa (montant) hmmmmmmmmmmmm (montant) oooooooooooooooooh (montant légèrement puis descendant) ». Des montagnes russes verbales... Enfin, ça n'est pas le Chinois avec ses saloperies de tons qui rendent encore plus fou. Je serai curieux d'avoir le point de vue d'autres gens à l'étranger apprenant une nouvelle langue sur ces questions de communication et d'apprentissage...
La révélation du siècle : tu regardes Friends ?!
RépondreSupprimerSinon, je vais faire mon gentil élève et alimenter ta réflexion sur l'intérêt de l'apprentissage d'une langue étrangère. A mon sens, cela permet également de considérer différemment ta propre langue à la lumière de l'inévitable comparaison ; il n'y a qu'en parlant (suffisamment bien) une langue étrangère que tu peux t'extirper de la tienne. En conséquence de quoi, un tel apprentissage te confronte tout autant à une façon différente de penser sa relation au monde et aux autres (j'ai tendance à penser que notre langue structure de manière fondamentale notre pensée... J'ai rien lu sur le sujet, je n'ai donc aucun nom célèbre ni argument d'autorité à fournir). Fuck yeah, dude ! Et joyeux Noël malgré la distance géographique (distance inexistante au regard de nos liens affectifs).
ouha ! on est la veille de la veille de noel !!
RépondreSupprimerTrop fort !
distance inexistante au regard de nos liens affectifs
=> Ca c'est beau... bisous et joyeux noel.
(Pour Friends non, c'est juste pour faire genre)
RépondreSupprimerD'autant que la véritable question serait plutôt : que deviens Joey après le déménagement de Monica et Chandler à la fin de la saison 10 ?!
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