Ende : premiers contacts
J'arrive à Ende le dimanche, en début d'après-midi. Flores se trouve à moins de deux heures de vol de Bali et je passe la plupart du temps à sommeiller et à discuter avec mon voisin, un balinais prof de religion récemment installé à Flores. De mon petit hublot, l'arrivée est impressionnante, on dirait que l'avion va se cracher dans la barrière de montagnes qui se dresse soudain devant nous. Ende est en effet encerclée par les pics montagneux et l'océan indien. Des vaches regardent tranquillement l'avion se poser tandis que des enfants jouent au bout de la piste atterrissage. J'ai l'impression d'avoir changé de pays. Je retrouve ces gens aux visages bourrus et cheveux crépus que j'avais pu entre-apercevoir l'été 2009 lors de mon voyage à Komodo. Les habitants ont le trait presque africain en tout cas loin de l'image qu'on se fait de l'Asie, mais mieux vaut pas leur faire remarquer, ils se vexeraient sinon. Mathias m'attend à l'aéroport avec une feuille et mon nom dessus, bien que je sois le seul blanc à descendre de l'appareil. Andriy est retenu à son école et ne peut en effet pas m'accompagner au début de mon périple et ce sera un cousin à lui, Mathias qui m'accompagnera. Durant les quelques heures avant le coucher du soleil, Mathias me fait visiter la ville. Etudiant l'anglais à l'université locale, Andriy m'avait assuré qu'il parlait bien anglais, en fait pas pas si bien que ça, mais peu importe. Après quelques mois déjà passés à apprendre l'indonésien, ce sera un premier test.

Ende n'offre que de larges avenues bruyantes. Le plus impressionnant est le marché aux poissons (puant), juste à côté de la plage de sable noir remplis de déchets où se baignent des enfants entre les énormes bateaux. Contrairement à Bali, on ne peut pas dire qu'ils soient introvertis et me demandent sans cesse de les prendre en photo. D'autres jouent au
takraw, une sorte de volley avec les pieds seulement à deux contre deux avec une balle en rotin. La chambre de Mathias trop petite pour m'accueillir, je passe la nuit dans un petit hôtel à côté.
En route pour le Kelimutu
Le lendemain matin, cinq heures, Mathias frappe à ma porte. Le soleil n'est pas encore levé et déjà on enfourche la moto. Direction le Kelimutu, à deux heures de route de là, où plutôt devrais-je dire sur l'unique route de l'île qui la sillonne d'Ouest en Est. On quitte Ende pour grimper dans les montagnes et le dénivelé est alors vraiment impressionnant. Comme je le verrai aussi plus tard, la route est en proie à des glissements de terrain et parfois on trouve d'énormes rochers le long. Dominant parfois d'énormes cascades au-dessus des rizières au fond de la vallée, le paysage est magnifique, très vert. En même temps, nous traversons à pleine vitesse de petits villages faits de maisons en bambou et au fur et à mesure que l'on avance, je vois les habitants à peine réveillés sortir de leur cabane encore enveloppés dans leur
sarong. On arrive au volcan vers 7 heure et le soleil perce à travers les nuages. Après une petite montée dans un sentier, on arrive au premier cratère tout bleu. Mathias est surpris, la dernière fois qu'il était venu, il était plutôt rouge ! Un deuxième cratère se cache juste après, de couleur turquoise cette fois-ci. On monte encore un peu plus loin jusqu'à arriver au plus haut point, dominant les trois cratè

res. Impossible de les prendre tous trois en photo en même temps, le troisième se cache derrière, d'un noir virant sur le marron. La couleur des cratères contraste vraiment avec le paysage environnant. En fait les deux premiers cratères changent régulièrement de couleur, leurs eaux qui se mélangent aux particules produits par le volcan s'échangent en souterrain, donnant ainsi des palettes de couleur variant à l'infini. Cela a mené à de nombreuses spéculations, et pour les locaux le volcan serait le sanctuaire des âmes défuntes. Le cratère turquoise abriterait celle des jeunes, le bleu foncé celle des personnes âgées et le noir celle des voleurs et bandits. Le silence se fait roi, bientôt troublé par des touristes de Jakarta qui me prennent en photo sans aucun tact, comme si j'étais une bête de foire ! En contemplant ces cratères couleur de diamant, je discute avec un homme qui se distingue des autres touristes. Il habite dans un village à 5 km du volcan et vient ici vendre ses
sarong ainsi que du thé aux touristes de passage.

Au retour, nous nous arrêtons au pied du volcan dans la source d'eau chaude qui en émane, plutôt même brulante ce qui n'est pas le plus agréable étant donné la chaleur de début de journée. On s'arrête manger un
nasi goreng (riz frit) dans un petit village pas très loin du volcan. Le temps d'être servis, je prends en photo les femmes attendant le bus qui mâchent la noix de bétel, leur donnant un sourire rouge écarlate. A deux pas de là le marché bas son plein, mais l'école primaire est encore plus bruyante. Retour à Ende en milieu d'après-midi et le soleil est vraiment brûlant. Après une courte pause chez Mathias, nous montons dans une voiture, sorte de taxi collectif entre les villes de l'île. Direction Bajawa, presque 4 heures de route étroite et sinueuse derrière des camions surchargés.
Le Wawo Mudah
Arriver à Bajawa, la pluie vient de cesser et l'air est frais, la ville se trouve en altitude. Nous cherchons un hôtel voulant bien nous accueillir, finissons par prendre une chambre un peu miteuse mais pas chère. Mathias avec qui je parle presque en indonésien est vraiment sympa, un peu timide parfois. C'est beaucoup plus facile de comprendre les gens ici, l'indonésien est en effet leur langue maternelle, contrairement à Bali où les locaux apprennent le balinais avant. A Flores ils parlent plus lentement, rendant plus facile la conversation. Mathias me confie qu'à Flores, il n'y a pas grand avenir, dans cette partie sous-développée de l'Indonésie. Il aimerait faire comme son frère qui a monté son agence de tourisme à Bali. Il me propose d'aller voir son oncle, à quelques rues de là, il tient un salon de coiffure et nous sommes introduit à toute la famille, mais c'est principalement la mère qui parle, que je ne comprends pas entièrement ce qu'elle dit mais me fait bien rire en tout cas. En Indonésie, les filles sont très timides, mais une fois mariées, elles se lâchent ! Discussion interminable sur le mariage entre personnes de différentes confessions, elle soutient qu'une telle union ne pourrait pas fonctionner. Je découvre le
susu kedelai ou lait de soja qui, une fois réchauffé était vraiment délicieux. On finit par manger, oups j'oublie de réciter la prière, ici on est meilleur chrétien que le pape !

Le lendemain matin, en repassant déposer nos sacs chez l'oncle, une amie de la mère s'invite avec nous. Elle connaît bien les montagnes alentours mais n'a encore jamais vu le volcan. Habituée à marcher dans les montagnes, elle galope à 20 mètres devant nous en ne portant qu'une paire de tongs ! A quelques minutes de Bajawa, nous montons en moto le plus possible sur un sentier très glissant. Le reste se fera à pied, tous les trois mais aussi en compagnie d'un couple de paysans qui construisent un abris dans les montagnes. Comme j'ai déjà vu en d'autres endroits de l'Indonésie, l'homme, carabine autour du cou, porte le bambou sur les épaules tandis que la femme le prend sur la tête. Après deux heures à peine de marche tranquille, j'aperçois des cendres, comme des tâches sur le paysage verdoyant. Puis le cratère nous apparaît. En 2005, le volcan Wawo Mudah est né soudainement et a éclaté tout un pan de la montagne en creusant un gigantesque cratère. Plusieurs petits lacs se sont formés et ont pris une couleur argenté avec les matières dégagées par le volcan. Avec les nuages d'altitude et les troncs d'arbres brûlés, cela renforce encore plus le côté angoissant. L'éruption a du être d'une terrible violence. Retour à Bajawa, la famille de Mathias nous prépare un poulpe pour le déjeuner. Je dois alors quitter Mathias pour continuer mon périple à travers Flores.
Chez AndriyC'est en compagnie de deux femmes fonctionnaires que se déroule le trajet Bajawa-Mborong toujours à bord d'un taxi collectif, mais je n'aurai pas l'occasion de discuter longtemps, je tombe alors de sommeil. Mborong, petite ville de pêcheurs, c'est là qu'habite Andriy. Il y fait une chaleur épouvantable même à la nuit tombée et les moustiques me dévorent. Je finis la soirée à jouer au badminton en compagnie d'Andriy, des ses parents et de personnalités du coin qui se réunissent tous les soirs pour jouer ensemble, et je me prends une grosse raclée !

Le lendemain, Andriy m'emmène voir son école, à trente minutes de là. Il est désormais prof d'allemand dans ce collège, deux maisons au milieu des rizières et je constitue pour les élèves une véritable curiosité. L'après-midi, nous allons voir son ancien lycée, un internat tenu par les religieux, non mixte, très austère et très catholique. Le soir, Andriy me prouve encore une fois qu'il est un excellent cuisinier en faisant des crêpes que l'on déguste avec de la banane, de la papaye pour remplacer le nutella. Le lendemain, après une baignade rapide entre les bateaux de pêche et après avoir ramené quelques poissons tout frais pêchés à griller, nous partons toujours le long de l'unique route pour finir mon périple avec Andriy, cette fois à moto.
De Ruteng à Labuan BajoLe trajet Mborong Ruteng est sans doute la plus belle partie du trajet, nous croisons de profondes gorges, de belles rizières en terrasse ainsi qu'un lac. Ruteng est une petite bourgade en altitude, au cœur du pays Mangarai, n'a rien de particulier sinon les maisons traditionnels rondes et couronnées d'un espèce de totem, pouvant abriter plusieurs générations à la fois,

au pied d'un gigantesque volcan dont le sommet est caché par un épais manteau de nuages. Il pleut et je n'ai dans mon sac qu'un short et des tshirts, impossible de faire sécher les vêtements tellement il fait froid et humide, impossible de prendre une douche tellement l'eau est froide. Après avoir rendu visite à de la famille d'Andriy et avoir bu sans doute le meilleur café du voyage, retour à l'hôtel. Le trajet Ruteng Labuan Bajo sera ensuite le plus long, toute une journée durant. Nous quittons Ruteng après avoir rendu visite à la sœur d'Andriy. Quelques kilomètres plus loin, nous crevons et changeons la chambre à air dans un minuscule atelier. Mais après cela nous filons à grande vitesse sur la route qui ne fait que monter et descendre, croisant des petits taxis collectifs où certains voyagent sur le toit avec les valises tellement le véhicule est bondé. Un peu avant Labuan Bajo, nous nous arrêtons acheter une bouteille d'
arak, l'alcool de palme plutôt fort, dans ce village réputé apparemment pour ça. L'alcool est vendu dans des bouteilles d'eau minérale le long de la route. Labuan Bajo est la base pour aller voir les dragons de Komodo et on croise alors de nombreux touristes. Néanmoins, Andriy me propose quelque chose d'assez inouï, avec un ami à lui il m'emmène manger du chien dans un petit bouiboui (en Indonésie les
warung RW propose se type de plat) loin des restaurants à touristes, et c'était ma fois assez délicieux puisque bien assaisonné, je n'ai pas senti l'odeur de chien. Le lendemain, je reprends l'avion pour Bali, après cette semaine assez incroyable en découverte et en expériences insolites.
Tu te plains des gens qui te prennent en photo comme des bêtes de foire mais tu fais pareil avec les femmes qui attendent le bus !
RépondreSupprimerSauf qu'avant je leur demande poliment, ca fait toute la difference !
RépondreSupprimerc'était quoi comme chien que tu as mangé?
RépondreSupprimerje sais pas, je ne l'ai pas vu vivant. En tout cas, cetait pas mauvais
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