La semaine dernière, j'ai pu assister à quelque chose d'assez étrange et que jusque là je regrettais de ne pas encore avoir vu, une crémation à la balinaise. Et pas n'importe laquelle, celle d'un prêtre de la plus haute caste de l'hindouisme balinais, un pedanda. Un midi, je me rendais en effet à mon warung préféré mais ce jour-ci la route était bloquée, plusieurs centaines de personnes en costume de cérémonie rassemblées au milieu de la route, autour d'un espèce d'autel en haut duquel figurait la photo
du vieux prêtre. Pas de doute, ce rassemblement annonçait la crémation. Vite, je vais chercher mon appareil photo, car comme durant pratiquement toutes les cérémonies balinaises, la présence d'un étranger ne les indispose pas, même pour cérémonie à caractère familial, comme les crémations ou les mariages. Je ne veux pas me lancer ici dans une explication de la religion balinaise mais simplement retracer ce moment vraiment étrange,et les photos aidant, montrer toutes la différence qu'ont les balinais dans leur rapport avec la mort.
J'arrive donc sur la plage, une foule de balinais en costumes blancs et quelques curieux comme moi se sont agglutinés autour d'un autel un peu étrange en forme de vache à longues cornes, surmonté d'une sorte d'échafaudage en bambou. D'habitude, la vache est de couleur noire, mais ici il s'agit de la crémation d'un prêtre de haut rang, alors allez savoir pourquoi il a le droit à une vache blanche. A côté, des hommes portent un autre autel surmonté d'un trône doré, sur le dossier figure un portrait du défunt, Ida Bagus Ketut, de son nom faisant face à la mer. Comme pour les autres cérémonies, les hommes et femmes ne restent pas ensembles, d'un côté les hommes se regroupent et fument leur grosses cigarettes au clou de giroffle et discutent entre eux sur le ton de la plaisanterie, certains n'hésitent pas à m'expliquer le déroulement très codifié de la crémation et finissent par me raconter des blagues. Certains restent juste à côté du défunt, silencieux, ce sont ses disciples, les seuls qui ont l'air de se recueillir. A
mbiance presque de récréation, on mange, on discute, on en oublierait presque que l'on célèbre un mort. De l'autre côté les femmes préparent les offrandes disposées sur une immense table et viendront une par une les porter à la vache, puis un prêtre les prendra et les disposera. Au-delà de leur habituelle élégance, elles ont une coiffure que jusque là je n'avais jamais vu, avec un bandeau jaune dans les cheveux. Commence alors un défilé de personnalités, on les remarque facilement de part leur coiffure bizarre, cheveux longs rabatus et longue barbes, offrandes dans les cheveux, ce sont les pedanda, ces prêtres de la plus haute caste, cannes sculptées à la main. Leur venue est annoncée aux micros, ils viennent de tout Bali pour disposer les offrandes sur la vache et répandre l'eau sacrée. A côté quelques personnes portent le corps du mort enveloppé dans un drap blanc, en plein soleil et je ne doute pas que cela fait quelques jours que son cadavre est conservé ainsi. Ce défilé dure longtemps, les gens s'impatientent en plein caniard. Le corps est finalement placé dans le corps de la vache puis recouvert, et la veuve a du mal à se hisser pour le voir une dernière fois. Au milieu de la foule, une femme tient un paquet d'allumettes dans la main qu'elle tend à un prêtre qui les bénit. Durant toute la cérémonie, un homme chante des prières en balinais. Décors fastueux qui a couté me dira-t-on plus de 200 millions de rupiah, soit environ 16 000 euros (le salaire moyen à Bali est à peine 100 euros par mois).
Tout le reste va très vite. Les hommes enfoncent des trons de bambous de part et d'autres de la vache, répandent de l'huile inflammable et approchent la torche reliée à une bombonne de gaz. Un prêtre finit par y mettre le feu. En moins de cinq minutes, la vache est réduite en cendre. Pendant ce temps là, un groupe d'hommes en costume armés de lances executent une dance guerrière. J'assiste alors à quelques choses de bien étrange. Alors que tout le monde s'est éloigné de l'autel, un homme habillé en paysan tourne autour, penché vers le sol, faisant ainsi semblant de couper l'herbe (bien qu'il n'y en ait pas), allez comprendre ce que cela signifie. Des femmes versent discrètement quelques larment. Le temps presse et je dois partir avant qu'ils ne brûlent l'autre autel avec le trône. Je ne suis pas le seul, les prêtres n'ont plus ne restent pas jusqu'à la fin ! Mais nous sommes arrêtés un instant sur le bord de la route, pour laisser place à un long défilé de femmes portant des paniers d'offrandes sur leur tête, elles sont plusieurs centaines à passer devant moi sans discontinuer suivies d'un orchestre de gamelan.Voir l'ensemble des photos sur Facebook cliquez ici
Heureusement que les photos ont été là pour me rassurer, j'ai cru qu'il s'agissait d'une vraie vache qu'ils immolaient
RépondreSupprimerMdr... par contre c'etait le vrai cadavre qu'ils brulaient. Jusq'au debut du 20eme siecle, pour les cremations de rois (Bali etait divisee en 7 a 9 royaumes), les veuves devaient alors se sacrifier, en sautant dans le bucher juste apres s'etre transpercer le coeur avec une dague
RépondreSupprimerSympa, mais comment sauter si t'as le cœur transpercé ?
RépondreSupprimerles dieux t'aident !
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