dimanche 3 avril 2011

Salut !

Je repensais récemment à quelque chose qui est marquant pour le Français confronté au Coréen dont j'ai oublié de parler jusque-là. Ce quelque chose, ce sont les rapports homme-homme. Je ne parle pas d'homosexualité ni d'attitude, mais bien du rapport physique, des corps. Je m'y suis habitué mais c'est vrai que la première fois, ça m'avait bien étonné (et c'est le point de départ de l'ethnologie !). J'explique.

À Tokyo, avec Géraud, nous avons rencontré deux Coréens, une fille et un gars, avec qui nous avons sympathisé et même pris ensemble le déjeuner. Au moment de se séparer définitivement, le gars me serre chaleureusement les mains et le bras, me signifiant ainsi qu'il était heureux de m'avoir rencontré. Il fait de même avec Géraud et nous nous quittons. C'est alors que Géraud me déclare : « j'ai cru qu'il allait m'emballer... » ! Oui, je m'y suis fait, mais ça m'a rappelé que la première fois j'étais dans la même situation, assez étonné par ces façons de faire. Cette première fois doit remonter à quand je suis rentré dans le club de taekwondo (d'ailleurs je devrais prendre des photos et vidéos bientôt pour faire un article dessus enfin). Le « leader » du club, aussi celui qui a reçu la médaille d'or au tournoi national des clubs de taekwondo des universités coréennes en Novembre dernier, est un type très riant. Avec les nouveaux du club, ça lui arrivait de passer derrière le dos, leur caresser les épaules, ou bien pendant le repas passer ses mains dans les cheveux du type assis à côté de lui affectueusement. Je me suis souvent répété que je n'irai jamais dans les douches avec lui. Mais en fin de compte, il n'y a rien de particulier : les Coréens, hommes (je ne sais pas trop pour les femmes mais je n'en vois pas trop agir ainsi) et jeunes se touchent facilement. Je me suis rendu compte que le rapport au corps pour le Français que j'étais était finalement très distancié. Avec les ami-e-s, on se serre la main, on se prend dans les bras, on s'embrasse, mais on ne se touche pas. Ça fait trop « pédé ». Et bien, il y a encore quelques jours, j'étais avec des potes coréens. L'un d'entre eux rencontre un ami, ils se serrent la main, mais ne se lâchent pas la main, et quand bien même chacun est pressé de partir, le temps d'une très rapide discussion, ils se gardent la main dans la main, se caressent la main l'un de l'autre. Vision insupportable pour le civilisé que je suis, bien entendu. Un ami chinois aussi, quand il est joyeux, me passe le bras autour du cou quand nous marchons côte à côte. Maintenant je m'y suis fait à toutes ces pratiques, mais j'y avais repensé quand Géraud avait été surpris à Tokyo, ça m'avait faire sourire, parce que oui, de notre point de vue, c'est très bizarre...

Aussi, comment se saluer en Corée ? Il y a plein de livres destinés aux étrangers pour appréhender la pseudo culture coréenne. Parce qu'il paraît que si on fait un pas de travers ils veulent vous assassiner après dans votre dos. La vérité est, elle, bête et méchante : les Coréens sont aussi des individus avec leurs préférences personnelles, et, pour la plupart, sont compréhensifs et naturels avec leurs interlocuteurs. La solution est donc d'être naturel au moment de les saluer ! Bien sûr, n'allons pas trop vite en besogne, il y a quelques différences à souligner. La bise tout d'abord. À chaque fois que je rencontre Dahyun ou Sora, les deux coréennes qui étaient en échange à l'IEP l'an dernier et qui parlent Français, nous nous faisons la bise, normalement. De quoi faire tourner le regard des gens autour, et quand je suis accompagné d'un non-Européen, de quoi m'entendre demander si c'est ma copine ou non. Même pour une bise sur les joues ! Alors des Coréens, des Chinois ou des Japonais qui s'emballent à pleine langue, ça existe bien entendu, mais en privé. Même un bisou sur la bouche nécessite de la discrétion. Dire bonjour en Coréen (en terme de posture corporelle) varie bien entendu selon l'interlocuteur, comme en France. En général, la première fois, les deux personnes s'inclinent (ou davantage même si l'on devine que l'autre est une personne d'importance). Sinon on se serre la main, on s'embrasse (au sens de hug plus que de kiss) pour les plus intimes. Entre amis, se prendre la main n'est et se serrer dans les bras n'est pas une marque d'étrangeté. En revanche, deux hommes qui marchent seuls dans la rue en se tenant la main, ça veut dire la même chose qu'en France (sauf qu'en France il est de plus en plus possible de s'assumer publiquement, alors qu'ici l'homosexualité, si elle est tolérée, n'est pas dévoilée). En outre, entre amis on ne s'embrasse pas, on n'utilise pas les lèvres. Enfin, pour dire au revoir, si on vient de passer du bon temps ensemble, il est normal de s'embrasser (hug encore). Si on vient juste de se voir, de manger ensemble, ou n'importe quelle simple occasion, il y a ce que j'appelle le phénomène nul. Rappelez-vous La Cité de la Peur, à la fin, quand les deux types appellent à pleine voix « Odiiiiile ! » qui est en fait à un mètre d'eux. Le phénomène nul, c'est quand deux Coréens se séparent, et qu'ils se font des gestes de bras pour dire « au revoir » ou « coucou » comme s'ils étaient à une cinquantaine de mètres de distance, alors qu'ils sont en fait en face l'un de l'autre.

Allez, une dernière note pour la route. Peut-être avez-vous vu quelques photos de moi avec des Coréens, Japonais ou Chinois. Avez-vous vu systématiquement ce qu'ils font ? Les deux doigts en V, à chaque fois. Alors sur une photo avec 10 Asiatiques, vous avez 20 mains bien visibles (au détriment des visages parfois !) qui font leur V. Impossible de savoir pourquoi, à chaque fois que je demande, c'est juste « comme ça », sans raison particulière. Alors bon, plutôt que de déclencher une révolution intellectuelle, je me foule dans la masse en faisant des V à mon tour... À savoir que cette pratique est ancrée très profondément dans les comportements face au photo. Dès tout petits ils sont socialisés à faire ainsi : j'ai vu un gamin qui venait à peine d'apprendre à se tenir sur ses jambes, et pour une photo, faisait déjà le signe ! S'agirait-il là d'un symbole puissant ? S'agit-il d'un doigt d'honneur au reste du monde ? Décidément, le monde est plein de mystères...


Exemple tiré de ce bar de Tokyo où nous avons sympathisé avec d'autres clients et la barman (photo de Géraud)

2 commentaires:

  1. ouais, bon bah c'est en fait tous des pédés là bas, c'est tout !

    Quoi c'est pas ça ? J'ai pas compris ? mince alors...

    Pédés de jaunes... :p

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  2. Bien vu le coup des Nuls pour se dire en revoir lorsqu'on est a un metre d'ecart !! C'est tout a fait ca !

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