mercredi 22 décembre 2010

Réflexions de collégienne

Cela devient difficile de garder le rythme d'écriture que j'avais au début de l'année, mais j'ai de bonnes excuses. Les partiels sont terminés, mais j'ai commencé le stage linguistique intensif de Coréen, et ça me rappelle à de nombreux égards la prépa, avec ses devoirs incessants tous les jours, des listes de vocabulaire quotidiennes à en faire tourner la tête... J'imagine que c'est le prix à payer pour accéder à un meilleur niveau en version accélérée. Résultat, le temps me manque pour tout : bouquiner les 50 000 livres que j'ai ici, mater des films, me refaire la totale de South Park, sortir, etc etc. Je comptais justement écrire un article sur le cinéma coréen, du moins sur les films que j'ai vus, il y a quelques choses à dire, mais comme j'ai perdu le fil de ma consommation régulière de films je vais écrire sur un autre sujet d'actualité : le départ des autres.

En effet, ces jours-ci, la majorité des étudiants étrangers ne restant qu'un semestre fait ses valises et quitte la péninsule. Pour ceux à qui l'on s'est le plus attaché, ça donne à réfléchir. Nous reverrons-nous un jour ? Quel est mon avenir dans la vie ? De nos jours, dois-je toujours avoir un domicile ou bien être flexible au point de voyager toujours partout dans le monde ? Y a-t-il une vie après la mort ? Si Ross et Rachel se séparent dans la saison 3, qu'en est-il de Joey dans la saison 6 ? Tant de questions auxquelles l'humanité n'aura jamais la réponse. C'est à cause de ces questions que la semaine reliant mon anniversaire à Noël se teint de nostalgie. À peine avons-nous quitté un de mes meilleurs amis faits ici que nous entrons dans un coffee shop pour entendre une chanson coréenne sooo sad. On se serait cru dans un drama où la musique vient toujours souligner à l'outrance le sentiment que doit avoir le spectateur à ce moment-là, à l'exception près que nous sommes de bien meilleurs acteurs. Heureusement, vu le boulot que l'on a pour le Coréen, on a pas vraiment le temps de penser à autre chose. Alors que l'on devrait parfois. Je prends pour exemple notre plan de ce week-end pour Noël. Samedi et dimanche nous partons avec quelques autres étudiants étrangers (les Coréens étant pour la plupart occupés ce jour-là) pour un endroit mystérieux dont on sait seulement que c'est à 3 heures de bus en partant de Séoul, que c'est dans une maison que nous prête un Coréen par l'intermédiaire de sa tante. Ça sent le plan foireux à plein nez, mais nous y courons gaiement dans la joie et la bonne humeur parce que hé, quand même, c'est Noël. Il a été difficile de s'accorder sur qui viendrait, mais l'embargo potentiel sur la Chine a assez vite sauté.

Une chose est sûre c'est que l'on va avoir droit à un Noël cosmopolite. L'Anglais n'est pas une si jolie langue mais elle est sacrément pratique. On n'imagine jamais à quel point la communication partout dans le monde est rendue plus aisée avec une langue internationale, même si tout le monde ne la parle pas parfaitement. Mais c'est une expérience dont je me rends compte en vivant en Corée. La maîtrise à la perfection d'une langue n'a pas de sens. L'important, c'est de comprendre et d'être compris. Quand je repense avec le recul aux cours d'Anglais en prépa notamment, où l'obsession d'être parfait règne, je me demande au final à quoi ça servait. À s'élever l'esprit ? Je ne sais pas si c'est la bonne méthode, car si l'on y réfléchit bien, personnellement je ne maîtrise même pas le Français à la perfection. D'où ma question : à quoi sert d'apprendre une langue ? Revenons à la base, au début, au point zéro de l'apprentissage d'une langue. Qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à apprendre une langue étrangère, comme ça représente un lourd investissement ? J'y vois deux raisons. La première : parler cette langue. La deuxième : avoir accès aux ressources culturelles disponibles uniquement si l'on maîtrise cette langue, comme la littérature, le cinéma... Si vous voyez d'autres raisons, n'hésitez pas à les partager. En tout cas, pour la première raison, la maîtrise parfaite d'une langue n'a pas de sens. Bien sûr, il faut bosser, tout le temps et tout le temps, mais à quoi sert de ne pas faire de fautes si l'on peut en faire tout en étant capable de parler avec un natif ? J'ai en tête l'Allemand où à l'oral on massacre les déclinaisons sans que cela gêne les Allemands. Qui plus est, quand je parle avec des Espagnols ou même des Tchèques, on cherche un mot en Anglais, on le dit en Français, et dans leur langue c'est quasiment le même mot... Il est parfois plus utile de contourner l'Anglais quand on parle Anglais pour être compris ! Pour la deuxième raison, une connaissance approfondie de la langue est nécessaire, notamment pour la littérature où c'est là qu'on va trouver les expressions les plus ardues. Mais là encore, ce n'est pas nécessaire de maîtriser à la perfection la langue, dans son intégralité : l'important est de comprendre ce qui se passe. C'est différent évidemment si l'on veut écrire de la littérature et non la lire, où là, bon, je reconnais qu'il faut savoir de quoi (et comment) on parle. Enfin, il suffit de parler avec des Chinois qui disent ne pas connaître l'intégralité des sinogrammes pour se rendre compte qu'il vaut mieux concentrer le temps limité dont on dispose sur quelque chose qui permettra d'établir une relation humaine. C'est pourquoi je tente de mondialiser mon Anglais pour être compris. Après avoir adopté l'horrible habitude de dire « dude » tout le temps, je commence à sortir le mot « bitch » sans m'en rendre compte. En parallèle, le peu de pratique du Français me met dans des situations inconfortables des fois. Je n'oublie pas mon Français, mais j'oublie les expressions imagées, les idiomes, enfin bref tout ce qui fait l'intérêt et la beauté d'une langue. Ça, c'est chiant.

En bref, je pense que ça ne sert à rien de chercher à maîtriser jusque dans ses moindres recoins une langue, mais il ne faut pas perdre de vue que c'est une lutte incessante. Toujours apprendre parce qu'il y a toujours à apprendre, jusqu'à ce qu'on en vomisse. Pourquoi apprendre au fond ? Apprendre pour apprendre ? Je pense plutôt que c'est apprendre parce que l'histoire d'un pays est aussi inscrite dans sa grammaire. Et apprendre ne se limite pas à la grammaire et au vocabulaire. Bien entendu c'est la tache qui prendra le plus de temps, mais j'ai l'impression que même si l'on connaît bien sa grammaire et qu'on a une quantité de vocabulaire conséquente, ça tourne toujours dans le vide si l'on a pas saisi le point de vue de ceux qui parlent cette langue. Exemple trivial : « qu'est-ce vous prendrez », au restaurant, donne en Coréen quelque chose qui se traduirait littéralement par « qu'est-ce que je vais vous donner ». Ça semble facile, au final il n'y a qu'à apprendre par cœur. En fait, même s'il est important de connaître la grammaire et le vocabulaire, si l'on a que ça, on ne peut pas deviner par soi-même comment dire « qu'est-ce que vous prendrez » en Coréen, il y a un petit quelque chose en plus à attraper. Et à comparer les langues européennes, je pensais que les différences entre les langues du monde n'étaient que des différences d'idiomes au final. Je me suis rendu compte qu'il y a aussi des différences de comportement dans la communication, des mimiques, des gestes, des expressions corporelles ou faciales... Les Japonais me font toujours sourire à ce propos. Quand on leur dit quelque chose, même si ça n'est pas extraordinaire, on a toujours le droit à des gros yeux et à un long « ooooh » d'étonnement. L'autre jour, j'ai simplement dit à un Japonais que je prenais ce cours de Coréen pendant les vacances d'hiver et que j'étais niveau 2, et j'ai eu droit à un « haaaaaaaaaaaaa (montant) hmmmmmmmmmmmm (montant) oooooooooooooooooh (montant légèrement puis descendant) ». Des montagnes russes verbales... Enfin, ça n'est pas le Chinois avec ses saloperies de tons qui rendent encore plus fou. Je serai curieux d'avoir le point de vue d'autres gens à l'étranger apprenant une nouvelle langue sur ces questions de communication et d'apprentissage...


Une maison coréenne louée par le club de taekwondo pour une soirée

No dude that's really gross

J'ai découvert récemment une libraire gigantesque, vraiment immense, où l'on trouve... de tout

Un spectacle de théâtre par des étudiants chinois en costumes traditionnels coréens

mercredi 8 décembre 2010

L'article précédent, c'était parce que, comme on se le disait en famille autour d'une bonne tisane au 97 rue d'Antrain il y a quelques mois, raconter le quotidien est la meilleure manière de se rendre compte de ce que sont devenues nos vies. Donc voilà c'est fait. Et maintenant, suivant l'example de Camille, petite série de nouvelles en vrac:

  • Le soleil est inlassablement bleu, les jours passent et le beau temps reste. Il fait bon et les gens sortent en tee-shirt en milieu de journée. L'Europe sous la neige me paraît bien bien loin...

  • Je n'ai pas encore essayé le surf.

  • Après plusieurs week-ends de voyages, j'ai décidé de me poser pour le moment et d'explorer ma ville. J'étais hier soir à Hollywood dans un petit, tout petit théâtre. Une installation qui ne paye pas de mine et une trentaine de personnes rassemblées pour prendre le micro le temps d'un slam, d'un poème, d'une chanson. Et ce dynamique papy qui vient raconter son adolescence avec son bon copain Jim Morrison. Parce qu'on a beau dire, LA c'est encore la Californie, l'ouverture d'esprit, la tolérance et les restes de l'époque Hippie.

  • Le quartier ou j'habite est en constante ébullition, les bâtiments se refont une beauté, des petits magasins ouvrent. Il y a beaucoup de clubs de yoga, ou de club de fitness, pas vraiment l'Amérique d'en-bas. Le dimanche matin, le quartier grouille autour du marché.

  • Je suis aussi impressionnée par le bouillonnement d'idées que je trouve ici en Californie. Les débats dans les rues, les nombreux étudiants qui prennent l'initiative de créer des entreprises ou des ONG (comme le dit Harrison qui a créé un business de matelas bios, « on crée des emplois, on n'attends pas d'en trouver »...).

  • Je crois que je suis bien habituée à l'anglais, et je ne me rends plus trop compte quand je passe d'une langue à l'autre.

  • Le stage se passe, même si d'une certaine manière je commence un peu à saturer de ces longues journée sérieuses.

  • La fin des partiels à UCLA est demain soir. Donc une grosse soirée en prévision pour fêter l'achèvement de semaines d'un labeur que je n'ai pas eu à endurer :). Une soirée est aussi prévue vendredi soir; Finalement je retrouve de plus en plus, et avec plaisir l'atmosphère rennaise/étudiante avec des choses prévues tous les soirs, et la recherche active de temps pour dormir.

  • Je suis partie à San Diego il y a quelques semaines, choc de la frontière avec le Mexique. Et le plaisir de retrouver Erika, qui etudiait a l'iep l'an dernier. Elle m'enmène en deux jours visiter plein de jolis petits coins. Rencontre aussi avec cette française de Phoenix en visite à San Diego qui prévoit de traverser le pays en voiture, de l'Arizona à Philadelphie en février. On partira surement ensemble et je filerai jusqu'à Boston.

  • Jai passé un week-end de Thanksgiving très atypique, en compagnie d'une cinquantaine de chinois. Pour résumer l'aventure, j'avais trouvé ce bus pour sillonner les routes de Los Angeles à El Paso, Texas, via les parcs naturels de l'Arizona et du Nouveau-Mexique.

    Jeudi 25 novembre, 7h00, et un lever à l'aube, bien fatiguée mais sourire au lèvres à l'idée de ces 4 jours de vadrouille. Je me présente au point de rendez-vous...pour me rendre compte après une heure d'attente en vain, qu'il faut en fait que j'aille à Chinatown. Et que le bus est déjà parti...La responsable au téléphone me conseille grandement d'attraper un taxi et de rattraper le bus si je veux vraiment participer au voyage. Pas le temps de me maudir, je grimpe dans le premier taxi qui passe, pour un trajet à fond les ballons sur les freeways. Quarante minutes plus tard, je monte finalement dans le bus, contente, mais fauchée puisque la course m'a couté...200dollars! Seconde surprise quand je me retourne pour voir qui est déjà là: jusqu'au bout du bout du bus, les rangs sont occupés par des familles asiatiques. Et le guide se lève, et se met à parler...en mandarin! A ce moment là, je me demande vaguement ce que je fais là...Et puis s'ensuivent 4 jours finalement cools...Le guide est sympa et décide de me faire rentrer dans tous les parcs naturels et les restaurants (chinois vous l'aurez compris) gratuitement. Ca console un peu...4 jours donc pendant lesquels on traverse, et s'arrête dans des parcs nationaux époustouflants. Pendant ce week-end j'ai vraiment compris pourquoi les américains ne prennent la plupart du temps pas la peine de voyager à l'étranger. Les paysages sont scéniques et magnifiques, entre les forêts de cactus géants, ce désert de sable tout blanc, et les montagnes à perte de vue. A chaque stop j'arrive à me détacher du groupe pour me perdre dans la nature, et c'est vraiment le pied. Et après un petit bilan, contente d'avoir pu m'échapper du bouillonnement de la ville, et de voir tout ça. Ce weekend confirme aussi grandement mon goût pour les voyages « à l'arrache », sans le sou, et sans grand groupe....

    Quelques photos du voyage, pour le plaisir des yeux!






lundi 6 décembre 2010

Flash news

Aujourd'hui j'ai envie de parler de tout et de rien, juste de quelques trucs qui me passent par la tête. Je n'écris pas beaucoup en ce moment, car je suis assez occupé. Jeudi, j'ai un test de niveau de Coréen car je vais suivre les cours d'un stage linguistique intensif à partir de lundi prochain pendant dix semaines, après lesquelles je me rendrai au Japon retrouver le fondateur de gynécologie sans frontières. Donc je bosse pas mal mon Coréen ces jours-ci, plutôt des révisions, parce que j'ai envie de me retrouver dans une bonne classe. Puis les partiels approchent aussi. Jeudi, notre prof de mass medias and popular culture nous demande d'exécuter une danse d'un groupe de pop coréenne, alors il faut bien préparer l'humiliation à venir. Et la semaine d'après j'ai le stage intensif qui commence avec en même temps des partiels, donc jusqu'à Noël mon emploi du temps va être blindé. Qui plus est, j'ai commencé à préparer mon article pour le second numéro de Décloîtrés, ce que je fais sur mon temps de rédaction pour le blog normalement. En bref, quelques news.

Ce week-end, je me suis rendu à Daelim, le quartier chinois de Séoul. Je m'y suis rendu avec un ami chinois. Bah figurez-vous, j'y ai mis tous mes moyens de communication les plus aboutis, mais il n'y a rien à faire : il n'a jamais entendu parler des nems et des nougats chinois. Je me demande quelles chinoiseries se cachent là-dessous... Nous nous sommes rendus à Sincheon après, un quartier animé pour un samedi soir, où j'ai vu un nombre impressionnant de jazz clubs, ce qui contraste vraiment avec d'autres endroits. C'est toujours aussi incroyable de se balader dans des rues avec des immeubles où des boutiques différentes se trouvent à tous les étages, avec des lumières partout, et en même des câbles qui pendent et vous narguent. Puis nous sommes tombés sur une salle d'arcade, la première que je vois ici, où le bruit est assourdissant, mais les prix ridicules. Je suis tombé sur une borne d'arcade sur laquelle je suis resté scotché, où le principe est de jouer de la batterie tout simplement, mais avec que des chansons japonaises, ça n'aide pas ! Puis, m'étant couché très tard vendredi et samedi, nous avons trouvé un jjimjilbang à 10 minutes à pied de l'université pour 4€ en plein tarif (de nuit) pour nous relaxer dimanche soir.

Les aveugles coréens ne sont pas en reste à Séoul. Quand on appuie sur le bouton sur le poteau du feu au passage piéton, ce n'est pas pour appeler le feu vert à prendre plus vite, c'est pour signaler aux aveugles quand ils peuvent traverser. Et comment ! En rythme, avec des petites musiques et des voix criardes pour les diriger sur les longs passages piétons ! De plus, sur beaucoup de trottoirs, il y a une sorte de pavé différent au milieu. Il est jaune et avec des lignes qui indiquent dans quel sens va le trottoir, à quel moment on peut tourner, quand il y a un passage piéton à traverser, quand il y a des marches qui descendent vers le métro, pour diriger la canne du non-voyant.

Je ne pense pas à prendre de photos. Je ne sais pas pourquoi, ça ne me vient jamais à l'idée de sortir mon appareil, alors même que je l'ai toujours sur moi, pour prendre des photos. Cela explique pourquoi le nombre de photos s'est réduit sur mes précédents articles...

Les films pornos ne sont pas universels. L'autre fois, dans la salle télé de la cité u, il était tard, nous étions quelques-uns à discuter. Puis, soudainement, on entend à l'autre bout de la pièce des Chinois et des Singapouriens éclater de rire. Je me retourne et découvre un film porno (où bien sûr ce ne sont pas des Asiatiques qui sont représentés) qui passe à la télé. Bon, d'accord, je veux bien que ce soit surprenant, mais de là à éclater de rire... J'ai alors appris que dans ces deux pays, ça n'existe pas les films pornos, que c'était la première fois qu'il voyait ça. Et bien, ça leur fait une belle (troisième) jambe !

Les Coréens et les Japonais, ça se passe bien ? J'avais l'intention de faire un article tout entier là-dessus, avec détails à l'appui et tout. Mais en fait, à chaque fois que j'ai pu en parler, j'ai souvent eu le même genre de discours, ce qui limite la possibilité de broder. Je fais parler mon roommate qui est assez représentatif de ceux avec qui j'en ai parlé. Ils en ont après le Japon, pas après les Japonais. Globalement il y a des échanges entre les deux pays, des étudiants qui vont dans l'autre et réciproquement, mais tout se passe bien entre eux. L'ennui, c'est sur le plan diplomatique. Déjà, commençons par la mer du Japon que les Coréens veulent renommer mer de l'Est. Puis, des contentieux territoriaux qui durent, à propos d'îles où il y a plus de poulpes que d'habitants. Cela me mène à ce second point :

Le regard nationaliste de la Corée du Sud sur son histoire. Je me suis rendu au musée de Seodaemun il y a quelques temps maintenant. C'est une ancienne prison que les Japonais utilisaient pour torturer les indépendantistes coréens avant parfois de les exécuter. Et là, on y voit des représentations de Mitsuhirato contre les équivalents coréens de Tchang. Tout ça c'est très bien, mais le problème c'est le message véhiculé derrière... Faire d'un musée un lieu où l'on dénonce les atrocités commises par les uns sur les autres, c'est important. Ne pas oublier que des gens sont morts à cause de l'oppression d'autres, c'est nécessaire. En revanche, maintenir l'hostilité sur le long terme à l'envahisseur japonais pour faire adhérer tout le monde à la nation coréenne, faire l'amalgame entre indépendantisme et nationalisme, c'est dangereux, car ça peut être utilisé à n'importe quelle fin. Se créer des martyres, tomber dans le pathos au lieu de restituer scientifiquement l'Histoire, ça revient à poursuivre l'aveuglement et quitter un oppresseur pour un autre... De même, je me suis rendu au War memorial museum. Je m'attendais un peu à trouver quelque chose comme le mémorial de Caen, un résumé d'histoire en somme. La première partie c'est un peu ça, quand on passe de l'Antiquité à la fin du XIXe siècle. Puis, tout dégénère de nouveau avec le XXe siècle. Le plus gros paradoxe qui se soit présenté à mes yeux est celui-ci : d'une part, on met en avant les horreurs de la guerre de Corée, les nombres de morts (à savoir que la Turquie et l'Éthiopie ont envoyé plus d'hommes que la France, et que le Luxembourg est un des pays qui a subi proportionnellement le plus de pertes avec deux morts), les armes qui ont eu le temps d'être perfectionnées après 1945... Et d'un autre côté, pour la fin du musée consacrée à l'armée aujourd'hui, c'est complètement pro-militaire, parce que faut pas déconner, la violence de la guerre c'est à cause de la Corée du Nord, pas à cause de nous, nous on est les gentils et si on construit des tanks et qu'on présente les modèles de soldats du futur qui ressemble à un mélange de CRS aujourd'hui et de stormtrooper de Star Wars, ça peut pas se retourner contre la population civile, c'est vraiment uniquement pour se défendre, oui oui... Bon, la partie intéressante de ce musée est en fait l'extérieur du musée, où sont entassés tout un ensemble de véhicules utilisés durant la guerre de Corée. On peut rentrer dans les avions, dans un bateau, dans quelques véhicules pour faire joujou et s'y croire.

Cela fait plus de trois mois que je suis ici. Mais clairement, je suis un peu plus inséré dans mon environnement. Évidemment, le fait que je parle un peu Coréen à présent, que j'ai des repères pour me déplacer en ville et que je me sois fait des amis coréens n'y est pour rien, car au fond, ce n'est pas moi qui ai changé, ce sont les Coréens. J'ai découvert que les règles ne sont pas en métal, elles sont bien plus souples quand on sait s'y prendre. Par exemple, à l'entrée de la cité u, il y a une borne magnétique où il faut passer une carte pour entrer, car l'accès est interdit aux non-résidents. Si vous y allez à la confiance, en poussant la barrière à la main comme si de rien n'était, tout va bien se passer. Si on n'exagère pas, les règles peuvent faire facilement dans l'exception si l'on s'y croit permis.

Après le café, le thé. J'ai vraiment été surpris par les différents parfums de thé auxquels j'ai pu goûter ici. Petit liste non exhaustive. Thé vert qui n'a pas le même goût que le thé vert super u dont on a été quelques-uns à abuser à Patton l'an dernier. Il y a un arrière-goût d'une plante que je n'arrive pas à saisir, mais après quelques discussions, je pense sans être certain qu'il s'agit d'aloès. Thé noir (ou thé rouge), où là, tout dépend, il y a plein de sortes différentes. Ujacha, thé au citron, qui est une sorte de marmelade dont on prend une cuillère au fond de la tasse et où l'on verse de l'eau chaude, qui est vraiment incomparable. Thé à la lavande : j'en ai pris dans un bar quand nous sommes allés à Sokcho, la ville près du parc national de Seoraksan dont j'ai parlé une fois précédente, j'ai cru au départ à de l'arnaque car ça avait simplement une couleur d'eau chaude, mais le goût devient plus fort après quelques secondes. Thé au riz, ou bien à une plante proche du riz, j'ai pas bien compris, enfin un truc bizarre supposé être traditionnel, assez bon, difficile à identifier. Et enfin, le must de l'indéfinissable : le thé au blé, très épais, qui a vraiment le goût de blé hein, mais qui est si fort qu'on ne dirait même plus du thé, et qui donne la nausée aux uns tandis qu'il donne l'impression aux autres de boire une potion concentrée en sucres.

Le temps est étrange. Alors qu'il fait rarement -6° en Normandie ou en Bretagne, du moins en fin de Novembre, j'ai appris que c'est le cas pile l'année où je ne suis pas là. Tandis qu'ici, nous avons eu de la neige il y a deux weekends, puis une recrudescence de chaleur. Même si l'on n'est pas encore en t-shirt dans la rue, hier soir il faisait vraiment bon même à minuit. Il paraît que de la neige est prévue pour la fin de semaine, et on nous annonce toujours que Janvier et Février vont être catastrophiques.

Avec le peu de temps que j'ai pour écrire, j'ai peu de temps pour me relire et corriger mes fautes !

PS : l'imam Beaudonnet annonce qu'une fatwa sera lancée à son retour pour ceux qui n'ont pas encore écrit sur le blog.


Le S Café ferme ses portes pour l'hiver, donc un sevrage temporaire d'échecs s'impose

Salauds de nazis !

Vendredi matin, 7h30, mon maitre de stage débarque devant l'immeuble, avec un grand sourire et deux cafés. Le grand sourire, c'est parce que le week-end approche; Et les cafés c'est pour se faire pardonner de la discussion animée qu'on a eu la veille au soir quand il a appris mon intention de visiter Compton (un des quartiers pas jolis jolis de la ville). Il m'a fait le coup du père de famille inquiet, qui ne peut pas dormir à chacun de mes voyages. Bref, nous voilà sur le chemin du boulot, à toute allure sur les freeways. Huit heures de boulot plus tard (et l'enchainement de chiffres et de tableaux de prévisions pour 2011), je le retrouve pour reprendre la route vers le Nord. 30 minutes de trajet, le temps de discuter. Et aujourd'hui au programme, séance culturelle à propos des gangs de Los Angeles, du conflit entre Tupac et Notorious BIG, chansons à l'appui. Intéressant.

17h37, j'arrive à l'appart. 17H39, je pars en vadrouille avec Matt et Auré. A une dizaine de blog est organisée ce soir là une marche de Noël; Tous les magasins sont ouverts tard et offrent des gateaux, du bon vin, du cidre chaud. On se donne pour seule règle de rentrer dans absolument tous les magasins, et de gouter au moins un verre de vin. Les trottoirs sont bondés, et par ci par-là des groupes de jeunes en belle tenue entament des chants de Noël. Bonne ambiance, et des rencontres intéressantes. Avec ce photographe pour le New York Times qui expose ses portraits, et qui se fait intarrissable sur ses rencontres avec Hendrix ou Cindy Lauper. Avec ce je-ne-sais quel policier « important » et Matt est aux anges. Avec ce groupes de marocains qui jouent des percus, on rejoint leur cercle pour un petit boeuf.

Quelques heures plus tard, ma bonne humeur retombe lorsque l'on croise ce groupe de créationnistes, des catholiques très extrémistes. Ils sont installés au beau milieu du trottoir, équipés d'une sono et d'une installation vidéo. Au sol, un cadavre recouvert d'un drap blanc. Et des panneaux expliquant en 10 points pourquoi il faut rejeter l'islam. Je vous laisse imaginer le niveau de pertinence des 10 points en question sachant que le premier est: « Muhamed was a pedophile ». Au milieu de tout ça, un prêtre est assis. Les gens, assemblés en demi-cercle l'écoutent lire des extraits de la Bible, puis démontrer en quoi être chrétien c'est suivre le bon chemin. Ou plutôt pourquoi toute autre conviction et absolument erronée, mène à l'enfer et la dégénérescence. Choquée, je donne mon point de vue à un des gars, et la discussion s'engage mais ce n'est pas très constructif car on es tous les deux à notre manière très campés sur nos positions. On passe finalement notre chemin, mais un peu retournés.

Samedi matin, 8h, après une courte nuit la maison est en ébullition. Auré se pomponne pour une nouvelle audition. Harrison et Grant s'en vont faire du bénévolat (ils ont créé un jardin ou les étudiants travaillent en coopération le week-end). De mon côté, je rejoins Sandra, une copine allemande rencontrée il y a quelques semaines. Destination le Runyon Canyon, au nord d'Hollywood. Une leçon de yoga dans l'herbe puis une jolie rando en companie d'un groupe de couchsurfers. Un nouveau beau panorama sur la ville; puis on enchaîne sur un petit restaurant indien.

Retour à Santa Monica pour la soirée, et on repart en fanfare pour une nouvelle marche de Noël.

Dimanche matin, 12h, surmontant le petit mal de tête et les attraits d'une bonne journée inutile, je pars cette fois avec Harrison visiter le Farmers Market, des allures de marché de la Place des Lices; Encore des rencontres intéressantes, des échanges d'idées, des initiatives qui bouillonent.

La journée s'enchaîne avec un concert, puis une autre leçon de yoga (c'est rigolo car les leçons sont données dans un immense sauna). Ce soir, la pluie tombe et on se réfugie dans un ciné.

Un weekend qui a filé à toute allure, comme il y a deux semaines à San Diego, comme le week-end dernier sur les routes de l'Arizona au Texas . Retour au boulot demain, pour reprendre les projets; Je bosse en ce moment avec une ONG de Stanford sur un projet étude qui ferait le lien entre la Californie et l'Ethiopie. Noël approche aussi, et une dizaine de jours de vacances avec Noemie, avec au programme une visite des Grands Canyons, de la Vallée de la Mort et puis un nouvel an à San Francisco. Et cette fois-ci pour sur, je ferai l'effort d'intercaler des photos entre le texte, ou bien du texte entre les photos.

Bien à vous,

Louise


mercredi 24 novembre 2010


Petite série de photos, je commence avec les baleines observées il y a quelques semaines


Quelques jours plus tard, Denver, un centre ville verticale bien à l'américaine, mais aussi des petites rues tranquilles, peintes avec des enfilades de petits cafés. L'occasion d'aller randonner dans les Rockies et observer les beaux paysages d'automne:









Et la maison de Nicole chez qui je couchsurfe


Viisite du Getty Center, superbe musée au nord de Los Angeles qui surplombe toute la ville:

Et quelques photos de l'appart:


Et celle-là...c'est juste pour la blague

mardi 23 novembre 2010

Corée du Nord, deuxième épisode

MISE À JOUR DE L'ARTICLE 25/11/2010 : Ajout du dernier paragraphe, portrait d'un réfugié nord-coréen (et corrigé l'âge du mur de Berlin, honte à moi)

Bon, vous avez vu les informations, à la télé ou dans les journaux, vous connaissez les détails. En gros, cet après-midi, je me rends comme tous les mardis après-midi à 16h au S Café, un endroit de la fac où je suis payé pour faire la conversation en Anglais avec des étudiants Coréens. En arrivant, on m'accueille chaleureusement : « Hi Camille! How are you? Oh, by the way, do you know we just avoided war with North Korea about one hour ago? ». Dans la précipitation, on ne sait jamais trop bien ce qui est vrai ou non, c'est toujours avec le recul qu'on peut mieux discerner la réalité, mais en gros de l'artillerie nord-coréenne a pissé sur une île à l'Ouest qui appartient à la Corée du Sud et il y a eu des morts parmi les soldats, donc la Corée du Sud a les nerfs, les Américains font la gueule depuis la découverte récente d'un truc qui sent l'uranium enrichi à plein nez en Corée du Nord, les Japonais flippent, la Chine tape du pied et les Russes tentent de dire que c'est pas bien. Voilà pour le résumé. Petite note avant d'oublier : je rappelle que le service militaire est de deux ans obligatoires ici, donc même si je blaire pas les militaires, il est possible que ce soient des jeunes de mon âge qui sont morts. J'en parle avec mon roommate et je lui demande : mais au final, il y a déjà eu d'autres accidents avec des morts, comme l'affaire du torpillage de la corvette qui a fait une quarantaine de morts ! Pourquoi tout un pataquès comme une réunion du conseil de sécurité maintenant alors qu'il n'y a « que » deux soldats tués ? Selon lui, c'est parce que la nouveauté cette fois, c'est qu'ils ne se sont pas attaqués à des bâtiments militaires mais qu'ils ont bombardé des installations civiles (des maisons ont été détruites). Cette nouvelle tombe à point comme je comptais faire un nouvel article sur la Corée du Nord prochainement, et bien l'occasion est toute trouvée. J'ai eu quelques discussions avec d'autres étudiants, d'horizons assez variés, à propos de la séparation de la péninsule, et c'est eux que je veux faire parler maintenant. Nous avons abordé trois sujets : la question de la réunification, de l'organisation interne de la Corée du Nord, et de la puissance militaire.

Tout d'abord, j'imaginais avant de venir par ce que j'avais entendu que les Coréens ne voulaient plus de réunification. Je n'ai pas parlé avec toute la population donc je ne peux pas me permettre d'extrapoler à partir des quelques personnes avec qui j'en ai parlé, mais j'ai eu des avis différents de ce à quoi je m'attendais. Bien sûr, la réunification n'est pas à l'ordre du jour, mais elle n'est pas oubliée. Ils (j'entendrai par ils dorénavant ceux avec qui j'ai discuté) se considèrent comme le seul pays coupé en deux de la planète, le pays où avoir un Nord et un Sud n'a pas de sens parce qu'il s'agit d'un seul et même pays. L'espoir d'être un jour de nouveau unifié est donc là, mais on parle bien d'espoir, « of course I hope so ». Mais les différences sont trop lourdes pour le faire maintenant, et la question, plus que comment, est quand. Les différences sont de plusieurs ordres : idéologique (un système totalitaire contre une démocratie libérale), économique (État contre marché), social (un pays où l'on meurt de faim si l'on n'est pas dans l'armée contre un pays préoccupé par sa croissance économique), historique (un ennemi des États-Unis contre un ami des États-Unis)... Sans oublier qu'il est complètement faux de dire que la guerre de Corée s'est achevée en 1953 puisqu'aucun traité de paix n'a été ratifié depuis : ces deux pays sont depuis 60 ans toujours en état de guerre. Donc ces deux pays ont vocation à être réunifié, mais il y a de nombreux obstacles à surmonter. Il apparaît alors qu'au lieu d'une fusion, seule une absorption d'un des deux belligérants par l'autre soit envisageable, et il leur semble plus probable que ce soit la Corée du Sud qui absorbe celle du Nord. Oui, fusion impossible, parce qu'essayez simplement d'imaginer à quoi ressemblerait l'État coréen ? Les deux parties sont diamétralement opposées, même avec la meilleure des volontés, il semble qu'il faille que l'un des deux tombe pour que l'autre arrive. Mais tomber, comment tomber ? Un ami a comparé le cas de la Corée et de l'Allemagne, et il m'a dit que ça n'avait strictement rien à voir, car l'Allemagne de l'Est était davantage occupée que profondément agressive contre l'Allemagne de l'Ouest. Aussi, la réunification a été difficile, et aujourd'hui encore ce n'est pas un problème réglé. De plus, le mur de Berlin a existé pendant 28 ans. La Corée est divisée depuis 1945, soit 65 ans, et a également connu un conflit qui sous un certain regard peut être considéré comme une guerre civile, puisque c'est une même population qui a combattu contre elle-même. Ça fait une sacrée différence. Alors à imaginer une réunification maintenant, il faut s'attendre à un sacré lot de surprise pour les années suivantes. D'autant plus que l'écart entre les deux pays n'est pas figé : il se creuse. Pour la génération des grand-parents, la réunification est une idée qui tenait à cœur. Pour celle des parents, c'est un sujet important. Pour celle des jeunes, c'est un sujet intéressant. Pour les plus jeunes, la future génération, c'est un sujet d'histoire. Cela signifie que, petit à petit, génération après génération, l'intérêt pour cette idée se perd. Cela ne signifie pas que les plus jeunes, la future génération est contre la réunification, à la limite ça mettrait les choses au point, c'est juste qu'elle s'en fout. C'est pourquoi ils m'ont dit que la question la plus importante est celle du quand et non du comment : à attendre trop longtemps, ce sera impossible de réunifier car ça ne parlera à personne, tout le monde s'en fichera bientôt. Mais faire ça maintenant, c'est impensable.

Enfin, la question du comment n'est pas à éluder. Car si réunification il y a, ils m'ont bien dit que ça doit passer par la chute d'un des deux pays. Aspirants plutôt à vivre sur le modèle sud-coréen que nord-coréen, je les ai invités à me dire comment la chute du régime nord-coréen est possible, car même l'impossible est possible. Quand on regarde l'histoire des totalitarismes, il y a deux façons de les faire chuter. Pour l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, ça a été la guerre, donc l'intervention extérieure (même s'il faut nuancer, toujours nuancer, rappeler le rôle de la résistance intérieure...). Pour l'URSS, la chute vient de l'intérieur (de même, il ne faut pas négliger les pressions extérieures réalisées par les pays occidentaux dans le cadre de la guerre froide...). Alors, qu'est-ce que ce sera pour la Corée du Nord ? La guerre ? Nous ne sommes plus dans les années 1940, maintenant un conflit entre deux États ça fait très mal, surtout quand l'un d'entre eux joue avec l'atome. La révolte de l'intérieur ? En effet, je pense que quand on est à l'extérieur d'une organisation, on a tendance à la simplifier, à la ramener entièrement à sa tête, à un personnage qui décide, en l'occurrence Kim Jong-il. En revanche, à l'intérieur, c'est un jeu de relations plus complexes, et ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait tout un tas de personnes qui aient intérêt à laisser les choses telles quelles, peut-être à manipuler un peu le dictateur très visible... Ces activités de lobbying au sommet existent dans plein d'organisations (ceci est un clin d'œil à ceux qui se rappellent le cours de politiques publiques le semestre dernier sur Kennedy et la crise de Cuba), aussi bien des États que des entreprises, associations, administrations en tout genre... Alors pourquoi pas en Corée du Nord ? Le fait est qu'on ne sait rien du tout. Et alors, ce même ami m'a dit alors que c'était sans doute vrai, que c'était sûrement complexe aussi à l'intérieur de la Corée du Nord. Mais il a ajouté, d'un ton très sobre, que je ne pouvais pas imaginer l'étendue du pouvoir de Kim Jong-il. Un frisson m'a parcouru le dos alors que je me rendais compte que je ne m'étais jamais arrêté deux secondes pour l'imaginer. En Corée du Nord, ce que Kim Jong-il dit, c'est la vérité. Ce qu'il fait, c'est le bien. Et s'il y a des fugitifs et sûrement des gens qui n'aiment pas le régime, à cause de sa violence, il me dit qu'il n'y aura pas de révolution intérieure. D'une part, parce que les gens ne peuvent pas, tout est trop bien ficelé, d'autre part, parce que mine de rien, la pression idéologique est si intense (juste pour information : le service militaire est de quinze ans en Corée du Nord, ça aide) que nombre de Coréens imaginent que Kim Jong-il est leur sauveur. Quand on en arrive à faire penser de la sorte la population, qui a envie d'une ouverture politique ? La question du comment reste donc bien sûr très lourde.

Les journalistes aiment reprendre des expressions redondantes quand ils parlent d'un endroit dans le monde, comme si chaque sujet avait son petit surnom. La Corée, quand ce n'est pas le romantique « pays du matin calme », a droit au hollywoodien « vestige de la guerre froide ». Et bien pour une fois ce n'est pas si mal choisi que ça. À vous qui vous inquiétez pour moi à cause de l'actualité en Corée, laissez-moi vous rappeler, si vous avez vécu dans les années 1980, qu'il y a eu la crise des missiles en Europe, l'Est pointant méchamment vers l'Ouest, l'Ouest pointant méchamment vers l'Est. C'est pareil ici. Et puis de nos jours ce qui a changé c'est que tout le monde pointe sur tout le monde, alors vous voyez, vous êtes autant dans la merde que moi. Depuis quelques semaines j'ai trouvé (au S Café) un plateau d'échecs et je m'y suis remis, j'y joue presque tous les jours. Je vais donc vous donner un petit aperçu stratégique et militaire de la Corée. J'en ai pas mal parlé aujourd'hui avec des Coréens à partir du moment où j'ai été mis au courant des dernières informations. Commençons joyeusement : si jamais la guerre est déclarée entre les deux pays (malgré le paradoxe juridique que j'ai déjà évoqué), en 10 secondes Séoul est rasée et nous sommes tous morts. En 5 minutes toutes les bases militaires sud-coréennes le long de la frontière sont détruites. L'explication est simple. Pour Séoul, quand on regarde une carte, la distance à la frontière est relativement faible. C'est pourquoi il n'y a pas besoin de missiles à longue portée pour atteindre la capitale (qui peuvent être contrés par des missiles de défense), mais simplement de l'artillerie. Des obus qui sont bombardés en somme, comme ceux qui ont bombardé l'île cet après-midi. Et ce qui fait très « guerre froide », c'est que l'artillerie nord-coréenne est massée à la frontière tout le temps, et n'en bouge pas, pour être parée à tirer à n'importe quel moment. Pour les bases militaires, l'information me vient d'un Coréen qui a fait son service militaire chez les Américains. Ils y faisaient des simulations de guerre. Alors, en 5 minutes le gros de l'armée sud-coréenne est décimée, et ils doivent faire appel à des renforts américains et japonais. En gros, le soldats sud-coréens ne servent pas à grand-chose, enfin si, ils ont une importance capitale en fait : essuyer la première salve, ce qui évite aux renforts d'être pris dans la boucherie eux aussi. En conclusion tout le monde est perdant s'il y a une guerre, mais vraiment perdant de chez perdant, c'est pas seulement un discours de hippie pacifiste, le potentiel de destruction réciproque est juste hallucinant.

En revanche, y a-t-il de quoi s'inquiéter ? Bien qu'à chaque fois que la Corée du Nord fasse parler d'elle il y ait en général peu d'enthousiasme, ils m'ont dit qu'il fallait s'y habituer, qu'il y avait tout le temps des évènements de ce genre, comme pour le torpillage de l'été dernier. Bien entendu, les jeunes hommes sont tous un peu à cran parce qu'avec leur fabuleux président va-t-en-guerre qui a mis l'armée en état d'alerte, ils sont en droit de redouter de se faire appeler aux casernes pour un entraînement surprise à tout moment. Bref si jamais Séoul se fait exploser dans les 10 secondes, ne vous inquiétez pas, je pense que le monde entier va avoir une grosse surprise dans les heures qui viennent, et je risque pas d'être le seul à brûler. Alors pourquoi la Corée du Nord fait ça s'ils se font péter en peu de temps eux aussi ? Par plaisir ? Parce que c'est un État voyou ? Parce que Kim Jong-il et Kim Jong-un sont fous à lier ? Ou bien, parce que la Corée du Nord est pauvre et que provoquer c'est le seul moyen qu'ils ont trouvé pour qu'on s'occupe enfin un peu d'eux (cf la fin de cet article, en Anglais : http://edition.cnn.com/2010/WORLD/asiapcf/11/23/nkorea.skorea.military.fire/index.html?hpt=T1).

J'avais parlé dans le précédent article sur ce sujet des réfugiés, dont on ne parle jamais. Jeudi, aujourd'hui, un étudiant de notre université est venu pour parler de lui. Ce qui le singularise des autres, c'est qu'il est né en Corée du Nord. Après un extrait de film reportage qui suit des Coréens qui fuient, il s'est brièvement présenté et nous a laissé lui poser les questions qu'on voulait. C'était à la fois inintéressant et impressionnant. Inintéressant parce que finalement, ça n'a été que la confirmation de tout ce dont on peut s'attendre sur les sujets abordés. Bien sûr, il est content de vivre en Corée du Sud, le voyage a été très dur, la vie en Corée du Nord craint du boudin (il s'est évadé trois jours avant le commencement de son service militaire), la famine, le pouvoir militaire, l'espoir de réunification un jour, les difficultés pour obtenir des nouvelles de son frère resté sur place (il doit passer par quatre intermédiaires), la compétition inattendue en arrivant en Corée du Sud (pris en charge pendant 6 mois pour se nourrir, après démerde-toi bonhomme), le manque d'information en Corée du Nord, les exécutions sur la place du marché pour les opposants (au sens large, étant considéré opposant celui qui fait une faute d'orthographe au nom du seul candidat lors des élections), la propagande qui dit dans les livres que c'est la Corée du Sud qui est pauvre et à laquelle la Corée du Nord doit envoyer des sacs de riz (depuis très récemment en revanche des vidéos de la vie au Sud passent au Nord et il y est légèrement plus possible d'avoir une idée du Sud), le fait que l'armée accapare les sacs de riz envoyés par le Sud et fasse payer à la population son accès... Mais impressionnant, parce que tout prend une dimension beaucoup plus réelle quand quelqu'un vient confirmer tout ça. En effet, dans son commentaire à cet article Terence parle de 1984, mais 1984 est une fiction, ici, c'est bien la réalité. Tout ce que j'ai dit, on le sait ou l'on peut s'en douter, parce qu'on l'a appris par diverses sources, école, journaux, associations, mais ça reste toujours lointain, comme l'occupation en France ou l'URSS. Avoir quelqu'un qui vient placidement confirmer en face de vous tout ça, même si ça paraît évident, ça cause toujours un choc. D'autant plus que j'ai fait le calcul, il devait avoir approximativement seize ans lorsqu'il est parti seul, de sa ville au Nord-Est de Corée du Nord, sans aucune idée de ce qui allait advenir de lui, sans personne pour l'accueillir s'il arrive à mener son voyage à terme en Corée du Sud. Sa mère est arrivée en Corée du Sud également après lui, son frère est resté sur place (avec certainement des pressions politiques pour avoir une famille pareille), et je n'ai pas osé le questionner sur son père dont il n'a pas parlé. L'auriez-vous fait à seize ans ? Il a également l'espoir d'une réunification un jour, il est chrétien, et exempté de service militaire en Corée du Sud, ce qui est le moins qui puisse lui être offert en bienvenu. Il est en faculté d'économie, mais il reconnaît être largué à cause des mathématiques, et avoue en souriant qu'il est sans doute trop tard pour rattraper le niveau. Mais au moins il est jeune, et il nous parle de la discrimination plus forte sur le marché du travail pour les réfugiés adultes, souvent très repérable à l'étrange accent chinois qu'ils ont quand ils parlent avec des gens du Sud. Voilà pour son portrait.

Pour ceux au courant de rien du tout : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/11/23/echange-de-tirs-d-artillerie-entre-les-deux-corees_1443699_3216.html#ens_id=1360285


jeudi 18 novembre 2010

Joged bumbung : le collé-serré à la balinaise

En lisant le Bali Post, un article m'a tout de suite frappé. Le joged bumbung, ou danse de séduction qui appartient au répertoire populaire des danses balinaises est jugé trop suggestif par les autorités culturelles, remettant en cause les gestes "érotiques" de la danse. Il faut dire que c'est une des seules danses qui n'a pas de caractère sacré, mais simplement pour divertir. En cause, la loi de 2006 dite « loi anti-pornograhie » qui condamne tous documents à caractère érotique. Bref, ce monument de la culture balinaise est frappé par cette loi. Les autorités culturelles ont donc mis en place des cours de « détox porno » pour les danseuses de joged bumbung afin de « retrouver le style d'avant à caractère religieux » (sic). Et pour voir si les danseuses ont bien compris ce qu'on leur demande, une compétition très officielle est organisée à Denpasar sur la grande scène. Lumière sur cette danse.

La nuit est déjà tombée depuis plusieurs heures quand je décide d'aller voir cette danse si intrigante. Sous une grande tente se trouve des invités prestigieux que j'imagine être des autorités culturelles. Je m'y rend un peu tard, la compétition est bien avancée. Néanmoins les compétitrices en costume traditionnel (mais sans la ceinture réservée aux cérémonies religieuses) se succèdent. Effectivement, le show n'est pas très sexy mais plaisant à voir, car chacune a sa manière pour amuser le public très masculin. D'ailleurs je suis le seul bule (blanc). Je m'avance prudemment, mon appareil à la main.

Et le spectacle me ravit... Sous un fond musical de gamelan en bambou, la danseuse arrive sur scène et entame une danse solo dans laquelle elle tente de montrer son agilité. La belle attend son homme, dans des postures qui ont l'air inconfortables. Les poignets tournent et ses doigts dansent en même temps, on dirait un crable, mais c'est vraiment ravissant. En même temps, son regard se balade de droit à gauche. Derrière elle, un énorme dragon. Et sur la tête se trouve un bâtonnet d'encens incandescent. Un moment magique. C'en est finit de l'attente et le beau monte sur la scène. Il s'agit en fait d'un danseur professionnel. Il tourne autour de la belle, essayant de mettre ses mains sur ses anches. Un collé serré qui n'est pas du goût de la danseuse qui refuse l'homme. La tension monte et l'homme insiste, jusqu'à finir et pleurer devant le refus à tout prix de la belle qui rit de voir son partenaire désespérer. La belle s'attache finalement à l'homme et propose de se réconcilier. L'homme l'emmène alors soit sur sa moto, son cheval ou sa barque. Le couple ne cesse de mimer leur aventure, toujours avec humour. C'est vraiment drôle et facile à comprendre, comparé aux autres danses à la symbolique plus religieuse et faisant référence à de grands mythes. Ici, toute l'histoire est inventée directement sur scène, le gamelan suit en effet le rythme imposé par les danseurs.

Le danseur professionnel s'en va, entre sur scène qui veut. Les hommes font la queue pour danser avec la belle. Dans la véritable version du joged bumbung pratiquée encore dans les villages, la belle choisit son partenaire par une tape sur l'épaule ou bien en enroulant un tissu autour de la taille, ce-dernier ne peut alors pas refusé. Ici, l'homme monte directement sur la scène. La plupart de ces danseurs amateurs ont au moins 50 ans et portent la moustache. Mais une chose est sûre, ils ne se prennent pas au sérieux. Un papy que j'estime avoir plus de 70 ans fait semblant de tomber et s'écroule finalement dans le décor. Ah, à un moment je vois quand même un danseur faire un geste d'avant en arrière près de la belle, très suggestif ! Mais pas de drame, tout le monde rit. Après quelques minutes, l'homme revient s'asseoir tranquillement. Un magnifique spectacle duquel j'ai pu tirer de belles photos. Extrait.