mercredi 8 septembre 2010

Los Angeles Episode 1 : 5 burgers, 1 noyade, et des milliers de palmiers.


Hi! Enfin je me décide à prendre ma plume électronique pour vous envoyer quelques nouvelles.

Bien arrivée, depuis presque une semaine. Voyage sympa, comme le hasard fait bien les choses, mon voisin de Paris à Chicago est de Soucelles (5km de chez mes parents!). Il s'en va faire son Into the wild au Canada... La traversée passe vite donc, puis, de Chicago à Los Angeles, paysages magnifiques, des montagnes aux plaines immenses, terre sèche et rouge, puis couverte de végétation. Un vrai spectacle, moi qui voulait dormir après une nuit agitée à l'aéroport, c'est raté, je ne décolle pas les yeux du hublot.

Mon maître de stage est bien là à l'aéroport de Los Angeles à mon arrivée. Et dans sa belle BMW blanche et qui brille il m'enmène manger mon premier burger californien (« un des meilleurs de Los Angeles » dit-il...bon moi j'ai pas vu beaucoup de différence avec les autres par la suite). Bref nous sommes partis pour une longue conversation, puis une longue route parmi tous les 4X4, le long des routes bordées de palmiers, direction l'auberge de jeunesse que j'ai réservée pour la première semaine. Sur la carte, elle est tout près de l'aéroport, finalement il nous faut bien 20 mn pour y aller...Je découvre une ville à une tout autre échelle! Adieu la marche à pied et les escapades en vélo...

Le quartier de l'auberge de jeunesse me fait vite déchanter, Je découvre par la suite qu'il est réputé sur ses agressions et ses crimes. Je viens de me rendre compte que je n'en ai pas de photos. Je n'aurais pas osé sortir mon appareil photo là-bas, mon maître de stage m'interdit même de marcher dans la rue, de jour comme de nuit. Et j'ai remarqué plus tard que les magasins n'avaient pas de fenêtres.

L'auberge en elle-même est assez sympa. A fond dans le cliché californien (peut-être aussi que c'est simplement ça la Californie) : Beach boys à fond les ballons dès le petit matin, palmiers à tirelarigot, piscine...


Je pars le lendemain soir, avec un Adam, un allemand, sur Hollywood Blvd et à Beverly Hills. On escalade une colline, voisine de Bel Air et la vue de la ville illuminée est impressionnante.


Devant le Chinese Theatre, de grandes stars (même Donald c'est pour dire) ont posé leurs empreintes...


Héhé...


Puis samedi, avec 6 autres de l'hôtel, direction Venice Beach. Venice est plus qu'une plage, c'est un spectacle vivant, on y rencontre beaucoup de « freaks », des gens un peu paumés, mais talentueux, qui exhibent leurs tatouages, dansent en roller, improvisent un match de basket, se contorsionnent.


Le soleil brille brille brille, les oiseaux chantent chantent chantent, et les vagues sont immenses...Le cadre semble idyllique, mais c'est ici que survient l'épisode de la noyade. Les vagues sont énormes, le courant très fort. Sans nous en rendre compte, en faisant les foufous dans les vagues, on s'éloigne de plus en plus, et impossible de revenir vers le bord. Sensation horrible de nager nager nager sans avancer d'un seul mètre. Bref, tout est bien qui finit bien puisque les beaux sauveteurs de Venice nous rejoignent en un instant, et nous ramènent vers le bord avec leurs belles bouées rouges...(passons sous silence le fait qu'il n'étaient pas si beaux, et que les bouées étaient même pas rouges...enfin).


Pas le temps de se poser, dimanche, direction les Universal Studios.

Pour l'ambiance, voyez par vous mêmes :)

La partie basse des studios...

Maman je pense que tu aurais aimé ^^

Mes nouveaux amis


J'ai pris un pass à l'année, pour pouvoir y retourner dès que je peux :) Je n'ai pas pu voir Wysteria Lane, c'est mon grand désespoir (temps d'attente 80mn!)

mardi 7 septembre 2010

Pasar Malam

Pasar malam, ou marché de nuit en indonésien. On se retrouve avec Amanda dans cet endroit un peu insolite où les marchands ambulants se sont installés côte à côte. Au dessus de nos têtes, de simples baches. On étouffe avec la chaleur, on est ébloui par les néons, mais on sent les épices à plein nez. Au menu : sate ayam ou brochettes de poulet à la sauce cacahuète cuites au charbon de bois. Délicieux !


vitrine d'un vendeur ambulant



sate ayam



dans la foule

Embrouille : les dieux se déchainent ??

Je me lève difficilement ce matin, je crois que je commence en avoir assez des travaux 24h/24h (dua empat jam comme on dit en indonésien) juste en face de chez moi. En plus le ciel est gris, il va pleuvoir, comme si la couleur du ciel préfigurait l'ambiance de la journée. Heureusement que je pense à mon nouveau logement que j'ai pu visiter hier soir, plus près de mon futur bureau. Je pars donc confiant, avec mes 10 millions de rupiah changés auparavant (soit quand même près de 800 euros). Au point de rendez-vous, Amanda m'appelle, l'air affolé : « come back to the hotel now » sont les seuls mots que je puisse comprendre avec un « there has been a fight ». Au bord de la route, une quatre voies déjà encombrées, je finis par voir Defry, celui qui m'a fait visité la maison la veille. Il me fait signe et nous nous arrêtons discuter. C'est très difficile de se comprendre, il baragouine à peine quelques mots d'anglais et moi d'indonésien. Mais quelques mots et gestes suffisent cette fois : il s'est apparemment fait tabasser par 4 hommes à cause de la chambre que je devais louer. Déjà la veille je sentais une tension entre lui et les ''gardiens'' qui rodaient autour, dont l'un avait la carrure d'un haltérophile. Il m'explique qu'il aurait été frappé au visage. Je remarque aussi sur son tshirt des trous, et je lui demande si il a reçu des coups de couteau, il me répond que oui. Alors je lui demande s'il a été voir la police, il me répond que non et d'un geste il imite quelqu'un qui lui trancherait la gorge : ''ils'' le tueraient s'il parlait. Mieux vaut éviter de traîner avec Defry, je rentre alors bredouille à Sanur. Pour me consoler, je m'arrête à un warung sur le bord de la route et je commande un babi guling qui suinte bien la graisse et m'arrache la bouche. Je m'installe à côté de trois balinais en tenue de cérémonie et je discute avec mon voisin d'en face, qui m'offre une kretek (cigarette aux clous de giroffle) et finit par payer mon repas en partant. Tant de gentillesse me paraît alors déplacé. Qui croire maintenant ?
A vrai dire je n'ai sans doute pas été assez méfiant. D'abord envers Defry. Comme tous les indonésiens, il est ravi de vous parler, curieux et souriant. Pour une fois, je le trouvais sincère mais sans doute un peu niais, il fait jeune, 23 ans selon lui. La veille j'étais encore près à aller dîner chez lui. Puis le quartier : la chambre se trouvait dans un nouveau complexe construit de toute pièce au bord de la route, loin des endroits touristiques, après tout c'est ce que je souhaitais. J'aurais du rencontrer le patron, pour au moins avoir une certitude.
Le racket est une pratique courante en Indonésie, pays où les institutions publiques sont plus que défaillantes. Les banjar (milices religieuses) ne se cachent même pas dans les rues. Bref, cette journée laisse un goût amer, surtout que je ne sais pas qui croire. Si ça se trouve ce n'est qu'un coup monté par Defry qui n'avait pas de cicatrice et malgré les coups reçus pouvait encore conduire et faire son petit jeu avec moi. En plus de ça, j'avais déjà versé 2 millions de rupiah (180 euros) la veille comme acompte, que je ne pense revoir de sitôt. Serait-ce une mauvaise plaisanterie des dieux ? Ce soir, j'irai prier au temple...

Finalement je revois Defry et on s'explique mieux. Les gens qui l'ont tabassé font partie du Indi Bali, un gang de balinais. Ils se sont mis à le frapper alors qu'il était venu voir si tout allait bien et s'il pouvait avoir un frigo. Ils n'ont sans doute pas apprécier de recevoir des ordres de la part d'un javanais. Defry vient en fait de Banyuwangi, sur la pointe est de Java, juste en face de Bali. Eloignés de Surabaya, ils vont surtout chercher du travail sur Bali et se heurtent donc aux locaux qui ne veulent pas partager le butin du tourisme. Il me dit qu'il risque sa vie si jamais je cherche à avoir les 2 millions de rupiah qu'ils ont gardé. J'ai un peu pitié de lui, je crois qu'il est de bonne fois, simplement inexpérimenté. Je lui demande simplement 500.000 rupiah de dédommagement et lui promet de l'inviter à dîner un de ces soirs.
Crevé, je parts avec Amanda à la plage. En route, le ciel gris éclate en une pluie fine qui nous trempe en arrivant. C'est une plage de sable noir et la mer est déchaîné. Nous commandons alors un poisson grillé (ikan bakar) à l'abris dans un warung histoire d'oublier cette journée éprouvante. Demain sera la dernière journée pour trouver un logement avant de commencer le stage. J'espère que les dieux m'ont entendu !!

Premiers jours à Bali

Cher-e-s Ami-e-s Ruminant-e-s,

C'est avec énormément de culpabilité que je me résouts à vous écrire, et aussi parce que ça me démangeait de ne pas pouvoir vous parler de l'Indonésie comme j'avais l'habitude de vous saouler avec. Ce sera bien l'Indonésie dont il sera l'objet dans ce message, mais plus précisément Bali, « îlot des dieux ». Comment résumer cette première semaine passée dans ce petit morceau de terre où se concentrent 3,9 millions de bridés et une bonne tripotée de touristes... et moi parmi tout ces gens ?

D'abord brûlé par le soleil, dégoulinant de transpiration, ensuite cogné par ma première cuite (à moitié fait exprès), intoxiqué par la pollution des gaz d'échappement, carrément anesthésié par les sauces pimentés dans tous les plats, enfin ruinés par les tenanciers sans scrupules, épuiser par la barrière de la langue, voici un peu dans quel état je suis. Mais laissez-moi vous raconter mes petites histoires balinaises.




Scène insolite : dans un parking de supermarché est installé un hotel pour prier




Tout commence dans un avion

Tout commence dans un avion, c'était un Boeing 747 de Koreair, mais ça on s'en fout. Dans l'avion, je rencontre Marie, une étudiante de Sciences po Grenoble qui va faire un stage aux îles Fidji, à la représentation de l'Union européenne. Puis en arrivant à Séoul nous faisons connaissance avec Anne, une jeune instit' qui a appris qu'elle était mutée à Bali, à l'école internationale. Elle est déjà restée un mois en Juillet. Woouhouh, première personne que je rencontre se rendant à Bali. A l'aéroport, nous avons encore 3 heures à attendre, avec nos têtes de zombies. Je décide d'aller trouver un petit take away coréen, histoire de goûter un peu du pays. Je trouve un Bibimbap, plat qui mélange riz, légumes (dont le liseron d'eau, sorte d'épinard en meilleur que l'on trouve aussi en Indonésie, un autre légume inconnu en fines lamelles blanches), sauce piquante (euphémisme), poulet. Ça me donne la gerbe et je plaints Caca qui va devoir manger ça pendant 10 mois, surtout la soupe à l'algue. Marie a appris 4 jours avant de partir qu'elle partait aux îles Fidji, elle s'attendait surtout à avoir un stage à Strasbourg (ça me rappelle quelqu'un aussi !!)
Scène surréaliste dans l'aéroport : nous entendons des tambours et casseroles, et tout à coup des hommes en costume de guerrier et des femmes à costume à faire envier les bigoudens forment une procession. C'est en fait la famille royale (au pouvoir avant la proclamation de la République de Coréen) qui défile dans les couloirs de l'aéroport, entre les boutiques duty free et les passagers zombis.


Le mont Agung au coucher du soleil





Rencontre avec Anggun

Je passe les premiers jours chez Irma, une amie d'Amanda qui m'héberge le temps que je m'installe. Elle fait jeune et pourtant elle a déjà 27 ans et une fille, Anggun, à peine un an et le privilège de porter le nom de la (célèbre ?) chanteuse pop franco-indonésienne. Irma parle bien anglais (contrairement à bon nombre d'indonésiens) et est vraiment drôle, mais ne reste pas le weekend, elle va en effet à Lombok, l'île voisinne voir sa famille. Je meurs de chaleur et je ne tiens pas le décalage horaire, j'enchaine les nuits blanches et dors la journée. Le matin, un coq chante juste devant ma fenêtre, j'ai une envie subite de manger du poulet grillé, ayam goreng. Irma habite dans un quartier 100% indonésien, où les maisons poussent entre les rizières et les éleveurs de bœufs. Chaque maison a son pura, temple hindou dédié aux ''dieux'' des pénates.
Je finis par louer un scooter car il n'y pas de transport en commun et je parts à l'aventure sur les routes et chemins indonésiens. Mes premières journées, je les passe en scooter à faire des allers-retours entre Sanur, où j'ai loué une chambre et Kuta/Seminyak à l'autre extrémité de la pointe Sud de l'île, endroit hypertouristique mais réputé le moins cher pour trouver des logements. Je fais vrombir mon engin sur la bypass (quatre voies) entre les énormes camions hors d'âges et surchargés et les amas de scooter qui roulent au touche à touche. Puis je me dirige vers Denpasar, la grande ville de Bali, je traverse en scooter d'énormes avenues où foncent des vans Toyota et des motocyclistes pressés. J'arrive ensuite dans le centre d'affaire, croyant l'Alliance française se trouver dans ce coin. Finalement je ne la trouve pas, et continue mon chemin (quasiment aucun panneau d'indication je dois faire avec ma carte et mon sens de l'orientation). Néanmoins le scooter est un excellent moyen de découvrir l'île et permet de prendre son temps et de s'arrêter facilement le long des routes encombrées. Pas de chichi, je m'arrête dans les petits bouibouis autrement appelés warung (en fait le type de nourriture servie dépend de l'origine du vendeur, on trouve ainsi de nombreux warung Jawa avec la mention Muslim).
Puis je me dirige vers Kerobokan, plus au Nord, qui est le lieu privilégié de villégiature des expat'. En arrivant sur place, je vois pourquoi : de belles villas au milieu des champs de riz bien conservés, un lieu paisible qui a réussi à garder son charme. Je croise de nombreux bule (se prononce ''boulet'', c'est le nom qu'utilisent les indonésiens pour nommer les ''blancs''). Je me rends à l'école internationale française où je rencontre la directrice, Christine, et son mari qui me proposent de poser une annonce soutien scolaire contre logement.

Bref ces quelques jours n'ont pas été palpitants, mais un premier contact avec les locaux. Je me rends compte qu'il est indispensable de savoir parler un minimum d'indonésien pour d'une part ne pas se laisser piéger par les différents subterfuges des indonésiens sans scrupules derrière leur grand sourire et pour pallier leur niveau en anglais. A mon grand étonnement, j'ai retenu une bonne partie de ce que j'avais appris avant de partir, et ça me sert. Par contre, impossible de se faire comprendre quand j'essaie de parler.

Ma bécane


Un crit à l'indonésienne

Le jeudi est enfin arrivé, et je rencontre mon maître de stage. La rédaction du journal se trouve dans le jardin de sa villa. Seuls deux indonésiens y travaillent à plein temps, un pour livrer les journaux et l'autre pour s'occuper de la comptabilité. Tout le reste est pris en main par Socrate, mon maître de stage. Nous partons ensemble pour Ubud à deux heures de route, en chemin nous avons le temps de faire connaissance. Moi je reste bouche bée, car c'est la première fois que je quitte le sud de l'île. On arrive à Ubud, centre touristique aussi, mais beaucoup plus calme que Kuta. Centre culturel et artistique, c'est aussi un endroit pour les riches et des ''blings blings'' que je ne cessent d'appercevoir. On va à la librairie d'un ami, Thierry, presque la soixantaine et on y rencontre d'autres français. Cela a l'allure d'une réunion d'anciens combattants, je me sens pas vraiment à l'aise. A midi, Socrate me ''lâche'' et je me promène à pied dans Ubud. J'avale un babi guling, spécialité de Bali : cochon grillé à la broche. Très gras (euphémisme) mais délicieux. Ici tout est bon aussi dans le cochon : ils mangent même la peau craquelée et font du boudin avec le sang (vraiment immonde). Pour cela, je m'assoie entre un vieux couple de hollandais et un cino-indonésien. Les premiers reviennent à Bali tous les ans depuis une dizaine d'année, le second est un amateur de plongée. Je continue mon chemin en discutant avec un touriste américain, danseur de balais retraité ayant passé une bonne partie de sa vie en Europe. Tout cela est assez surréaliste. Je m'arrête chez le coiffeur (une indonésienne sans aucun tact qui essaie à moitié de me draguer) et c'est finalement une erreur.
Finalement je rejoins Socrate vers trois heures de l'après-midi pour un événement assez imprévu. Ce qui au départ ne devait être qu'un footing est finalement devenu un Hash. Vous ne connaissez pas le Hash ? Eh bien c'est une sorte de course d'orientation par équipe (bien qu'il n'y ait qu'un seul parcours). Le but est d'arriver au bout avant la nuit tombé. Moi qui pensait faire un petit footing tranquille, est bien j'ai vite déchanté, c'était plus proche d'un entraînement militaire, avec l'ambiance beauf en plus. Mais par contre, question paysage, c'était vraiment magnifique : des rizières en terrasse, des forêts de fougères arborescentes, des cours d'eau à franchir et des petits villages de paysans qui nous accueillait avec un grand sourire à moitié en train de se payer notre tête. J'ai vu une autre facette de Bali et enfin pu profiter de la nature florissante. Au final, 80 min (à moitié à marcher, pas évident de courir sur les allées des rizières d'à peine 10 cm de large) qui m'en ont mis pleins les yeux (pas évident après avoir manger du babi guling bien épicé). A la fin, ambiance qui me fait penser au crit avec chansons très beaufs, partage d'un tonneau de bière avec des australiens. Mine de rien, derrière ça, c'est la première fois que je vois des indonésiens (en majorité) regroupés avec des occidentaux, auparavant je n'avais vu qu'une simple cohabitation entre les deux. Je finis à moitié saoule, puis qu'étant nouveau je dois m'acquitter d'une double ration de bière.

Une autre surprise fut un soir d'apercevoir un combat de coq, à proximité d'un temple. Je m'y arrête, ambiance 100% masculine. En fait, je n'ai pu voir que la fin, quand une des bêtes est tombées dans une mare de sang. A côté du ''ring'' se trouvait des cages entières remplies de coqs attendant d'être lâchés au milieu de la foule en délire, et un indonésien plumait le perdant de la partie précédente. Le combat de coq, adu ayam est une vieille tradition balinaise et bien qu'officiellement interdite chacun n'hésite à sortir ses économies pour les paris.

En fait, le rêve d'OSS 117 se serait-il réalisé ? Il paraît ces derniers temps qu'à Lombok, l'île voisine, un vieux touriste australien aurait débranché le haut-parleur du minaret à proximité de son hôtel, harassé par le bruit du champ de l'appel à la prière. Il serait maintenant en prison pour blasphème, et risquerait d'y passer les cinq prochaines années.

Voici mes amis mes petites aventures balinaises. J'ai maintenant hâte de pouvoir commencer mon stage.

samedi 4 septembre 2010

Parmi les autres

Vendredi dernier a eu lieu la journée d’accueil des étudiants étrangers, où j’ai fait la connaissance des premières personnes autres que Kiwon. Même s’il s’avère un super buddy comparé à certains autres (tout le temps là, fait le guide pour nous emmener partout, parle vraiment bien Anglais), ne connaître que lui est angoissant parce que son absence me renvoie à mon statut d’étranger total dans ce pays de sauvages. Le groupe de gens que je fréquente n’a cessé de croître, ce qui rend difficile d’organiser la place pour être tous ensemble dans un restaurant par exemple. Depuis vendredi, le cercle de mes fréquentations s’étend à de variables nationalités, mais qui présentent – pour l’instant – une caractéristique commune : être des Européens (ou des Occidentaux). D’abord, on se croirait de retour dans l’Alsace occupée. Entouré d'un, deux, trois, quatre, cinq Allemands et une Autrichienne, il ne manque plus que la Currywurst. Bon on ne partage pas forcément les mêmes passions (aller en boîte et faire de la muscu sur le temps libre), mais la réconciliation est possible. En dehors de ça, dans l’ordre où je les ai rencontrés, un Turc, des Tchèques, des Kazakhs, des Finlandais, un Néerlandais, un Espagnol, des Japonais, des Russes, un Mexicain et je crois que c’est tout mais rien, et cela a un impact bien réel sur ma capacité à communiquer (à trop parler en Anglais je perds parfois mon Anglais, ou bien je me mets à rouler les r comme certains le font !). Bien sûr j’exclus du groupe les Coréens que j’ai rencontrés à droite à gauche et dont l’étrangeté des noms me force à n’en retenir que quelques-uns au détriment d’autres, à défaut de les appeler Jean-Pierre ou Fêt. Nat. Être une minorité visible n’est donc pour l’instant pas si difficile à assumer que ça, même si mes aventures solitaires dans les rues improbables de Séoul me valent de faire se retourner dans leurs orbites les yeux des vieux qui me voient passer. Mais vous allez me faire une remarque. Point de Chinois dans tout ça ma foi ! Et pourtant, ils représentent plus de la moitié des étudiants étrangers ici. J’ai des excuses qui sont achèveraient n’importe quel juré : d’une, ils restent dans leur coin, et de deux, si nous aussi restons dans notre coin, c’est parce qu’on peut pas les différencier des Coréens ! La plupart d’entre eux parlant très bien Coréen (et pas du tout Anglais parfois), même les Coréens nous préfèrent parce que nous sommes tellement plus exotiques. Mais une excursion en Chine étant nécessaire vu la proximité qui la sépare de la Corée, il faudra bien entrer en contact avec eux, ce que j’ai prévu pour vendredi, quand aura lieu le fameux « Icebreaking trip » entre tous les étudiants étrangers et leur buddies. D’ailleurs, ayons une vision de long terme : en dehors de ma camarade française, de l’Espagnol, du Turc et des Russes, je n’ai rencontré personne qui restait deux semestres. La présence d’Européens qui ont à peu près les pieds sur terre fait plaisir au Français que je suis. Je ne pensais pas qu’on portait autant sur soi la réputation de son pays. Depuis les provocations comme « America saved your ass twice », ou les remarques cucu à la « I loooooove Paris, the Eiffel tower, the country of romance and love », j’arrive à caser quelque fois une remarque suggérant implicitement l’idée à la limite éventuellement possible qu’en fait tout ça ne veut rien dire parce que comme partout, les Français ne sont pas une population homogène et que de l’un à l’autre ça varie et que voilà. Bon honnêtement je n’ai reçu qu’une fois la première proposition (et pas par un Coréen), mais la deuxième m’est tombée dessus aussi souvent que l’averse ici, et sans parapluie, c’est désagréable. Mais la proximité politique et culturelle de certains permet d’avoir des discussions véritables, confrontant des points de vue différents. Ainsi de la question kurde avec vous-devinez-lequel, ainsi de la crise et des mutations sociétales contemporaines avec des Tchèques. Certaines vont moins loin, lorsqu’un Finlandais me demande ce que foutent les pauvres comme les pays baltes dans l’Union européenne à part nous voler notre argent, ou quand un Russe me dit qu’il étudie le Coréen parce qu’il y a du pognon à se faire là vu que pas grand-monde ne le parle. À ce propos, j’ai remarqué que les Coréens ne discutent pas beaucoup de questions de société ou politiques, de trucs qui fâchent en somme, à part Kiwon. Ils préfèrent parler de trucs qui font sourire tout le monde : l’alcool et les filles (parfois en établissant un lien douteux entre les deux). De plus, j’ai vite remarqué que nous autres Français étions les seuls inscrits en relations internationales. Les autres sont quasiment tous en business administration ou electrical engineering ! Cette exception a ses désavantages et ses avantages : avoir une culture générale en relations internationales permet d’être capable de tenir une discussion sur des sujets propres à des personnes d’autres nationalités (je m’en rends compte maintenant à quoi ont servi ces heures de lecture du monde diplo ou du courrier), mais s’intéresser à ces questions implique ne pas forcément avoir les mêmes centres d’intérêt et de questionnement comme les autres. À vrai dire, la distinction qui se fait en France entre l’étude des phénomènes politiques et le business existe toujours en dehors de nos lignes de démarcation nationales, mais elle y semble infiniment plus implicite.


Pour illustrer ce que je disais dans mon premier article, voici quelques beaux immeubles, et voici ensuite ce que l'on voit quand on se retourne



C'est ainsi que mes escapades solitaires loin des grandes avenues me mènent devant des repaires de cranes rasés

Depuis lundi, les cours ont repris, avec une bonne dose d’humour. Lundi, premier cours de Coréen. Pour 2h de cours, la prof arrive avec 1h45 de retard. Mardi, premier cours de sciences sociales. Le prof nous annonce qu’il n’est pas en état de faire cours, à cause d’une gueule de bois – mais, en réalité, il avait plutôt une gueule de jaune. Enfin, mercredi, les choses sérieuses ont enfin débuté avec le premier vrai cours de Coréen, où j’ai appris ce que j’ai déjà appris. Non, c'est vrai, je suis un peu vantard, j’ai eu une expérience culturelle forte en émotions. Pour apprendre l’alphabet, à partir de zéro, la technique de la secte est à l'œuvre. La prof dit un son, et tout le monde répète. On fait pareil à l’école chez nous dites-vous ? Ici, la présence massive de Chinois donne une toute autre dimension à la chose. Ils doivent être beaucoup plus disciplinés que nous à répéter tous en même temps, parce que les voix portaient à l’unisson, et surtout, on se lève quand on est interrogé. Et évidemment, le contre-temps est dissonant et mérite un rire bon enfant de toute la chorale – toujours à l’unisson, le rire. Même quand un individu dans la masse est interrogé, c’est un peu tout le monde qui parle à travers lui, sauf lorsqu’il s’agit d’Européens mal accordés (c'est nous qui faisons les cons au fond de la classe). En fait, j’ai bien fait de m’attaquer à l’alphabet avant de partir, car en arrivant, il m’a suffit de m’exercer dans la rue à n’importe quel endroit pour faire des progrès, mais les choses sérieuses devraient bientôt commencer pour moi. Enfin, jeudi, le prof du mardi nous a fait son premier vrai cours (mass medias and popular culture). C’est un prof d’urban sociology, spécialisé dans les questions de culture populaire, et son introduction était vraiment épatante. C’était de la politique comparée sur l’obéissance aux lois et règlements entre les États-Unis, la Corée et le Japon, et ça avait tous les avantages d’un cours à la Maliesky ou Polo : des récits amusants d’expérience personnelle, de l’analyse mais pas casse-tête, et surtout, dès qu’il en a marre de faire cours, il nous lâche en avance.

Mes rapports avec les Coréens sont aussi variables que les Coréens. La plupart savent au sein de l’université qu’il y a des étudiants étrangers, mais la plupart ont l’air de s’en foutre. C’est certainement parce qu’ils ne parlent pas Anglais, car on voit tout de suite quand un Coréen a été à l’étranger ou pas. Ils sont beaucoup plus prêts à aller vers nous, et sont beaucoup plus confiants dans leur expression. Exemple : l'autre matin, j’ai pris un petit déjeuner tout seul, et un Coréen s’est assis à ma table. Je lui propose de discuter et la discussion prend très facilement grâce à son niveau d’Anglais, mais pas seulement, sans doute aussi parce qu’il a traversé toute l’Europe en sac à dos en prenant le train à partir de Vladivostok. Ainsi de plusieurs rencontres « par hasard ». Mon roommate est caractéristique du reste des Coréens, jamais allés à l’étranger et se débrouillant difficilement en Anglais. Il fait des efforts (sachant qu’il a déjà eu un roommate français) ce qui est déjà pas mal quand je demande aux autres comment est le leur, mais il n’a pas cassé sa timidité par un voyage sur un autre continent. Quelque chose m’a beaucoup surpris d’ailleurs, concernant principalement ceux qui ont voyagé aux States. Lorsqu’ils se présentent, ils me donnent leur prénom en Coréen, que j’essaie de retenir à chaque fois pour m’améliorer, mais aussi leur prénom en Anglais. Qui n’a aucun rapport avec leur prénom coréen. Ils entourent cela de belles intentions : c’est difficile pour vous de prononcer, donc tu peux m’appeler Peter, ou Bryan... Mais derrière, il y a l’idée que quand ils ont étudié aux États-Unis, personne n’a fait l’effort de les appeler par leur prénom, aussi bien chez les gens qu’ils fréquentaient que du point de vue de l’administration. I mean, what the fuck ? C’est plus qu’irrespectueux, c’est carrément revenir à une mentalité XIXe siècle où les Occidentaux dominent tout le monde car le reste du monde doit se conformer à leurs normes ! Quand je parle des jaunes, ou que je dis que je compte les appeler Jean-Pierre il va de soi qu’il s’agit de second degré, mais quand un gars me dit qu’il s'est fait appeler Bryan pendant un an, ça me fait penser aux ressortissants des colonies française qu’on appelait Jean-Hubert ou Pierre-Xavier pour rendre ça plus simple !



Un endroit pour les couples la nuit : une rivière à découvert en plein milieu de Séoul


Quelle genre d’activités par ici ? Les projets se bousculent les uns les autres et l’heurt des choix se rapproche. Bon, ok, j’ai bien mon saxophone avec moi, d’accord, et il y a quelques (vieux, voire bien déglingués) pianos à droite à gauche sur le campus. Bon, ok, il y a d’autres étudiants étrangers qui sont motivés pour qu’on joue ensemble (on a presque une quinte flush royale : claviériste, guitariste, bassiste, batteur, il manque plus qu’un chant et des goûts musicaux communs). Mais voyez, il manque le lieu. Il y a des clubs au sein de l’université qui ont des locaux (j’ai pu faire un premier bœuf en hommage à ce blog mercredi soir). Mais voyez, le gars avec qui on a joué aime bien les étudiants étrangers et voulait jouer avec nous, sauf que pour utiliser la salle, il faut normalement être membre du club, et nous ne le sommes pas, pour la bonne raison que les inscriptions et auditions (!) ont eu lieu au début de l’année, avant notre arrivée soit. Merci au revoir. Nous sommes toujours en quête d’un endroit où jouer (le prix n’est pas la question comme rien n’est cher ici, mais plutôt la distance). Je prévois aussi de me mettre au taekwondo, et l’aide d’un buddy sportif n’est que d’autant plus appréciable. Je vais aussi donner des cours de Français débutant payés à 10 euros de l’heure, la question est simplement de savoir si je serai à la hauteur de la pédagogie nécessaire pour quelqu’un qui n’a pas la même culture ni le même langage. En vrac, il est toujours possible de trouver des chemins de randonnée très sympa, je vais voyager en Corée (comme ailleurs j’espère), il y a une comédie musicale (pour 2 euros) ce jeudi soir, je compte aussi voir ce que donnent niveau prix les bains publics, le cinéma (Inception ?), le karaoke (mise à jour de samedi : hier soir pour notre icebreaking trip j’ai vécu mon premier karaoke... ça mérite un article à lui tout seul), mais des articles sûrement plus détaillés viendront à ce sujet. J’en profite pour aborder la question des prix et de la consommation ici. Je ne sais pas quoi dire d’autre que des exemples. 1€13 le petit déjeuner (mais attention, badass breakfast) ; entre 1€33 et 3€ le déjeuner et dîner au restaurant universitaire ; dans les restaurants ça peut aller de 5€ à 10€ (et 10€ est vraiment le plus cher que j’ai payé, tout compris, avec les boissons, dans un restaurant assez chic mais un peu trop attrape-nigaud) et on vous sert la dose et où personne ne peut finir son plat ou bien difficilement ; 20 à 60 centimes le voyage de bus ou métro ; 60€ le piano droit (je me suis retenu au moment où je me suis demandé comment le trimballer jusqu’en France), 1€33 le paquet de Malboro qui est le plus cher (non je n’en ramènerai pas en France, je n’aurai pas assez de place dans la valise)... Je n’ai pas plus d’idées en tête mais si j’ai d’autres trucs frappant sous la main je les noterai. Bien sûr, ce n’est pas une généralité, notamment sur les produits d’importation. C’est le cas des fruits, qui coûtent vraiment cher, comme 1€50 la pomme, à l’unité, idem des pêches, ou du chocolat (5€ le paquet de 8 cookies !). Mais dans l’ensemble, ça reste avantageux si l’on ne cherche pas à faire des excès en sortant de la norme coréenne. En ce qui concerne les produits qu’ils vendent dans les supérettes du campus par exemple, ou bien dans les distributeurs automatiques qui se trouvent tous les 100 mètres dans la rue, il y a vraiment des trucs qui interpellent. Certes, quand sur une canette il n’y a que du Coréen, on est forcé de se jeter à l’eau, surtout quand celle-ci est mélangée à des produits difficiles à identifier. Dans les trucs que j’ai pu tester pour l’instant (et je suis loin d’en avoir fini), on trouve de l’originalité (café au lait froid dans de petites bouteilles), de la pure copie de ce qu’on trouve chez nous (simple limonade), et de l’entre-deux (jus de pomme... laiteux). En ce qui concerne la nourriture dans les magasins et distributeurs, ces trois catégories sont également valables (sushi sous plastique, twix, ou saucisse sous plastique à l’unité).

Un dernier sujet sur ce long article qui aborde déjà trop de choses mais qui condense en quelques lignes ce qu’a pu être mon étonnement ces derniers temps. C’est dommage mais je commence déjà à m’habituer à trop de choses, il va falloir que j’aille m’enfouir plus loin dans la jungle. Car en effet, le campus est vraiment parfait, une ville dans la ville où l’on a tout ce qu’on veut, mais c’est une prison dorée. Avoir le dorm, les cours, un joli environnement, des endroits où se divertir, des supérettes, et de quoi manger ne donne pas envie d’aller ailleurs, puisqu’on y a tout. C’est pourquoi je me permets des petites escapades solitaires dans le coin (je commence à savoir me repérer dans la zone, je vais pouvoir passer au quartier suivant bientôt) pour continuer à savourer le plaisir d’être perdu. Mais beaucoup d’aspects présentés joliment sont autant de moyens de surveillance et confirment l’image de la prison dorée. Dans le parc, les caméras fleurissent. Il est obligatoire pour tous les étudiants de l’université il est obligatoire d’avoir un compte dans une banque qui a son antenne dans un bâtiment. Pour exister il faut avoir plein de cartes sur soi. J’en suis déjà actuellement à 5 : carte de crédit française, carte de crédit coréenne, carte pour entrer dans le dorm, carte de transport en commun (bus, métro, taxi), carte d’étudiant. Il faut aussi le portable, qui semble définitivement rentré dans les mœurs et assez profondément d’ailleurs, dans le sens où en plein milieu d’une discussion, ou à table, si le téléphone pleure, les Coréens lui donnent à téter la voix de son propriétaire immédiatement. L’université a également sa propre boutique où elle vend tout un ensemble de produits avec son logo dessus (mug, vêtements, sacs...). Voilà où peut mener le corporatisme du CDE ! Kiwon m’a dit que l’université étant une bonne université, beaucoup d’étudiants sont fiers d’avoir réussi à y entrer et veulent le montrer sur eux quand ils sont eux quand ils se baladent. Tiens tiens, moi qui cherchait de l’universel en me rendant ici, voici un curieux écho à une situation à laquelle certains d’entre nous ont déjà été confrontés... Kiwon m’a fait plaisir en me disant qu’il trouvait ce comportement assez arrogant et ridicule de se balader en supportant en gros le sigle de l’université ! Bref, voilà aussi un certain nombre de points qui se doivent d’être soulignés à mon sens pour ne pas rendre le tableau que j’ai esquissé jusqu’ici trop naïf.

Allez, pour ceux qui trouvent que cet article manquait d’action, je conclus rapidement en vous racontant ce qu’il y a eu cette nuit : la météorologie m’a fait don de son premier typhon, et un typhon fonky, si vous voyez ce que je veux dire. Ma fenêtre étant ouverte cette nuit, le vent m’a soufflé un boucan incroyable dans la chambre et m’a réveillé en pleine nuit. Il n’a pas plu autant que je ne le pensais, c’était surtout une question de vent, et ayant eu lieu dans la nuit, je ne l’ai senti que tôt dans la matinée, en me levant. Bien sûr, c’est assez dangereux de sortir dans de telles conditions, comme les photos en témoignent, mais bon la vie continue, et les Coréens sont habitués, et puis d’abord, ce serait pas marrant si tout le monde restait chez soi. Donc tout le monde sort comme d’habitude !



Les effets du fameux typhon, apparemment particulièrement violent cette fois-ci

vendredi 27 août 2010

Premiers jours

Je viens enfin de passer mon réveil à l’heure coréenne, poursuivant ici mon intégration à l’hémisphère oriental. Il est minuit passé, il est temps de dire tout ce qui s’est passé en ces quelques dernières heures. Je vais choisir la méthode la plus raisonnable et immersive : celle de la chronologie.

Je dois des comptes à Mehdi qui nous a exprimé ce qu’il a ressenti à bord de l’avion. Ma dernière demi-journée en France a été l’occasion de nombreuses variations de mon attitude. Pendant le train, à cause de ma nuit peu ensommeillée, j’étais pressé d’arriver car je tombais de fatigue sans avoir le droit de m’endormir, au risque de rater la gare. Alors pour passer le temps, je me suis contenté de légers picotements à l’estomac qui me rappelaient quand même qu’un grand voyage m’attendait, que j’allais arriver à Séoul, tu te rends compte ? Séoul ! L’excitation était plus que présente en descendant du train, une banane entre les dents à observer le dédale qu’est Charles de Gaulle. L’aéroport porte bien son nom : il vous fait aller dans un sens puis dans l’autre, et quand vous comprenez enfin comment vous orienter par rapport à lui, c’est déjà trop tard, il vous a déjà baisé. Plus concrètement : je suis passé devant une queue monumentale de gens en souriant en me disant « ces gens n’ont-ils pas pensé à acheter leur ticket avant ? » puis je me suis rendu compte que c’était juste la queue dans laquelle je devais m’insérer. Ça va : j’arrive 3h en avance, la queue dure dans les 1h45. Un peu stressant. Je vous passe les problèmes de machine etc. Un peu (euphémisme) énervé par ce bordel, je m’assois devant ma porte d’embarquement, mâchant mon sandwich déjà plus très frais. Puis nous pouvons commencer à rentrer. Je suis dans les premiers de la file classe économique, mais la dame qui prend les billets nous dit d’attendre pour laisser passer ceux de la classe affaires ! Mon sang bouillonne face à l’injustice imposée par les rentiers, qui sont les vrais responsables des attentats du World Trade Center. Quand c’est mon tour de passer, mon billet ne passe pas. Chouette, encore une saloperie qui va m’arriver ! « Ha, Monsieur, il fallait qu’on complète la classe affaires, donc on vous a surclassé gratuitement ! ». Je sais ce que vous pensez : c’est comme la prise d’otage en Corse, Camille raconte des conneries, il nous fait sa crise. Regardez donc la photo ci-contre. Je ne regrette qu’une chose : ne pas avoir demandé à la dame des billets de cracher à la face des gueux de la file économique. Vous comprenez donc ma nouvelle perception des choses : si à 20 ans on a pas voyagé en classe affaires, c’est qu’on a raté sa vie. Sauvé ! Le moral est donc revenu, en m’installant dans mon fauteuil ultra high-tech, mais provisoirement. En effet, être entouré de deux hommes d’affaires, un Néerlandais, lecteur du International Herald Tribune, qui a choisi de prendre le Figaro après mon obtention d’un Canard Enchaîné lorsqu’une hôtesse est passée en proposant des journaux et en m’expliquant que je n’avais pas besoin de sortir mon porte-monnaie, et un Allemand, qui – quel enfoiré – a réussi à dormir durant l’intégralité du voyage, à l’exception d’un moment où un de ses collègues est venu avec un PC portable en lui montrant des courbes et où ils ont parlé de « Produzion », « Million Euro », « Waffen », me décourageant ainsi d’entamer la discussion, ces deux zouaves ne parlant pas un mot du voyage, et réussissant à dormir quand je n’arrive qu’à dormir deux heures, n’a rien d’épanouissant. À 14h, on me propose du champagne, j’ai du foie gras en entrée. À 16h, j’arrive à m’endormir en dégoûtant l’hôtesse lorsque je lui dis que je vais repeindre l’avion si je mange davantage. À 18h, je me réveille en pleine nuit sans réussir à me rendormir. À 21h, nous passons au-dessus du lac Baïkal. À 23h, j’ai l’immense déception de ne pas pouvoir prendre de photo : après que quelqu’un a ouvert un hublot, j’ai vu un des dégradés les plus intéressants qui me soient donnés de voir : le noir de la nuit, le bleu du ciel, un bleu plus clair, du vert, du jaune, du orange, du rouge de l’aube, et du gris des nuages en-dessous. Cela n’a pas duré plus de trois minutes. Même si tout le monde s’en fout et veut lire à propos de la Corée, je me permets une digression sur ces personnes qui voyagent en classe affaires. Ils sont fascinants : ils dépensent la dose de thunes pour avoir le privilège de faire les difficiles. Mon voisin de gauche était à ce propos assez exécrable : il tire la gueule devant la bouffe de qualité qu’on lui offre, dit ni merci ni s’il vous plaît à l’hôtesse qui lui sert son vin blanc, ne finit pas son assiette comme un gosse trop gâté... On ne va tout de même pas emmerder son monde parce qu'on ne suis pas content d’avoir à attendre 11h de trajet dans une classe où le service atteint la qualité de celui de grands restaurants ! Enfin bon. Fin de la digression.

Arrivé à minuit, 7h heure coréenne, accueilli par mon buddy, Kiwon, qui m’aide à partir de l’aéroport d’Incheon pour m’installer quelque temps chez lui, avant l’ouverture de ma cité u. Il a un bon niveau d’Anglais (après un an d’études en Australie), a la conversation facile, est très sympa (pour un Coréen me précisera Pauline, mais je suis d’accord : j’ai déjà eu pas mal de discussions sur des sujets très divers avec lui). Il m’emmène en bus chez lui et nous allons manger ensemble dans un restaurant... japonais, où j’ai mangé un plat épicé au point – et c’est un amateur de plats relevés qui parle – d’en avoir un mega mal de bide en sortant. La sieste de 5h qui a suivi n’a pu que m’être bénéfique. Mais trop courte. D’une part j’ai l’intention de me faire un gros choc pour prendre le rythme coréen directement, et d’autre part nous devons rejoindre Pauline et ses amis le soir. Les sujets de discussion ont été variés et je pense qu’ils méritent tous un article en particulier : prix de la vie, la bouffe, les Coréens et les Coréennes, les Coréens et les Japonais ou Chinois ou autres, leurs habitudes (je pense juste au cas du téléphone portable qui est indispensable selon Pauline, mais j’ai juste peur de me faire submerger par la technologie, j’ai déjà une carte de transport en commun, une carte de cité u, et je vais recevoir une carte d’étudiant et une autre carte de crédit...), etc. Fait notable : dans le bar où nous sommes allés, il y avait un anniversaire. Mince. Ça n’a rien à voir avec un anniversaire dans un restaurant libanais à Rennes, et ça mériterait un article à lui tout seul également. Le lendemain, après 14h de sommeil, l’intégration s’est poursuivie. En vrac : inscription au consulat de France, première recherche d’un portable coréen, visite du campus (qui n’a rien à voir avec l’IEP ou celui de Mont-Saint-Aignan : c’est une ville dans la ville, et une ville-parc même, qui nécessitera des images), rencontre d’Euhnwa (ma coordinatrice), entrée dans la cité u (le dorm qu'j’dirai maint’nant) plus tôt que prévu pour éviter la foule, et surtout, premiers repas coréens. Je vous écris donc depuis mon lit, mon roommate étant absent mais n’ayant pas hésité à foutre ses affaires partout, y compris sur mon lit, mon bureau, etc.

Un moment de soleil

Je pense qu’il faut rajouter mes premières impressions sur la ville pour que vous ayez le sentiment d’immersion. J’ai quitté Rouen sous la pluie. Je suis passé à côté de Paris sous la pluie. J’arrive à Séoul sous la pluie. La chaleur est dingue, l’air humide, on se croirait dans un pays tropical : on peut être trempé en chemise et en short, on s’en fout. Les artères principales donnent à voir des immeubles assez impressionnants, avec des pubs et des néons lumineux pour indiquer les boutiques partout. Énergivore mais justifié par le fait que les boutiques restent ouvertes presque tout le temps. Bien sûr, tout est écrit en Coréen. Incompréhensible au début, en m’efforçant je commence à savoir lire, mais toujours aussi déstabilisant. Franchement, Lost in translation traduit bien ça, même si je suis rassuré par la présence de Kiwon. Bien sûr, il faut voir les petites ruelles grises derrière ces façades. Ce sont des passages qui semblent avoir été oubliés de la modernité, et pourtant il faut y passer pour trouver des habitations. Dans la simple ruelle qui mène à l’appartement de Kiwon, on trouve ici une minuscule boutique où l’on vend à manger pour emporter, ici un vieux assis par terre sur la pointe des pieds en train de fumer, ici une vieille et son fils qui vendent des fringues dans la rue même, avec un simple parapluie pour les protéger de la pluie... Je pense avoir encore beaucoup à voir de ce côté-là. Ce n'est pas de la fascination pour un exotisme, mais simplement une ambiance que je ne connais pas. Se promener sous la pluie en transpirant (bien qu’aujourd’hui la pluie ait légèrement rafraîchi le temps), en passant devant les boutiques qui sont pour la moitié des restaurants, en sentant des émanations partout, des odeurs qui jaillissent du sol lui-même et qui se mêlent, rendant sucrée la fumée des pots d’échappement ou bien écœurante ou réveillant l’estomac l’odeur de la friture selon que l’on passe devant avant ou après manger, et en ne pouvant contempler que des éons et des enseignes lumineuses lorsque l’on lève les yeux, cela a de quoi vous décourager le plus franchouillard de tous les messieurs avec une baguette sous le bras. En parlant de baguette (je conclus, avant d’aller me coucher) j’ai vu de nombreux magasins « Paris baguette ». J’ai dû accompagner Kiwon dans l’un d’entre eux pour qu’il puisse manger la confiture que je lui ai offerte. À voir le choix de pains et leur prix, je pense que je serai dans l’obligation morale et chauvine de me passer de pain cette année.

PS : je ne compte pas aller autant dans le détail à chaque fois, c’est juste histoire de dire ce que je vois car ça m’impressionne.
PPS : pour la suite, je prendrai des vidéos aussi et j’essaierai d’écrire moins détaillé mais il y a tellement de choses à dire...

Petite mise à jour de ce vendredi matin ! Nouvelles en vrac pour tout le monde : je vais bien, on a eu les premières réunions pour étudiants étrangers, il y a des trucs intéressants (week-end d’intégration) et des trucs chiants (devoir signer un formulaire en coréen car c’est obligatoire d’avoir un compte dans la banque installée à la fac, spéciale cacedédi à tous ceux qui se battent pour éviter le partenariat entre l’IEP et la BNP), je me suis fait bouffer par les moustiques (suffisamment gros pour crever un ballon), le temps alterne entre cuisson et douche, j’ai obtenu mon téléphone portable en trichant un peu avec la procédure pour les étrangers, je suis entré dans les horaires de vie coréenne (mais mon estomac pas encore, quand il a faim en sortant de table parce qu'il est 20h), et j’ai trouvé le thème de ma première vidéo.

Discussion avec Kiwon et sa copine à propos du féminisme et du conservatisme dans la société coréenne

samedi 31 juillet 2010

Retour de Mongolie


Bonjour à tous !!

Oulàlà, j’ai l’honneur d’inaugurer ce magnifique blog !

A défaut de pouvoir vous raconter le début de ma 3A (et même à défaut de savoir où je vais !), je peux vous raconter mon projet du mois de juillet avec trois amies scoutes en Mongolie !!

Me voilà fraîchement revenue de ce pays lointain le jeudi 29 juillet !
En résumé, nous avons passé une semaine à un rassemblement national scout : c’est un Jamboree, ou appelé « Gens bourrés » par certains (Géraud, ne te sens pas visé !) bien qu’il n’y avait pas de vodka. Quoi que les scouts mongols croyaient qu’on en buvait en permanence, parce que nos gourdes françaises leur semblaient louches !

Puis, l’essentiel de notre projet s’est déroulé pendant deux semaines à Oulan-Bator dans un foyer pour les enfants des rues. On a du revoir nos ambitions à la vue du foyer et de son fonctionnement. Il s’agit d’un foyer encadré par des policiers (déjà vous imaginez le sens du mot « pédagogie » sur place). Les policiers ne font presque jamais sortir les enfants de peur qu’ils s’enfuient. Bref, du coup on a du se rabattre sur des activités pâte à sel, perles, danse, etc… et la suite de l’écriture du livre commencé avec une classe de CM1 en France. Ce n’était pas évident car les enfants font ce qu’ils veulent : ils quittent ou arrivent à l’activité selon leur guise. Mais au moins quand ils restaient, ils étaient à fond dans l’activité et ça faisait plaisir à voir !

Le soir après le foyer, on profitait du peu de temps libre qu’on avait pour se balader dans Oulan-Bator dont le centre est vraiment petit. On s’est d’ailleurs rendu compte qu’un des magasins dans lequel on faisait nos courses était le plus grand de Mongolie !
Il y a un frappant contraste entre les bâtiments flambants neufs du gouvernement, les innombrables constructions d’immeubles commencés et jamais finis, et les yourtes en périphérie de la ville.
Sinon imaginez que partout où vous vous baladez, il y a des pancartes ou des statues de Chinggis Khan, qui a fondé l’Empire Mongol au XIIIème siècle. Depuis la chute du communisme, les mongols se réapproprient ce « personnage héroïque » pour se démarquer de la Russie et de la Chine. Ils ont d’ailleurs remplacé sur leurs billets Sükhbaatar (qui a délivré la Mongolie de la Chine en 1921, mais pour la livrer à la Russie) par Chinggis Khan !

Enfin, la dernière semaine on a rendu visite à des familles nomades dans les steppes profondes. Autant vous dire que les étendues de vert, c’était magnifique surtout quand vous y ajoutez un coucher de soleil, et quelques chevauchées au loin (Ah ! Que de romantisme ^^ !). Les familles nomades restaient très discrètes par rapport à nos vies respectives, mais étaient très accueillantes. On a d’ailleurs pu goûter la marmotte, plat réservé aux visites exceptionnelles (surtout depuis que la marmotte est une espèce protégée) ! C’était plutôt bon à côté de ce qu’on a mangé d’autre : des raviolis au mouton (mais avec plus de gras que de mouton), du lait de jument fermenté ou encore des pâtes dans un bouillon de gras !
D’ailleurs si vous voulez cuire de la marmotte c’est très simple : [âmes sensibles s’abstenir !^^] tuez une marmotte, coupez la tête, enlevez les organes et tout le bazar de la marmotte, mettez des pierres chaudes dans la marmotte, brûlez l’extérieur de la marmotte au chalumeau, découpez la peau et mangez (ou plutôt savourez ^^ !!) !

J’espère que vous avez réussi à lire jusqu’ici (si oui vous êtes très forts !) et je vais arrêter là mon monologue en attendant de vos nouvelles !
Je vous souhaite de bien profiter de votre mois d’août que ce soit en France, ou éparpillés dans le monde ! Enjoy et donnez de vos nouvelles !
Je vous embrasse tous très fort !

Tchou