vendredi 29 octobre 2010

Politique sud-coréenne

Essayant de me tenir au courant le mieux possible de l'actualité française, je vais partager un peu d'informations sur la situation politique en Corée du Sud. L'idée m'est venue en lisant un article du Monde Diplomatique d'Octobre à ce sujet, et en agrégeant tout ce que j'ai entendu à droite à gauche je pense pouvoir faire un petit résumé. Ceci n'est pas un cours d'histoire. Tout commença donc en 2007 avec l'élection du président Lee Myung-Bak, qui sera le prestigieux hôte de ses collègues du G20 de Novembre. Ne perdons pas de temps pour le décrire : il est dans l'ère du temps, vous allez comprendre pourquoi.

Après la guerre de Corée, deux États se font face, et l'on connaît tous très bien ce qu'a été et ce qu'est la Corée du Nord depuis Kim Il-Sung. En revanche, quelle a été la situation politique de la Corée du Sud ? Un pays ami des États-Unis, c'est-à-dire comme cela a pu être le cas en Grèce ou en Amérique latine, un pays autoritaire. Et les progrès économiques sont toujours plus faciles à réaliser lorsque les droits de l'homme ne sont pas reconnus. Dans les années 1980, la génération des étudiants s'est battue pour la démocratisation et la libéralisation, au prix d'une répression féroce. Mais le résultat est là : en 1988 une nouvelle Constitution est proclamée, instaurant une présidence quinquennale non renouvelable. Même si le premier président est le direct successeur des généraux qui ont été au pouvoir durant la dictature, en 1993 est élu le premier civil au mandat de président. C'est du résumé de résumé que je vous fais là. Quoiqu'il en soit, les libertés individuelles et collectives ont été progressivement acquises à coup de protestations et de violence. Entre temps, on a un président qui aura le prix Nobel de la paix (Kim Dae-Jung en 2000) et un secrétaire général des Nations-Unies (Ban Ki-Moon depuis 2007), c'est dire l'évolution.


L'important c'est d'y croire toujours !

Mais en 2007, le nouveau président Lee Myung-Bak est élu, juste avant le déclenchement de la crise. En étant très schématique parce qu'il y a pas mal de différence avec nos repères nationaux, je dirais qu'il est de droite. Les deux principaux partis s'opposent sur le plan de la politique étrangère notamment : alors que la gauche tente l'ouverture et le dialogue vers le voisin du Nord, la droite compte sur les États-Unis pour jouer le rôle de flic. Et Lee est de droite. On retombe donc dans le fameux dilemme opposant développement économique durable et militarisation du pays avec toutes ses conséquences (autant des dépenses supplémentaires qui peuvent servir à autre chose en tant de crise que de risque de régression sociale dans une démocratie toute jeune et encore faible). Dès son élection, Lee ouvre grand les bras en direction des États-Unis et dénonce les engagements de réconciliation avec la Corée du Nord pris par ses prédécesseurs plus libéraux. À cela s'ajoute une coopération industrielle entre entreprises coréennes et américaines pour mettre à flot des engins de mort toujours plus performants, sans oublier que Lee est l'ex-PDG du constructeur Hyundai (ce qui explique aussi sa conception managériale de la politique...). Et qui fait la gueule dans l'histoire ? La Chine peut-être autant que la Corée du Nord, qui y voient une forme de provocation quand on leur pointe des missiles devant la tronche. Si la Corée du Sud s'arme ainsi, elle peut devenir un relai stratégique pour les États-Unis, plus confortablement installés dans la région. La nouveauté, c'est que cette fois, ils veulent installer une base militaire sur Jeju, la grande île touristique au Sud de la Corée du Sud, au Nord de la mer de Chine orientale et à l'Ouest de l'île la plus à l'Ouest du Japon, qui n'est pas dans la mer de l'Est. Bien qu'il y ait déjà une base militaire américaine à Itaewon, le quartier multiculturel et trop branché t'as vu de Séoul, où l'on trouve plus d'expatriés que de Coréens, plus de militaires américains que de soldats Coréens et plus de boîtes de nuit que de restaurants, leur présence n'est pas toujours la bienvenue. À vrai dire, un des étudiants étrangers avec qui j'ai parlé est un Japonais, oui, mais un Japonais d'Okinawa, et il m'a curieusement fait part de la même méfiance à l'égard de la base militaire américaine installée sur son île. Peut-être parce que les histoires de rackets et de viols sur la population locale, même aujourd'hui en 2010, ne sont pas que des mots en l'air pour se rendre intéressant. C'est quand même marrant que les personnes desquelles il faut le plus se méfier sont celles qui prétendent nous défendre... Bref, les habitants de Jeju ont peur que l'île ne souffre de l'installation de cette base et que leur île connaisse le même sort que l'île d'Okinawa, d'autant plus que Jeju est très touristique et tire son revenu de l'agriculture et de la pêche. Alors le début de déforestation pour préparer l'installation de la base ne leur a pas plu (surtout après que le maire a déclaré que 94% de la population locale se prononce contre), d'où des actes de désobéissance civile sur le chantier.

Plus drôle encore est la politique du nouveau gouvernement sur le plan intérieur. Après le torpillage de la navette sud-coréenne, les forces militaires américaines dans la région se sont renforcées. Bien entendu, que la Corée du Nord ait torpillé ou non, personne ne le sait, mais soyons honnête, on s'en fout et si vous cherchez qui a fait ça vous n'avez rien compris : c'est une bonne justification pour s'installer dans la région, voilà tout. Un peu façon 11 Septembre, une bonne excuse pour aller chercher du pétrole de destruction massive chez les autres. Mais certaines personnes en Corée du Sud ont eu la mauvaise idée d'ouvrir leur bouche et de dire, après les annonces de militarisation pour se défendre face à la Corée du Nord, qu'on n'avait toujours aucune preuve de l'auteur du torpillage, que tout ce qu'on avait étaient les affirmations de Lee Myung-Bak et de Hillary Clinton. Conséquences : descentes de police dans les locaux de l'opposition, arrestations de personnes ayant mis en doute la version officielle du naufrage. Et lors de la manifestation publique contre les importations de viande de bœuf américaine, en 2008, la police s'est chargée de faire le boulot de dispersion. Brandir une banderole est passible de poursuites sur la place de la mairie de Séoul. Bref, les droits de libre expression et de libre réunion sont en déclin depuis 2007, surtout si l'on dit du mal des Américains. Les producteurs d'une émission qui a enquêté sur la levée de l'embargo du bœuf américain ont été arrêtés chez eux en pleine nuit avec des peines d'emprisonnement requises (heureusement non retenues). Lee a remplacé les directeurs de la télévision publique par des proches. Ça ne vous rappelle pas quelqu'un tout ça ? Continuons dans l'analogie, avec mon roommate qui m'explique tant bien que mal en Anglais que ce président se dit « friend of the whole population but he is only the friend of the richs ».


Et oui, on s'y prépare déjà

Ce qui est inquiétant, c'est que la jeune génération est moins politisée que celle de ses parents. Rares, vraiment rares sont les Coréens avec lesquels il est possible d'avoir une claire discussion politique. Donc vont-ils se laisser faire et revenir en arrière juste parce que la vie est plus belle maintenant qu'il y a trente ans ? J'essaie de me rappeler à chaque fois que je suis dans une université mettant en valeur la business administration et qu'on ne peut pas demander à des businessmen de réfléchir, mais quand même ! Tout le temps, il m'a semblé que l'objectif dans la vie est d'avoir un bon boulot et de « make money ». Pour en faire quoi ? C'est assez étonnant qu'ils ne protestent pas alors que le service militaire est de moins en moins populaire, que les déclarations va-t-en-guerre le sont d'autant moins, que la présence américaine ne leur plaît pas... Tandis que les vieux, notamment ceux qui ont participé à 1950-1953, sont plutôt pro-américains. Bref, cet article est destiné à tous les Français : vous voyez, vous n'êtes pas seuls à vous être faits berner comme des taupes par les vieux et les friqués !

lundi 25 octobre 2010

La Zézette de Bali



Ces quelques jours ont été difficiles. D'abord j'ai enchainé mal de gorge, chute en scooter et failli me noyer à cause d'un indo qui m'a emmené trop loin surfer. Un profond sentiment de solitude m'a envahi, même si je ne suis pas seul au quotidien. Un changement radical de style de vie a bousculé tous mes repères, et après deux mois, peut être que j'ai besoin de faire une pause. Recemment j'ai pu skyper avec Camille, et je prends conscience que d'avoir fait un stage m'a coupé de la vie étudiante et de tout ce qui allait avec. J'ai l'impression d'avoir grandi en maturité en seulement quelques semaines. La dure réalité du travail... en fait non, car si y a bien une chose dont je ne vais pas me plaindre, c'est bien mon stage.



Après tout, quel stage permet d'être à la fois interviewer, critique d'art et critique littéraire, et à la photographe à la fois ? Bon, je grossis le trait, mais j'ai réellement la possibilité de participer à toutes les étapes de l'élaboration du journal, grâce à la confiance de mon maître de stage. Et oui, je l'avoue, ça m'arrive d'écrire un article sur une expo sans jamais être allé la voir. Pour chaque interview d'un heure, j'en passe environ trois à la rédaction, écrire n'est vraiment pas évident. Mon maître de stage me demande parfois de réécrire trois fois un texte, avant de le corriger quelques fois en partie sinon totalement. Cela demande énormement de patience, mais à la fin, la qualité est là. La Gazette de Bali est – je crois – une réussite en matière d'expatriation. Non, ce n'est pas qu'une brochure pleine de publicité. Après seulement 5 ans d'existence, le journal a permis d'établir un réseau entre les expatriés, a aussi permis d'aider de nombreuses personnes à s'installer en Indonésie, de vaincre les difficultés techniques (législation floue et difficile à comprendre, problèmes de culture et de religions sont des choses nouvelles pour quiconque souhaite s'installer en Indonésie). Elle met en récit ce que chacun expérience au quotidien, permet d'ouvrir les yeux sur le pays d'accueil. Enfin, le journal est une zone de débat où chacun peut s'exprimer, dans un pays certes tolérant (l'existence du journal en est la preuve), mais loin d'être un modèle de liberté de la presse. Le journal est toujours sur le fil rouge, et le choix éditorial traduit une envie de se démarquer du reste de paysage journalistique local, peu critique à l'égard du pouvoir. Le dernier exemple en date est la loi antipornographie, une des plus poussée en matière de censure artistique (tiens tiens, Larry Clark ne fera jamais d'expo en Indonésie). La Gazette a dans son dernier numéro publié un article sur le cinéma libertaire des années 1980/1990, publiant des scènes vraiment chaudes laissant apparaître les formes dénudées des actrices vraiment sexy, qui tomberaient évidemment sous le coup de la loi. Cela permet de voir à petite échelle la manière donc on choisit, on écrit l'information, de voir comment on estimé la réception et la réaction du lectorat, toujours présente (« tout le monde à Bali lit La Gazette » me répète mon maître de stage).

Néanmoins, je pense pas que ce soit un « modèle » pour la presse en France. Ce qui permet de faire vivre le journal, c'est cette proximité et cette envie d' « entre-soi » des expatriés, que l'on a pas en France beaucoup plus clivée socialement. Ensuite, d'un point de vue économique, la Gazette est avant tout une aventure entre amis, en plus de quelques correspondants qui écrivent bénévolement. Si la Gazette existe, elle n'entretient aucun journaliste ni photographe à plein temps. Vous me direz que c'est de plus en plus le cas en France, les agences de photo mettent la clé sous la porte et les journaux souffrent financièrement. Enfin, la Gazette vit une situation de monopole absolu, ne cachant pas d'ailleurs puisque le sous-titre du journal est « le seul média francophone d'Indonésie ». Les enjeux ne sont pas énormes, mais cela ne favorise pas un débat contradictoire. Vous me direz, mais en France, la situation n'est-elle pas la même avec la concentration des médias détenus par une poignée d'actionnaire ?


Une bebek (canard en indonésien) abandonnée, avec des offrandes sur le siège et le guidon

mercredi 20 octobre 2010

Le travail c'est la méchanceté

J'ai commencé à m'interroger sur le bien-fondé de ma dépendance nouvelle au café. Si je n'en buvais pas en France, je me suis rendu compte il y a quelques temps que pendant un mois, je me suis bu un café tous les matins... Les prix ainsi que l'omniprésence des coffee shops doivent y être pour quelque chose. En dépit de l'interdiction enragée de consommer du cannabis, les Coréens ont choisi leur or noir. Avec la bière. J'ai commencé à m'inquiéter à propos des effets que tout un ensemble de produits facilement consommables ici pourraient avoir sur mon corps et mon esprit, puis Pauline m'a dit qu'au contraire, il fallait que j'en profite, parce que quand je rentrerai en France je serai forcé de reprendre le rythme. Donc en cette semaine qui commence sur un mal de gorge, fuck les règles. Mal de gorge dû au temps qui semble instable, toujours relativement bon pour la période mais qui peut chavirer à tout moment. Les Coréens me disent souvent qu'autrefois il y avait quatre saisons bien distinctes, marquées, et que c'est de moins en moins le cas. Je ne sais pas si on peut accuser le réchauffement climatique pour cette modification de court terme, car leur autrefois remonte à l'an dernier... Pour continuer dans l'hyperbole météorologique, les Coréens aiment bien faire du sensationnel climatologique, comme annoncer que l'on va avoir l'hiver le plus froid depuis mille ans (comme tous les ans). Ce qui est vrai, c'est que l'automne est faible : il y a du froid mais du Soleil, et tout le monde s'attend à une arrivée de l'hiver en l'espace d'une dizaine de jours. Ma garde-robe n'a pas fait énormément de progrès, il va falloir qu'elle s'adapte à ce moment-là... Moi qui aime les climats tempérés, l'extrême-chaleur d'il y a encore quelques semaines me fera le même effet que l'extrême-froideur venue de la Sibérie. Déjà on vend dans les rues un plat hivernal : des petits pains cuits à la vapeur et fourrés de produits en tout genre, viande, kimchi, pâte de haricots rouges... Je n'en ai pas encore parlé mais les haricots rouges font fureur ici, ils donnent un goût sucré à ce à quoi ils sont mélangés. On les trouve à toutes les sauces : sauce de haricot rouge justement (épicée et qui ressemble visuellement à du ketchup), bâtonnets de glace fourrés aux haricots rouges, soupes avec des morceaux de haricots rouges... Les plus mesquins seront informés sur la popularité de la musique classique (européenne) en Corée du Sud, et ne manqueront pas de s'enquérir si les conséquences de la vénération de cette fève (ajoutée à celle du café) sont des concertos réguliers aux toilettes ou dans le bus. Évidemment que non ! Les Coréens ayant été occupés par les Japonais, ils n'apprécient guère les attaques au gaz. Ainsi, ils n'ont pas de déodorant, mais ils ne puent pas, et quand ils pètent ça sent la rose.

Tentons de relier ces étranges observations au titre de cet article. Quand on se rend à la bibliothèque universitaire remplie de ces pétomanes en puissance, on est frappé par ces esprits sains dans une odeur saine. Je suis actuellement en période de mid-term exams (partiels de milieu de semestre). Enfin il serait plus rigoureux de dire que je suis censé l'être. J'ai trois épreuves, et celle qui doit être la plus difficile, à savoir le cours de langue, consistera en un... questionnaire à choix multiples. Il fait bon être étudiant étranger. N'empêche. Les Coréens, eux, ne déconnent pas. La BU est ouverte 24/24 7/7, et il faut réserver son siège à tout moment pour pouvoir espérer avoir une place pour bosser. Pourquoi tant d'acharnement ? Parce que le système universitaire a trouvé la meilleure des solutions pour forcer la compétition entre élèves, dans un très sain climat de concurrence. Suivez bien. Les notes vont de A+ à D, et en-dessous vous avez F pour failure. En France et pour les étudiants étrangers ici, si l'on réussit bien l'examen, on a une bonne note. Si j'obtiens 95 bonnes réponses sur 100, j'aurai A+. Si j'ai en-dessous de 60, j'ai F. Pour les Coréens, la note n'est pas un reflet de la valeur absolue de l'étudiant mais de sa valeur relative. Si j'ai 90, mais que la moitié des autres ont 91, alors j'aurai une mauvaise lettre. Plus fort encore. Les profs ne donnent qu'un seul A+, et quelque chose comme seulement trois A. Les meilleurs des meilleurs uniquement sont valorisés. C'est pourquoi ceux qui se débrouillent en Anglais prennent les cours en Anglais, régis par les règles des étudiants étrangers, pour espérer remonter leur moyenne... Même si le concours postbaccalauréat pour rentrer dans une bonne université est déjà un grand moment de tension intense ces temps-ci tant c'est senti comme décisif à long terme, la fête continue dans l'universitaire, et laisse espérer un avenir radieux dans une entreprise qui leur fera garder le même rythme de travail. Le plus inquiétant est que les parents poussent leurs enfants dans ce sens de l'excellence, leur mettant la pression de l'échec sur les épaules (si tu échoues, c'est toute la famille qui a échoué). Nota bene : la Corée devance le Japon dans son taux de suicide. Pour NTM, c'était laisse pas traîner ton fils, pour les Coréens, ce serait plutôt un appel à l'aide pour laisser traîner un peu ton fils...

Suis-je un étudiant comme les autres ? Non je suis étranger et j'en profite bien. Ne m'étant peu chargé de cours je peux m'adonner à d'autres activités qui justifient le fait d'être à l'étranger comme la découverte du pays, et je garde la vision des études que j'avais en France – mieux vaut ne pas prendre trop de cours pour choisir quoi étudier dans son temps libre. Mais comparé aux autres étudiants étrangers, comment suis-je ? J'ai du mal avec la technique d'apprentissage de la langue par rabâchage, c'est un fait. Je doute également que les quiz soient une bonne manière d'évaluer le niveau de quelqu'un. Mais je me prends au jeu, au moins pour voir, avant de pouvoir me permettre de juger. Les Chinois n'ont pas l'air d'avoir de problèmes avec ce système, je ne reviens pas là-dessus. Maintenant, si je me compare aux autres Européens (à défaut de pouvoir y ajouter des Français de l'EPITA, l'autre école française en partenariat avec cette université, qui n'a envoyé personne ce semestre), je ressens une différence. Je l'attribue à Sciences-Po, mais pour une fois, je ne l'attribue pas en mal. D'habitude en France, quand je rencontre quelqu'un, je n'aime pas dire que je suis à Sciences-Po car la personne va faire une remarque, ou changer subitement sa manière de penser et de s'exprimer vis à vis de moi, bref une distance se crée. Ici, ô joie, personne ne sait ce que c'est donc tout se passe bien. Enfin, presque. Pour une fois, je peux dire que ces deux dernières années à trimer à Sciences-Po m'ont été utiles, et après en avoir parlé avec Géraud on était assez d'accord sur certains points. Primo, nous y avons acquis un certain nombre de connaissances en peu de temps, une culture générale qui sert enfin à quelque chose quand on rencontre des gens d'autres pays et qu'on peut parler de choses avec eux que l'on connaît en commun. Et bien étonnamment, ce n'est pas le cas de tous les étudiants étrangers. J'ai été abasourdi lorsque l'un d'entre eux a dit à une fille de Hong Kong que c'était une île, et qu'il ne faisait pas la différence entre Taïwan et Hong Kong. Qui plus est, en cours de sociologie, je me rends compte que tout ce qu'on a étudié avant sont les fondamentaux, les immanquables, les références des sciences sociales, et qu'on est à peu près paré maintenant. Secundo, dans la continuité de la prépa, c'est difficile à dire mais ça apprend à penser. Ce n'est pas que donner des idées, c'est savoir comment penser. Je dis que c'est difficile à dire pour éviter tous les sous-entendus malsains au sujet de ceux qui n'ont pas fait Sciences-Po : je ne dis pas qu'ils ne savent pas penser, mais qu'on a acquis une dextérité et une habileté dans la façon de raisonner. En gros, là où à l'IEP on nous demande toujours de disserter, de nuancer, de réfléchir à la limite de nos propos, de mobiliser plein de connaissances de différents champs disciplinaires... ici, on évalue les gens à coups de quiz. Bien sûr un quiz peut être difficile, mais il ne demande que de l'apprentissage par cœur, pas de raisonnement, et, peut-être pire, pas de critique... Ça me semble complètement fou : réfléchir dans la vie de tous les jours ne consiste pas à répondre true ou false à une question ! Tertio, la raison la plus essentielle à mes yeux, c'est que ça nous a ouvert l'esprit. Pas comme le LSD ou la Bible, mais dans le sens où l'on est pas fermé à la nouveauté et à la différence – bien qu'il y ait toujours des attardés dans l'école qui resteront toujours bornés, mais rien n'est infaillible – et c'est quelque chose qui se voit dans la vie de tous les jours. C'est ainsi que des phrases telles que « you're so French » grincent comme un violon handicapé. Ce n'est pas que les gens sont nationalistes, c'est qu'ils pensent que le monde est découpé en nations, que l'on tient une bonne part de son caractère et des ses habitudes de ses coutumes nationales. Je parlais économie avec un Kazakh et je disais que si j'ai une augmentation de salaire, je n'augmenterais pas mon temps de travail, car je ne vis pas pour travailler mais je travaille pour vivre. Et il m'a répondu : « so you don't care about your country? You should be proud of your country and work for it! ». Là je me suis rendu compte d'une différence supplémentaire. De même, dans un anniversaire où des gens de plein d'origines différentes sont ensemble, je n'y vois qu'un groupe de gens qui s'entendent bien et veulent offrir un cadeau à un autre, sans aucune autre considération. Pour d'autres, nous sommes des gens différents qui nous réunissons ensemble. L'appartenance nationale précède en quelque sorte le fait d'être des êtres humains. C'est pourquoi il y en aura tout le temps un pour sortir que c'est marrant, les Espagnols sont tout le temps en retard, les Allemands boivent tous de la bière, etc. Et tout le monde se complaît là-dedans, ce n'est même pas de la moquerie, tout le monde est satisfait avec ça et ne va pas chercher plus loin. Ce n'est pas du nationalisme agressif qui va dire que l'un est meilleur que l'autre, c'est juste une perception des gens comme ayant des propriétés nationales insurmontables. D'où ma préférence croissante pour traîner avec les Coréens, Chinois et Japonais qui semblent ne pas faire de différence pareille alors qu'ils auraient autant de raisons historiques que nous de le faire. À rester avec eux, la distance qui nous sépare sur tous les plans tombe, et je m'attache à lui donner les derniers coups de pelleteuse. Le simple fait de vivre avec eux, de passer une soirée ou un après-midi entouré seulement par des Asiatiques, ce n'est pas désirable pour ressentir l'exotisme banal des touristes, mais c'est désirable pour sentir qu'il n'y a qu'une différence vraiment crédible, à savoir le langage, et que nous travaillons tous à y remédier. Je sais, venant de moi, ce discours envers Sciences-Po semble étrange. Mais qu'on ne s'y trompe pas, je ne suis pas devenu corporatiste maintenant que je suis dans le cadre corporatiste de l'University of Seoul. Je ne loue ses effets que sur le plan pédagogique et scientifique à présent que j'ai du recul. J'ai juste l'impression que je suis désormais plus flexible et que je peux mieux m'adapter que d'autres (cela ne signifie pas que je suis plus intelligent qu'eux, mais si je veux être vilain, qu'eux ne cherchent pas à s'adapter et ont les mêmes pratiques et comportements qu'ils auraient en Europe – pour être encore plus vilain je dirais c'est parce qu'ils sont en business administration). Si je sais bien prononcer le mot coréen « shuiyeoweoyo », cela veut-il dire que les Français savent instinctivement bien parler Coréen ou cela signifie-t-il que j'ai bossé ma prononciation ?

Sans transition, ça pète de partout en France j'ai l'impression. C'est bien même si rien ne changera je pense. Je suis resté interloqué quand j'ai lu que Thibaut et Chérèque ont appelé les manifestants à garder leur sang-froid et à ne pas répondre aux provocations de la police et des casseurs. C'est vrai que la CGT a changé depuis les grèves de 1947. Mais quand même, que les gros syndicats se mettent à parler de casseurs, est-ce que ça veut pas dire qu'ils rentrent eux aussi dans la logique sécuritaire ? D'accord, j'ai lu à plusieurs endroits que la police provoque pour que les gens réagissent violemment pour qu'au final cela justifie les mesures sécuritaires, donc il faut être pacifiste pour les faire perdre. Mais est-ce que ça veut dire les faire perdre sur le long terme ? Aujourd'hui on parle de casseur, mais qui dit ça ? Qui a la parole suffisamment sacrée pour que tout le monde soit d'accord avec lui pour définir telle personne comme un casseur ou tel acte comme un cassage ? Bien sûr, personne n'a envie que tout dégénère et que la violence soit la seule qui obtienne la victoire. Mais si on était sous un régime communiste autoritaire, le gouvernement ne qualifierait-il pas de casseur aussi ceux qui manifestent pour changer ce qu'ils trouvent odieux dans leur système politique, et ne tenterait-il pas de les criminaliser ? Même si je ne peux pas être d'accord avec la violence, d'un côté comme de l'autre, attention aux mots : employer le discours du pouvoir, c'est tomber dans la logique du pouvoir, c'est le conforter, le reproduire, ce qui est le comble quand on est manifestant. Pas de photo aujourd'hui pour la peine.

Mise à jour : à propos du café...

jeudi 14 octobre 2010

Un mois deja au Nepal !

Me voilà au Népal depuis un mois et toujours pas un mot de ma part…alors me voici ! Par où commencer ? Je ne sais pas ! Je me plais vraiment ici, et il y a tellement de choses à dire, tellement de choses découvertes en si peu de temps ! Je crois que la méthode « brainstorming » de Louise est une bonne option !


Voilà ce que j’ai vécu en un mois :


- M’être définitivement installée dans un appart’ avec une autre népalaise Kopila, de 21 ans. Elle est très sympa, attentive. Elle a été très étonnée quand j’ai ramené differentes choses dans le frigo pour le repas du soir. Et oui, pour son repas, son seau rempli de riz lui suffit ! Ici, ils mangent le dalbat (repas à base de riz) midi et soir.

- Avoir participé à un festival "l’Indra Jatra" qui célèbre la réincarnation d’une déesse dans le corps d’une petite fille. Celle-ci reste enfermée toute l’année et lors du festival, elle sort bénir la foule (et le président !) perchée sur un char.

- Avoir commencé mon stage : j’ai été un peu désorientée au début, car je n’ai pas de mission concrète. Mais ils commencent à comprendre que j’aime être bien occupee, donc les choses bougent petit à petit. J’ai entre autres élaboré leur premier e-bulletin (j’étais très fière de mon design, jusqu’à ce que mon maître de stage rajoute du rose…faute de goût !). Mes collègues sont très sympas et hier c’était notre dernière après-midi avant les vacances. Personne ne voulait travailler alors on s’est raconté des blagues ! Mehdi, ça m’a rappelé les cours d’éco !!

- Avoir failli me faire piquer ma nourriture par des singes dans la rue.

- Avoir vu des gens pêcher dans la Bagmati (fleuve où il y a plus de déchets et de produits chimiques que d’eau et de poissons) pour avoir quelque chose à manger le soir.

- Avoir dansé à la fête de l’Alliance française en étant pratiquement la seule fille sur la piste. Ah la danse me manque !

- Avoir randonné les deux derniers week-ends dans la vallée de Kathmandu. Et oui c’est mon sport ici, pas de footing possible (je t’envie Loulou !). Quoi de plus beau que de prendre son petit déjeuner au soleil avec vue sur l’Himalaya ? Quoi de plus reposant que de se balader dans la nature silencieuse entre rizières et champs ?

- Avoir commencé mes cours de népali. Et avoir initié les népalais au français : ils n’ont pas le son [eu]. Alors au lieu de dire « un peu », ils disent « un pou ».

- M’être totalement paumée dans la ville de Kathmandu, même avec un plan. Et m’être dit que j’avais des progrès à faire en course d’orientation ! (Ou les plans ont besoin d’être améliorés !). Ils sont meilleurs les plans en Indonésie Gégé ?

- Avoir pris l’habitude de manger avec un mouchoir à portée de main. Car quand c’est épicé, ça fait couler le nez ! ^^

- Avoir appris à avoir un nouveau rapport au prix. Manger pour 30 centimes, téléphoner 40 minutes en France pour 1 euro, bref…

- M’être plongée dans l’ambiance tibétaine en mangeant avec des moines tibétains, en goûtant leur succulent (ou presque !) thé au beurre de yak, et en assistant à leur cérémonie religieuse du soir.

- Avoir decouvert en me baladant l'endroit ou tous les expats americains vont faire leur sport. De l'exterieur, on voit seulement le haut des grillages des terrains de tennis. Le tout est surveille par je ne sais pas combien de gardes et de cameras. On n'a pas droit de prendre de photo. Pourtant, il y en a une que je voyais tres bien comment cadrer : les trois soldats et deux metres plus loin une femme mendiant avec sa fille.

- Etre déjà en vacances après un mois. C’est le festival Dasain. Je pars demain pour Pokhara et j’ai été invitée ce matin à un mariage népalais. On en apprend tous les jours ici !! Je vous raconterai ça !


Bref que de choses ! Et pour vous donner un peu une idée du paysage, voici quelques photos inédites pour le bonheur de vos yeux !

La premiere photo, c'est la statue de Garuda, une p'tite pensee pour Gege !

Je vous embrasse. Profitez tous de chaque instant.
Lulu.




mercredi 13 octobre 2010

La Corée est-elle un pays développé ?

Avant de me lancer vers cette lourde question, je tiens à m'excuser pour le ralentissement de ma production d'articles, mais j'ai une bonne excuse : je prépare en parallèle un article pour Décloîtrés, le journal de l'IEP, que je publierai ici le 1er Novembre en même temps que Décloîtrés. J'essaie de faire celui-ci plus sérieusement, avec recherches de données à l'appui, interviews de Coréens et rencontre avec un prof de sociologie, ça me prend donc plus de temps. Qui plus est, j'ai de plus en plus de choses pour lesquelles je me suis engagé que je dois régler (répétitions pour jouer deux-trois morceaux fin Octobre, changement de visa pour pouvoir sortir du territoire, découverte que l'ambassade de Chine en Corée ne délivre pas d'autorisation pour entrer sur leur territoire aux citoyens français et américains...). Et mine de rien je suis un peu déçu car je n'ai pas souvent l'occasion de partir à l'aventure, de faire toutes les visites et randonnées que j'aimerais faire, alors que ça va bientôt faire deux mois que je suis ici. Bref, pour ne pas perdre le rythme, et aussi parce que je suis de bonne humeur comme tous les matins où les enceintes partout sur le campus passent de la pop coréenne pour réveiller ses étudiants, je me lance dans un nouvel article. J'ai pensé à cette question en titre car dans la vie de tous les jours, il y a de sacrées surprises. Je vais essayer de toujours nuancer ma réponse comme j'ai pu le faire sur l'américanisation des Coréens. Je vais essayer d'abord d'avoir une approche sérieuse de la question, et je poursuivrai sur mon ressenti personnel.

Si l'on tient compte de l'actualité internationale, et de la forme qu'elle prend en Corée, on ne manquera pas d'observer que la Corée fait partie des vingt pays les plus riches du globe, ou en tout cas elle fait partie de ceux qui prétendent être les vingt plus riches et qui entendent gérer l'économie mondiale entre eux. Les 11 et 12 Novembre prochains, elle va même accueillir pour la première fois ses 19 camarades censés être les grosses couilles de la planète. Bien sûr les conditions pour faire sérieux sont de bien contrôler les mouvements d'opposition à ce genre d'évènements, et je sens bien le coup venir de la police partout et de l'absence de manifestations. J'essaierai tout de même de m'y rendre pour voir ça de près, peut-être filmer. À cela s'ajoute une croissance rapide, grâce à une stratégie d'industrialisation orientée à l'exportation (ça rappelle des souvenirs de première année tout ça), et par une montée en gamme de la production permettant d'augmenter la valeur ajoutée considérablement. En mots plus simples : la Corée du Sud s'est fait des couilles en or en une cinquantaine d'années en se modernisant sur ce qui nous a pris deux siècles et en s'ouvrant complètement au commerce extérieur. Le problème c'est que ce n'est pas parce que le développement économique a été brusque que la société s'est trouvée métamorphosée dans tout son ensemble, et c'est justement ce qui est intéressant quand on s'intéresse aux pays émergents, de ne pas se contenter de regarder leur produit intérieur brut. Il est assez intéressant déjà de noter que les Coréens, quand on discute avec eux, considèrent qu'ils ne sont pas un pays développé. J'ai déjà entendu plusieurs fois « and that's why we need to develop more, because we're still an under-developed country, right ? ». Cela ne signifie pas se faire des couilles totalement en or, incluant les poils, cela signifie avoir une mentalité différente. Et le « right ? », qui est juste un mot pour être sûr que j'adhère, m'est adressé parce que je fais des gros yeux en entendant ceci. Comme quoi le point de vue peut vite varier... L'ennui, c'est que, comme assez souvent, il est difficile de faire la part des choses entre modernisation et occidentalisation (a fortiori américanisation ici comme je l'ai déjà évoqué). Je pense que ce n'est pas dans les grandes tendances et les grands panoramas qu'on peut voir où en est la Corée dans son développement, mais dans les détails, dans ce qui apparaît comme une anecdote sans importance dans la vie de tous les jours. Je vais aller vite, trop vite pour que ce soit vraiment sérieux, mais je vais donner quelques exemples de la vie de tous les jours qui sont en rapport avec cette question de la modernisation ou de l'occidentalisation. Il y a les exemples qui donnent vraiment l'impression d'être dans une société futuriste ou en avance, ou bien moderne sans être comme les nôtres ; les exemples d'aspects nouveaux sur le long terme pour la Corée dus à ce même processus ; et les exemples de choses qui ne changeront peut-être jamais.

J'entends par société futuriste une société en avance sur la nôtre sur le plan de certaines valeurs ou aspects techniques. J'ai l'impression qu'ici tout est fait pour que la vie du client, du consommateur, du citoyen, du touriste, enfin bref du type qui n'est pas sur son temps de travail, soit la plus agréable et pratique qui soit. Rien ne doit le déranger, il doit se sentir à son aise. C'est vrai dans l'intimité : j'ai trouvé à plusieurs endroits des toilettes où la lunette est chaude quand on s'assoit dessus, les motels fournissent préservatifs, lubrifiants et matériel de douche... C'est vrai dans l'attitude en public : je croyais que les gens étaient très propres ici vu l'état des rues, mais c'est juste qu'il y a des gens dont le boulot est de nettoyer en continu les rues, en fait il m'est arrivé plusieurs fois de voir des Coréens balancer leurs déchets (emballage vide, mégots, gobelets, cannettes...) en plein milieu de la rue, et il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de poubelles dans les rues, mais c'est assez propre car toujours nettoyé. Un Chinois m'a même dit quand je cherchais une poubelle pour une cannette de la mettre sur un muret, parce que quelqu'un la ramassera demain, et si je trouve ça sale et irrespectueux, il s'est permis une comparaison avec la Chine où on a le même comportement sauf que personne ne nettoie... Qui plus est, quand on est dans un restaurant, il y a souvent un petit bouton sur la table pour appeler le serveur, ce qui est très pratique. Évidemment, j'extrapole une idée (toujours veiller au confort des gens) à partir de pas grand-chose, mais ça me semble assez pertinent pour comprendre ces petits riens qui diffèrent de chez nous. Je ne reste pas fermé à la critique pour autant !

Je disais développement accéléré en une cinquantaine d'années pour la Corée, quelle est la part de son occidentalisation ? J'ai déjà donné des exemples de l'américanisation : tenue vestimentaire (fashion victims, casquette d'équipes de baseball, veste et sweat avec le nom d'une université, et je passe les t-shirts avec une phrase en Français pour faire chic...), goûts sportifs (baseball, basketball, football aussi), influence sur la langue (nombreux mots transposés directement en Coréen, comme coffee shop, dont l'omniprésence cumulée aux machines à café à 10 centimes m'ont malheureusement fait commencer à en boire régulièrement, computer, shopping, et j'en passe, de même que l'on peut citer les noms anglais qu'ils se donnent au contact d'Occidentaux), goûts culinaires (succès des fast food, des ice cream shops, de Starbucks Coffee...), goûts musicaux (ne me faites pas revenir dessus par pitié), etc. Il y a des changements de plus grande ampleur encore j'ai envie de dire, quand 30% de la population est chrétienne par exemple, bien que concentrée sur Séoul. Selon notre prof de sociologie, il y a même des missionnaires coréens qui partent en Europe pour convertir des brebis égarées ! J'ai vécu quelque chose d'intéressant l'autre jour. Je lisais tranquillement sur un banc sur le campus quand un groupe de trois dames sont venues me voir et me demandent si j'ai le temps pour voir une vidéo (disponible dans toutes les langues possibles et inimaginables !). Ça commence bien : pourquoi y a-t-il un Dieu le père et pas Dieu la mère ? Je me dis que ce sont peut-être des féministes anticléricales, chouette ! Puis la vidéo prend une drôle de direction à se lancer dans des références dogmatiques un peu trop mystiques... Puis, seconde vidéo : Alexandre le Grand, conquérant de nombreux territoire, puissant homme et très riche, mort à 33 ans d'une simple fièvre. Quel rapport ? Que vaut la vie sur terre, comparée à la vie après la mort, les richesses sont futiles, et vas-y que je te cite plein de passages bibliques... Bref c'en était trop pour mes zygomatiques qui n'ont pas supporté cette avalanche de conneries, et m'ont font essayer de leur expliquer ce que c'était que l'athéisme.

C'est à mon sens aussi dans les petites différences qui passent inaperçues qu'on peut voir ce qui est profondément ancré et qui est difficilement changeable, ou en tout cas qui a résisté au changement jusqu'à présent. On touche là à l'aspect le plus intéressant du concept de culture sur lequel j'ai abondamment déversé mon urine dans un précédent article. Urine qui, étrangement, est souvent très blanche ces temps-ci. Pour prévenir toute tentative de blague qui pourrait s'avérer catastrophique, oui il s'agit bien d'urine. Je crois que cette couleur inédite est liée à l'alimentation ici : tous les repas sont divisés en riz, soupe et petits plats secondaires (vous le voyez ici dans ce petit déjeuner au resto u), et du coup je bois beaucoup.
Tiens, c'est peut-être un bon début pour illustrer ce troisième point de vue sur les transformations sociétales. Même si l'on peut faire un amalgame sur les Asiatiques qui mangent tous du riz, les Coréens sont reconnus dans la région pour avoir la nourriture qui arrache le plus. Et oui, l'américanisation n'a pas eu raison du kimchi (chou chinois en morceaux très relevé qu'ils mangent à tous les repas, en haut à gauche sur la photo). Ce qui résiste aussi bien à la modernisation est le langage, en dépit de l'introduction de nouveaux mots. Prenons leur système de numération. Je n'ai encore jamais rien vu d'aussi taré. Apprendre des nouveaux mots pour les chiffres, je veux bien, mais ils ont deux façons d'utiliser les nombres ! Si je veux donner mon âge et si je veux savoir le prix d'un article, je n'utiliserai pas les mêmes nombres... Prenons aussi les apports de la kinésique, la science qui étudie le corps humain dans ses gestes, du point de vue des rapports quotidiens. Pour dire non avec le corps, on ne fait pas un mouvement horizontal de la tête, on fait une croix en forme de X avec les bras. Une petite croix avec les doigts pour un simple non, ou une grosse croix impliquant un mouvement d'ensemble des bras et du torse quand on est pas du tout d'accord ou quand on se fait taquiner. J'ai eu une expérience assez amusante à ce sujet des gestes corporels. Lors d'une petite soirée dans le pub à la sortie du campus, je voulais simplement tirer les joues d'une Coréenne qui est souvent avec nous, pour rire, façon « let's put a smile on that face ». Elle m'a offert un visage débridé en retour, « what are you doing ?! », puis elle m'a expliqué qu'en Coréen cela signifie « Mlle, vous être très jolie » sous-entendu « j'aimerais passer à la suite ». Prenons enfin les panijam, ou convenience store, ces minuscules supérettes où l'on ne vend presque qu'à manger ou à boire et autres produits de première nécessité, et qui se trouvent partout. Il n'y a pas que des grosses entreprises qui les tiennent, il y a dans les petites rues de nombreux panijam partout, indépendants, tenus en famille. Même si des grands supermarchés où l'on trouve de tout et qui sont ouverts tout le temps existent, la structure des petites boutiques existe toujours majoritairement.

Après avoir parlé de ces détails qui reflètent la situation de la Corée au regard de la question du développement, le problème de la culture revient toujours, mais ce que vous ne savez pas, c'est que je suis un champion de tennis de table en solo, et ma raquette va le dégager de nouveau sans aucun problème. Il s'agit à présent de prendre du recul et de voir la société coréenne dans son ensemble. Alors, allons-y dans les lieux communs qui brouillent l'image de l'Asie : le groupe passe avant l'individu, le sacrifice pour la société est monnaie courante, d'ailleurs en échange d'un bol de riz ils seraient prêts à faire harakiri c'est bien connu. Et en même temps, allons-y sur les corrélations douteuses nous concernant nous, pays développés. Il paraît que pour être développé il faut être individualiste, et bah la Corée c'est un pays holiste. Mesdames et Messieurs qui pensez de la sorte, laissez-moi vous dire que l'opium vous enfume l'esprit, il est grand temps de passer à quelque chose qui vous fera vraiment trouver la voie, comme Lao-Tseu l'a dit. Je pourrais me lancer dans un petit exercice rhétorique pour dire que les Coréens sont plus individualistes que nous, par pur esprit de provocation, mais je me contenterai d'essayer de démontrer que classer les sociétés dans de telles catégories, comme individualisme ou holisme, ça n'a juste pas de sens et ça sera toujours faux et loin de la réalité beaucoup plus complexe. Regardons l'héritage du confucianisme dans la vie quotidienne. D'un côté on peut dire que ça implique le respect de l'ordre social avant tout, dans la hiérarchie, ce qui est donc une preuve que la survie du groupe passe avant celle de l'individu. D'un autre côté on peut dire que le principe de la piété filiale, c'est-à-dire du dévouement des enfants aux parents, fait de la famille la cellule principale de la société, ce qui est déjà plus individualiste que l'importance consacrée au groupe. Encore plus fort : les familles sont prêtes à tout pour la réussite scolaire et sociale des gamins, ce qui implique du copinage voire de la corruption pour y arriver (ce qui va à l'encontre de la réussite du groupe) et une responsabilisation précoce des enfants (en tout cas davantage que les Japonais qui, au moins ceux qui sont ici, ont vraiment l'air d'être encore des adolescents à 22 ans) ce qui renforce leur individualisme. Bref, tout ça pour dire que la prochaine fois que vous parlerez d'un pays asiatique, abstenez-vous de dire « oui mais c'est parce que pour eux le groupe c'est le plus important ! », et encore pire « c'est à cause de ça qu'ils tardent à se développer » parce que ce qui défraie la chronique ici ce sont plutôt les scandales politiques de corruption, détournement de fonds, ou de copinage, qui ne sont pas vraiment des exemples pertinents de ce qu'on appelle se sacrifier pour le groupe...

Mais dans tout ça, quel est mon ressenti personnel, à propos de la vie ici, de l'environnement ? Et bien dans mes expériences personnelles, c'est pareil, j'ai vu du très tiers-monde et du très premier-monde. Séoul, en bonne capitale à forte densité de population, est le bon endroit pour expérimenter ça, mais les autres villes sont réputées moins excentriques. J'ai déjà parlé de ces grandes avenues lumineuses avec des immeubles immenses et des boutiques à tous les étages. C'est sûr, l'équipement hi-fi dans les noraebang est impressionnant, l'accès à internet est généralisé, de même les PCbang sont courants ici (grandes salles avec des rangées entières de PC en réseau), les boîtes de nuit de Hongdae sont très branchées au point d'y trouver autant d'Européens et d'Américains que de Coréens... Mais ce dont je me rends compte assez souvent, et je le dis sans moquerie, bien au contraire, c'est que cette modernité semble vraiment n'être qu'une apparence. On peut très bien vivre dans ce plateau de cinéma sans problème, il est assez conséquent et complet. Mais curieusement, ça sert autant de façade que les villes où la Corée du Nord concentre ses efforts de développement pour qu'elles servent de vitrine au monde. Personnellement, je préfère justement voir ce qui est derrière cette vitrine qui semble avoir été montée spécialement pour les gros lards qui vont débarquer ici pour le G20 et vont vouloir se sentir chez eux – oui j'ai un peu de mal avec les expatriés en général, et après quelques discussions avec Géraud, Mehdi et Vincent je vois que je ne suis pas le seul, de mon côté je me sens plus proche des étudiants européens qui ne se contentent pas d'aller dans ces coins-là. Quand je parlais de mes courses pour aller acheter des vêtements, c'est exactement ce dont je parle maintenant. C'est une belle apparence de développement que d'avoir trois bâtiments de quinze étages côte à côte où l'on vend des vêtements, si quand on entre c'est comme un souk où il faut tout marchander ! Ce qui est vraiment intéressant, ce sont les petites rues complètement chaotiques où l'on risque sa vie tout le temps, entre les gens qui roulent comme des fous au milieu de la rue et les câbles électriques qui pendent des poteaux sur les côtés de la rue ! Ils roulent totalement comme des déjantés, mais c'est plus drôle que révoltant, et j'en viens à me dire que je les regretterai en France. J'appelle rouler comme des fous les types en scooter qui mettent les turbo réacteurs quand ils sont sur le trottoir au milieu des piétons (alors que des fois la route pour véhicules motorisés se trouve à cinq mètres de là...), même s'il y a des enfants et des vieux qui sont là ! On a atteint des sommets tels ceux où trônent les temples bouddhiques le jour où j'ai vu une camionnette qui attendait au passage piéton pour traverser au feu vert avec tous les piétons...

J'espère avoir fait mon travail, qui était de ne répondre ni oui ni non à la question que je me suis posée. C'était surtout une tentative de jeter un saut de réflexion dans cette mare de choses à raconter. Après la baignade, je continue à m'occuper le temps que je me sèche, et j'indique à Simon que j'ai bien lu son livre, bien que n'y ayant pas compris grand-chose, le théâtre de l'absurde m'agressant toujours plus la cervelle qu'une chicha avec du tabac de Dubaï. J'ai fini le livre en Français d'Histoire de l'Asie orientale aux XIXe et XXe siècles que j'ai trouvé dans la BU, mais bien que j'ai appris beaucoup de choses et qu'il ne parlait pas de la Corée du tout, il date des années 1970 et je vais devoir trouver autre chose pour me mettre à jour. J'ai également reçu un colis de Maman avec un Canard enchaîné et un Monde diplomatique, car j'essaie de ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe en France, même si c'est une solution de simplicité que de considérer cette année comme une année de vacances... Bref, il est temps que je me lance dans les Chroniques parisiennes offertes par Géraud, mais si tu ne les as pas lues, ce sera difficile d'en discuter ! C'est ça d'être en université et non en stage, on a du temps libre pour faire d'autres choses à côté des cours mais on peut pas trop bouger parce qu'il faut aller en cours tous les jours... J'attends aussi les premières nouvelles des autres bœufs, parce que là vous n'avez plus d'excuse, tout le monde est à l'étranger à présent !

Bon, comme je me suis pris le reproche de pas mettre assez de photos en ligne, en voici une platrée.



Seoul by night


Et puisqu'il faut bien alimenter ce blog


Quelques photos que je vole impunément à un pote tchèque


Le meilleur pour la fin

vendredi 8 octobre 2010

La tête dans les nuages et les pieds sur le Mont Agung

Un nuage aux formes improbables et l'ombre du Mont Agung sur la plaine


Voilà quelques jours que je n’ai pas quitté le bukit (sud de l'île) et éprouve un ennui certain doublé d’un ballonnement sans doute lié à mon régime alimentaire constitué de babi guling (cochon à la broche), saté (brochettes) et autres mets à grande teneur en lipides. Mais cette fois, c’est décidé, une petite escapade au Mont Agung me fera du bien et m’entraînera loin de cette chaleur tropicale. Autant mettre les choses au clair : je ne mets pas souvent les pieds en montagne, et la dernière ascension était celle du Bromo à Java-Est, où il suffisait de monter un escalier gigantesque jusqu'au cratère. Rien à voir avec ce qui m’attendait ici. Bon, je me demande pourquoi prendre ses 4 litres et demi d’eau qui me donnent l’impression que mon sac est rempli de briques.


Avant l'ascension des offrandes sont versées aux dieux, les guides le font sérieusement. Ici ils boivent de la "Holy water"


La rando commence à 23h au pura (temple) Busakih, le plus grand lieu de culte à Bali, après un repos d’une heure et demi dans un losmen pas très confortable, mais je suis trop excité pour me soucier de ça. Le complexe de temples est complètement vide, seuls les chiens semblent hanter le lieu. Dans la nuit noire et quelques peu inquiétante avec le bruissement de la végétation, je ne vois pas plus loin que le faisceau de ma lampe frontale à un mètre devant mois. Sans autre repère, il faut quand même grimper, une expérience forte où le mental devient primordial. A moins d’une heure de marche, première pause pour déposer quelques offrandes et je découvre que je ne suis pas le seul à avoir des suées. Je comprends maintenant l’utilité des trois bouteilles d’eau. Le chemin se rétrécit de plus en plus et se raidit en même temps. Quelle idée aussi de faire des sentiers tout droit jusqu’au cratère plutôt que de serpenter la montagne ! Je me fais allégrement distancé par Didier, Socrate, Sandra, Annika et Valérie, ces dernières papotent même en marchant et pourtant loin du cliché de l’alpiniste avec ces bâtons dans chaque main et ses 40 kg dans le dos, alors que je dois reprendre mon souffle tous les 20m. Derrière, Dominique est bien en compagnie de deux guides. Je me retrouve complètement livré à moi-même, laissant en moi s’insinuer des doutes quant à mes capacités à atteindre le sommet. Surtout quand on se retrouve à un croisement entre deux chemins et la seule indication est en sanskrit !


Suivez les indications !


Petit à petit, le froid se fait sentir, surtout pendant les pauses. Ramper, escalader, marcher à quatre pattes, je ne sais même plus quel mot employer pour les derniers mètres de dénivelé sur un sol extrêmement friable qui m’achèvent dans un vent froid insupportable. La dernière partie est complètement pelée, constituée essentiellement de coulées de lave refroidies et en proie à de fortes rafales de vent balayant les nuages aux formes improbables. Il faut cheminer sur une crête pour arriver au cratère mais les vents forts nous en empêchent, menaçant de nous envoyer dans le précipice vertigineux. Il faudra rebrousser chemin avant d’avoir atteint le point culminant à quelque mètre de là et le moral en prend un coup. Après tout, grimper un volcan est aussi une question de fierté.


Sommet en vue


Pris dans un nuage


Heureusement le jour se lève et les rayons de soleil percent un voile légèrement brumeux. Le panorama est impressionnant : à droite le mont Batur et son cratère paraissent tout droit sortis d’une maquette, à gauche on aperçoit Nusa Penida et Lembongan pas plus grandes qu’un galet. Je comprends maintenant pourquoi les balinais ont choisi cette montagne comme lieu de dévotion, elle impose le respect. On se sent vraiment minuscule face à cette immensité. C’est un spectacle qui se mérite. Loin de la douceur à quelques 3 000 m en-dessous se cache une nature peu accueillante.


Panaroma incroyable sur tout Bali depuis la crête


La descente est encore pire que la montée. D’abord parce qu’il fait jour et alors qu’avant je cheminais dans le noir total, maintenant je me rends compte de la distance et de la hauteur vertigineuse à laquelle on est, ce qui la rend interminable. Ensuite parce qu’il faut sans cesse se battre contre son propre poids et avancer à petits pas ou même sur les fesses, enjamber les racines à plus d’un mètre de haut et passer sous les troncs d’arbres. Encore une fois, la troupe m’a distancé et je dois descendre seul. Epuisé par la nuit blanche et la montée, transi de froid, j’ai arrêté de penser et mes jambes fonctionnent toutes seules tel un robot. A 2000 mètres d’altitude je rencontre un singe qui se jette sur les biscuits que je lui lance. Petit à petit les pins laissent place aux fougères arborescentes et une végétation luxuriante, ainsi que la chaleur et l’humidité qui l’accompagnent. Retour sur le plancher des vaches après avoir mis les pieds dans le domaine des dieux. En fait, j’ai menti, je n’ai pas fait la descente seul, mais avec une sangsue que j’ai retrouvée plus tard dans ma chaussette…


Macaque d'altitude

dimanche 3 octobre 2010

Que faire

Je me souviens des dames de l'espace avenir à l'IEP qui me disaient que c'est particulièrement lors d'un voyage à l'étranger, au sens fort du terme, lorsqu'on est plongé dans le bain d'une différence radicale, qu'on acquiert maturité et sagesse. Ce qui semblait un proverbe chinois m'apparaît aujourd'hui très clairement, je le comprends très bien. Je sens ma sagesse pousser, assez douloureusement d'ailleurs, ma gencive inférieure en est enflée au point de m'empêcher de fermer la bouche. Mais la maturité est inutile si l'on a pas les moyens de la mettre en œuvre. Concrètement, il faut des sous. Il fut un temps où ce n'était pas un problème : quand j'ai reçu ma première bourse coréenne, j'ai plus clamer haut et fort que j'étais millionnaire. Ces deux atouts en poche derrière leur fermeture éclair, je suis paré à tout, à l'exception de ces nuits glaciales et de ce vent venu de la cheminée du père fouettard, qui ont surgi depuis quelques jours, annonçant l'Automne. La question qui se pose et à laquelle je vais tâcher de répondre dans cet article est la suivante : d'accord, tu es paré à tout, mais tu es paré à quoi au juste ?

Il est temps d'aborder ce pour quoi officiellement je suis ici : les cours. Tout d'abord, j'ai cinq heures par semaine de langue coréenne, ce qui est absolument insuffisant et nécessite de faire davantage à côté. Malgré des débuts un peu lents pour quiconque connaissant déjà le hangeul (l'alphabet), cela devient intéressant mais déroutant pour certains qui se sentent obligés d'abandonner. Impitoyable. C'est qu'en effet, nous sommes plongés dans une méthode d'enseignement qui nous est étrangère. J'avais déjà évoqué avec humour les Chinois qui chantaient à l'unisson le cours en comparaison avec nous autres Européens. Quand on se rend compte que c'est comme ça que ça va se passer pendant un an, ça fait moins sourire. La méthode est simple : rabâchage jusque que ça pénètre le crane par tous les moyens et que ça n'en ressorte pas. Ce qui donne le plus de challenge, c'est quand la prof fait faire un exercice où il faut répéter cinquante fois la même chose en changeant un mot à chaque fois, faisant ainsi progresser le cours avec une lenteur soutenue, puis quand elle se décide à enchaîner sans s'arrêter plein de règles de grammaire parfois assez complexes. Mais le jeu en vaut la chandelle, pas question de laisser tomber. Une discussion avec un Chinois me force à calmer mon culturalisme cependant. Il me faisait part de ses critiques sur cette méthode d'enseignement, qui ne sert à rien, est rébarbative, et sur le long terme ne fait progresser que lentement. Selon lui, la façon dont on enseigne en Occident consiste en droite croissante, régulière (on apprend une règle, puis une autre, puis une autre, on essaie de combiner), tandis que l'Orient, sans doute à cause de son goût pour les temples, enseigne comme un escalier (on apprend une règle, on attend le temps qu'il faut d'être sûr qu'elle soit bien maîtrisée, on passe à la suivante). Si vous préférez la méthode occidentale, tapez 1 en laissant un commentaire, sinon tapez 2. Ensuite, j'ai trois heures de cours de Mass Medias and Popular Culture, qui est un cours qui rappelle plein d'éléments de l'an dernier de politique comparée, d'infocom, de philosophie politique et d'introduction à la sociologie. Petite anecdote : « So, do you know who are the three majors foundators of Sociology? We have seen Durkheim. Silence. Have you heard of Weber? Silence. A famous German blablabla. And, not to forget, do you know Marx ? Grand haaaa provenant du public chinois ». Enfin, je termine ma semaine sur trois heures de Korea and Globalization, qui n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais. L'UOS, mon université, est réputée pour sa faculté de business administration. Sans doute est-ce un a priori, mais ce cours me donne une idée de ce à quoi étudier le business peut ressembler. C'est un cours qui mélange économie, gestion, et un peu de finance. Même si j'ai du mal avec les deux derniers, jusque-là, pourquoi pas. Mais. Il y a un mais. La structure du cours est gênante lorsqu'elle se met à mélanger analyse scientifique et propos normatif. En gros, on prend des notes sur des objets qui peuvent être intéressants, mais la finalité implicite est de faire de nous des managers, et que notre seul objectif dans la vie est de faire du pognon. La semaine dernière on a carrément eu droit à un cours de spéculation, how to make a lot of money. J'ai rencontré pas mal de Coréens qui ont l'air de n'avoir que cet objectif en tête, et je commençais à me désespérer de cette population qui ne voit pas dans quel mur elle fonce. Heureusement, l'esprit critique du petit élève postmoderne que je suis m'a aidé à trouver la sainte vérité impossible à critiquer : il y a aussi des cons en France et je me suis rappelé que si cette université était une productrice de businessmen, il y avait aussi d'autres facultés en son sein et qu'il y a d'autres universités et encore d'autres gens. Voilà de quoi remplir mon quota vis à vis de l'IEP.

Glandeur ? Tire-au-flanc ? Chômeur ? Voleur ? Mou du gland ? Quel qualificatif est le plus approprié pour quelqu'un qui n'a qu'onze heures de cours par semaine ? Voyons, je ne me contente pas de ça pour remplir mon emploi du temps. Il faut me socialiser parmi les Coréens, faire figure de réussite de l'intégration nationale et de l'ascenseur social. Un des premiers moyens de rencontre sont les deux heures de conversation en Anglais que je donne chaque semaine, au S Café, un espace assez détendu pour Coréens et étudiants étrangers. Comme je passe mes journées de toutes façons à parler Anglais, me voilà assis sur un canapé avec pour boulot de converser avec des Coréens en Anglais. Deuxième moyen : le cours de Français hebdomadaire que je donne (mais je vais donner deux heures au lieu d'une). C'est intéressant de se retrouver dans la position de l'enseignant même si les formes n'y sont pas : j'ai le même âge que ceux qui apprennent, je n'ai pas un salaire d'universitaire... Mais comme ceux qui apprennent sont volontaires, tout se passe bien. Enfin, la langue française n'est pas la plus facile qui soit à enseigner, surtout à des Coréens. Allez faire prononcer à l'un d'entre eux le mot « renard », avec des vrais r, ou le mot « enfant » et tous ces sons en in, on, en... Voilà bien la preuve que même les sons que l'on émet ne sont pas naturels ! Cela me permet aussi de voir comment est la relation prof-élève de l'autre côté : je comprends à présent pourquoi le prof peut aller trop vite, veut continuer à faire cours jusqu'à la dernière petite minute, ce qui fait chier tous les élèves qui veulent leur pause. Ça peut être juste parce qu'on ne veut pas prendre de retard, on a envie de faire bien les choses, et d'aider les autres à apprendre le plus possible... À côté de ça, je suis le cours d'Espagnol donné par un des étudiants espagnols, sans prendre de notes, juste pour pouvoir me la péter en rentrant en quatrième année en alignant quelques mots. Troisième moyen : entrer dans un club, équivalent des associations à l'IEP. Ce n'est pas évident en réalité. Tout d'abord parce que ce n'est pas sûr de trouver quelqu'un qui parle assez bien Anglais pour pouvoir communiquer. Ensuite, parce que la mentalité corporatiste semble bien devoir s'inscrire au tableau des aspects universels de la connerie humaine. Clubs de musique (qui ont, il faut le reconnaître, du matériel intéressant pour pratiquer) qui nous disent que les inscriptions sont finies, qu'elles étaient au début de l'année, c'est-à-dire avant que nous autres étudiants étrangers soyons parachutés ici, merci au revoir réessayez l'année prochaine ; divers clubs élitistes qui s'entraînent pour une quelconque compétition dans l'espoir d'avoir du prestige en remportant un trophée car ils y gagneront peut-être un centimètre de taille de bite, c'est pourquoi repassez plus tard, on n'a pas le temps de s'occuper de vous, tel le club de tennis de table et deux autres... Finalement, les plus accueillants furent les clubs d'arts martiaux. Quand je serai un peu plus familier avec le taekwondo, j'y consacrerai un article. En attendant, je peux dire que les gens de ce club ont été chaleureux à plusieurs égards comparés aux autres, de même que le club de judo qui a accueilli dans les mêmes conditions un pote turc que j'ai accompagné qui voulait essayer.

Le reste du temps, si je n'ai pas de travail, il y a une palette de choses à faire en Corée qui son inimitables ailleurs. Quand j'aurai trouvé un endroit où héberger mes vidéos, je vous ferai partager mes performances dans les noraebang, plus communément connu sous le nom de karaoke. J'ai remarqué que si les émissions du style de la Star Ac' sont assez populaires par ici, on ne se contente pas de regarder la télé affaissé dans le fauteuil : on exerce aussi ses cordes vocales. Et contrairement à moi qui fait pleurer Eminem, Freddy Mercury ou Lou Reed malgré toute ma concentration à l'ouvrage, les Coréens avec lesquels je me suis rendu dans ces opéras amateurs m'ont bien souvent impressionné par leur capacité à pousser la chansonnette, et à monter dans des aigus ou à hurler juste. En revanche, Jean-Philippe a beau avoir un pseudonyme à l'Américaine, il est comme tous les francophones de sa profession : totalement introuvable dans les noraebang. En revanche, étonnamment, il y a quelque chansons espagnoles. La seule que j'ai pu trouver avec du Français est Michelle des Beatles... Il n'y a toutefois pas de quoi s'ennuyer avec la liste de pop/rock anglophone disponible. La connaissance de la chanson coréenne, chinoise, thaïlandaise, russe ou japonaise offre toutefois la possibilité de longues soirées à découvrir la pop d'un autre pays. Curieusement, c'est de la merde partout.



Quelques paysages depuis quelques hauteurs


En Europe, les petits vieux font chier tout le monde dans les supermarchés, ici ils sèment la terreur dans les forêts et s'entraînent pour persécuter les jeunes


Quelques paysages depuis quelques rues

En Corée, on peut se balader aussi ! Comme Séoul est une ville assez gigantesque, il y a deux types de paysages qui valent le coup d'œil. D'abord, les petites rues illuminées et organisées de façon chaotique, ou les artères qui pullulent comme une plaie infectée, avec leurs contradictions entre modernité à l'occidentale et sortie récente du tiers-monde que j'ai déjà évoquée même qui est toujours aussi frappante. Ensuite, les paysages englobant toute la ville, lorsque l'on grimpe à une tour ou au sommet d'une colline pour avoir une vue d'ensemble. Séoul est si tordue qu'il est courant d'avoir à monter à pied une pente à quarante degrés et d'avoir à redescendre une dizaine de mètres plus loin, sans raison. Lorsque pour Chuseok, des vacances qui correspondent à Thanksgiving durant lesquelles tout le monde rentre chez soi pour fêter ça en famille (mais au final passe plus de temps dans les embouteillages qu'en famille), j'ai été invité à Changwon, une petite ville proche de Busan, la seconde plus grande ville de Corée du Sud, présentant les mêmes aspects que Marseille, j'ai été totalement abasourdi par l'aspect postapocalyptique du centre ville. La nuit, tout est complètement éclairé de partout avec ces immenses bâtiments desquels jaillissent la lumière des néons indiquant ce qui se trouve à chaque étage. Ce qui n'empêche pas les gens de conduire n'importe comment, de se garer n'importe où (il y avait limite un barrage de voitures au milieu de la route), de recouvrir les voitures garées de pubs (les pare-brises littéralement recouverts de papiers pour une même boutique !), les taxis de dicter leurs lois, les vendeurs de bouffes de haranguer les passants... Ce n'est pas un sentiment d'insécurité qui règne ici, plutôt de foutoir mémorable. Même si les endroits louches sont très facilement accessibles. J'appelle endroits louches, des bars, ou des noraebang, où on peut choisir une femme pour passer le temps avec elle. Si ça fait sourire les Coréens, c'est typiquement la raison pour laquelle je parlais de « sortie récente du tiers-monde ». À mes yeux, ces « naughty noraebang » et autres « call girl pub » qui côtoient des boutiques plus habituelles (comme lorsqu'à côté de gosses en train d'essayer d'attraper des peluches dans une de ces machines avec une pince un groupe de type en costard entrent dans une boîte de ce genre), sont typiquement des exemples de ce qui fait que la Corée est encore carrément à la bourre. On a beau avoir effectué un rattrapage économique considérable, si on n'est pas foutu de réguler ce que l'on couvre sous des noms lumineux et attractifs ce qui s'appelle en réalité de la prostitution, on reste totalement en voie de développement. Et si quelqu'un me ressort l'excuse de la différence culturelle, que je juge d'après mes valeurs d'occidental, ce qui peut être vrai, je réponds par l'argument génocidaire, alors faites gaffe.

Bon, cet article était parti sur un ton joyeux et a brusquement viré vers du plus glauque, je vais tenter d'embrayer sur une autre activité qui devient nécessaire avec le temps : faire des courses. Pas les courses pour manger, je parle de courses plus conséquentes, les vêtements par exemple. Ça peut être très amusant ou très énervant. On entre dans un building immense avec une quinzaine d'étages, on s'attend à ces grosses boutiques qui vendent de tout, alors qu'en fait, une fois à l'intérieur, c'est encore totalement chaotique. Les souks en fait ont dû être inventés en Corée, c'est pas possible autrement. C'est une multitude de minuscules étalages de vêtements avec leurs vendeurs qui se lèvent avec de gros yeux en voyant ma tête d'occidental et en disant : « Ho ! Hello ! American ! I love America ! T-shirts ! Cheap ! What do you want ? I have jeans, t-shirts, jackets ! Cheap ! ». Et, bien entendu, les prix ne sont pas affichés, et il faut marchander. Je paie le prix de ne pas être bridé lorsqu'ils me soulèvent les prix considérablement comparés aux Coréens (même si tout le monde doit marchander). Il me faut donc encore améliorer considérablement mon niveau en Coréen pour ce genre de situation pour les bluffer. Quelques anecdotes marrantes : à l'un d'entre eux qui me demandait d'où je venais, je lui dis que je suis Coréen en Coréen, il a tiré une tronche incroyable ; là où je me suis décidé à acheter, pour me convaincre de payer plus, le vendeur me disait « oh please ! I love France ! », mais lui répondre que je n'aime pas la France a dû le vexer ; ou un autre qui n'arrêtait pas de m'appeler « handsome guy » dès que je passais devant son étalage... Le problème, c'est qu'ils vendent tous des vêtements à l'Américaine, des sweats avec des noms d'États américains ou d'universités, des casquettes avec des équipes de baseball, le choix ne fut donc pas aisé. Bon, à force de se faire haranguer aussi on en a plein la tête, on réfléchit moins bien, l'ambiance joue contre l'étranger que je suis. Pour la prochaine fois j'ai mis au point quelques stratégies pour les faire baisser les prix (expliquer que je ne suis pas américain, que je ne suis pas un touriste, que je ne suis pas pété de thunes, ou dire qu'en France c'est moins cher, ou crier au scandale du racisme parce qu'il n'aurait pas fait ce prix à un Coréen, ou la technique « Maman » : faire croire que le voisin vend moins cher et que je vais aller le voir vu qu'il veut pas baisser le prix, ou enfin la technique « Marsellus Wallace » : « Do I look like a bitch ? No ? So why are you trying to fuck me ? »). Beaucoup se joue au bluff au final. Le problème, c'est pour les produits beaucoup plus précis, comme le matériel informatique. Je me suis rendu au marché pour ce genre de produits, pour regarder les prix des caméscopes, sauf que les règles sont les mêmes : tout se marchande... Mais ici, non seulement la maîtrise du Coréen dans ce genre de situation est absolument nécessaire, mais aussi être un acteur très subtil et un fin connaisseur des produits (avec des détails techniques), sinon on est totalement perdant, surtout quand on va dans les endroits où seuls les Coréens vont et jamais les touristes. J'ai quand même réussi à acheter à une petite vieille des figurines de Dr Slump, en baissant un tout petit peu le prix, en suivant les conseils du Coréen qui était avec nous, qui me disait que j'étais trop Français et que j'allais trop dans la confrontation, que je devais être souriant, appeler la petite vieille nuna (on appelle nuna les femmes de mon âge), lui dire un beau juseyo (s'il vous plaît), voire même yepoyo (vous êtes jolie). Je n'ai pas réussi à faire une belle chute des prix, mais elle était stricte, et ce Coréen m'a dit que lui-même n'aurait pas été sûr de pouvoir baisser beaucoup plus. Avant de partir de cet espèce de souk, j'ai voulu rendre fou un vendeur juste pour m'amuser, ça ressemblait à ça : « 50 000 wons! - No, too expensive, I cannot go above 20 000... - Are you kidding me? Come on, 40 000 wons! - Yeah, you are right, this is worth it. I'll take it for 10 000. - What? 38 000, last price ! - Are you nuts or what, this is not the real price! The real price is 40 000, and if you had proposed it for 60 000 I would have taken it. But now it's too late ». Enfin, pour les dépenses de la vie de tous les jours, il y a là aussi un lot de surprises, car tous les repères sont à retrouver ici. Par exemple, lorsque je veux tester le nouveau shampoing que j'ai acheté, je me dis que tiens, c'est bizarre, ça mousse pas, au contraire ça disparaît... Et c'est ainsi que j'ai appris comment on dit après-shampoing en Coréen, et que la bouteille a exactement la même couleur et le même design que la bouteille de shampoing, que celles-ci sont rangées ensemble, et que seul le mot shampoing change pour après-shampoing. J'envisage de plus en plus me lancer dans une carrière de super-héros en constatant que mon corps a été capable de produire de la mousse en continu pendant cinq minutes après avoir passé ce que je supposais être du gel douche dessus.

Quand la journée s'achève, il s'agit de rentrer dans ses pénates. Comme je me suis rendu compte que je n'avais toujours pas montré à quoi ma chambre ressemble, je me permets de conclure sur ces quelques photos.

PS : j'ai la flemme de me relire, désolé s'il y a des fautes, et si les photos ne vous conviennent pas à ce que j'écris.



Quelques paysages depuis ma chambre


Un drôle de distributeur