Avant de me lancer vers cette lourde question, je tiens à m'excuser pour le ralentissement de ma production d'articles, mais j'ai une bonne excuse : je prépare en parallèle un article pour Décloîtrés, le journal de l'IEP, que je publierai ici le 1er Novembre en même temps que Décloîtrés. J'essaie de faire celui-ci plus sérieusement, avec recherches de données à l'appui, interviews de Coréens et rencontre avec un prof de sociologie, ça me prend donc plus de temps. Qui plus est, j'ai de plus en plus de choses pour lesquelles je me suis engagé que je dois régler (répétitions pour jouer deux-trois morceaux fin Octobre, changement de visa pour pouvoir sortir du territoire, découverte que l'ambassade de Chine en Corée ne délivre pas d'autorisation pour entrer sur leur territoire aux citoyens français et américains...). Et mine de rien je suis un peu déçu car je n'ai pas souvent l'occasion de partir à l'aventure, de faire toutes les visites et randonnées que j'aimerais faire, alors que ça va bientôt faire deux mois que je suis ici. Bref, pour ne pas perdre le rythme, et aussi parce que je suis de bonne humeur comme tous les matins où les enceintes partout sur le campus passent de la pop coréenne pour réveiller ses étudiants, je me lance dans un nouvel article. J'ai pensé à cette question en titre car dans la vie de tous les jours, il y a de sacrées surprises. Je vais essayer de toujours nuancer ma réponse comme j'ai pu le faire sur l'américanisation des Coréens. Je vais essayer d'abord d'avoir une approche sérieuse de la question, et je poursuivrai sur mon ressenti personnel.
Si l'on tient compte de l'actualité internationale, et de la forme qu'elle prend en Corée, on ne manquera pas d'observer que la Corée fait partie des vingt pays les plus riches du globe, ou en tout cas elle fait partie de ceux qui prétendent être les vingt plus riches et qui entendent gérer l'économie mondiale entre eux. Les 11 et 12 Novembre prochains, elle va même accueillir pour la première fois ses 19 camarades censés être les grosses couilles de la planète. Bien sûr les conditions pour faire sérieux sont de bien contrôler les mouvements d'opposition à ce genre d'évènements, et je sens bien le coup venir de la police partout et de l'absence de manifestations. J'essaierai tout de même de m'y rendre pour voir ça de près, peut-être filmer. À cela s'ajoute une croissance rapide, grâce à une stratégie d'industrialisation orientée à l'exportation (ça rappelle des souvenirs de première année tout ça), et par une montée en gamme de la production permettant d'augmenter la valeur ajoutée considérablement. En mots plus simples : la Corée du Sud s'est fait des couilles en or en une cinquantaine d'années en se modernisant sur ce qui nous a pris deux siècles et en s'ouvrant complètement au commerce extérieur. Le problème c'est que ce n'est pas parce que le développement économique a été brusque que la société s'est trouvée métamorphosée dans tout son ensemble, et c'est justement ce qui est intéressant quand on s'intéresse aux pays émergents, de ne pas se contenter de regarder leur produit intérieur brut. Il est assez intéressant déjà de noter que les Coréens, quand on discute avec eux, considèrent qu'ils ne sont pas un pays développé. J'ai déjà entendu plusieurs fois « and that's why we need to develop more, because we're still an under-developed country, right ? ». Cela ne signifie pas se faire des couilles totalement en or, incluant les poils, cela signifie avoir une mentalité différente. Et le « right ? », qui est juste un mot pour être sûr que j'adhère, m'est adressé parce que je fais des gros yeux en entendant ceci. Comme quoi le point de vue peut vite varier... L'ennui, c'est que, comme assez souvent, il est difficile de faire la part des choses entre modernisation et occidentalisation (a fortiori américanisation ici comme je l'ai déjà évoqué). Je pense que ce n'est pas dans les grandes tendances et les grands panoramas qu'on peut voir où en est la Corée dans son développement, mais dans les détails, dans ce qui apparaît comme une anecdote sans importance dans la vie de tous les jours. Je vais aller vite, trop vite pour que ce soit vraiment sérieux, mais je vais donner quelques exemples de la vie de tous les jours qui sont en rapport avec cette question de la modernisation ou de l'occidentalisation. Il y a les exemples qui donnent vraiment l'impression d'être dans une société futuriste ou en avance, ou bien moderne sans être comme les nôtres ; les exemples d'aspects nouveaux sur le long terme pour la Corée dus à ce même processus ; et les exemples de choses qui ne changeront peut-être jamais.
J'entends par société futuriste une société en avance sur la nôtre sur le plan de certaines valeurs ou aspects techniques. J'ai l'impression qu'ici tout est fait pour que la vie du client, du consommateur, du citoyen, du touriste, enfin bref du type qui n'est pas sur son temps de travail, soit la plus agréable et pratique qui soit. Rien ne doit le déranger, il doit se sentir à son aise. C'est vrai dans l'intimité : j'ai trouvé à plusieurs endroits des toilettes où la lunette est chaude quand on s'assoit dessus, les motels fournissent préservatifs, lubrifiants et matériel de douche... C'est vrai dans l'attitude en public : je croyais que les gens étaient très propres ici vu l'état des rues, mais c'est juste qu'il y a des gens dont le boulot est de nettoyer en continu les rues, en fait il m'est arrivé plusieurs fois de voir des Coréens balancer leurs déchets (emballage vide, mégots, gobelets, cannettes...) en plein milieu de la rue, et il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de poubelles dans les rues, mais c'est assez propre car toujours nettoyé. Un Chinois m'a même dit quand je cherchais une poubelle pour une cannette de la mettre sur un muret, parce que quelqu'un la ramassera demain, et si je trouve ça sale et irrespectueux, il s'est permis une comparaison avec la Chine où on a le même comportement sauf que personne ne nettoie... Qui plus est, quand on est dans un restaurant, il y a souvent un petit bouton sur la table pour appeler le serveur, ce qui est très pratique. Évidemment, j'extrapole une idée (toujours veiller au confort des gens) à partir de pas grand-chose, mais ça me semble assez pertinent pour comprendre ces petits riens qui diffèrent de chez nous. Je ne reste pas fermé à la critique pour autant !
Je disais développement accéléré en une cinquantaine d'années pour la Corée, quelle est la part de son occidentalisation ? J'ai déjà donné des exemples de l'américanisation : tenue vestimentaire (fashion victims, casquette d'équipes de baseball, veste et sweat avec le nom d'une université, et je passe les t-shirts avec une phrase en Français pour faire chic...), goûts sportifs (baseball, basketball, football aussi), influence sur la langue (nombreux mots transposés directement en Coréen, comme coffee shop, dont l'omniprésence cumulée aux machines à café à 10 centimes m'ont malheureusement fait commencer à en boire régulièrement, computer, shopping, et j'en passe, de même que l'on peut citer les noms anglais qu'ils se donnent au contact d'Occidentaux), goûts culinaires (succès des fast food, des ice cream shops, de Starbucks Coffee...), goûts musicaux (ne me faites pas revenir dessus par pitié), etc. Il y a des changements de plus grande ampleur encore j'ai envie de dire, quand 30% de la population est chrétienne par exemple, bien que concentrée sur Séoul. Selon notre prof de sociologie, il y a même des missionnaires coréens qui partent en Europe pour convertir des brebis égarées ! J'ai vécu quelque chose d'intéressant l'autre jour. Je lisais tranquillement sur un banc sur le campus quand un groupe de trois dames sont venues me voir et me demandent si j'ai le temps pour voir une vidéo (disponible dans toutes les langues possibles et inimaginables !). Ça commence bien : pourquoi y a-t-il un Dieu le père et pas Dieu la mère ? Je me dis que ce sont peut-être des féministes anticléricales, chouette ! Puis la vidéo prend une drôle de direction à se lancer dans des références dogmatiques un peu trop mystiques... Puis, seconde vidéo : Alexandre le Grand, conquérant de nombreux territoire, puissant homme et très riche, mort à 33 ans d'une simple fièvre. Quel rapport ? Que vaut la vie sur terre, comparée à la vie après la mort, les richesses sont futiles, et vas-y que je te cite plein de passages bibliques... Bref c'en était trop pour mes zygomatiques qui n'ont pas supporté cette avalanche de conneries, et m'ont font essayer de leur expliquer ce que c'était que l'athéisme.
C'est à mon sens aussi dans les petites différences qui passent inaperçues qu'on peut voir ce qui est profondément ancré et qui est difficilement changeable, ou en tout cas qui a résisté au changement jusqu'à présent. On touche là à l'aspect le plus intéressant du concept de culture sur lequel j'ai abondamment déversé mon urine dans un précédent article. Urine qui, étrangement, est souvent très blanche ces temps-ci. Pour prévenir toute tentative de blague qui pourrait s'avérer catastrophique, oui il s'agit bien d'urine. Je crois que cette couleur inédite est liée à l'alimentation ici : tous les repas sont divisés en riz, soupe et petits plats secondaires (vous le voyez ici dans ce petit déjeuner au resto u), et du coup je bois beaucoup.
Tiens, c'est peut-être un bon début pour illustrer ce troisième point de vue sur les transformations sociétales. Même si l'on peut faire un amalgame sur les Asiatiques qui mangent tous du riz, les Coréens sont reconnus dans la région pour avoir la nourriture qui arrache le plus. Et oui, l'américanisation n'a pas eu raison du kimchi (chou chinois en morceaux très relevé qu'ils mangent à tous les repas, en haut à gauche sur la photo). Ce qui résiste aussi bien à la modernisation est le langage, en dépit de l'introduction de nouveaux mots. Prenons leur système de numération. Je n'ai encore jamais rien vu d'aussi taré. Apprendre des nouveaux mots pour les chiffres, je veux bien, mais ils ont deux façons d'utiliser les nombres ! Si je veux donner mon âge et si je veux savoir le prix d'un article, je n'utiliserai pas les mêmes nombres... Prenons aussi les apports de la kinésique, la science qui étudie le corps humain dans ses gestes, du point de vue des rapports quotidiens. Pour dire non avec le corps, on ne fait pas un mouvement horizontal de la tête, on fait une croix en forme de X avec les bras. Une petite croix avec les doigts pour un simple non, ou une grosse croix impliquant un mouvement d'ensemble des bras et du torse quand on est pas du tout d'accord ou quand on se fait taquiner. J'ai eu une expérience assez amusante à ce sujet des gestes corporels. Lors d'une petite soirée dans le pub à la sortie du campus, je voulais simplement tirer les joues d'une Coréenne qui est souvent avec nous, pour rire, façon « let's put a smile on that face ». Elle m'a offert un visage débridé en retour, « what are you doing ?! », puis elle m'a expliqué qu'en Coréen cela signifie « Mlle, vous être très jolie » sous-entendu « j'aimerais passer à la suite ». Prenons enfin les panijam, ou convenience store, ces minuscules supérettes où l'on ne vend presque qu'à manger ou à boire et autres produits de première nécessité, et qui se trouvent partout. Il n'y a pas que des grosses entreprises qui les tiennent, il y a dans les petites rues de nombreux panijam partout, indépendants, tenus en famille. Même si des grands supermarchés où l'on trouve de tout et qui sont ouverts tout le temps existent, la structure des petites boutiques existe toujours majoritairement.
Après avoir parlé de ces détails qui reflètent la situation de la Corée au regard de la question du développement, le problème de la culture revient toujours, mais ce que vous ne savez pas, c'est que je suis un champion de tennis de table en solo, et ma raquette va le dégager de nouveau sans aucun problème. Il s'agit à présent de prendre du recul et de voir la société coréenne dans son ensemble. Alors, allons-y dans les lieux communs qui brouillent l'image de l'Asie : le groupe passe avant l'individu, le sacrifice pour la société est monnaie courante, d'ailleurs en échange d'un bol de riz ils seraient prêts à faire harakiri c'est bien connu. Et en même temps, allons-y sur les corrélations douteuses nous concernant nous, pays développés. Il paraît que pour être développé il faut être individualiste, et bah la Corée c'est un pays holiste. Mesdames et Messieurs qui pensez de la sorte, laissez-moi vous dire que l'opium vous enfume l'esprit, il est grand temps de passer à quelque chose qui vous fera vraiment trouver la voie, comme Lao-Tseu l'a dit. Je pourrais me lancer dans un petit exercice rhétorique pour dire que les Coréens sont plus individualistes que nous, par pur esprit de provocation, mais je me contenterai d'essayer de démontrer que classer les sociétés dans de telles catégories, comme individualisme ou holisme, ça n'a juste pas de sens et ça sera toujours faux et loin de la réalité beaucoup plus complexe. Regardons l'héritage du confucianisme dans la vie quotidienne. D'un côté on peut dire que ça implique le respect de l'ordre social avant tout, dans la hiérarchie, ce qui est donc une preuve que la survie du groupe passe avant celle de l'individu. D'un autre côté on peut dire que le principe de la piété filiale, c'est-à-dire du dévouement des enfants aux parents, fait de la famille la cellule principale de la société, ce qui est déjà plus individualiste que l'importance consacrée au groupe. Encore plus fort : les familles sont prêtes à tout pour la réussite scolaire et sociale des gamins, ce qui implique du copinage voire de la corruption pour y arriver (ce qui va à l'encontre de la réussite du groupe) et une responsabilisation précoce des enfants (en tout cas davantage que les Japonais qui, au moins ceux qui sont ici, ont vraiment l'air d'être encore des adolescents à 22 ans) ce qui renforce leur individualisme. Bref, tout ça pour dire que la prochaine fois que vous parlerez d'un pays asiatique, abstenez-vous de dire « oui mais c'est parce que pour eux le groupe c'est le plus important ! », et encore pire « c'est à cause de ça qu'ils tardent à se développer » parce que ce qui défraie la chronique ici ce sont plutôt les scandales politiques de corruption, détournement de fonds, ou de copinage, qui ne sont pas vraiment des exemples pertinents de ce qu'on appelle se sacrifier pour le groupe...
Mais dans tout ça, quel est mon ressenti personnel, à propos de la vie ici, de l'environnement ? Et bien dans mes expériences personnelles, c'est pareil, j'ai vu du très tiers-monde et du très premier-monde. Séoul, en bonne capitale à forte densité de population, est le bon endroit pour expérimenter ça, mais les autres villes sont réputées moins excentriques. J'ai déjà parlé de ces grandes avenues lumineuses avec des immeubles immenses et des boutiques à tous les étages. C'est sûr, l'équipement hi-fi dans les noraebang est impressionnant, l'accès à internet est généralisé, de même les PCbang sont courants ici (grandes salles avec des rangées entières de PC en réseau), les boîtes de nuit de Hongdae sont très branchées au point d'y trouver autant d'Européens et d'Américains que de Coréens... Mais ce dont je me rends compte assez souvent, et je le dis sans moquerie, bien au contraire, c'est que cette modernité semble vraiment n'être qu'une apparence. On peut très bien vivre dans ce plateau de cinéma sans problème, il est assez conséquent et complet. Mais curieusement, ça sert autant de façade que les villes où la Corée du Nord concentre ses efforts de développement pour qu'elles servent de vitrine au monde. Personnellement, je préfère justement voir ce qui est derrière cette vitrine qui semble avoir été montée spécialement pour les gros lards qui vont débarquer ici pour le G20 et vont vouloir se sentir chez eux – oui j'ai un peu de mal avec les expatriés en général, et après quelques discussions avec Géraud, Mehdi et Vincent je vois que je ne suis pas le seul, de mon côté je me sens plus proche des étudiants européens qui ne se contentent pas d'aller dans ces coins-là. Quand je parlais de mes courses pour aller acheter des vêtements, c'est exactement ce dont je parle maintenant. C'est une belle apparence de développement que d'avoir trois bâtiments de quinze étages côte à côte où l'on vend des vêtements, si quand on entre c'est comme un souk où il faut tout marchander ! Ce qui est vraiment intéressant, ce sont les petites rues complètement chaotiques où l'on risque sa vie tout le temps, entre les gens qui roulent comme des fous au milieu de la rue et les câbles électriques qui pendent des poteaux sur les côtés de la rue ! Ils roulent totalement comme des déjantés, mais c'est plus drôle que révoltant, et j'en viens à me dire que je les regretterai en France. J'appelle rouler comme des fous les types en scooter qui mettent les turbo réacteurs quand ils sont sur le trottoir au milieu des piétons (alors que des fois la route pour véhicules motorisés se trouve à cinq mètres de là...), même s'il y a des enfants et des vieux qui sont là ! On a atteint des sommets tels ceux où trônent les temples bouddhiques le jour où j'ai vu une camionnette qui attendait au passage piéton pour traverser au feu vert avec tous les piétons...
J'espère avoir fait mon travail, qui était de ne répondre ni oui ni non à la question que je me suis posée. C'était surtout une tentative de jeter un saut de réflexion dans cette mare de choses à raconter. Après la baignade, je continue à m'occuper le temps que je me sèche, et j'indique à Simon que j'ai bien lu son livre, bien que n'y ayant pas compris grand-chose, le théâtre de l'absurde m'agressant toujours plus la cervelle qu'une chicha avec du tabac de Dubaï. J'ai fini le livre en Français d'Histoire de l'Asie orientale aux XIXe et XXe siècles que j'ai trouvé dans la BU, mais bien que j'ai appris beaucoup de choses et qu'il ne parlait pas de la Corée du tout, il date des années 1970 et je vais devoir trouver autre chose pour me mettre à jour. J'ai également reçu un colis de Maman avec un Canard enchaîné et un Monde diplomatique, car j'essaie de ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe en France, même si c'est une solution de simplicité que de considérer cette année comme une année de vacances... Bref, il est temps que je me lance dans les Chroniques parisiennes offertes par Géraud, mais si tu ne les as pas lues, ce sera difficile d'en discuter ! C'est ça d'être en université et non en stage, on a du temps libre pour faire d'autres choses à côté des cours mais on peut pas trop bouger parce qu'il faut aller en cours tous les jours... J'attends aussi les premières nouvelles des autres bœufs, parce que là vous n'avez plus d'excuse, tout le monde est à l'étranger à présent !
Bon, comme je me suis pris le reproche de pas mettre assez de photos en ligne, en voici une platrée.
Intéressant...
RépondreSupprimerIci à Beijing, je rencontre très peu de Chinois pour une quantité assez impressionnante de Sud-Coréens, ceux-ci étant très largement majoritaires dans la communauté des étudiants étrangers de ma fac (environ 2000 coréens sur 9000 étrangers). N'y étant jamais allé, je les découvre un peu à travers ton ressenti, merci pour ça !
Sinon, je me retrouve un peu dans l'expérience que tu as de ta vie à Séoul. Beijing est une ville que l'on pourrait appeler "développée", et même si certainement moins "futuriste" que Séoul, bien des aspects que tu décris dans cet article me rappellent étrangement ce que je peux observer ici à Beijing. Tout ce que tu rapportes ayant pour sujet la "culture", je l'observe ici aussi. Substrat culturel est-asiatique anyone ?
La différence entre Séoul et Beijing, en prenant en compte ce que j'ai pu lire de toi, c'est que Beijing est bien plus bordélique d'une part, et bien moins américanisé d'autre part (ils le sont quand même pas mal ceci dit). Ces détails déroutants pour un européens semblent amplifiés ici par rapport à Séoul, j'ai l'impression !
Il n'empêche qu'ici la Corée du Sud est très présente : tous les "malls" (identiques à ceux dont tu parles) se targuent d'avoir la dernière mode coréenne en stock, les restaurants coréens, Korean BBQ et j'en passe, sont légion (j'adore personnellement le kimchi =p), etc. Mais je les aime bien ces Coréens, très peu parlent bien anglais et ça me permet d'exercer mon chinois, ce qui n'est pas franchement possible avec les européens/anglo-saxons...
Bonne chance pour ton visa ;)
Encore un gros pavé :)
RépondreSupprimerPipi blanc ? Étrange.... t'as pas chopper une infection urinaire ?
Ca m'a l'air bon tout ça :)
Si tu trouves la numération coréenne complexe, je te conseille de jeter un œil au système japonais qui a de quoi rendre fou n'importe quel inconscient qui oserait s'y confronter.
RépondreSupprimerTa réflexion sur la modernisation parcellaire est intéressante, mais je trouve qu'elle souffre d'auto-contradictions. Difficile de développer par écrit un avis très argumenté, mais je me contenterais de souligner l'exemple des fringues : tu considères les grands magasins comme un signe de développement, à l'inverse du marchandage, jugé scorie old school. Qu'attendrais-tu, des rayons bien rangés avec vêtements étiquetés comme chez nous ? C'est sans doute là une illustration de notre difficulté à envisager une autre modernisation que la nôtre. Enfin bon...
Thibaut : Je me demande tout de même si c'est la même chose hors des grandes villes. Quand je suis sorti de Séoul, c'était pour me rendre dans d'autres grandes villes, mais est-ce le cas ailleurs ? Pareil en Chine : quand je parle avec des Chinois, leur mentalité est différente selon qu'ils viennent de Beijing, Shanghaï, HK, ou de l'intérieur des terres... Pour ce qui est de la langue, tout à fait d'accord, les Occidentaux désincitent à apprendre ! En revanche tu pourrais venir à Séoul, il y a pas mal de Chinois incorporé à la langue coréenne, or j'imagine que l'inverse n'est pas vrai...
RépondreSupprimerTerence : merci de me rassurer, mais c'était plutôt à prendre sur le ton de la blague !
Pascalou : Je suis d'accord avec toi, il faut s'entendre sur le terme de modernisation. J'y vois deux éléments de définition de base.
Premièrement, ça implique un changement, une rupture, pour marquer le passage d'une société prémoderne à une société moderne. Qu'importe le contenu du changement, il faut au moinds qu'il y en ait un pour pouvoir distinguer deux stades de développement. Et bien, dans le même quartier où il y a ces buildings que j'ai visités, il y a des sijang un peu partout, traduisible par traditional market. La structure de ces marchés est la même que dans les shopping centers : décentralisation de la vente, vendeurs qui haranguent les passants, fringues crochés et présentés dans tous les sens, pas de prix affiché... C'est pourquoi je me permets de parler de modernisation qui n'en a que l'apparence, ou plus précisément qui est inachevée, car les pratiques restent les mêmes.
Deuxièmement, la modernisation me semble liée à la rationalisation, dans tous les cas. Les sociétés prémodernes sont régulées par la coutume, la culture tandis que les sociétés modernes sont régulées rationnellement. C'est le même chose en France : quand tu vas au supermarché, tu t'attends à ce que tout soit organisé rationnellement, l'information est directe. Mais quand tu vas au marché, il faut une interaction avec le vendeur ce qui implique que l'information est indirecte : trouver ce qu'on cherche, préciser la quantité du produit, demander son prix, comprendre l'accent normand du gars... Je ne dis pas que c'est bien ou mal, je dis juste que ce sont deux systèmes différents, mais honnêtement, je pense qu'un Coréen qui débarque en France se repère mieux dans un supermarché que dans un marché. C'est là que mon article sur le marchandage pouvait être drôle : je ne m'attendais pas du tout à ça et du coup je suis paumé. Mais c'est surtout important de lier modernisation et rationalisation car si on ne le fait pas, c'est pire, voire dangereux, car ça sous-entend que peut-être ils ne seraient pas capables de se moderniser rationnellement... Or les Asiatiques montrent à bien des égards que la raison n'est pas le privilège des Occidentaux, c'est pourquoi je préfère dire que leur modernisation est inachevée plutôt que leur façon de se moderniser se fait sans raison (rester figé dans sa culture et ses coutumes, est-ce se moderniser ?).
Tu cantonnes les expats européens à des cases assez fausses et incomplètes, à ce que tu n'aimes pas, pour nous faire passer pour des courges alors que tu découvres autant que nous (et moins sur certains aspects même) ... Je ne parle même pas de ta simplification de Hongdae, surprenante de jour comme de nuit.
RépondreSupprimerQuand à l'américanisation, j'ai des doutes ...Certes il y a Itaewon, les GIs and co ... mais je trouve surtout que la Corée est championne pour s'inspirer et adaptr les exotismes culturels à sa convenance ...
Ici les cafés sont trèèèès allongés car ils n'aiment pas ça (Hard d'en trouver du bon), ils boivent plus de thé vert noyé dans de la glace pilée et du lait concentré. La pop coréenne, le style publicitaire, et même vestimentaire (c'est une accro de mode transborder qui parle !!) sont autant de témoin d'un éveil, qui se fait certes à l'aune de la mondialisation, mais tout ceci dans un cadre national identitaire extremement fort et permanent.