vendredi 29 octobre 2010

Politique sud-coréenne

Essayant de me tenir au courant le mieux possible de l'actualité française, je vais partager un peu d'informations sur la situation politique en Corée du Sud. L'idée m'est venue en lisant un article du Monde Diplomatique d'Octobre à ce sujet, et en agrégeant tout ce que j'ai entendu à droite à gauche je pense pouvoir faire un petit résumé. Ceci n'est pas un cours d'histoire. Tout commença donc en 2007 avec l'élection du président Lee Myung-Bak, qui sera le prestigieux hôte de ses collègues du G20 de Novembre. Ne perdons pas de temps pour le décrire : il est dans l'ère du temps, vous allez comprendre pourquoi.

Après la guerre de Corée, deux États se font face, et l'on connaît tous très bien ce qu'a été et ce qu'est la Corée du Nord depuis Kim Il-Sung. En revanche, quelle a été la situation politique de la Corée du Sud ? Un pays ami des États-Unis, c'est-à-dire comme cela a pu être le cas en Grèce ou en Amérique latine, un pays autoritaire. Et les progrès économiques sont toujours plus faciles à réaliser lorsque les droits de l'homme ne sont pas reconnus. Dans les années 1980, la génération des étudiants s'est battue pour la démocratisation et la libéralisation, au prix d'une répression féroce. Mais le résultat est là : en 1988 une nouvelle Constitution est proclamée, instaurant une présidence quinquennale non renouvelable. Même si le premier président est le direct successeur des généraux qui ont été au pouvoir durant la dictature, en 1993 est élu le premier civil au mandat de président. C'est du résumé de résumé que je vous fais là. Quoiqu'il en soit, les libertés individuelles et collectives ont été progressivement acquises à coup de protestations et de violence. Entre temps, on a un président qui aura le prix Nobel de la paix (Kim Dae-Jung en 2000) et un secrétaire général des Nations-Unies (Ban Ki-Moon depuis 2007), c'est dire l'évolution.


L'important c'est d'y croire toujours !

Mais en 2007, le nouveau président Lee Myung-Bak est élu, juste avant le déclenchement de la crise. En étant très schématique parce qu'il y a pas mal de différence avec nos repères nationaux, je dirais qu'il est de droite. Les deux principaux partis s'opposent sur le plan de la politique étrangère notamment : alors que la gauche tente l'ouverture et le dialogue vers le voisin du Nord, la droite compte sur les États-Unis pour jouer le rôle de flic. Et Lee est de droite. On retombe donc dans le fameux dilemme opposant développement économique durable et militarisation du pays avec toutes ses conséquences (autant des dépenses supplémentaires qui peuvent servir à autre chose en tant de crise que de risque de régression sociale dans une démocratie toute jeune et encore faible). Dès son élection, Lee ouvre grand les bras en direction des États-Unis et dénonce les engagements de réconciliation avec la Corée du Nord pris par ses prédécesseurs plus libéraux. À cela s'ajoute une coopération industrielle entre entreprises coréennes et américaines pour mettre à flot des engins de mort toujours plus performants, sans oublier que Lee est l'ex-PDG du constructeur Hyundai (ce qui explique aussi sa conception managériale de la politique...). Et qui fait la gueule dans l'histoire ? La Chine peut-être autant que la Corée du Nord, qui y voient une forme de provocation quand on leur pointe des missiles devant la tronche. Si la Corée du Sud s'arme ainsi, elle peut devenir un relai stratégique pour les États-Unis, plus confortablement installés dans la région. La nouveauté, c'est que cette fois, ils veulent installer une base militaire sur Jeju, la grande île touristique au Sud de la Corée du Sud, au Nord de la mer de Chine orientale et à l'Ouest de l'île la plus à l'Ouest du Japon, qui n'est pas dans la mer de l'Est. Bien qu'il y ait déjà une base militaire américaine à Itaewon, le quartier multiculturel et trop branché t'as vu de Séoul, où l'on trouve plus d'expatriés que de Coréens, plus de militaires américains que de soldats Coréens et plus de boîtes de nuit que de restaurants, leur présence n'est pas toujours la bienvenue. À vrai dire, un des étudiants étrangers avec qui j'ai parlé est un Japonais, oui, mais un Japonais d'Okinawa, et il m'a curieusement fait part de la même méfiance à l'égard de la base militaire américaine installée sur son île. Peut-être parce que les histoires de rackets et de viols sur la population locale, même aujourd'hui en 2010, ne sont pas que des mots en l'air pour se rendre intéressant. C'est quand même marrant que les personnes desquelles il faut le plus se méfier sont celles qui prétendent nous défendre... Bref, les habitants de Jeju ont peur que l'île ne souffre de l'installation de cette base et que leur île connaisse le même sort que l'île d'Okinawa, d'autant plus que Jeju est très touristique et tire son revenu de l'agriculture et de la pêche. Alors le début de déforestation pour préparer l'installation de la base ne leur a pas plu (surtout après que le maire a déclaré que 94% de la population locale se prononce contre), d'où des actes de désobéissance civile sur le chantier.

Plus drôle encore est la politique du nouveau gouvernement sur le plan intérieur. Après le torpillage de la navette sud-coréenne, les forces militaires américaines dans la région se sont renforcées. Bien entendu, que la Corée du Nord ait torpillé ou non, personne ne le sait, mais soyons honnête, on s'en fout et si vous cherchez qui a fait ça vous n'avez rien compris : c'est une bonne justification pour s'installer dans la région, voilà tout. Un peu façon 11 Septembre, une bonne excuse pour aller chercher du pétrole de destruction massive chez les autres. Mais certaines personnes en Corée du Sud ont eu la mauvaise idée d'ouvrir leur bouche et de dire, après les annonces de militarisation pour se défendre face à la Corée du Nord, qu'on n'avait toujours aucune preuve de l'auteur du torpillage, que tout ce qu'on avait étaient les affirmations de Lee Myung-Bak et de Hillary Clinton. Conséquences : descentes de police dans les locaux de l'opposition, arrestations de personnes ayant mis en doute la version officielle du naufrage. Et lors de la manifestation publique contre les importations de viande de bœuf américaine, en 2008, la police s'est chargée de faire le boulot de dispersion. Brandir une banderole est passible de poursuites sur la place de la mairie de Séoul. Bref, les droits de libre expression et de libre réunion sont en déclin depuis 2007, surtout si l'on dit du mal des Américains. Les producteurs d'une émission qui a enquêté sur la levée de l'embargo du bœuf américain ont été arrêtés chez eux en pleine nuit avec des peines d'emprisonnement requises (heureusement non retenues). Lee a remplacé les directeurs de la télévision publique par des proches. Ça ne vous rappelle pas quelqu'un tout ça ? Continuons dans l'analogie, avec mon roommate qui m'explique tant bien que mal en Anglais que ce président se dit « friend of the whole population but he is only the friend of the richs ».


Et oui, on s'y prépare déjà

Ce qui est inquiétant, c'est que la jeune génération est moins politisée que celle de ses parents. Rares, vraiment rares sont les Coréens avec lesquels il est possible d'avoir une claire discussion politique. Donc vont-ils se laisser faire et revenir en arrière juste parce que la vie est plus belle maintenant qu'il y a trente ans ? J'essaie de me rappeler à chaque fois que je suis dans une université mettant en valeur la business administration et qu'on ne peut pas demander à des businessmen de réfléchir, mais quand même ! Tout le temps, il m'a semblé que l'objectif dans la vie est d'avoir un bon boulot et de « make money ». Pour en faire quoi ? C'est assez étonnant qu'ils ne protestent pas alors que le service militaire est de moins en moins populaire, que les déclarations va-t-en-guerre le sont d'autant moins, que la présence américaine ne leur plaît pas... Tandis que les vieux, notamment ceux qui ont participé à 1950-1953, sont plutôt pro-américains. Bref, cet article est destiné à tous les Français : vous voyez, vous n'êtes pas seuls à vous être faits berner comme des taupes par les vieux et les friqués !

1 commentaire:

  1. Je ne pense pas qu'on se soit fait berner...

    On savait qu'il ferait n'importe quoi bien avant qu'il soit élu, de ce fait... on a ce à quoi on pouvait s'attendre...

    En même temps, en France, il y a pas mal de gens qui se foutent totalement de la politique... et ils sont pas si peu nombreux...

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