Ces quelques jours ont été difficiles. D'abord j'ai enchainé mal de gorge, chute en scooter et failli me noyer à cause d'un indo qui m'a emmené trop loin surfer. Un profond sentiment de solitude m'a envahi, même si je ne suis pas seul au quotidien. Un changement radical de style de vie a bousculé tous mes repères, et après deux mois, peut être que j'ai besoin de faire une pause. Recemment j'ai pu skyper avec Camille, et je prends conscience que d'avoir fait un stage m'a coupé de la vie étudiante et de tout ce qui allait avec. J'ai l'impression d'avoir grandi en maturité en seulement quelques semaines. La dure réalité du travail... en fait non, car si y a bien une chose dont je ne vais pas me plaindre, c'est bien mon stage.
Après tout, quel stage permet d'être à la fois interviewer, critique d'art et critique littéraire, et à la photographe à la fois ? Bon, je grossis le trait, mais j'ai réellement la possibilité de participer à toutes les étapes de l'élaboration du journal, grâce à la confiance de mon maître de stage. Et oui, je l'avoue, ça m'arrive d'écrire un article sur une expo sans jamais être allé la voir. Pour chaque interview d'un heure, j'en passe environ trois à la rédaction, écrire n'est vraiment pas évident. Mon maître de stage me demande parfois de réécrire trois fois un texte, avant de le corriger quelques fois en partie sinon totalement. Cela demande énormement de patience, mais à la fin, la qualité est là. La Gazette de Bali est – je crois – une réussite en matière d'expatriation. Non, ce n'est pas qu'une brochure pleine de publicité. Après seulement 5 ans d'existence, le journal a permis d'établir un réseau entre les expatriés, a aussi permis d'aider de nombreuses personnes à s'installer en Indonésie, de vaincre les difficultés techniques (législation floue et difficile à comprendre, problèmes de culture et de religions sont des choses nouvelles pour quiconque souhaite s'installer en Indonésie). Elle met en récit ce que chacun expérience au quotidien, permet d'ouvrir les yeux sur le pays d'accueil. Enfin, le journal est une zone de débat où chacun peut s'exprimer, dans un pays certes tolérant (l'existence du journal en est la preuve), mais loin d'être un modèle de liberté de la presse. Le journal est toujours sur le fil rouge, et le choix éditorial traduit une envie de se démarquer du reste de paysage journalistique local, peu critique à l'égard du pouvoir. Le dernier exemple en date est la loi antipornographie, une des plus poussée en matière de censure artistique (tiens tiens, Larry Clark ne fera jamais d'expo en Indonésie). La Gazette a dans son dernier numéro publié un article sur le cinéma libertaire des années 1980/1990, publiant des scènes vraiment chaudes laissant apparaître les formes dénudées des actrices vraiment sexy, qui tomberaient évidemment sous le coup de la loi. Cela permet de voir à petite échelle la manière donc on choisit, on écrit l'information, de voir comment on estimé la réception et la réaction du lectorat, toujours présente (« tout le monde à Bali lit La Gazette » me répète mon maître de stage).
Néanmoins, je pense pas que ce soit un « modèle » pour la presse en France. Ce qui permet de faire vivre le journal, c'est cette proximité et cette envie d' « entre-soi » des expatriés, que l'on a pas en France beaucoup plus clivée socialement. Ensuite, d'un point de vue économique, la Gazette est avant tout une aventure entre amis, en plus de quelques correspondants qui écrivent bénévolement. Si la Gazette existe, elle n'entretient aucun journaliste ni photographe à plein temps. Vous me direz que c'est de plus en plus le cas en France, les agences de photo mettent la clé sous la porte et les journaux souffrent financièrement. Enfin, la Gazette vit une situation de monopole absolu, ne cachant pas d'ailleurs puisque le sous-titre du journal est « le seul média francophone d'Indonésie ». Les enjeux ne sont pas énormes, mais cela ne favorise pas un débat contradictoire. Vous me direz, mais en France, la situation n'est-elle pas la même avec la concentration des médias détenus par une poignée d'actionnaire ?

Une bebek (canard en indonésien) abandonnée, avec des offrandes sur le siège et le guidon
:)) Nice motor bebek!
RépondreSupprimerJ'ai du mal à saisir ce que tu penses de ton stage en fait : des fois tu me dis que tout va mal, maintenant je lis que tout va bien... Pour comprendre j'ai besoin qu'on me donne des références simples : tes collègues sont-ils des connards ?
RépondreSupprimerEn me rendant au centre culturel français à Séoul, j'ai vu en plus d'un monde diplomatique entièrement traduit en Coréen (j'étais un peu ébahi en voyant ça) un magazine qui semble remplir la même fonction que la gazette pour la Corée : fournir un contenu identitaire et culturel aux Français expatriés. J'en ai saisi un exemplaire pour voir de quoi il s'agissait, et je me suis rendu compte que c'est le truc "apolitique" de base, voire à destination des beaufs sur certains articles... Le dossier spécial du numéro que j'ai feuilleté portait sur les 60 ans du début de la guerre de Corée. Et, ÉVIDEMMENT, après l'aperçu historique, ça tourne en éloge aux anciens combattants. Avec une écriture tremblotante, on se rappelle le souvenir des 300 Français morts au champ d'honneur, ainsi que les deux morts du Luxembourg... Du bon magazine à la bonne orientation comme je les aime.
En dehors de ça, c'est truffé de pubs, d'annonces de francophones destinés à d'autres, mais pas vraiment de débat. Je pense pas que ce soit le rôle de ce genre de journaux que de faire du débat, c'est plutôt de tenter de faire exister cette fameuse communauté d'expatriés (et peut-être de s'autocongratuler en s'imaginant que cette communauté est très nombreuse et se moque de ses débats nationaux).
"si y a bien une chose dont je ne vais pas me plaindre, c'est bien mon stage."
RépondreSupprimerMon stage est génial, et je ne travaille pas avec des connards, mais des gens très patients et très pro (et il me semble ne jamais t'avoir dit le contraire).
Sans doute que tu classerais ''La Gazette" dans cette catégorie apolitique, mais c'est voulu. Le journal ne souhaite pas exporter les débats qui ont lieu en France, ce serait stupide puisque ce sont des personnes non concernés (ne cotisant pas pour le système des retraites par exemple). En fait le journal n'est pas apolitique puisqu'il traite de l'actualité en Indonésie (c'est d'ailleurs pour cela qu'il a été crée) et des articles de fond. Mais il s'agit bien d'un journal pour expatriés, ce qui inclue une bonne partie de bons tuyaux, de bonnes adresses, ainsi qu'une partie pour les touristes. La Gazette a le mérite contrairement aux autres journaux anglophones de ne pas entrer dans le jeu d'exploiter l'image d'une île paradisiaque. Ce n'est certes pas un journal d'investigation (et ne s'en réclame pas), mais chaque mois plusieurs articles sont là pour démystifier une bonne part de ce que l'on raconte sur Bali et l'Indonésie.