mardi 28 septembre 2010

Aku kerja untuk surat kabar Prancis...



cérémonie au coucher du soleil, plage de Canggu



Saya kerla untuk surat kabar Prancis... Cela veut dire "Je travaille pour un journal français" en indonésien, une des premières phrases que j'ai réussies à aligner en indonésien et qui est toujours utile face aux questions des indonésiens absolument sans indiscrécion. A vrai dire, je suis obligé de mentir un peu, puisque j'ai un visa socio-culturel et ne peut travailler à proprement parlé, donc je travaille sans vraiment travailler... Bref, je fais gaffe car derrière chaque indonésien se cache une potentielle balance auprès de la police. Et ils ne rigolent pas avec ça.

Un journal français à Bali ?
Oui, madame ! Parfaitement, qui tire même à plus de 3 000 exemplaires, même, une réussite dans le domaine de l'expatriation, ici chaque mois les expatriés attendent la Gazette de Bali qu'il connaissent par coeur ! Certes, c'est un gratuit et rempli à moitié par la pub, mais allez ouvrir un journal payant pour les expatriés dans un pays où il y aucun kiosque à journaux ! Et puis, personne ne regarde la pub... En fait, je journal est un véritable réseau social pour toute la communauté francophone (qui n'est pas la communauté française... pensez un peu aux belges et québecois, car ici il y en a !) et les annonces comptent autant que les articles. D'ailleurs, j'ai en charge les pages cultures et sport (oulalala !), soit une page et demi quand même chaque mois, en plus de quelques autres tâches, comme mettre les articles en ligne, mettre à jour le site Internet... La semaine dernière était consacrée au bouclage, pour cela une graphiste designer est venue (elle travaille en free-lance) et pendant deux jours pleins, elle a agencés les articles, les photos, sous l'oeil expert de mon maître de stage et de son acolyte Eric, tous les deux à l'origine du journal. Moment un peu stressant et où il faut tout prendre en compte, corriger, retravailler un travail de plusieurs semaines pour aboutir finalement à la maquette (encore très incomplète), bref très excitant, et en poussant un peu, aussi excitant que de voir un bébé naître (surtout quand c'est le sien) !
Le boulot ne s'inscrit pas dans la routine et il faut être constamment mobilisé. Je crois que Socrate aime tout, sauf le train train quotidien. Pas évident, lorsque d'emblée je dois traduire une pub en français, alors que j'avais jamais fait de marketing... Très dur, comme métier, surtout quand on nous propose deux places gratuites de rafting (j'ai appris d'une passagère du canot que la place coutait plus de 70 US$ !!!) pour ensuite écrire un article dessus, en plus sur les heures de travail. Olalala, épuisant !


Mordre dans le piment à pleines dents

En arrivant ici, je suis un peu décontenancé par l'atmosphère qui y règne, le grand luxe en particulier pour les expatriés qui vivent principalement dans des villas avec piscine et personnel (même les profs de l'école française !), le tourisme de masse qui a transformé le Sud de l'île (le bukit) en Ibiza oriental. Un coup d'oeil dans le journal touristique de Lombok, l'île voisinne qui vante le tourisme de ce coin moins touché par le tourisme de masse uniquement en dénigrant celui de Bali : "Bali is bursting at the seams" (Bali est plein à craquer). Le profil-type de l'expatrié est celui de l'homme, la quarantaine, dans le business des villas, travaillant quelques heures par jour (on les voit dans les cafés proposant le wifi, je me suis déjà attablé à côté de certains qui ne parlaient que fric pendant des heures). Il faut dire qu'ici, c'est un business qui rapporte, quand les autorités (corrompues) sont peu regardantes sur l'état réel du terrain. En fait, en Indonésie, aucun étranger ne peut acheter un terrain, mais c'est par l'entremise d'un local qui se retrouve parfois à signer des contrats sur un terrain qui ne lui appartiendra plus dans les faits pour vingt ans ! L'autre profil-type de l'expatrié est celui - ou celle car d'avantage féminin - du créateur de mode qui vient à Bali pour ses artisans qui "font des produits uniques", dans la mode, les bijoux, la cosmétique et tous les accessoires qui vont avec. Il m'arrive souvent de rencontrer de nouvelles personnes, dans des cafés ou autres et d'entendre : "salut, je suis accessoiriste pour une grande marque de bijouterie de luxe, et toi ?". Bref, comme dirait Louise, c'est pô évident ! Après tout, c'est grâce à ces personnes là que le journal vit !C'est que ce profil-type imprime une image de l'occidental dans le cerveau de l'indonésien qu'il croise à longueur de journée, rien n'est en effet plus pénible de se faire appeler ''boss" dans la rue. Là où je veux en venir, et peut être n'aurais-je jamais la réponse, c'est que cette image de l'expatrié laisse entendre une hierarchie, sans doute issue d'un rapport de domination ?

La grande transhumance

Première escapade à Java pour le Eid Day, le dernier jour du Ramadan autrement appelé Idul Fitri en indonésien. C'est le grand rendez-vous pour tous les musulmans de l'archipel, le ''retour aux sources'', chacun rend visite à sa famille et ramenant tout un lot de cadeaux. Il manque plus que le père Noël ! A Bali, 90% de la population est hindoue, donc on regarde ça de loin, en revanche quelques jours avant, on sent l'île se vider de ses petits vendeurs de rue javanais, les tukang. Grand ruminant que je suis, j'ai suivi cette transhumance et me suis rendu d'abord à Surabaya pour monter à bord d'un mini-van avec la famille d'Amanda direction Yogyakarta pour le fief familial, à quelques kilomètres de la grande cité musulmane. Les deux villes ne sont qu'à 400 km mais il faudra plus de 10 heures pour le faire, en comptant les embouteillages sur des kilomètres dans la banlieue continue au départ et la route très chaotique ensuite. Certains doivent faire des trajets équivalents en scooter, parfois une famille entière se tasse sur un seul engin.

Candi Sambisari




Ganesha, déesse de la sagesse, de l'éducation, de l'intelligence et de la prudence



On s'arrête au lever du soleil à Solo, l'ancien royaume concurrent de Yogya. Les grands axes ont été interdits à la circulation pour laisser les gens prier au milieu de la route, les mosquées étant trop petites pour accueillir autant de fidèles à la fois. Les hommes en sarong et à la main leur tapis de prière se pressent avec leur femme derrière habillées comme des ninjas, voilées sauf au visage, et même les jeunes filles. Comme à la mosquée, les hommes prient devant et les femmes derrières. Je regarde ça de loin, le prêche de l'imam finit en discours politique et la plupart s'en vont, préssés de faire la fête ou de rejoindre la famille.






Prière collective


La famille d'Amanda se réunit et discute sur le tapis posé au centre de la maison en mangeant pleins de friandises. Ne parlant pas leur langue, je m'échappe un peu pour aller visiter les alentours, la maison se trouve au milieu des champs de riz, de tabac et à quelques minutes de là en scooter se trouve le candi (temple) Cambisari, construit entre le VII et IXème siècles du temps de l'empire de Mataram, rénové cependant dans les années 1980, vingt ans après sa découverte par hasard en labourant un champ de riz. Il rappelle que Java était le centre d'un empire hindou-bouddhiste avant l'établissement de l'empire musulman des Majapahit. D'ailleurs se trouve à quelques kilomètres de là le temple multiséculaire de Tabanan, mais que j'avais déjà visité l'an dernier. Au loin, des montagnes percent l'horizon dont le vénéré gunung api (volcan) Merapi. Puis l'après-midi nous filons à Yogyakarta, aller chiner dans l'artère principale où de part et d'autres se trouvent des vendeurs de batik, le tissu traditionnel javanais aux motifs colorés. D'autres vendent des contrefaçons de Ray Ban et Louis Vuitton. En Indonésie, tout est contrefait, du CD/DVD aux sacs, bijoux, lunettes de soleil, et même le parfum ! Puis il se met à pleuvoir et je me réfugie dans un grand mall au beau milieu de la foule, je prend quelques clichés. Une ambiance vraiment spéciale autours de ces petits vendeurs qui s'agitent, de la chaleur étouffante et de l'humidité permanente, des regards interrogateurs, des odeurs de sauce épicée et de riz frit. J'ai tout de suite sorti mon appareil pour imortaliser cette ambiance d'attente...





















Au retour, on passe par la plage de Parangtritis, à 30 km au Sud de Yogya, immense plage de sable noir sur laquelle viennent se fracasser les vagues de l'Océan Indien. Pas question de s'y baigner, dommage avec la fournaise et le sable qui brûle les pieds. On s'arrête siroter un jus de coco et on me raconte la légende de la Reine des mers du Sud très vénérée dans la région. Cette déesse qui hante les côtes de l'Océan Indien s'empresse dit-on de prendre comme amant n'importe quel homme qui porte du vert sur lui. Les indonésiens ont beau se dire musulmans mais une grande part de magie et de croyances pré-islamiques persistent notamment avec la cour de Yogya qui donne en spectacle de nombreux rites, sans compter toute la superstition populaire... Par exemple un homme dont la femme attend un enfant ne doit blesser aucun animal, au risque de voir son enfant naître handicapé. Toutes ces croyances sont encore vivaces même dans les grandes villes où la religion ne dicte pas autant la vie que dans les petits villages. Je suis le seul ''blanc" sur la plage et tous me regardent avec un regard interrogateur que j'ai depuis appris à ignorer ou contourner par quelques mots en indonésien, cela laisse l'impression d'être quand même un animal, même si parfois ce n'est pas une curiosité malsaine.

Retour à Surabaya, même trajet affreux durant lequel je ne peux pas fermer l'oeil de la nuit, plus je reprends l'avion pour Bali où à l'arrivée mon téléphone portable avait mystérieusement disparu de la poche de mon sac à dos en soute ! Aurais-je encore provoqué les dieux ?

lundi 27 septembre 2010

Corée du Nord, première manche


J'ai une liste assez conséquente d'idées et de faits à relater, ce qui mérite d'y consacrer tout un ensemble d'articles. Cependant, je cherche toujours quel est le truc à raconter, ce qui fait vraiment carte postale ou récit de voyage, ce qui peut donner à ce blog une dimension exceptionnelle. Mais voilà : la télé, internet, tous les moyens de communication modernes donnent la possibilité de savoir ce qui se passe ailleurs, et la ressemblance à l'idée qu'on s'en fait est si flagrante qu'il est difficile de chercher l'exotisme tel un bon gros touriste américain. La possibilité même pour moi de faire un blog rend impossible de retranscrire mon étonnement ici. C'est pourquoi je choisis aujourd'hui de me lancer dans un sujet que tout le monde connaît, sur lequel tout le monde a pu déconner.

Bien que cela fasse un mois que je mange du riz tous les matins, ma première discussion à ce propos remonte à il y a à peine plus d'une semaine, lors du repas francophone (cf la photo du dernier article) en compagnie de Caroline, Dahyun et Eunsora (deux étudiantes coréennes qui étaient à l'IEP l'an dernier) et une prof de relations internationales qui a vécu un certain nombre d'années en France. Je n'ai aucun souvenir de la façon dont la discussion a émergé, mais Dahyun et Eunsora m'ont appris quelque chose qui maintenant me paraît évident à propos des Nord-Coréens. Quand Bernard dit que l'affirmation selon laquelle on meurt encore de faim en Corée du Nord est fausse car elle émane de gouvernements ou d'ONGs à la solde de l'impérialisme américain ou de journalistes qui sont tous de droite, il y a une autre source que je n'ai pas pensée à évoquer mais qui me semble si essentielle à présent. Cette source, ce sont les Nord-Coréens eux-mêmes. Ce pays étant totalement fermé, et ne disposant que peu d'information sur ce qui s'y passe à l'intérieur, nous ne pouvons que spéculer sur la situation réelle. À moins de rencontrer des Nord-Coréens qui n'y vivent plus. Comment est-ce possible ? Prenons une carte de la Corée. Ajoutez-y un soupçon de DMZ (demilitarized zone, le no man's land qui sépare les deux pays), une pincée d'héritage de la guerre froide. Saupoudrez de mers aux alentours, et faites dorer la pâte pour avoir des croûtes dont les pics peuvent aller à 2 744 mètres au Nord et 1 950 mètres au Sud, parfois à quelques kilomètres de la mer seulement. Avant de servir, n'oubliez pas le glaçage qui peut rappeler à certains endroits les endroits les plus inhospitaliers de la Sibérie en plein hiver. Après ce détour géographique, est-ce que cela vous semble plus clair ? Regardons tout simplement les frontières. La Corée du Sud, en excluant les frontières maritimes, n'a qu'une frontière avec sa voisine du Nord. Mais la Corée du Nord a une frontière avec la Chine également, et un minuscule contact avec la Russie. Cette zone au Nord est très montagneuse et difficile à vivre. Mais elle l'est définitivement moins que la DMZ qui est un champs de mine. C'est donc à la fois un avantage et un inconvénient. Un inconvénient parce que si on est amené à y vivre, on est amené à y mourir (elle sert aux déportations menées par le gouvernement : en cas d'opposition ou d'erreur, un Nord-Coréen peut y être envoyé). Un avantage parce que l'armée ne peut pas tout contrôler dans les montagnes et les soldats non plus n'aiment pas être envoyés là-bas, ce qui rend la frontière beaucoup plus poreuse qu'au Sud. La tâche est relativement plus aisée qu'ailleurs, mais reste absolument éprouvante, et ceux qui s'en sortent ne sont pas loin d'avoir commis un exploit qui devrait d'ailleurs être signalé dans le livre des records. Car voici un petit aperçu des nombreuses difficultés qu'un tel voyage entraîne. Premièrement, l'argent. C'est bien beau de se déplacer, encore faut-il pouvoir survivre, avoir à manger, des vêtements et tout le nécessaire durant ce voyage, choses difficiles à se procurer en temps de totalitarisme. Deuxièmement, la souffrance psychologique. Il n'est pas concevable de fuir avec sa famille, on fuit en individu et il ne faut pas espérer que les autres puissent s'en sortir aussi. Et même si on réussit à s'échapper, il n'y a évidemment pas moyen de passer un coup de fil ni d'envoyer une carte postale. Troisièmement, la police aux frontières. Autant l'armée nord-coréenne peut tirer à vue, autant la Chine collabore pour faire quelques patrouilles destinées à renvoyer d'où ils viennent les fuyards. Quatrièmement, la chance. Ceux nés sous une bonne étoile rencontreront des Chinois qui vont les aider à fuir, ou transmettent du courrier et des produits par l'intermédiaire de soldats nord-coréens pas trop endoctrinés (ou qui n'aiment pas trop faire le sale boulot). Mais comme partout ailleurs dans le monde, la misère est un gisement à richesses extraordinaire pour qui sait l'exploiter. À l'instar de la Méditerranée, il y a des passeurs dans ces montagnes qui n'hésitent pas à se servir sur le dos des migrants, et parfois les remettent aux militaires directement après avoir été payés. Et ça devient vite insoutenable quand on est une femme, qu'on se voit promettre un voyage pour Pékin d'où l'on prendra le bateau clandestinement pour la Corée du Sud, et qu'on est envoyée pour peupler divers bordels de Chine. Cinquièmement, l'intégration. Si on a réussi à traverser toutes ces épreuves et qu'après un long tour de la péninsule on atteint enfin l'autre côté de la frontière, est-ce fini ? Je pense que ce sera l'objet de mon prochain article à propos de la Corée du Nord, comment les Sud-Coréens, jeunes et vieux, perçoivent leurs voisins. Mais une chose est claire : quand on ne sait pas lire ni écrire, quand on parle approximativement la même langue, quand on a vécu 60 ans dans différents systèmes, quand on ne connaît personne sur place, quand on ne peut pas trouver de travail, que faire de vos journées ? Heureusement, le gouvernement se montre bienveillant à leur égard, mais ne peut pas consacrer à ces marginaux toute l'attention nécessaire, car c'est prendre le risque d'énerver la population (très schématiquement, pour les affaires étrangères, la droite est faveur de laisser les États-Unis gérer la nuisance nord-coréenne, et la gauche veut tenter d'établir une discussion directe pour apaiser les tensions). C'est donc diverses associations qui prennent en charge les immigrés nord-Coréens, façon alcooliques anonymes.

La deuxième occasion qui s'est présentée à moi d'aborder le sujet de la Corée du Nord a été la rencontre du grand-père de Kiwon. J'ai été invité dans sa famille lors des vacances de la semaine dernière, desquelles je parlerai la prochaine fois. Pépé est donc né en 1921, a combattu lors de la guerre de 1950-1953, et a obtenu des médailles pour avoir abattu des ennemis du Nord qui de toutes façons seraient morts de faim ou de répression politique quelques années après. Rentrer dans sa chambre c'était un peu se rendre à une cérémonie officielle du Secrétariat d'État aux Anciens Combattants. Photos de lui en costume militaire partout, médailles bien en évidence... J'arrête les mesquineries, parce que oui c'est une période complexe et que c'est mal de se moquer d'un petit vieux de 90 ans. Ça n'est pas mon intention : je veux plutôt parler de ce qui suit la guerre. Il est totalement pro-américain (ha, s'ils n'avaient pas été là... Michel Sardou aurait dû se produire en Corée, il n'aurait pas été censuré), catholique convaincu également, de quoi détester les bouseux du Nord. Cette position agace Kiwon et tous ceux en général qui sont fatigués de l'occupation américaine, loin d'être une minorité. Ils leur doivent certes leur indépendance, mais le prix à payer est-il une nouvelle dépendance ? Malheureusement ici, pas grand-monde ne connaît Charles de Gaulle, et si je leur parle du retour de la France dans l'OTAN, ils ne voient pas où est le problème. Anecdote amusante d'un dialogue avec un chauffeur de taxi. « France president : Mitterrand ? - Huh, not anymore... – Ha ! Ha ! Sarkozy ! Sarkozy good ! Sarkozy : handsome guy ! ». Conclusion : partout dans le monde les chauffeurs de taxi ont été battus par leur père quand ils étaient petits. Bref, mon objectif est de savoir mieux parler Coréen quand je reverrai le grand-père, afin d'avoir une discussion plus aboutie, ou afin de rencontrer un Nord-Coréen.

vendredi 17 septembre 2010

Un peu de recul

Ça fait un moment qu'il n'y a pas eu d'article, je débarque donc avec de la prise de tête, ça vous apprendra. Je rajoute que je n'ai pas encore trouvé d'endroit convenable pour mettre en ligne mes vidéos, mais je donnerai le lien pour les télécharger dès que possible.

Aujourd'hui, j'aimerais poliment m'insurger contre la connerie.

Il est grand temps pour moi de dire que ce que nous avons vu en cours l'an dernier ne doit pas rester une simple analyse qui ne sort pas d'un amphithéâtre. Je veux dire par là que c'est le grain de riz qui fait déborder le bol. Je vais m'attaquer à un mot que tout le monde sort à tort et en travers de la gorge, pour tout expliquer (c'est-à-dire ne rien expliquer, éluder facilement une question), et ce mot est celui de culture. À en croire, depuis que je suis ici, qu'il y a une secte de la culture. Tout le monde y croit, tout le monde la vénère, et elle explique au final plus de choses que la Bible elle-même. Ceci s'explique par la culture. Cette différence est culturelle. Et quand j'entends le mot culture, je sors mon... dictionnaire pour trouver un sens aux insultes qui émergent dans mon cerveau à l'égard de mon interlocuteur.

Pourquoi ça m'énerve ? Parce que ce concept est trop simple et tend à tout expliquer trop facilement sans s'interroger, et n'est pas critiqué, ce qui permet à tout le monde de dire avec aplomb et sérieux des grosses conneries (ou alors des lieux communs, ou dans le meilleur des cas des approximations). J'ai eu l'idée de rédiger cet article après avoir vécu une expérience anthropologique aussi profonde que celles qu'ont dû avoir tous ces grands voyageurs que sont Claude Lévi-Strauss, Albert Londres et autres Stéphane Bern. Dans la salle télé du dorm, j'ai fait la connaissance d'un étudiant chinois, qui s'est présenté à moi par un nom Anglais. Je lui demande donc son nom chinois, pour les mêmes raisons que j'ai évoquées dans un précédent article sur l'adoption de noms étrangers par les Asiatiques. Comme prévu, il me répond qu'il fait ça pour moi qui risque d'avoir du mal à prononcer son nom. Mais cette fois-ci, il ajoute qu'il pense que c'est une différence de culture qui est au principe de ce changement de nom. Selon lui, les Occidentaux pensent davantage à eux, tandis que les Chinois pensent d'abord aux autres. Comment ! Je fais l'effort de retenir son nom, chose qui n'est évidemment pas évidente quand on n'est pas habitué aux noms chinois, et selon lui c'est une forme d'égoïsme ? Et à ce moment-là, ce fut comme un éclair dans mon esprit, j'ai compris le sens de la vie. Nous étions tous les deux totalement habités par des valeurs propres à notre culture, mais pour nous deux, nous pensions faire ce que nous faisions (moi : l'appeler par son vrai nom ; lui : s'appeler par un nom anglais) pour faciliter la vie de l'autre avant la notre. Je voulais l'appeler par son vrai nom en pensant à son identité avant la mienne, et lui voulait s'appeler par un nom anglais en pensant à mon identité avant la sienne ! Je ne lui ai pas répondu ce que je viens de développer ici, mais j'en tire deux conséquences. Premièrement, même si je pense toujours que les appeler par un nom Anglais est un syndrome post-colonial, je comprends beaucoup mieux pourquoi ils le font (mais ce qui me dérange à présent c'est qu'ils ne se révoltent pas contre cette pratique, parce que nous nous faisons appeler par nos vrais noms nous autres). Deuxièmement, j'ai commencé à me dire que décidément la culture est une chose bien molle pour qu'on la malaxe de telle sorte. D'une parce que cette différence entre nous deux n'était nullement culturelle, ce n'est qu'un point de vue parmi deux. Le premier point de vue est de dire qu'il s'agit bien ici d'une différence de culture (culture holiste contre culture individualiste). Mais le second point de vue tend à dire qu'il s'est bien agi ici de quelque chose d'universel (tous deux nous pensions à l'autre avant de penser à notre pomme). Ces deux points de vue sont aussi valables l'un et l'autre, il me semble donc qu'on ne puisse pas expliquer ce qui s'est passé ici par une différence de culture. De deux, je fais appel à une expression barbare mais tellement utile que nous avons étudié de long en large l'an dernier qui est celle de la réification des cultures. N'en voici pas ici un bel exemple ? La culture occidentale (déjà, en quoi consiste-t-elle ?) est figée dans une telle déclaration, de même que la culture chinoise (même question). Pas de possibilité d'en sortir, elle colle à la peau, et elle salit quand on la critique. Elle ne change pas avec le temps non plus vu de cette façon. J'aurais dû lui dire que Hergé a démontré scientifiquement que dans la culture chinoise les hommes sont cruels et mangent des œufs pourris, que les bébés sont jetés dans les rivières à la naissance...

Les plus audacieux d'entre vous penseront que je ne fais qu'écrire tout ça pour me donner une contenance face à un petit jaune que j'ai pris pour un con. Au contraire, c'est en l'ayant rencontré que j'ai pensé à tout ça. Qui plus est, je n'en aurais pas fait tout un plat s'il avait été le seul à me dire ça. Il n'y a pas que les Asiatiques qui croient fermement que tout s'explique par la culture, ce serait trop simple sinon, il n'y aurait qu'à tous les tuer. Mais voilà, on ne peut pas tuer toute la planète. Parce que si on a inventé une définition pour le génocide, on a encore rien trouvé pour l'humanicide, donc il est impossible d'éradiquer l'humanité.

Après cette joyeuse digression, je reprends la liste des raisons qui m'énervent avec le mot culture. C'est un mot stupide car il présuppose qu'il n'y a que ça qui existe, et que le reste est second. D'abord, c'est une catégorie trompeuse. Il y a un siècle, le racisme était considéré comme une explication rigoureuse des différences entre les populations. Heureusement que je ne vais pas les voir en leur disant qu'eux les jaunes sont de sacrés roublards et de sacrés travailleurs (déjà deux stéréotypes contradictoires) et qu'ils sont tous prêts à sucer pour un bol de riz. Je ne le fais pas parce que ce serait crade. Mais de nos jours, on peut continuer à le faire plus subtilement : au lieu de dire race, on dit culture, et le tour est joué ! On ne réfléchit pas plus loin, c'est comme ça. D'accord il y a quelques différences entre les mots race (fait appel à la biologie) et culture (fait appel à l'environnement, l'histoire, aux pratiques concrètes...). Mais ces deux mots sont employés dans le même but : dire que c'est la fatalité, c'est comme ça, et sous-entendu qu'on peut rien y changer (et encore plus sous-entendu parce qu'on ne veut pas trop y changer). Bref, le culturalisme n'est à mes yeux qu'une version polie du racisme. À ce propos, après un cours de Korea and Globalization où le prof a cité des auteurs qui ont étudié l'importance des différences culturelles pour le management, l'étudiant néerlandais avec nous, qui a vu ces auteurs en cours dans son université (il est en international business), m'a dit quelque chose de ce genre : « this crap is called scientific analysis of cultures because some guys with nice diplomas wrote this, but when we read them you understand that we already use an other word for this : racism ». Ensuite, en supposant que la culture est le principe explicatif de la personnalité de tout le monde, on rend les gens incapables d'un quelconque recul vis à vis de leur culture. Pourtant, qui ne sait pas faire ça ? Premièrement je pense qu'on peut ne pas être d'accord avec certains aspects de sa culture, et on ne va donc pas les porter sur soi, sinon ça veut dire... Je vois même pas ce que ça veut dire, mais en tout cas ça me semble hautement improbable. Exemple : il paraît en France que ça ne se fait pas de roter après avoir mangé, bah moi j'aime bien alors allez vous faire foutre. Deuxièmement, on peut anticiper les représentations stéréotypées que les autres ont de sa culture pour servir ses intérêts. Exemple : lors du icebreaking trip, nous avons salué tout le monde individuellement, et je me suis fait un plaisir de baiser la main de tout le monde de la façon la plus élégante et ridicule qui soit, et je me suis lassé de compter le nombre de fois que j'ai entendu « ha it's because he's French ! », alors que je ne voulais que voir la réaction des gens face à une telle pratique. En conclusion, je crois que j'aurais pu les exciser sur place, on me l'aurait pardonné en disant que j'ai une tête d'arabe !

Bon, j'ai l'air bien sûr de moi-même dans tout ce que je dis précédemment, j'avoue tout de même que la confrontation incessante à des gens qui voient le monde en terme de cultures me pose question. Est-ce qu'au final ce n'est pas propre à ma culture que de chercher ce qui est universel sur cette planète ? Bien entendu ça se nuance car en France aussi on peut penser en terme de cultures, et la France n'a pas le monopole des idées universelles. Seulement, je pense que l'argument le plus convaincant face à quelqu'un qui tend à expliquer les différences par la culture est celui de l'histoire. Je pense qu'elle détermine beaucoup plus les différences et les points communs que la culture. Pour prendre un exemple très simple, si je demandais aux Coréens : « mais pourquoi mangez-vous donc tout le temps du riz ? », voilà ce qu'on me répondrait : « parce que c'est notre culture ! ». À ce moment-là, vous en conviendrez, on n'a rien expliqué. Mais si je demande : « et pourquoi dans votre culture on mange beaucoup de riz ? », là, on est forcé de faire appel à d'autres explications, qui répondent vraiment. Faire appel à la géographie (il y a plein d'endroits pour cultiver du riz), l'histoire et l'économie (ça coûte pas cher), etc. Bon, la question du riz n'est pas la plus excitante qui soit, mais pour des questions de la vie de tous les jours, cette démarche me semble plus pertinente que de se contenter de la tranchée culturelle. D'autant plus que dire une culture est ceci ou cela, ça semble d'emblée maladroit. À mon sens, une culture est toujours le produit de multiples héritages et de différents courants, et n'est jamais homogène, même dans une population ethniquement homogène. Il suffit de voir le cas de la religion en France : c'est autant un stéréotype de dire que la culture française est imprégnée de christianisme que de dire que tous les Français sont des bouffeurs de curés. L'approche française de la religion semble davantage être la connexion de ces deux héritages, même si avec le temps et selon le domaine une perception peut l'emporter sur l'autre, qu'on y soit favorable ou non.

Tout ceci peut sembler très abstrait, et ce n'est que le récit de mes interrogations personnelles face à des phénomènes différents de ceux que je peux rencontrer en France. Pour ceux qui veulent seulement en savoir plus sur la Corée et peuvent se passer de cette diarrhée verbale, je vais tenter d'illustrer tout ceci de façon très concrète. À propos de l'idée qu'une culture n'est jamais unique, si je vous demande ce que pensent les Coréens des Américains, que diriez-vous ? Après un certain nombre de discussions (même si c'est toujours insuffisant, j'en ai conscience), je peux répondre des choses qui semblent assez contradictoire. La politique étrangère américaine déplaît pas mal, évidemment. Kiwon, mon buddy, m'a parlé d'un quartier de Séoul où l'on peut faire beaucoup la fête, Itaewon. Je voyais quand il m'en parlait qu'il n'avait pas l'air très enthousiaste, alors je lui demande des détails. Il me dit juste que parfois c'est mal famé, qu'il y a quelques embrouilles de temps en temps... Je n'ai appris que quelques jours après par quelqu'un d'autre que ce quartier est aussi connu pour héberger la base militaire américaine. De temps en temps, j'entends des propos peu chaleureux à l'égard des Américains. Mais d'un autre côté... Jetons un coup d'œil aux sports que pratiquent les Coréens. Je suis allé à un match de baseball pour voir comment c'était, je suis allé regarder un match de foot entre deux équipes de l'université sur le stade du campus où j'ai aussi vu des Coréens s'entraîner au football américain... Il y a des cheerleaders dignes des séries télévisées américaines. J'ai vu aussi une séance photo pour une promotion qui venait d'obtenir son diplôme, tous habillés en toge avec le chapeau carré, comme dans les universités américaines... Bref, je peux enchaîner les exemples autant en faveur de la thèse que les Coréens sont américanisés que celle qui affirme qu'ils prennent leurs distances avec les États-Unis.

À ce propos, comment c'est la vie d'étranger en Corée ? Quand on croise quelqu'un avec un visage d'Occidental, nous sommes tellement si peu nombreux par ici, qu'on se sent obligé d'avoir une petite complicité avec lui et de se faire un sourire même si on ne se connaît pas. Cette remarque n'est pas valable pour les quartiers de Séoul où il y a beaucoup de touristes ou d'Européens. Et quand je rencontre quelqu'un qui me demande d'où je viens, ma coutume veut que je réponde « try to guess ». Curieusement, je m'attendais à ce qu'on me dise plus souvent Américain, en fait ils devinent facilement que je suis Européen. Ceux qui ont déjà voyagé à l'étranger aux États-Unis ou en Europe devinent généralement vite que je suis Français. Pour les autres, c'est la foire aux nationalités ! On m'a demandé si j'étais Espagnol, Italien, Maghrébin (ils imaginent vraiment que je viens du Sud), mais il y a même des oufs du slip qui ont vu en moi un Finnois, un Turc, un Kazak, ou un Argentin (allez savoir pourquoi).

Bon, pour ceux qui ne lisent que les images dans les bandes dessinées, voici pour finir quelques photos sans trop de rapport avec l'article, mais qui semblent prouver que je suis toujours en vie et que ce n'est pas un kidnappeur Nord-Coréen qui écrit à ma place.



Quelques images que j'emprunte du match de baseball auquel nous avons assisté. Nous sommes partis au bout de 3h de match, la partie n'en était qu'à la moitié !

Quelque chose qui m'a surpris... Ici, ils ont un type spécialement employé pour exciter la foule pour supporter une équipe. On dirait réellement un chef de guerre qui motive ses troupes, il est vraiment à fond et tout le monde le suit, c'est assez surprenant, et apparemment ça n'existe pas au Japon et aux États-Unis

Repas francophone


Du
cheerleading dans un costume un peu particulier

Ça c'est juste pour montrer que Hyundai ne fait pas que des bagnoles de luxe, et que souvent juste derrière des beaux espaces c'est le bordel

Bosser sous cette chaleur donne envie de tuer


Quand je ne suis pas occupé à faire le con, je fais le con


Ce qui est bien dans cette fac, ce sont les projets d'étudiants amateurs, à l'image de ce concert de musique classique, d'un concert de soul en accoustique, ou d'un comédie musicale...

jeudi 9 septembre 2010

Kaléidoscope

Après avoir eu le plaisir de tout réinstaller sur mon PC qui a décidé de se suicider cet après-midi en pleine rédaction de cet article, je peux enfin le publier. Tout d’abord, merci à Géraud et Louise d’écrire aussi, je me sens un peu moins seul à donner des nouvelles ici bas. Cet article va me servir de fourre-rien concernant les petits touts quotidiens, qui ne méritent pas un long développement, mais sont à signaler entre deux mots. Voici donc une liste désorganisée de différences qui n’engagent rien mais font sourire.

Delicious. Je ne sais pas d’où vient cette hystérie, mais quand j’ai mangé des plats culturellement marqués, la plupart des filles avec lesquelles je partageais le repas se sont intéressées à ma réception de ces produits de la façon suivante : « is it delicious ? ». Pas de « do you like it ? », pas de « is it good ? », non, direct cash dans ta tronche « is it delicious ? ». Ça doit être un truc d’Asiat’, parce que les Coréennes, les Japonaises et les Chinoises ont le même TOC. Pourquoi les filles ? Parce que les gars ils s’en foutent de si on aime ou pas, et ils ont bien raison, vu qu’il n’y a que ça à manger.

Savoir compter. « How old are you ? - I’m 20. - You’re so young ! » : quel est votre avis en lisant ça ? Que je ne fais pas mon âge ? Ou bien qu’il y a un trouble de la communication ? Si je vous disais que j’ai 22 ans, quel tête feriez-vous ? « You’re so old ! » ? Enfin, certains occidentaux m’ont bien donné 25 ans... La solution à cette énigme est simple. Règle numéro 0 : on commence à compter à partir de 1 et non de 0. Il n’y a donc pas de rez-de-chaussée, et les maïeuticiens offrent tous un gâteau aux bébés qui naissent pour leur 1 an. Qui plus est, tout le monde gagne un an au 1er Janvier de chaque année ! J’ai donc bien 22 ans coréens.


Le ferry qui nous a mené sur Nami island, où les gens croient être indépendants parce qu'ils ont leur propre monnaie

Superstition. On me demande mon groupe sanguin, que je ne connais pas, heureusement. Ça me permet d’éviter le crible de la sélection biologique des relations. Selon une croyance forte d’une population à la même consistance identitaire que les lecteurs d’horoscope des magazines télé, la compatibilité (professionnelle, amicale, amoureuse) entre deux personnes dépend de certaines combinaisons (ça en fait un tas de cons) de groupe sanguin. Selon notre prof d’économie, il y aurait même eu des études économétriques pour voir quel comportement d’investisseur est lié à quel groupe sanguin. Je me demande encore si le rhésus peut changer la donne.

René Descartes versus Kurt Cobain. Selon notre prof de politique comparée, les Occidentaux sont bien plus à cheval sur l’obéissance aux règles que les Coréens ou les Japonais, ce qui m’a surpris d’abord. Puis j’en ai fait l’expérience. Je vais donner des « cours » de Français à des étudiants coréens. J’ai cependant rencontré des difficultés pour les situer spatiotemporellement, et j’ai envoyé des e-mails aux responsables de ces cours donnés par des étudiants étrangers pour changer le lieu et la date (thèse), dans un souci de répondre aux attentes d’un maximum d’étudiants (argument), notamment dune étudiante qui veut venir en France l’an prochain et à qu’il me semble nécessaire de donner des bases (exemple). La réponse fut le statu quo, ni plus ni moins, garde ta réflexion pour toi. Que faire ? Simple ! Au lieu de réfléchir à organiser intelligemment un e-mail, se rendre sur place physiquement, se parer à l’abordage, dire que rien ne va plus, et qu’il faut changer absolument ce cours sinon pas de quartier. Et j’ai obtenu ce que je voulais. Prochaine fois, j’essaie de réclamer une augmentation de salaire.

Coréanisation des noms. En cours de Coréen, nous avons tenté d’écrire en Coréen notre prénom. C’est croustillant quand des sons n’existe pas, et on peut tartiner de ridicule les prénoms qui se finissent sur une consonne prononcée, ceux-ci se voyant affublés d’un -eu final. Exemples : Mehmet devient Meheumeteu, Santos devient Santosseu, Carlos devient Caleulosseu. La confusion entre l et r est embêtante pour tout comprendre, tandis que la confusion entre si et shi fait rire : « This subway station is the shitty hall ».


Séance karaoke

Aperçus du dorm. Tout d’abord, parlons des fontaines de Duchamp, car il est difficile de parler d’urinoir quand leur conception vous renvoie sous forme de pluie sur les pieds le rayon que vous tirez dedans. En effet, si par rapport aux urinoirs que nous connaissons dans nos bonnes vieilles sociétés européennes, le kärsher se situe en bas ou au milieu de l’urinoir selon la taille du pompier qui envoie le jus, ici, la zigounette arrive au sommet de l’urinoir, qui descend jusqu’au sol. De quoi obtenir un retour à l’envoyeur facile de ce dont on cherche à se débarrasser. Ensuite, parlons des douches. Imaginez ceci : il y a un miroir dans la douche, la porte de la douche est transparente à hauteur de la tête, et de l’autre côté il y a les lavabos avec un grand miroir. Calculons donc : si l’on regarde le miroir du lavabo avec un sinus de 270°, on verra donc à travers la porte de la douche le miroir de la douche avec un cosinus de 45°, et par conséquent on aura une vue lourde de conséquences sur la tangente qu’a entre les jambes celui qui se douche. Puis, abordons le sujet de ce qui manque dans ce dorm. Deux objets nécessaires sont absents à l’arrivée : le papier toilette et les couvertures pour le lit. Pour le premier, il vaut mieux être au courant en effet, même si sur un des WC il y avait plein de boutons incompréhensibles avec des images en tous genres, tentants, mais je ne me suis pas laissé tenter. Sans doute des toilettes pour handicapés. Autre fait amusant : il n’y a pas de brosse à chiottes, ce qui peut être gênant les jours de carnaval dans la cuvette. En ce qui concerne les couvertures, elles ne sont pas livrées avec, même pour les étudiants étrangers, on ne donne que le matelas ici. J’ai donc acheté une couverture qui est une sorte de grande feuille (pas de couette à mettre dans la housse de couette) qu’on pose sur soi simplement. Enfin, je n’ai pas abordé le sujet jusque-là, mais mon roommate est sympa, même si je dois parler au ralenti en Anglais pour établir la communication.

Scarface aurait dû être tourné en Corée. J’ai déjà abordé un peu la question des prix, pas celle des formes du Won. Si dans la zone euro, le plus gros billet est 500€, ici, le plus gros est l’équivalent de 33,33€. Le plus utilisé est sans doute celui de 6,66€. Quant à la plus faible pièce, son poids en euros est de 0,006€, mais comme la pièce de 1 centime chez nous, elle ne sert pas à grand-chose.


Une petite vieille qui se baladait comme ça au milieu du campus

밥 주세요. J’ai déjà pas mal abordé la question de l’alimentation, et je vais encore l’aborder, mais j’ai déjà changé depuis que je suis arrivé. Au début, tout arrache la tête (manger du kimchi, le chou coréen épicé, à tous les repas, ne réussit à personne au départ). Mais à force, je m’habitue (mon cas n’est pas une généralité), et je me rends même compte maintenant que si je mange du riz, comme à quasiment tous les repas, sans kimchi ou autre chose d’épicé à côté, ça me semble très fade. Un peu comme chez nous si on ne met pas de sauce, de crème ou autre avec le riz. Bah ici c’est juste une saveur pimentée.

Paris-Normandie. J’ai trouvé une bonne technique quand je me présente pour éviter les banalités sur mon pays d’origine. Si, lorsque mon interlocuteur apprend que je suis Français, je vois son visage s’illuminer, je lui adresse ce discours : tu vas me dire que tu es déjà allé en France, que tu aimes beaucoup Paris. Très bien. Maintenant je te dis que les Français hors de Paris n’aiment pas Paris et les parisiens, et je ne suis pas parisien. D’où je viens alors ? De Normandie. Oui, ça te dit quelque chose, mais tu ne sais pas où c’est. Tu en as entendu parler quand tu as appris ce qu’a été le débarquement de Normandie. À deux exceptions près (une personne qui ne s’est jamais rendue en France et une qui sait bien plus à propos de la géographie française), à chaque fois que j’ai tenu ce langage j’ai obtenu mon fromage.

Activité étudiante. Je critiquais un peu mon université dans le dernier article. Du côté étudiant, il y a souvent de bonnes initiatives (concerts dans le hall où l’on fait la queue pour acheter son ticket de resto u ; comédie musicale, concert organisé dans le grand amphi du campus...), d’autres qui partent d’une bonne volonté mais échouent (tentative de breakdance dans ce même hall, assez ridicule ; chorégraphies sur une affreuse pop coréenne...), et des saloperies corporatistes (les clubs sont très fermés sur eux-mêmes, on ne peut même pas entrer dans la salle de tennis de table si le club de tennis de table s’entraîne là ; certaines personnes des clubs de musique sont très accueillantes individuellement, mais le club ne veut pas qu’on utilise leurs locaux, réservés aux membres du clubs, logique impressionnante quand les inscriptions sont fermées pour nous...).

Human beatboxes. Quel est le cri du Coréen ? Oui je sais c’est mal de généraliser. Généralement, les Asiatiques avec qui j’ai mangé font un boucan du diable à table (heureusement, la plupart du temps on mange dans un environnement bruyant, à savoir le resto u). Par contre, je surprends si je veux me moucher parce que la soupe que je bois ne se contente de pas de m’arracher l’œsophage lambeau après lambeau mais me fait cadeau du supplément du nez qui coule. Dans les douches cependant, mes nombreux colocataires ne se gênent pas pour répéter leurs gammes de raclage de gorge et autres appétissants crachats !

Arbitrage salaires / chômage. J’ai remarqué que la plupart des petits boulots sur le campus, même administratifs, sont tenus par des étudiants. Sans doute un bon moyen de se faire un peu d’argent pour financer les études, enfin je suppose, car j’admets ne pas avoir abordé le sujet avec l’un d’entre eux. Cela va de la vaisselle ou de la cuisine au resto u, de l’accueil dans certains services comme la banque ou l’office international, de la caisse des différentes boutiques au nettoyage des bancs et tables... Il faudra que je me renseigne sur le niveau de salaire de ces différents emplois.

Conjuguer parc d’attraction et repos. S’il y a quelque chose que j’adore lors de mes séances de lecture solitaire dans le campus (profitant de ne pas avoir beaucoup de travail pour l’instant), ce sont ces bancs qui reprennent le principe des rocking chairs. Un banc que l’on peut faire se balancer ! Je ne suis pas le seul à apprécier, à en voir tous ces petits vieux sur le campus qui se reposent et discutent partout (je ne sais pas trop ce qu’ils font là, j’irai leur demander quand je saurai parler suffisamment Coréen).

Le stade du campus venant d'ouvrir, ça s'entraîne, aussi bien au soccer qu'au football américain en passant par le baseball

Ne pas puer quand il fait chaud. Lors de l’icebreaking trip, j’ai été dans une chambre avec des Coréens et des Chinois. Et j’ai mis du déodorant le soir. « HEY WHAT IS THAT ??? » : que répondre ? Que c’est un spray pour éviter de puer de sous les bras ? J’ai pas osé leur expliquer, ils croient encore que c’est un brumisateur.

Lectures. J’ai de quoi m’occuper ici. J’ai déjà fini L’automne à Pékin, que j’ai beaucoup aimé, mais je pense que l’intéressé qui me l’a offert recevra un e-mail pour en parler plus précisément. Ce qui me permet d’entamer Fin de partie (que j’ai ouvert pour la première fois dans mon lit, ce qui m’a fait sourire quand j’ai lu le message qui m’est destiné dedans : « Ce livre, tu ne le liras pas sur les toilettes, mais tu l’apprécieras à sa juste valeur allongé pépère dans ton lit »). En me baladant dans la bibliothèque, perdu entre les immenses murs chinois et coréens, tel Indiana Jones, je trouve deux livres en Français. Le premier : Introduction à une anthropologie de la surmodernité. Pour un Français, c’est déjà viser haut, alors je me demande qui dans cette université à oser commander ça. Le second : Histoire de l’Asie orientale. Un des cours disponibles pour les étudiants étrangers s’intitulait East Asian History. Je ne l’ai pas pris à cause de sa mauvaise réputation aux yeux de mes prédécesseurs. Avec ce livre en Français sous la main, je vais pouvoir me permettre de rattraper ça ! J’ai également trouvé un épais recueil de récits de voyage concernant la Corée sur différents aspects et de différentes époques (quelques auteurs : Jean-François de la Pérouse, Pierre Loti, Jean de Pange, Paul Claudel...). Enfin, petit clin d’œil au bovin qui va partir dans un pays où il faut tout marchander : les affaires continuent ! À un déstockage, j’ai trouvé A new history of Korea, ouvrage assez conséquent, pour 2€33, au lieu de 20€.

Réflexions. Pour conclure, je souligne que je continue de me réfléchir chez les autres, puisque c’est un des intérêts de partir à l’étranger, tout de même. J’ai eu un profond débat avec une Autrichienne sur le thème : la rationalité guide-t-elle toutes nos actions ? Tout le monde est-il toujours rationnel ? Y a-t-il un sens à la vie ? Pour ceux qui ont vu la vidéo d’Aubry-Louis, ça avait un petit côté « prepared to get schooled in my Austrian perspective ». Je pourrais rentrer dans les détails mais je doute d’avoir le temps, l’envie, et de susciter l’intérêt de mes lecteurs. Mais j’ai eu une autre discussion assez intéressante pour vous (qu’est-ce que je n’écrirais pas pour vous !) avec des Chinoises, qui a simplement débuté quand je leur posais quelques questions sur leur pays. Je me suis entendu répondre : tu sais, en Chine les filles ne s’intéressent pas vraiment à la politique. Le piment dans mon sang n’a fait qu’un tour dans ma bouche avant de parler. Là aussi il y aurait beaucoup à dire, mais c’est un exercice d’athlète que de retranscrire une discussion a posteriori, et je ne pense pas en avoir la capacité, de le faire clairement du moins. Je laisse donc votre imagination spéculer sur ce qui a pu se passer et s'échanger.