lundi 8 novembre 2010

Parcs nationaux et jjimjilbang

Avant de commencer, j'invite tout le monde intéressé à lire mon article dans le magazine Décloîtrés (cf l'article précédent) à propos du système des retraites et des vieux en Corée, en parallèle avec la France, ça m'évite d'avoir à le publier ici aussi et la mise en page est meilleure que ce que je ferais de moi-même. Quant à cet article, il va me permettre de traiter de deux aspects de la vie coréenne qu'il me faut traiter tout en les racontant sur un fond d'excursion.

Je voulais sortir de Séoul récemment, car j'y passe beaucoup de temps. Même si j'apprécie le gigantisme de la ville, la Corée est plus grande encore. Ce n'est pas la superficie d'un pays qui fait sa grandeur mais le nombre des différents recoins qu'il offre. Et ils ne se réduisent pas à Séoul. Faire une petite escapade semblait alors nécessaire, et quelques autres étudiants étrangers partageaient l'envie de fuir l'ambiance de vie sans relâche qui sévit dans la capitale.

Nous sommes donc partis vendredi soir, avec nos sacs à dos, prendre un bus pour Sokcho (ce n'est pas la peine de connaître, je situe moi-même à peine où c'est, en tout cas c'est au Nord-Est du pays et c'est seulement en arrivant sur place que j'ai vu qu'il y avait la mer, enfin l'océan). Alors que sortir de Séoul était un jeu d'enfant, nous voyions par la fenêtre que, curieusement pour un vendredi soir, il y avait des kilomètres de voitures à la queue leu leu pour y entrer. En arrivant, nous prenons un taxi pour nous rendre à la maison que nous avions réservée pour une nuit (6€ la nuit). C'est typiquement le genre de maisons coréennes : un évier, une petite salle de bain (où la douche se trouve au même niveau que le sol, je veux dire qu'il n'y a pas de baignoire ni de porte ni de rideau de douche, on se douche à même le sol, à côté des toilettes et du lavabo), un petit meuble sur lequel sont posés couvertures et oreillers, et une entrée où l'on dépose se déchausse avant d'être dans la chambre elle-même. Nous étions onze pour une salle pas si grande que ça, et je pense que vous l'avez deviné à l'inventaire que j'ai dressé : on dort à même le sol. Lorsque j'ai passé une nuit à Busan, c'était le même genre de maison, on pose un matelas épais comme une feuille sur le sol et on dort dessus. Tous allongés, on remplissait tout l'espace disponible sur le sol, on ne pouvait pas tenir à un de plus. Nous n'avons trouvé à la télé qu'une émission de pêche en Coréen et une où des scientifiques masturbaient des bébés pandas, c'était donc l'heure d'aller au sol, à défaut de lit.

Le samedi matin, nous avons pu voir grâce au jour en sortant que la maison avait une vue au loin sur la montagne où nous nous rendions : Seoraksan. Et l'architecture des maisons nous avait également échappée lors de notre arrivée en pleine nuit : des toits triangulaires, des diagonales improbables, des tuiles, des murs collés qui laissent présager une construction chaotique, sans aucune notion d'urbanisme, et des câbles les reliant de façon si dangereuses que cela semble avoir été réalisé sans autorisation. Bref, on n'est pas à Manhattan. Nous sautâmes (premier passé simple employé de tout le blog) dans le bus qui se laissa rebondir – c'est le mot vue leur façon de conduire à fond les manettes sur des routes pas droites – vers Seoraksan avec à son bord nos quelques âmes. Là, une foule à l'entrée grouille et se répand autour de l'entrée du parc national. Vendeurs en tout genre, arnaque-touristes à gogo, groupes de petits vieux tous habillés uniformément, touristes américains trop visibles, Coréens qui sont en week-end ici en famille... Nous achetons notre ticket à 1.66€, passons le portail avec cet architecture très colorée et aux nombreux motifs que j'ai souvent eu l'occasion de voir lors de mes visites des restes historiques de la Corée, et nous rentrons dans un autre monde. L'automne est décidément la saison multicolore qui sied le plus à ces sorties. Des arbres aux feuilles dorées, orangées, pourpres, roses, vertes, les uns sur les autres, fond des tableaux impressionnistes de la rigolade pour peintre débutant qui n'a aucune idée. En fond de toile, la montagne qui s'élève, mais sans neige, ou trop loin pour la voir. La randonnée commence dans une forêt assez mystique pour y attirer tous les druides d'Astérix, où l'on suit ce qui doit être le cours d'un fleuve (à peine un ruisseau en cette saison) très large, comblé de rochers massifs. Puis vient un moment où il faut choisir entre continuer à suivre ce lit ou s'engager vers un chemin qui monte. Nous prenons à la grande ignorance de ce qui nous attend la seconde option. Tout commence doucement par le sol qui s'oblique à quelques degrés, puis quelques pierres et racines sur lesquelles on s'appuie pour continuer. Puis cela devient un véritable escalier de cailloux mis les uns sur les autres au fur et à mesure que nous prenons de l'altitude, et qui devient de plus en plus étroit alors que la distance au sol augmente si l'on chute. Comptez avec les gens qui font le chemin en sens inverse. C'est au début une partie de plaisir de bondir d'un bout à l'autre, puis on sent ses cuisses fléchir, sa respiration s'accélérer, et on se rend compte qu'il va falloir monter moins vite si l'on veut continuer. Et au lieu de regarder ses pieds, on lève le nez, on cligne des yeux, et on voit entre les nuages la destination, et à ce moment-là on n'est pas encore à la moitié du chemin. Cela continue dans la fatigue, dans l'exercice, dans la chaleur inattendue de ce jour de Novembre, dans le poids soudain du sac que l'on porte. Les rochers se suivent et se ressemblent, et on ignore les visages que l'on croise. À un moment donné, on se trouve à une autre bifurcation, qui offre le choix de s'élever ou de s'élever. Nous avons continué sur la voie que nous avions prévu de suivre, et j'ai appris par la suite que l'autre chemin allait plus haut encore. Mais nous sortons alors de la forêt, et bien que nous continuions à monter par la force des jambes, nous constatons que nous nous rapprochons de la montagne elle-même, de la pente qu'elle forme. Là, un pont métallique nous attend, et ses marches sourient aussi mesquinement que les marches en pierre que nous avons gravies jusque-là. Sortis des arbres, à une hauteur que l'on découvre soudainement, nous sentons un vent glacial qui contraste avec la chaleur que nous dégageons à force de marcher. Malgré la faible vision due à un lointain brouillard, le paysage qui se découvre sous nos pieds est prêt à nous faire basculer de la rambarde. Le pont a l'air plus sûr que l'ancien chemin que l'on voit à côté, qui devait être employé il y a encore une centaine d'années, mais il reste enfoncé sur une pente assez raide et j'ai le vertige à l'idée des conditions dans lesquelles ceux qui l'ont monté ont dû travailler. Le chemin suit en zigzag la pente de la montagne, et à mesure que nous nous approchons de ce trou, cette caverne dans la roche dans les hauteurs qui est notre destination, le chemin se fait toujours plus abrupt, avec des marches qui alternent entre métal d'escalier et roche taillée où il faut lever le genou à hauteur du nombril pour la surmonter. Quelques pas encore, et sans y croire, c'est la fin du chemin. Je gravis les dernières marches, et j'arrive, enfin dans la caverne. Ce qui fait d'Indiana Jones une production hollywoodienne est le trésor qui l'attend à la fin. Dans la vraie vie, ce qui nous attend est une minuscule caverne de quelques mètres carrés où un moine bouddhiste vend des bougies – pour aller les poser sur un minuscule autel autour d'un minuscule Bouddha – avec un vendeur d'alcool, et quelques autres randonneurs qui font une pause. Avec, sans oublier, un ridicule chant de quelques secondes enregistré sur une cassette audio qui passe en boucle. Même la vue pourrait être plus impressionnante sans ce brouillard qui entoure les autres montagnes du parc. La descente est certes plus rapide, mais pas de tout repos, comme il faut toujours faire attention où mettre les pieds, au poids de son corps, à son équilibre, et aux gens que l'on croise qui montent. D'autant plus que le vent glacial qui nous a fouetté au sommet de la randonnée nous a accompagné pendant la descente. En effet, les montagnes étant très hautes, le Soleil s'y couche plus tôt, et cette période mitoyenne entre le jour et la nuit dure beaucoup plus longtemps. Étant plus fatigués que prévu (d'autant plus qu'on n'a pas beaucoup dormi ni mangé), nous ne continuons pas la promenade dans le parc, et nous prévoyons de rentrer à Sokcho. Un petit passage sur la plage avec la nuit qui tombe, un restaurant de sushis sans le riz (les sushis étant apparemment la spécialité de la ville, ainsi que les prix exorbitants dus à son côté touristique), et voilà la journée qui s'achève.

Question : n'ayant réservé la maison que pour une nuit, où dormir ? Nous passons devant un jjimjilbang et la réponse est toute trouvée. Mais avant ça, balade en ville, où l'on prend un petit ferry au prix ridicule de 13 centimes ! La raison : il s'agit d'un ferry que l'on déplace à la main, il est transpercé d'un câble qui relie les deux rives, et il n'y a pas de moteur. Le marin, totalement Coréen, prend deux d'entre nous, étudiants étrangers, et leur crie de prendre une tige qui permet de tirer sur le câble pour faire avancer le ferry ! Cela explique le prix si l'on fait travailler les clients ! Puis, un bar à l'ambiance très sympa (ce qui est rare à Séoul mine de rien où s'entassent les uns sur les autres les pubs avec un gros boum boum sonore), avec un barman génial, avec pour seul défaut le prix assez élevé des boissons. Mais je pense que le prix n'est pas la seule variable à prendre en compte pour comprendre les choix des gens, l'identité et l'ambiance assez fortes de cet endroit sont suffisantes pour en compenser le prix. J'y ai pris un thé fait maison, parfum lavande (cela me fait penser que j'ai trouvé un nombre incalculable de parfums originaux de thés en Corée, c'est vraiment très bien de ce côté-là, j'y reviendrai). Le temps passant, il faut bien aller se reposer pour le lendemain, nous nous rendons donc au jjimjilbang, c'est-à-dire le sauna coréen, qui est vraiment une attraction immanquable pour quiconque visite la Corée. Les quelques jjimjilbang où je me suis rendus étaient complets et à un prix dérisoire. Voici le concept. Vous payez quelque chose comme 6€, vous déposez vos chaussures dans un coffre, puis vous vous rendez dans une salle différente selon que vous soyez un homme ou une femme. Vous y avez un autre coffre où déposer vos affaires, comme on vous a offert des vêtements légers à porter. Vous vous changez, puis vous passez à l'autre étage qui est mixte. Cet endroit est le rêve. Le sol est chauffé, on n'a pas froid aux pieds quand on se déplace pieds nus... On peut prendre une de ces feuilles pour y dormir à même le sol. Il y a des fauteuils qui pour 66 centimes font un massage pendant 10 minutes. Il y a un restaurant (je n'y suis cependant jamais allé à cause du prix peu attractif). Il y a une petite boutique qui vend à manger, notamment des glaces, des boissons et des œufs durs. Les Coréens mangent tout le temps des œufs durs en sortant du sauna, je ne sais pas pourquoi, peut-être que ça a une quelconque vertu... D'ailleurs les œufs durs ici ne sont pas blancs mais bruns, nous sommes quelques-uns à avoir émis l'hypothèse qu'ils sont bouillis dans du thé. Il y a même une salle pour fumer pour les toxicos, et une salle PC pour les geeks. Et évidemment, il y a les saunas. De 40° à 60° c'est le plus confortable, il fait juste un peu chaud, mais on ne vous demande que de vous asseoir par terre, pas de courir un marathon. À partir de 70°, la chaleur se fait sentir. 80° est le plus agréable si l'on veut bien transpirer, et les vêtements donnés par le jjimjilbang permettent de juger combien de litres on a perdu et ce qu'il faut boire au distributeur d'eau en sortant. 100° relève du challenge. Le plus chaud que j'ai testé était 120°, une véritable fournaise, même allongé sur le sol. J'y suis resté deux minutes, on sent le sang battre dans les tempes, mes bagues ont brûlé la peau de mes doigts. Et pourtant, nous étions avec une petite vieille coréenne, qui nous regardait crever de chaud sans ciller ! Et en sortant de là, tentez donc le sauna glacé à 15°. C'est un endroit de véritable sociabilité. Je me suis rendu une fois dans une salle de 70° où il n'y avait qu'une dame couchée sur le sol, et elle a tenu à me parler un peu en Coréen. J'ai compris toutes les questions et ai pu y répondre, mais ils parlent tellement vite sans articuler que c'est comme si c'était une autre langue que celle que j'apprends en cours ! Après avoir trempé de sueur ses vêtements, vous redescendez à l'étage non mixte où vous attend un carnaval de bites. Si vous êtes côté homme bien sûr, mais malgré les cheveux longs, ils m'ont repéré chez les femmes et m'ont dit de sortir. Bref, tout le monde à poil, et plus vite que ça. Vieux, adultes, jeunes, enfants (vraiment drôle de voir des petits courir au milieu de tout ça, c'est un rapport totalement différent à la pudeur dans lequel ils baignent dès cet âge, et pour nous autres occidentaux il faut y aller sans complexe si l'on veut que ça se passe bien, et pour ma part ça se passe bien jusque-là), gros, maigres, moches, beaux, tout le monde. Et évidemment quand on est un étranger, on se fait reluquer la bite par tous les petits vieux devant lesquels on passe. Je ne ferai pas de commentaires sur la taille des bites coréennes, je vous laisse continuer à vous demander si les noirs en ont des grosses et les jaunes des petites, et vous donne le conseil de passer à autre chose. Mais si l'on se met à poil, c'est d'abord pour se laver. Une petite douche, et ensuite on va aux bains. Bain chaud, jacuzzi, bain à massage par les bulles à forte pression, bain froid, et même saunas humides (où 80° en semble le double). Il y a aussi de vrais massages proposés, d'excellente qualité selon une amie qui a testé, mais au prix suffisamment élevé pour m'y avoir fait renoncer jusque-là. Des séchages sont également disponible, pour quelques euros quelqu'un prend une serviette et vous sèche professionnellement... Là, le prix est plus abordable, mais je n'ai pas testé car, si je dois vous le rappeler, tout le monde est intégralement à poil dans cette zone. Une petite douche pour sortir (attention à ne pas faire tomber le savon), la serviette est offerte pour se sécher, de même que le lavabo pour se brosser les dents, le sèche-cheveux, le déodorant, le parfum, des lotions que je n'ai pas réussies à analyser... Voilà le principe du jjimjilbang. Un véritable paradis, où il faut que je me rende plus souvent tellement c'est relaxant. Et celui où nous nous sommes rendus samedi soir proposait aussi une chambre pour dormir. Même si quelqu'un ronfle, même si dormir sur du bois ou sur le sol avec un oreiller dur comme une brique n'est pas confortable, la fatigue et la relaxation n'ont fait qu'une bouchée de moi.

Le lendemain, une dernière excursion avant de rentrer à Séoul. Le principe des parcs nationaux n'est pas le propre des États-Unis : dès lors qu'un pays porte une attention à son patrimoine naturel on en trouve. Ce n'est pas un parc comme ces trois arbres plantés au milieu d'un centre ville français, mais bien bien un espace de plusieurs kilomètres carrés où repos et promenade vont de pair. Je n'ai pas vu d'animaux ni de refuges, mais c'est un espace protégé où il est possible d'en voir (enfin je veux dire, des plus impressionnants que des écureuils). Toujours pas de tigre, malheureusement, il faut que j'en voie un cette année, c'est mon objectif ! Après les tigres, on pourra passer aux mantes religieuses, et ensuite aux dragons, et j'aurai fait le tour de l'imagerie extrême-orientale sur les animaux. Bien que le jjimjilbang soit très confortable et qu'il soit possible d'y rester 24 heures, nous revoila à Seoraksan. Cette fois-ci, comme je suis pris par le temps (nous sommes deux à repartir plus tôt que les autres), nous ne faisons qu'une courte randonnée, plus fatigante que je ne le pensais. Nous remontons le cours d'un ruisseau, ce qui implique de faire encore appel aux jambes alors que nous ne nous sommes nourris pendant deux jours quasiment que de sandwichs. À l'arrivée, une cascade. Je ne m'attendais pas à quelque chose de mémorable, mais ce n'est pas une véritable cascade. C'est juste le ruisseau qui tombe de très haut, mais l'atmosphère reposante de cet endroit, au fond d'une faille dans la montagne, où l'on s'assoit sur des roches entourant un lac, avec ces arbres de hippies, compense définitivement. Nous revenons à l'entrée du parc, nous prenons le bus pour Sokcho, et nous prenons notre bus pour Séoul, où le trajet double de durée par rapport à l'aller lorsque l'on approche de notre destination. La circulation intensive qui flotte autour de la ville, voilà la différence avec ce que j'ai vécu ce week-end.

Un peu de confiserie pour les yeux maintenant.


La fameuse architecture au pied de Soeraksan

Un Bouddha qui a de la gueule

Un aventurier qui montre où il compte aller

La photo touristique par excellence

Je n'ai jamais vu un arbre aux feuilles si rouges

Si des pierres tombent, essaie de les attraper !

Les chutes du Niagara

4 commentaires:

  1. Sympaaa, plus reposant que d'habitude ton article :P

    Pas mal le principe des jjimjilbang, mais, sans mauvais jeux de mot, faut avoir les couilles d'y aller :D

    'vais me coucher moi...

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  2. Comme le dis Nicolas, c'est plus reposant à lire...

    jjimjilbang, le truc à tester :)

    Par contre garder ses bagues dans un sauna, c'est pas franchement l'idée du siècle.

    Ca se passe bien ton taekwondo ?

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  3. tiens, ca peut t'interesser peut etre : http://www.korben.info/augmenter-resolution-ubuntu-netbook.html

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  4. Le jjimjilbang, ça donne bien envie, surtout tout le truc autour du reluquage de bite. Faut dire que j'ai un peu vécu ça au Japon lorsque je suis allé dans un bain public... et que je me suis cramé la peau avec ma médaille dans un sauna trop auch pour moi.

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