Jeudi 11 Novembre, je me suis rendu à la manifestation anti G20 à Séoul. Première manifestation en Corée ainsi que première manifestation anti G20 pour moi, mon impression en est mitigée. Nous nous rendons en plein après-midi dans ce que nous croyions être les lieux de départ de toutes les manifestations à Séoul, et nous ne voyons rien. Enfin si, la gyeongchal (police) tous les 20 mètres, mais rien d'inhabituel. Sur la Seoul plaza, une affiche de propagande immense pour le G20, et plein de petits stands pour touristes qui vendent des produits prétendus traditionnels. Et des groupes de jeunes volontaires tous souriants avec le logo du G20 peint sur le visage qui nous saluent et nous remercient d'être venus soutenir le sommet. Nous leur demandons donc où se situe la manifestation, parce qu'il doit bien y en avoir une quand même, mais ils ne savent pas. Nous continuons vers l'hôtel de ville, où c'est le même décor. En descendant dans le métro, un autre volontaire nous dit qu'il n'y aura rien avant ce soir, des gens ayant prévus de se rassembler sur la Seoul plaza. Totalement déçu, je commence à me laisser convaincre de repartir, à cause de ce manque d'informations, quand soudain... L'un d'entre nous reçoit un coup de fil d'un autre étudiant étranger qui nous dit qu'il est dans une manifestation qui réclame la réunification de la Corée ! Et elle n'est qu'à une station de métro de là où l'on se trouve, à Seoul yeok (Seoul station). En sortant du métro, une vision assez dingue s'offre à nous, des robocops en ligne partout. On arrive vers une scène avec des enceintes où quelques Coréens font un discours. La scène nous tournant le dos, lorsque l'on s'approche, on découvre la place de la gare noyée par les drapeaux, les panneaux anti G20... Ce n'est donc pas vraiment une manifestation pour la réunification, sans doute ont-ils dû y faire référence dans le discours, mais l'objectif est donc bien de lutter contre la présence du G20.
Ce qui m'a frappé en premier, c'est l'ambiance dans ce genre de démonstration. En France, il y a une camionnette où un gros lard gueule dans un mégaphone. Ici, il y a de la musique à fond, et de la musique entraînante en plus, qui semble bien protestataire, et que tous les Coréens reprennent en chœur. On dirait un noraebang géant, en plein air. S'ensuivent toutes les habitudes des manifestations. Il y avait distribution de stickers de rat car G, prononcé à l'Anglaise, Ji, signifie rat en Anglais, en référence à un type qui s'est fait arrêter dimanche pour avoir tagé des rats sur des affiches de propagande du G20 et sur la tronche des présidents. J'ai rencontré un vieux Japonais avec un keffieh et un drapeau de la Palestine avec des inscriptions en Japonais dessus. Je lui ai demandé ce que c'était, et il m'a dit qu'il était membre d'une association japonaise qui militait pour la défense de la Palestine, il y a été et m'a dit « oh, French activists do a great job in Gaza ! ». Cette rencontre, ainsi que le contexte de la manifestation m'ont vraiment étonné. On a souvent une vision des Asiatiques comme disciplinés, respectueux de l'ordre, prêts au sacrifice individuel pour soutenir le groupe, et donc peu politisés, qui obéissent à leurs dirigeants... Ça m'a paru évident que c'était des conneries, que les Asiatiques sont des gens comme les autres, et que c'était une image stupide ! J'avais des doutes concernant les Coréens parce qu'à l'exception de quelques-uns, il est difficile d'avoir une discussion vraiment poussée dans cette université où je me trouve... J'ai aussi rencontré d'autres étudiants étrangers, venus d'autres facultés de Séoul (et le premier Français ici).
Puis, en prenant de la hauteur en me baladant, je me rencontre que la place est totalement cernée par les flics (vous trouverez sur n'importe quel site d'information le nombre de policiers dépêchés à Séoul pour l'évènement, l'armée et les brigades anti-émeutes étaient présentes également). L'ennui c'est que le discours s'achevant, les gens vont vouloir commencer à marcher. Face à la pression, la barrière de police qui bloquait le chemin vers le boulevard (où il y avait encore de la circulation) éclate, et la foule se déverse sur la route en courant comme un sac de sable qui crève. Mais à l'endroit où la ligne formée par la police est brisée, la tension est palpable, tout le monde court sur une centaine de mètres sur une largeur de deux mètres avec de chaque côté le mur des uniformes jaunes qui nous regarde passer, bouclier et matraque à la main. Finalement, pas de problème, tout le monde se retrouve sur la route. Soudain, une grande boîte portée par des Coréens en habits traditionnels est au milieu de la route et plein de manifestants l'encerclent pour la protéger tout le long de la manifestation. Arrivée à son terme, ils y mettront le feu. Toujours accompagnés de ces musiques entraînantes, la marche commence, tandis que sur le trottoir de l'autre côté de la route, nous voyons en continu des robocops courir dans le sens de la manifestation, tout le temps. On peut alors voir à quel point ils sont nombreux. Il commence à pleuvoir, mais les gens restent. Puis une étudiante étrangère qui était avec nous veut rentrer : elle s'ennuie, elle a pris les photos qu'elle voulait, et puis de toutes façons elle est pro G20. C'est le stéréotype du touriste que j'ai plusieurs fois évoqué à l'égard des expatriés européens avec moi. Au lieu de me prendre la tête, je me contente de profiter de cette occasion unique de déambuler au milieu des routes d'habitude encombrées de Séoul. Après quelques kilomètres, la nuit commence à tomber, et la manifestation s'arrête à un carrefour. Ne comprenant pas pourquoi, je m'avance, et en effet, la raison de la course des flics devient évidente : ils ont installé un mur en plein milieu de la route. Un truc sur roue sûrement, enfin un grand machin de 3 mètres de haut environ, qui bloque littéralement l'accès à la route, surtout avec les plusieurs lignes de policiers devant. J'ai alors appris que la manifestation se dirigeait vers l'hôtel où comptaient dîner et dormir les invités du sommet. Il ne faut surtout pas que les protestations soient vues et entendues, de peur de faire mauvaise impression. Il se met à grêler pendant quelques minutes.
N'étant plus que deux de notre groupe à être restés, nous prenons des photos, des vidéos, mais on poireaute, il n'y a pas grand chose à faire... Nous étions côte à côte, à attendre, quand soudain, un Coréen déboule en hurlant je ne sais quoi et tire et pousse des gens de la foule vers la police. Le mouvement de foule s'enclenche, et en quelques secondes, sous la poussée, mon ami se retrouve à plusieurs mètres de moi, puisque j'avais grimpé sur un camion pour avoir une meilleure vue. Et en parlant de vue, je n'ai pas été déçu. C'était un live du dernier album d'Astérix, les Gaulois en Corée. Ils ont poussé comme des gros lards et encore une fois, malgré la ligne des boucliers, une percée est faite. Je m'engouffre dans la foule qui s'approche encore plus du mur mobile (je me demande s'ils ont vraiment cru pouvoir le faire bouger), les policiers reculant. Puis, des renforts arrivent et coupent la foule juste deux mètres en retrait du front et là tout est fini, une barrière est installée et repousse très lentement les gens. Dans les deux mètres pris en sandwich, très curieusement, il y avait plus de journalistes que de manifestants. Les cameramen et photographes, de toutes nationalités, sont partout et on ne voit rien en l'air avec tout leur matériel qui cherche à saisir le bon angle. J'ai un peu l'impression que c'est à cause d'eux qu'il n'a pas été possible d'aller plus loin...
Concernant la violence, il n'y en a pas vraiment eu, à l'exception de ces provocations et ces charges sur la fin. J'ai parlé avec des journalistes à la fin qui m'ont dit qu'ils étaient déçus, car d'habitude les manifestations coréennes sont réputées pour être, le mot m'est resté dans la tête, « very wild »... Mais d'un autre côté, ce qui me fait comparer avec la France, c'est que je suis surpris du peu de violence policière. Il n'y a pas eu de matraquage, pas de gaz, mais ils ont quand même réussi à disperser la foule. Bon, j'ai appris par la suite qu'à d'autres endroits et moments ça ne s'était pas passé aussi paisiblement, donc ne généralisons pas, mais ce fut en tout cas mon expérience personnelle.
Je te suggère juste d'arrêter de dénigrer ceux qui ne calquent pas leur mode de vie/penser sur toi. Nous avons aussi vécu/expérimenté des choses que tu ne chercheras jamais à explorer car tu colles des étiquettes assez facilement, or c'est le charme de ce pays: ne pas pouvoir soutenir les étiquettes que des cerveaux occidentaux prévoient d'y coller. Au lieu d'abreuver les gens de vernis sociologique superficiel, questionne plutôt les choses pour ce qu'elles sont.
RépondreSupprimerOups, j'ai dénigré quelqu'un ?
RépondreSupprimerPerso je n'ai rien vu de dénigrant, juste un truc :
RépondreSupprimer"Puis une étudiante étrangère qui était avec nous veut rentrer : elle s'ennuie, elle a pris les photos qu'elle voulait, et puis de toutes façons elle est pro G20" mais ca montre juste que c'est abérant, être dans une manif anti anti G20 alors qu'on est pro G20...
Joli description de la manif, mais il est vrai que tu fais passer les flics pour des mecs cools... comparé aux notres.
Enfin ca devait être sympa :)
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Oui, j'avoue, je ne lis pas ce blog pour le vernis sociologique superficiel, mais bel et bien pour me marrer comme un bossu : "C'était un live du dernier album d'Astérix, les Gaulois en Corée." Du grand art. ^^
RépondreSupprimerEnfin bon, fais tout de même gaffe à toi, les robocop sont tout autant dangereux quel que soit leur pays d'appartenance, c'est là un véritable facteur universel.