mardi 29 mars 2011

Corée du Nord, troisième acte

Étant donné que l'article ne sera pas publié sur la version papier de Décloîtrés, autant le mettre en ligne en avant-première !

Il est 11h du matin et nous avons rendez-vous à la base de l'armée américaine au cœur de Séoul pour une visite touristique un peu particulière : la DMZ ou DeMilitarized Zone, ce cordon de sécurité de 4km de large le long du 38e parallèle, instauré par l'armistice de 1953 et qu'il est possible de visiter par le biais du service « culturel » de l'armée américaine. Ce jour-là, en dehors des quelques curieux que nous sommes, la plupart des autres visiteurs sont des soldats américains venus découvrir le boulot de leurs compatriotes. Durant le trajet, une heure à peine de la capitale, une jeune accompagnatrice sud-coréenne tente de donner quelques faits sur la situation du conflit, mais ses explications restent bien souvent maladroites : « Nous avons fourni de l'aide alimentaire aux Nord-coréens durant la famine. Cette aide n'a pas été redistribuée mais a servi à l'armement »... Ben oui, c'est bien connu, l'armée nord-coréenne se défend désormais avec des pistolets à patate !

Arrivés sur le site, on aperçoit les champs de mines entourés de fils barbelés, des barrières entrecoupées de miradors et des obstacles antichars. Mais malgré ce dispositif, déjà 4 cars de touristes sont stationnés sur un parking à côté du musée. Nous devons signer une décharge comme quoi ni le gouvernement sud-coréen ni le commandement de l'armée américaine ne sont responsables s'il nous arrive malheur durant la visite. Les incidents sont en fait très rare, on apprendra plus tard qu'il existe le même type de visite du côté de la Corée du Nord, réservées à certaines personnalités. Les choses sérieuses commencent avec la descente dans le tunnel d'infiltration, creusé par l'armée nord-coréenne sous la DMZ, courant à plus de 70m sous terre. Le tunnel fut découvert avant qu'il aboutisse, mais avait déjà franchi la frontière du côté sud-coréen sur plus de 200m. On le remonte alors jusqu'à atteindre une lourde porte blindée signalant que l'on est presque rendu en Corée du Nord. C'est alors qu'on se disait que si l'armée nord-coréenne décidait d'enfoncer cette porte, elle déboucherait sur la boutique à souvenirs du tunnel... Prochaine étape : « Dorasan Station », dernier avant-poste ferroviaire avant la Corée du Nord et qui n'est à l'heure actuelle rien d'autre qu'une grande gare déserte. C'est par cette ligne là que transitait l'aide humanitaire à destination de Pyongyang à partir de 2003 jusqu'à la rupture des relations en 2008, mais tout a été conservé dans l'espoir d'une possible ouverture, à commencer par l'inscription sur le panneau d'affichage : « Not the last station from the South, but the first station toward the North ». Jusque là le tour ne comporte rien de bien intéressant et se résumerait presque à une attraction de Disneyland et nous commençons à regretter de nous être inscrits à ce tour pour GI américain en manque de sensations fortes.

À mesure que nous nous rapprochons de plus en plus de la frontière, nous sentons le poids du conflit et nous sommes maintenant escortés par deux soldats américains sensés nous protéger, en fait plutôt là pour contrôler qu'on ne prenne pas de photo des installations militaires. Nous arrivons à un poste d'observation et la Corée du Nord est désormais à porter de jumelle, du moins ce qu'on nous laisse apercevoir, c'est-à-dire Gijeong-dong, le village fantôme en territoire nord-coréen servant la propagande du régime, où flotte un immense drapeau nord-coréen. La Corée du Sud n'est pas en reste puisqu'en face elle aussi a érigé un village modèle où vivent encore quelques paysans richement payés mais quasiment assignés à résidence. C'est à cet observatoire que nous rencontrons des jeunes sud-coréens qui effectuent leur service militaire et se prennent en photo avec en arrière-plan la Corée du Nord. Enfin, nous arrivons au moment fort de la visite, Panmunjeom, à l'endroit même où fut signée l'armistice de 1953 dans les préfabriqués bleus de l'ONU posés à l'endroit même de la frontière banalisée par une simple dalle de béton. Particulièrement impressionnants les soldats d'élite sud-coréens gardent une position défensive de taekwondo et un visage sans expression digne des gardes de Buckingham Palace, malgré la présence de nombreux touristes. Un officier nord-coréen nous observe de loin avec des jumelles, et un GI plaisante : « Now you can take picture of them and put them on your Facebook, because you are already on the North Korean Facebook ! ». Nous entrons dans le préfabriqué où se trouve la table des négociations. Un soldat sud-coréen garde la porte fermée du côté Nord (seulement le temps de la visite), nous autorisant ainsi à mettre les pieds en Corée du Nord, l'espace de quelques instants.


Panmunjeom, le village scindé en deux où on approche la Corée du Nord au plus près

500 wons pour s'amuser à regarder une ville en carton

Toute la rivière est entourée de fils barbelés pour empêcher des espions nord-coréens de venir au Sud en passant sous l'eau

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