mercredi 23 mars 2011

Les degats de la loi antiporno

Hier soir, j'étais dans l'unique cinéma de Bali, devant le film The American (par ailleurs très mauvais), quand what the fuck je me suis aperçu que le film avait été volontairement raccourci à certaines scènes. Par n'importe lesquelles : les scènes se déroulant au lit qui laissent entrevoir les corps nus. Pourtant, ce film, avec comme personnage principal Georges Clooney n'avait rien de plus d'obscène que de montrer un tatouage sur ses fesses. C'est dire, le niveau de la censure !

Je me suis alors souvenu d'une discussion que j'ai eue avec Eric, journaliste à La Gazette de Bali et collectionneur de films en tout genre, et qui me disait que la censure actuelle en Indonésie est beaucoup plus forte à l'heure de la démocratie qu'au temps de Suharto (des années 1970 aux années 1990), où les « films à papa » fleurissaient en toute liberté, certaines actrices bien roulées devenant de véritables stars à l'échelle du pays. Comme quoi la periode de democratisation que vit l'Indonésie depuis la chute du dictareur ne va pas qu'en faveur de la liberté d'expression.

La faute surtout à la loi anti-porno, votée en 2006 et réactualisée en 2009, véritable épée de Damoclès au-dessus de tout le monde, qui condamne sévèrement pour chaque bout de fesse et de seins montré en public.

Des cas extrêmes des effets de cette loi

Quelques exemples en date dont celui qui fait le plus de bruit dans les médias, le cas d'Ariel Peterpan, chanteur pop qui avait la manie de se filmer lors de ses ébats sexuels. L'an dernier, un proche aurait mis au grand jour sur YouTube les vidéos secrètes, l'entrainant dans une descente aux enfers, les musulmans les plus conservateurs et les politiciens jouant les marionnettes outrées demandant même la tête de « Peterporn ». Il a finalement pris 3 ans et demi de prison le mois dernier, une peine plus lourde que certains prennent pour corruption. Allez hop, en prison pour s'être filmé au lit ! Inutile de dire que ses partenaires, appartenant toutes au gratin des starlettes indonésiennes n'ont rien eu, peut être étaient-elles mariées à des personnalités politiques... Autre cas très célèbre : le rédacteur en chef de la revue Playboy Indonesia croupi en prison lui-aussi à peine les premiers numéros du magazine sortis, et encore une version bien plus soft qu'en Europe. Ce ne sont ici que les plus médiatisés, le milieu de la presse est sans cesse attaqué au nom de cette loi, entravant pleinement la liberté de la presse et d'expression, toutes deux garanties pourtant par la Constitution indonésienne. Le Jakarta Post avait comptabilisé une soixantaine de procès à l'encontre des quotidiens et magazines indonésiens en 2010. En décembre dernier, j'avais rencontré une indonésienne qui avait voulu posé pour son propre plaisir avant que la police l'intimide. La Gazette de Bali n'en a pas (encore) été la victime, sans doute parce qu'il ne cible qu'un lectorat bien Français, bien que Socrate, mon maître de stage m'ait révélé que le journal avait fait de cette loi son cheval de bataille. Autre réaction : chaque année, il propose à ses amis photographes de faire un calendrier dont le thème se rapporte au nu, en invitant de nombreux photographes indonésiens généralement ravis d'y participer quoique parfois un peu anxieux d'aller plus loin que ce que la loi le permet.

La loi anti porno tue (la créativité et les pratiques culturelles)

J'étais loin d'imaginer jusqu'où cette loi pouvait aller : toute la société est concernée par cette loi, de l'artiste branché de Jakarta jusqu'au Papou dans sa jungle simplement paré d'un étui pénien, cette loi bride surtout la créativité. Il y a quelques mois, j'avais eu l'occasion d'écrire un article sur le Joged Bumbung (a lire ici), cette danse Balinaise où la danseuse invite un homme à danser avec elle, dans une forme de coller-serrer assez sensuelle. L'an dernier, donc, les autorités culturelles à Bali ont jugé cette danse trop pernicieuse et avaient décidé d'établir un code pour les danseuses. Là aussi, la loi antiporno avait frappé. Cette loi risque bien d'éteindre un certain nombres de pratiques culturelles chez certaines ethnies qui fonctionnent avec un code moral différent, comme en Papouasie où nombre de tribus vivent encore à moitié nus. A Bali, il m'arrive d'apercevoir hommes et femmes se baignant nus dans les rivières entre les rizières, un acte de purification hindou semblable à la baignade dans le Gange en Inde qui tombe aussi sous le coup de cette loi.

Sexualité et hypocrisie générale

Ce serait faux que d'expliquer entièrement cette loi par la présence en politique de religieux conservateurs, en particulier musulmans, puisqu'ils sont en effet minoritaires, les partis politiques musulmans ne recueillant à peine 10% des suffrages aux élections législatives. En fait, cette loi fait parti de ce que j'observe comme une sorte d'hypocrisie morale à l'égard de la sexualité encore sous le prisme de la religion et de tous les tabous à l'égard du sexe, sans doute accentuée par l'absence d'éducation sexuelle. Pour le législateur indonésien, faire voter cette loi revient à penser qu'on peut contrôler les corps contre les pulsions sexuelles, faire de l'homme et la femme un être asexué avant le mariage.

Cela n'empêche pas de trouver des films porno dans chaque vendeur de DVD. A Bali, les peintres continuent à vendre des tableaux aux figures dénudées, comme quoi la censure n'atteint pas tout.

3 commentaires:

  1. Message à tous les lecteurs : ne l'écoutez pas, c'est juste les sex shops japonais qui lui ont tourné la tête !

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  2. Au passage pour le coup du papou, j'ai sous les yeux la carte postale de Mister Gros Paquet que tu m'as envoyée au début de l'année, les cartes postales touristiques ne tombent pas sous le coup de la censure alors ?

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  3. C'est parce que tu le vois pas de dos, donc pas ses fesses !

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