mardi 8 mars 2011

Le Japon, du shinto au porno

S'il faut résumer notre voyage au Japon en quelques mots, les mots « putain mais c'est complètement ouf », « fatty salmon », « amazingly expensive », « mate la fille qu'a une jupe ras-la-moule là-bas » me viennent à l'esprit. Pour essayer d'éviter de se contenter de préjugés, je vais tenter de détailler un peu ce voyage nippon d'environ deux semaines. Il y a en effet énormément à dire, beaucoup à montrer, c'est pourquoi on va faire des choix tout en essayant de raconter ce qu'on a vécu de plus intéressant. Géraud s'occupera des photos sur Tokyo et Kyoto, villes sur lesquelles j'écrirai, mais j'illustrerai sa prose sur Nara et Osaka de mes photos. Par manque d'imagination, voyons ce que ce voyage a donné dans l'ordre chronologique.




Tokyo

J'ai retrouvé Géraud le samedi 19 février au soir dans le quartier d'Asakusa, qui fait office de coin à touriste en quête de vieilleries. Un peu excités par les retrouvailles et l'idée d'être au Japon, nous sommes allés découvrir l'endroit, un peu vide la nuit cependant. On a fait notre premier bar à sushi local, avec le petit train roulant et tous les plats... et on a eu pour l'occasion le droit de découvrir que ce voyage s'annonçait cher. En se baladant, nous avons aussi découvert le premier salon de pachinko, des machines à jeux d'argent dont on n'a toujours pas compris le principe. En tout cas c'est très bruyant... Nous avons aussi pu voir la première justification au titre de cet article : un salon interdit à la fois aux étrangers et aux moins de 18 ans. On a commencé à se rendre compte que dans ce pays si moderne qu'est le Japon, il y a une drôle d'approche du sexe...

Le deuxième jour, les hostilités ont pu commencer. Le matin, nous avons fait dans le sobre en visitant Asakusa de jour, les boutiques à souvenirs, etc. Nous avons vu quelques bâtiments bouddhistes, assisté même à une cérémonie de méditation. Les gens mettent dans un grand tas de cendre des bouquets d'encens avec des symboles bouddhistes qui rappellent malheureusement les fusées V2. Aussi, avant de lui donner de l'argent et de lui rendre une prière, les croyants caressent, voire exécutent un massage express au petit Bouddha doré qui leur fait face. Entourés de superstition, les temples proposent de nombreuses boîtes où les gens jettent de l'argent pour réaliser leurs souhaits, ou pour tirer un papier qui leur prédit l'avenir, ou ce qu'il convient de faire dans un futur proche. Après Asakusa, nous avons mangé un bento (petit plateau repas à faire réchauffer au micro-onde, un des plans les moins chers que l'on a trouvé durant tout le voyage pour manger), oui, tant qu'à faire, on rappellera tout ce qu'on a mangé histoire de ne pas oublier. L'après-midi, on a essayé de continuer dans l'historique, mais on a fait face à la déception cette fois-ci. Le château impérial est, comme Buckingham Palace, entouré de jardins où il fait bon se balader et où la famille impériale vit, mais contrairement à Buckingham Palace, on ne peut visiter ce palais que deux jours par an. On a dû se contenter de jardins sous un ciel grisâtre, et on n'a même pas pu rentrer dans l'enceinte du palais pour voir plus de jardins car il était déjà trop tard. Déçus par le Tokyo historique, nous avons pris le métro pour Akihabara, le quartier pour l'électronique. Là, on n'a pas été déçu, les immeubles gigantesques, les écrans de télévision géants qui diffusent des pubs en continu, les buildings de jeux vidéos, une boutique de hentai (mangas pornos), des magasins qui vendent de tout sur plusieurs étages (dont des figurines un peu « dénudées », si tant est qu'une figurine puisse être dénudée), les filles habillées dans de drôles d'accoutrements pour refourguer des flyers aux gens dans la rue... Mais cela, encore, n'a rien à voir avec Shibuya (nous avions un rendez-vous avec des gens de l'auberge de jeunesse pour un restaurant où quand on entre on vous passe une camisole de force et dans une ambiance d'asile de fou, mais nous avons raté le rendez-vous), le Tokyo le plus fou que l'on ait pu visiter. Shibuya n'est pas tant un quartier de fêtards que ça, pas tant futuriste que ça, c'est le côté fashion qui est complètement dingue. Le nombre de jeunes que l'on a pu voir avec des coiffures improbables (certains diront coiffures de pédé), de filles aux fringues multicolores et aux yeux repeints au mascara au point de ne voir qu'une tache noire en guise d'yeux, des Japonais blonds en costard en cuir, des Japonaises en poupée... À ce propos, nous sommes arrivés totalement par hasard devant ce qu'on a appris par la suite être un maid bar. Des filles avec des couettes, habillées en rose dans un bar tout rose, maquillées et souriant comme des imbéciles heureuses, nous ont invité à rentrer sous l'enseigne de l'établissement : « Welcome home, my master ». On a appris que ce genre de bars n'avaient pour utilité que de faire boire le client un peu solitaire, où les serveuses rigolent à chaque fois qu'il dit quelque chose, l'écoutent, etc. Le moment que j'ai personnellement ressenti comme le plus intéressant est celui où Géraud a voulu prendre la demoiselle qui nous a accueilli en photo. On dit souvent que les Japonais ont une sorte de double personnalité, cachent ce qu'ils pensent vraiment. Et bien, l'appareil photo leur a fait tomber le masque. À peine l'appareil photo sorti, elle a caché l'objectif en disant « no photo », avec un visage très sérieux, qui rompait brutalement avec l'ambiance gamine qui y régnait. On a pu voir pendant l'espace d'un instant que cette fille ne voulait pas être prise en photo dans cet accoutrement, et cela nous a laissé nous imaginer que ce genre d'endroit peut être plus malsain qu'il n'y paraît. Évidemment, une fois l'appareil photo rangé, la comédie a repris avec les petits sourires et les rires aigus. Nous sommes repartis avec la fierté d'avoir vu son vrai visage un court moment. Après avoir visitant un magasin de capotes et mangé dans un tout petit restaurant des udon, grosses nouilles épaisses dans un bol de potage, nous sommes retournés à l'auberge.

Le jour suivant, nous avons découvert qu'il ne faut pas se fier aux plans foireux du lonely planet pour les repas. Les adresses qui y sont indiquées, si elles ne sont pas introuvables, relèvent du parcours du combattant. À cause d'un restaurant manqué, nous avons pris le premier restaurant chinois sous la main avant de poursuivre notre voyage. Partis pour Ginza, nous avons encore été déçus (mince alors !). Sans s'y attendre, on est tombé dans le quartier très chic de Tokyo, où en tant que backpackers on ne s'est pas vraiment senti à notre place. Nous avions un rendez-vous avec Hiromi, une Japonaise que j'ai rencontrée dans mes cours intensifs de Coréen d'hiver, qui m'a proposé de nous guider un peu. Après toutes ces déceptions, à être tout seuls dans un pays où l'on ne comprend pas grand-chose, nous n'avons pas craché dessus. Partis pour Shinjuku, nous avons passé la meilleure (à mon sens) soirée du voyage. Elle a commencé par nous montrer un de ces grands magasins où l'on trouve de tout, en vrac : des strings pour hommes se mêlent aux caleçons Naruto, des tenues en latex pour femmes (Santa Claus, soubrette, semblant de Waffen SS et j'en passe) rangées à côté des uniformes pour collégiennes et lycéennes... Nous sommes ensuite allés dans une de ces salles de jeux vidéo où nous avons expérimenté un jeu de tambour et un Mario Kart en arcade (mais les prix sont quand même chers pour ce que c'est), et fait des photos toutes retouchées (le truc de gamines). Hiromi nous a mené dans un gratte-ciel d'où l'on avait une pleine vue de nuit de tout Tokyo, encore plus impressionnant que Séoul. Elle nous a invité dans un restaurant à l'ambiance très traditionnelle où l'on a mangé comme de vrais rois un nombre important de plats dont il m'est impossible de me rappeler le nom. Nous avons achevé la soirée dans un karaoke où j'ai pu me rendre compte qu'il y a un peu plus de choix que dans les noraebang coréens. Notamment en chanson française : Géraud a fait vibrer ses cordes vocales sur Tomber la chemise de Zebda, mais celles-ci n'étaient pas assez chevrotantes pour tenter Édith Piaf.


Le jour suivant, j'étais assez crevé, la journée a assez mal commencé. En dépit de ça, nous avons partagé des ramen avec deux Coréens de notre dortoir de l'auberge. Après s'être reposés, nous avons pris la direction d'Ikebukuro, encore un quartier pour le shopping (à croire qu'il n'y a que ça à Tokyo). Mais c'est un quartier un peu plus original. On a trouvé une librairie d'occasion qui vendait de toutes sortes de mangas d'occasion (pour les connaisseurs, même du porno gay avec les personnages One Piece), vraiment pas chers, au point d'en regretter de ne pas savoir un mot de Japonais (j'exagère, on a vite saisi arigato, konnichiwa et sumimasen). On a trouvé un magasin où j'ai pu m'acheter un faux boob (une boule anti-stress en forme de sein). Le soir, nous sommes retournés à Shinjuku pour revoir Hiromi dans un kissaten, les coffee shops japonais, qui n'a en fait rien de particulièrement japonais en dehors du prix... Devant partir plus tôt, elle nous a indiqué un petit restaurant où nous avons dégusté du thon cru et des yakitori (des brochettes de viande qui allaient nous poursuivre tout le long de ce voyage). Après avoir essayé un jeu semblable à guitar hero, nous avons cherché un bar (étonnamment peu répandus). Sur le chemin, des gros noirs qui nous vendent des filles : « Vous cherchez un jazz bar ? J'ai pas de jazz bar sous la main mais j'ai des jazz girls rien que pour vous ! », « Come on guys, you have a dick, I have a dick, my girls want to meet you ». Géraud a réussi à nous en débarrasser en nous faisant passer pour un couple gay... Enfin nous avons trouvé un bar où nous avons rencontré des Japonais très surpris de nous voir mais malgré les difficultés de communication qui avaient bien envie de discuter avec nous. Au programme : une fille qui est entertainer (actrice de films dont on a trouvé aucune référence sur internet), un patron d'entreprise totalement bourré... Enfin, nous nous sommes rendus là où nous devions passé notre dernière nuit tokyoite : un manga kissa. Cela renvoie aux salons de PC. A priori rien de surprenant comme ça existe aussi en Corée. Sauf que là, on peut y dormir, il y a une douche, des rayons entiers de mangas de tous genres (y compris porno à tendance pédophile !), une cabine à UV, café gratuit... Bon il faut avouer que ce n'est pas la meilleure nuit que j'ai passée, sachant qu'on voulait juste y dormir. En termes de confort, on fait mieux, mais l'expérience était déjà assez surprenante (nous nous sommes aussi rendu compte que c'est la même boîte partout dans le pays : les média cafés Popeye).

Pour le dernier jour, nous avions laissé nos gros sacs dans des lockers, présents dans chaque gare et station de métro, de toutes tailles, en tout cas bien pratique pour ne pas avoir toutes les affaires sur le dos toute la journée. Nous sommes retournés à Akihabara pour finir quelques emplettes (Géraud était en quête désespérée d'une figurine de manga pour sa bien-aimée). Nous avons encore vu plein de filles dans la rue habillées de la façon la plus loufoque possible tout en distribuant des flyers (on commençait vraiment à en avoir marre de ces gens qui vous haranguent partout), et qui refusaient systématique à Géraud de se faire photographier avec elles ! Nous avons aussi découvert par hasard un sex shop sur 4 étages, avec des trucs à l'intérieur, non franchement, vraiment dégueulasses, c'est pas possible quoi... Un peu écœurés à voir du porno partout depuis cinq jours, nous sommes retournés à Ikebukuro, un peu plus fou de nuit. Comme nous devions prendre un bus de nuit pour Kyoto, une femme surgie de nulle part nous a proposé de l'aide. Très amicale, simplement quand les Japonais nous ont proposé de nous aider à chaque fois, ils compliquaient tout en allant voir cinquante personnes, en passant des coups de fil pour recueillir un maximum d'information, mais le tout en Japonais sans trop nous traduire... Enfin, nous avons pris notre dernier dîner dans un petit restaurant à l'ambiance très sympa, plein d'hommes d'affaires, et où le serveur a choisi pour nous différentes brochettes de yakitori (avec du cœur, des reins, du genou de poulet...), comme on ne pouvait pas lire la carte. Nous sommes allés prendre notre bus pour Kyoto, qui est un moyen moins cher de s'y rendre, mais ce fut la plus inconfortable des nuits passées au Japon, qui m'a valu pour moi de chopper la crève.



Kyoto

Il faut avouer qu'on était assez fatigué de Tokyo, la vie y est très rapide, de la foule partout, du son qui vient partout... Kyoto fut la destination parfaite pour enchaîner avec Tokyo, comme nous avons pu nous y reposer dans son calme tout en profitant de notre position de touriste. Dès le début, nous sommes allés voir des autels shintoïstes, dans un petit parc très mignon et calme. Sur le chemin, nous avons rencontré un prof de Japonais pour les étrangers qui parlait bien Anglais, qui se rendait au même autel que nous avec sa mère, les deux en kimono, ou alors dans un habit traditionnel dont le nom m'échappe. Il nous a fait un topo sur Kyoto, le Kansai (la région au Sud de Honshu qui inclue Kyoto, Osaka, Nara, Kobe...), le shintoïsme et le bouddhisme. Il nous a donné également quelques conseils pour la suite des visites à Kyoto. Nous sommes allés dans la foulée voir le golden pavillon, qui, comme son nom l'indique, est tout doré. Les prix des entrées pour les temples et les musées suivent malheureusement le niveau de vie Japonais (et pas de réduction pour étudiant). Ensuite, nous avons vu un jardin zen, où curieusement le mot de zen semble signifier « mettre du gravier en ligne ». L'heure tournant, nous nous sommes perdus, affamés au moment de déjeuner, au milieu d'un labyrinthe de petites rues qui se ressemblent toutes, incapables de se repérer. On a demandé à des Japonais de nous aider, qui ont discuté entre eux pendant 10 minutes de comment se rendre là où nous voulions aller, et qui ont sauté dans le bus sans nous indiquer le fruit de leur discussion sitôt le bus arrivé... Bref, on a trouvé une sorte de fast-food japonais, puis après une sieste à la nouvelle auberge de jeunesse, nous nous sommes dirigés à Gion, le quartier où l'on est censé pouvoir voir des geishas. Ça, on ne le savait pas encore, mais vu l'heure on n'en a pas rencontré de toute façon. Dans un restaurant au hasard, on a rencontré un pianiste et une chanteuse de jazz qui mangeaient juste avant une représentation dans un petit bar pas loin. On a juste regardé sur leur portable des vidéos d'eux, car l'entrée à 20€ nous a un peu rebutés...



Le lendemain, après la journée temples d'hier, on a cherché à innover. On s'est fait un bento le midi, et en voiture Simone pour le château Nijo, qui je ne sais pas trop à quoi il servait mais c'était à voir apparemment (à ma décharge les explications étaient surtout en Japonais). En tout cas l'intérieur est très classieux : ça montre que les Japonais avaient du goût avant de commencer à s'habiller comme des personnages de mangas. À ce propos nous avons dû demander à des lycéennes après le château de nous guider au musée international du manga à Kyoto, qui avait l'air de servir surtout de bibliothèque à mangas pour les Japonais. Mais c'était tout de même un musée assez intéressant où il y a pas mal à apprendre sur le manga, avec une perspective historique et comparative. Pour finir la journée en beauté, nous avons tenté le fameux onsen, plus connu sous le nom de source thermale. Si globalement je préfère le jjimjilbang coréen, il y a des différences à souligner. Dans le onsen, le sauna (chambre chaude) est secondaire face aux bains. Aussi, je m'attendais à un truc qui renvoie davantage à l'imaginaire japonais, en extérieur, avec de l'eau naturelle. Apparemment l'eau des bains était vraiment chauffée naturellement, mais versée dans des bassins de piscine, ce qui était moins amusant pour l'ambiance. Cependant, il y avait quand même un bain en extérieur, très agréable, et un bain électrique (qui envoie des décharges électrique quand on passe dedans... c'est vraiment pas agréable ça par contre). En conclusion, comme le jjimjilbang, on en ressort très relaxé, et empli de culture étrangère, si l'on considère que les vieux qui nous reluquent la bite fasse partie de la culture étrangère. On s'est refait un fastfood japonais pour le dîner, et nous avons rencontré deux jeunes de Hong Kong à l'auberge, qui travaillent dans la restauration. L'un d'entre eux nous a parlé longuement de cuisine française et de fromage, et on s'est rendu compte pour la première fois depuis le départ de France qu'en fait là tout de suite, un bon petit fromage de chèvre, ou un camembert, ça ferait plaisir aux papilles...

Le jour suivant, on engloutit un bento, et pour notre dernière journée à Kyoto, on se rend au Fushimi-Inari, dans la banlieue, pour une petite randonnée inattendue. Déjà à la gare, on se paume complètement entre les trains express, rapid express, ultra express, vachement express, etc. Ça n'est pas grand-chose mais ça fait partie de l'aventure : on se retrouve au trou du cul du monde sans trop savoir pourquoi... Arrivé au Fushimi-Inari, on découvre une forêt où tout le chemin fait passer les marcheurs sous des torii, de grandes arches oranges. Il y en a un nombre vraiment impressionnant, de même que des autels pour donner de l'argent, et des chats bien nourris par les passants qui leur donnent des croquettes. En fin de soirée, on tient à voir de la geisha tout de même. À Gion, c'est la chasse. Appareil photo en main, en week-end, on scrute les moindres recoins, et nous ne sommes pas les seuls touristes comme ça. On attend, on attend, mais rien. On marche pour découvrir un peu le quartier, quand SOUDAIN. On voit une femme, qui semble très jeune, le visage tout blanc, dans des vêtements auxquels rattacher l'adjectif « beau » serait un immonde euphémisme. On la voit passer à côté de nous comme ça, l'air de rien, mais marchant vite et baissant un peu la tête tout de même. Et nous sommes restés là, plantés, à la regarder passer. J'avais l'appareil photo dans la poche, la main dessus, prêt à le dégainer et à photographier plus vite que mon ombre. Mais j'ai pas pu ! C'est pour ça que nous n'avons ni Géraud ni moi de photos de geishas : ça nous a tellement impressionné, nous étions tellement sur le cul et en même temps un peu honteux de chercher à la photographier, que nous n'avons pas réussi à sortir l'appareil photo. Personnellement, j'ai vraiment ressenti quelque chose de fort à ce moment. On a dû voir d'autres geishas après, en continuant à nous balader dans les rues, mais quand on a vu celle-là, j'étais paralysé, comme si je voyais un fantôme ou quelque chose de surnaturel. Nous sommes allés manger des soba (une sorte de nouilles célèbres à Kyoto) et rentrés à l'auberge. Nous y avons discuté avec une fille d'Okinawa qui nous a parlé des geishas encore, et de l'aspect binaire de la culture japonaise, entre la culture traditionnelle à laquelle elle était attachée et la culture de masse actuelle (de l'apparence, des jeux, des mangas), qui est très difficile à relier à la culture ancestrale.


Le dernier jour, on a suivi la routine du bento, pour des raisons financières, sommes allés voir un temple incrusté dans des échafaudages, avons dû nous déchausser avec nos gros sacs sur le dos (misère!). Il n'y avait rien de particulièrement mémorable là, c'est pourquoi nous avons pris notre train pour Nara et c'est pourquoi je passe maintenant la main à mon collègue pour vous raconter la suite du voyage.

Nara


Prochaine destination du trip : Nara. Première capitale historique du japon à l'établissement de l'empire au 8ème siècle après JC dont huit temples figurent sur la liste des sites classés par l'UNESCO, à moins d'une heure de train de Kyoto (avec encore quelques difficultés à prendre le bon train, entre les express, mega express, ultra archi express...). Lors d'un changement, Camille se laisse tenter par une boisson dans un des nombreux distributeurs de la gare, son choix se porte simplement sur le « Yobik », sorte de lait au soja, une parmi toutes les boissons mystérieuses que comptent les nombreux distributeurs de boissons Japonais. A Nara, nous nous payons le luxe de ne pas dormir en auberge de jeunesse et refusons le média café, mais nous nous rendons directement dans un ryokan, entendez par là habitation traditionnelle chez l'habitant. Portes coulissantes et murs en papier, sol en tatamis et vue sur un petit jardin aux arbustes bien taillés, avec un petit pont sous lequel coulait jadis une rivière artificielle (façon Île de Versailles pour les Nantais). Sans le Wi-fi et le chauffage électrique, on se serait vraiment cru au temps des samouraïs.

Nous finissons l'après-midi dans une galerie commerciale pleine de boutiques de souvenirs et objets artisanaux. Nous passons devant une petite pâtisserie où une foule regarde les artisans préparer la pâte de petits gâteaux tout verts et gluants fourrés aux haricots rouges. En fait, deux cuisiniers aux larges biscotaux frappent la pâte l'un après l'autre avec de lourds maillets à un rythme assez impressionnant. Camille craque pour un kimono dans une boutique où viennent les Japonais louer à la journée des costumes traditionnels de soie que nous avions déjà aperçu auparavant à Kyoto et même à Tokyo entre deux filles à mini-jupe. Il essaie mêmes les sandales que les Japonais portent avec chaussettes et dont le talon dépasse à l'arrière, manière plus classieuse de porter des tongues. Diner dans un sushi-bar et promenade le long d'une pagode éclairée. Nara n'étant pas tout près de la mer, le prix s'en ressent, et le sushi de fatty tuna monte à 500 yen (plus de 4,50 euros), ce qui ne m'empêche pas de gouter le sushi à l'oursin. Nous finissons le reste de la soirée dans le ryokan, habillés en kimono à regarder un film de Miyazaki (Princesse Mononoke) en buvant du thé vert (ocha). What else ?

Nous nous réveillons avec horreur le lendemain matin : il pleut averse. Pas de bol, la ville détient une grappe de temples bouddhistes du 8ème siècle tous espacés les uns les autres. Nous sortons quand même armés d'un parapluie transparent (japanese style oblige). Le premier temple contient la plus grande statue de Buddha au monde à proximité d'un immense parc où vivent un grand troupeau de daims nourris aux biscuits jetés par les touristes. D'autres temples bouddhistes suivent. Je ne sais pas si c'est le prix du ticket d'entrée pour chaque temple (sans réduction étudiante ni pass pour grouper plusieurs temples) ou si c'est le temps qui déteint sur notre humeur, quoiqu'il en soit nous trouvons à déjeuner dans un restaurant à falafels israéliens. Ensuite, il est l'heure de repartir pour Osaka, avant cela nous nous laissons tenter par une dernière aventure. En effet la veille, en arrivant en train, nous avions aperçu un temple magnifique le long de la voie de chemin de fer. C'est donc en mode backpacker armés de nos gros sacs à dos que nous allons voir ce dernier temple et Camille met malencontreusement le pied dans la boue qui ne le quittera pas jusqu'à son retour en Corée.

Osaka

Après avoir testé les auberges de jeunesse de backpackers, les manga-kissa pour no-life et le ryokan, il nous appartient de vous parler de notre nuit en capsule-hôtel. Tout est dit dans le nom, il ne s'agit pas de chambres mais bien de capsules, à peine plus grandes qu'un cercueil, alignées sur deux rangées et cela sur trois étages. Dormir façon cosmonaute n'a en fait rien d'extraordinaire, l'hôtel ne comporte aucune fenêtre et tous les services à l'intérieur sont horriblement chers. En fait ces hôtels inventés au Japon au début des années 1980 sont destinés aux hommes d'affaires et employés qui ont raté leur dernier train (pas de femme donc). Les tatouages sont interdits (pour éviter les Yakuza d'y passer la nuit). Le seul divertissement est un écran de télévision dans chaque capsule, comportant notamment une chaîne diffusant du porno en continu (à moitié censuré alors qu'on trouve du manga porno partout ailleurs). Nous découvrons un excellent sushi-bar dans le quartier animé d'Umeda, entre patchinko et salles de jeux. Osaka s'annonce donc comme un retour à la civilisation !

Après la nuit en capsule-hôtel, journée musée avec le matin, visite du musée des droits de l'homme. En réalité le musée est davantage destiné aux enfants et presque tout est exclusivement écrit en japonais. Quelques vidéos néanmoins montrent des reportages sur la tribu Ainu, dont les traditions animistes se sont éteintes sous Meiji et après la Seconde Guerre mondiale par le gouvernement japonais (comme la pêche au saumon qui remontaient les rivières de la tribu) et témoignages de descendants d'immigrés Okinawais dans l'entre-deux guerres à Osaka qui parlent de la discrimination dont leurs parents enduraient au quotidien. L'après-midi nous nous rendons au musée de l'ethnologie, à l'autre bout de la ville, dans le parc de l'exposition universelle de 1970 presque désert. Pour cela, nous empruntons une partie de la ligne de monorail qui y mène, à au moins 10 mètres de haut au-dessus de l'autoroute. Au retour, nous avons failli rentrer dans le compartiment réservé aux femmes, comme il en existe dans tous les transports en commun d'Osaka. Rien de mieux après cela qu'un bon bain dans l'hôtel pour Yakusa (aux dires de certains sur Internet) dans la banlieue d'Osaka et un sushi-bar à notre bonne adresse, le fatty salmon m'a vraiment excité les papilles.

La dernière journée sera occupée à visiter le château d'Osaka, grande battisse au milieu des grattes-ciels, avec pleins de mômes qui faisaient leur sortie de classe ce jour-là. Comme d'hab', les explications sont en japonais uniquement. Tout au long du séjour, nous mourions d'envie de nous lancer dans l'apprentissage du japonais, et chaque soir Camille apprenait quelques hiraganas et katakanas (tout en me faisant une petite leçon à chaque fois). Nous franchissons le pas et achetons tout deux une méthode dans une librairie. Aucune raison désormais de ne pas choisir le japonais l'an prochain à Sciences po ! Retour à l'hôtel et bain chaud encore une fois. Le soir, nous découvrons le quartier hype d'Osaka, Namba, qui ressemble à ce que nous avions déjà pu apercevoir à Tokyo. Les jeun's habillés en fashion victimes s'y rassemblent, certains distribuent des prospectus dans la rue. Nous essayons un nouveau sushi-bar, un peu moins bon et finissons la soirée dans un reggae-bar.

Le lendemain matin, je me lève tôt pour prendre l'avion, croisant les premiers hommes en costard dans le métro. L'aéroport d'Osaka se trouve sur une île au milieu de la baie et le train passe carrément au-dessus de l'eau, c'était impressionnant. D'après ce que j'ai compris, pendant ce temps là Camille se levait en révisant ses hiraganas et katakanas (ou peut être bien son coréen...) et allait entreprendre sa dernière visite d'Osaka (pour cela, vous lui demanderez). Après une escale à Pékin où je ne pourrais malencontreusement pas quitter l'aéroport, je reprends l'avion pour Séoul où me rejoints 20 minutes plus tard Camille, venu directement par un autre vol. Mais à partir de là, c'est une autre histoire...

5 commentaires:

  1. C'est dommage que vous n'ayez conservé de Tokyo que l'amas multisensoriel de bruits et de lumières sur fond de porno à outrance (Akihabara, c'est le mal !). Y'a beaucoup de ça, mais y'a également des coins hyper calmes dans lesquels il fait bon se perdre.
    Marrant, j'ai vu les même mecs faire du mochi, à Nara.
    Et pour les suhis, vous n'avez pas craqué pour du Otoro ?

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  2. Vous avez eu chaud au cul avec le séisme quand même Oo à quelque jours près...

    Sinon sympa l'article mais, un peu comme Pascalou, je trouve votre article sur Tokyo globalement négatif. Ce n'est peut être qu'un ressenti, du moins j'éspère.

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  3. Nonon, on s'est bien amusé à Tokyo, mais c'est vrai que le côté ultra rapide, plein de gens partout, du bruit des lumières des voitures du cul lasse un peu à la fin. Mais c'était quand même très bien et très cher à souhait

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  4. Avez vous beaucoup d'infos sur ce qui se déroule au Japon en ce moment ?

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